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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
	<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/</link>
	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>D&#233;bat : L'id&#233;ologie num&#233;rique contre le sens critique</title>
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		<dc:date>2018-03-28T15:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Dacheux, Professeur en information et communication, Universit&#233; Clermont Auvergne</dc:creator>



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&lt;p&gt;Biblioth&#232;que de tablette : tout num&#233;rique&#8230; VisualHunt, CC BY &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie num&#233;rique &#8211; l'id&#233;e que le num&#233;rique bouleverse tout, qu'il est la solution miracle qui r&#233;soudra tous les maux actuels &#8211; est combattue par de nombreux chercheurs en communication. Cependant, cette id&#233;ologie gagne sans cesse du terrain, y compris au sein des sciences de l'information et de la communication (SIC). En t&#233;moigne, la volont&#233; d'un professeur en SIC de fermer un parcours de master &#224; faible effectif (le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique5.html" rel="directory"&gt;The conversation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure&gt;&lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L496xH280/file-20180327-10-52f8a0c9-7df70.jpg?1706927201' width='496' height='280' /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;span class=&#034;caption&#034;&gt;Biblioth&#232;que de tablette : tout num&#233;rique&#8230;&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;attribution&#034;&gt;&lt;a class=&#034;source&#034; href=&#034;https://visualhunt.com/photo/172281/&#034;&gt;VisualHunt&lt;/a&gt;, &lt;a class=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/&#034;&gt;CC BY&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie num&#233;rique &#8211; l'id&#233;e que le num&#233;rique bouleverse tout, qu'il est la solution miracle qui r&#233;soudra tous les maux actuels &#8211; est combattue par de nombreux chercheurs en communication. Cependant, cette id&#233;ologie gagne sans cesse du terrain, y compris au sein des sciences de l'information et de la communication (SIC). En t&#233;moigne, la volont&#233; d'un professeur en SIC de fermer un parcours de master &#224; faible effectif (le parcours &#171; Communication et d&#233;mocratie participative &#187;) pour ouvrir un nouveau parcours sens&#233; attirer plus de monde : le parcours &#171; Communication num&#233;rique &#187;. Cette d&#233;cision, &lt;a href=&#034;https://bit.ly/2GhDLQg&#034;&gt;par ailleurs vivement contest&#233;e&lt;/a&gt;, est un &lt;a href=&#034;https://bit.ly/2GfP6QH&#034;&gt;exemple &#233;difiant&lt;/a&gt;, permettant de mettre en lumi&#232;re plusieurs des m&#233;canismes en jeu dans la progression continue de l'id&#233;ologie num&#233;rique et la disparition progressive, non moins continue, de l'esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons, pour commencer, que le d&#233;cryptage que nous proposons ne s'inscrit ni dans un positivisme d&#233;suet visant &#224; observer &#171; les faits sociaux comme les choses &#187; (Durkheim) ni dans une impossible &#171; neutralit&#233; axiologique &#187; (Weber). Il s'inscrit dans une &#233;pist&#233;mologie de la complexit&#233; (Morin) ne s&#233;parant pas le chercheur de l'acteur, et qui invite l'analyste &#224; identifier ses pr&#233;suppos&#233;s pour favoriser la critique de ses pairs &#8211; ici que la soci&#233;t&#233; est un tout trop complexe pour &#234;tre d&#233;termin&#233;e de mani&#232;re unique par la technologie. Cette analyse, conform&#233;ment &#224; l'&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/l-ethnomethodologie--9782707133731.htm&#034;&gt;approche ethnom&#233;thodologique&lt;/a&gt;, profite de la connaissance intime du terrain (la formation analys&#233;e) pour proposer une &#233;tude r&#233;flexive non plus d&#233;sincarn&#233;e mais nourrie de la chair des affects locaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Le discours sur la r&#233;volution num&#233;rique est une id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions &#233;pist&#233;mologiques effectu&#233;es, &#233;clairons maintenant les termes du d&#233;bat. De plus en plus d'outils et de proc&#233;dures sont num&#233;riques. C'est incontestable : le monde d'aujourd'hui ne ressemble pas &#224; celui existant au si&#232;cle dernier. Le num&#233;rique est un fait social, massif. Mais le discours disant que cette num&#233;risation est : un, une r&#233;volution et, deux, un progr&#232;s favorisant la communication est une id&#233;ologie (la volont&#233; d'imposer sa vision du monde en niant sa diversit&#233;). Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, parce qu'il n'y pas que le num&#233;rique qui pr&#233;tend tout changer : toutes les technologies, de l'&#233;lectricit&#233; &#224; la pilule en passant par les nanotechnologies ou le nucl&#233;aire peuvent pr&#233;tendre avoir &#171; r&#233;volutionn&#233; le monde &#187;. En v&#233;rit&#233;, si les technologies, num&#233;riques ou non, participent &#224; l'&#233;volution sociale, elles le font toujours dans une interaction conflictuelle entre elles (le t&#233;l&#233;phone contre le pc ou l'&#233;olien contre le nucl&#233;aire, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, les technologies se d&#233;ploient ou disparaissent parce qu'elles sont soumises &#224; des facteurs &#233;conomiques (prix, rentabilit&#233;, etc.), politiques (type de gouvernement, conflits arm&#233;s, etc.) et religieux (dogmes existants, nombres de croyants, etc.) qui interagissent diff&#233;remment suivant les territoires. Jamais dans l'histoire de l'humanit&#233; une technologie n'a engendr&#233; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, communiquer ce n'est pas utiliser des outils num&#233;riques. La communication c'est, essentiellement, du temps et de l'espace. Du temps, pour comprendre que l'on ne se comprend pas tout &#224; fait ; de l'espace, pour trouver la bonne distance entre le m&#234;me qui est en l'autre, et l'autre qui est en nous-m&#234;mes. Or, les outils num&#233;riques tendent justement &#224; abolir l'espace et le temps, donc la communication. La propagation contagieuse d'une information plus ou moins v&#233;rifi&#233;e par connexion num&#233;rique n'a rien &#224; voir avec la communication, rappelle avec juste raison D. Wolton dans &lt;a href=&#034;http://www.wolton.cnrs.fr/spip.php?article20&#034;&gt;&lt;em&gt;Informer n'est pas communiquer&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (CNRS &#233;ditions). Les termes du d&#233;bat &#233;tant maintenant &#233;claircis, passons au d&#233;cryptage proprement dit. Quels sont les m&#233;canismes conduisant &#224; la fermeture d'un parcours communication d&#233;di&#233; &#224; la d&#233;mocratie au profit d'un parcours consacr&#233; au num&#233;rique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier m&#233;canisme en jeu : le &lt;a href=&#034;https://bit.ly/2pJexmF&#034;&gt;bluff technologique&lt;/a&gt;. On doit &#224; Jacques Ellul cette notion qui d&#233;signe le fait que ce qui est possible technologiquement doit n&#233;cessairement &#234;tre mis en &#339;uvre au nom du progr&#232;s social. Le bluff technologique c'est le discours &#8211; port&#233; par les industriels du secteur, les ing&#233;nieurs informatiques et les technocrates &#8211; qui fait de la technique la solution &#224; tous les maux sociaux. Or, dit Ellul, la technologie n'est ni positive, ni n&#233;gative ni neutre. Il d&#233;ploie trois arguments en ce sens :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;tout progr&#232;s technique se paie d'un point de vue &#233;cologique (pollution) ou social (ch&#244;mage) ;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;tout progr&#232;s technologique soul&#232;ve au moins autant de difficult&#233;s qu'il n'en r&#233;sout (cf. la question de la protection des donn&#233;es personnelles &#224; l'heure d'Internet) ;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;tout progr&#232;s technologique engendre des effets impr&#233;visibles qui font courir des risques croissants &#224; la soci&#233;t&#233; (cyberterrorisme).&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des chercheurs, explique Ellul, n'est pas de propager ce bluff qui enferme la d&#233;mocratie dans les mains des ing&#233;nieurs, mais de participer &#224; l'ouverture du d&#233;bat d&#233;mocratique sur les choix technologiques. Il s'agit de r&#233;p&#233;ter, encore et encore, que l'&#233;volution technologique n'a rien d'in&#233;luctable, elle doit rester un choix de soci&#233;t&#233;. Il s'agit de briser &lt;a href=&#034;https://bit.ly/2pJexmF&#034;&gt;&#171; l'encerclement de l'&#233;vidence &#187;&lt;/a&gt; et non d'entrer dans la ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me m&#233;canisme en jeu : ce que l'&#201;cole de Palo Alto nomme une &#171; pr&#233;diction auto r&#233;alisatrice &#187; c'est-&#224;-dire une pr&#233;diction qui se r&#233;alise uniquement par le fait qu'on la pr&#233;dise. Un pr&#233;sentateur t&#233;l&#233; pr&#233;voie une p&#233;nurie de carburant, du coup tous les automobilistes se pr&#233;cipitent dans les pompes &#224; essence ce qui provoque, effectivement, une p&#233;nurie ! C'est exactement le cas pour le num&#233;rique. Le bluff technologique promu par les GAFA rencontre &#8211; via la publicit&#233;, le lobbying aupr&#232;s des partis politiques et le financement de certaines recherches &#8211; un fort &#233;cho m&#233;diatique, politique et social. Donc, pour ne pas &#234;tre &#171; d&#233;pass&#233; &#187;, chacun ach&#232;te du num&#233;rique et l'importance de ces outils dans nos vies s'accro&#238;t. D&#232;s lors, les nouveaux &#233;tudiants veulent du num&#233;rique dans leur formation pour &#171; s'adapter &#187; &#224; cet accroissement qu'ils ne font qu'amplifier. Au lieu de d&#233;construire cette &#171; demande sociale &#187;, fruit d'une pr&#233;diction auto r&#233;alisatrice savamment orchestr&#233;e, on pr&#233;f&#232;re y c&#233;der. Le r&#244;le de l'universit&#233; n'est-il pas pourtant de former des citoyens critiques ?&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Les chercheurs en SIC devraient d&#233;construire l'id&#233;ologie num&#233;rique et non la propager&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me m&#233;canisme en jeu est donc la l&#226;chet&#233; des universitaires. J'ai d&#233;j&#224; &lt;a href=&#034;https://bit.ly/2Gv5VdB&#034;&gt;consacr&#233; un texte &#224; ce sujet&lt;/a&gt; et ne vais donc pas y revenir longuement. Plut&#244;t que de se battre contre la d&#233;gradation des conditions de recherche (de moins en moins de moyens r&#233;currents) et d'enseignements (de plus en plus d'&#233;tudiants, pour un personnel de moins en moins nombreux), la plupart des universitaires courent apr&#232;s les appels d'offres du priv&#233; et/ou int&#232;grent une logique gestionnaire dans la direction des formations qu'ils animent. Cette derni&#232;re ne vise plus la qualit&#233; de la formation, la satisfaction des &#233;tudiants ou la demande du territoire, mais ob&#233;it &#224; un crit&#232;re unique : la rentabilit&#233; &#224; court terme. Quitte &#224; forger des ch&#244;meurs ? Oui, h&#233;las ! Le processus est tellement r&#233;pandu que les formations &#224; la communication num&#233;rique se multiplient au-del&#224; de ce que le march&#233; peut absorber !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me m&#233;canisme en jeu est la d&#233;connexion, de plus en plus inqui&#233;tante, entre recherche de terrain et r&#233;flexion th&#233;orique. Comme pour la science &#233;conomique, les sciences de l'information et de la communication voient se multiplier les th&#232;ses empiriques tr&#232;s d&#233;taill&#233;es et tr&#232;s bien conduites empiriquement mais tr&#232;s l&#233;g&#232;res sur le plan th&#233;orique et presque indigentes sur le plan &#233;pist&#233;mologique. Du coup, les nouveaux enseignants-chercheurs connaissent tr&#232;s peu de choses sur les th&#233;ories actuelles de la communication et sont incapables de penser les relations entre savoir et pouvoir. D&#232;s lors, pour eux les concepts de communication num&#233;rique ou d'espace public num&#233;rique sont des &#233;vidences ! Pourtant, d'une part, la communication ne se r&#233;duit pas &#224; la communication m&#233;diatis&#233;e par des outils et, d'autre part, les outils num&#233;riques ne sont pas des outils de communication mais des outils de connexion ce qui n'est pas du tout la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tache de l'universitaire n'est pas uniquement de d&#233;crire parfaitement ce qu'il rencontre sur le terrain, elle est surtout de proposer une interpr&#233;tation th&#233;orique qui suscite la r&#233;flexion sociale. Le cas d&#233;crypt&#233; ici montre tout l'inverse. Ce que r&#233;v&#232;le, en d&#233;finitive, cette volont&#233; de substituer la communication num&#233;rique &#224; la communication politique, c'est bien la disparition d'un sens critique capable de remettre en question l'ordre &#233;tabli, au profit d'un pr&#234;t-&#224;-penser (une doxa dirait Bourdieu) faisant d'un processus social compr&#233;hensible (un bluff technologique port&#233; par une pr&#233;diction autor&#233;alisatrice savamment orchestr&#233;e) un mouvement inexorable et naturel. Penser c'est dire non, avertit pourtant le philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L1xH1/count-c4139af3-f4c2c.gif?1706927201' alt=&#034;The Conversation&#034; width='1' height='1' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;fine-print&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;span&gt;&#201;ric Dacheux est responsable du parcours de master &#171; Communication et d&#233;mocratie participative &#187; de l'UCA.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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