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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Gilles Dowek, grand scientifique, passeur de science et penseur engag&#233;</title>
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&lt;p&gt;Gilles Dowek n'est plus parmi nous depuis le 21 juillet 2025. Il &#233;tait informaticien, logicien, philosophe aussi. Il est n&#233; le 20 d&#233;cembre 1966 et apr&#232;s des &#233;tudes &#224; Polytechnique et une th&#232;se d'informatique sous la direction de G&#233;rard Huet, en 1991, il est devenu chercheur &#224; l'Inria. C'est Serge Abiteboul et Claude Kirchner qui nous parlent de lui ici. Benjamin Ninassi, Pierre Paradinas, Thierry Vi&#233;ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa passion pour la programmation d&#233;bute t&#244;t : &#224; quinze ans, il con&#231;oit un jeu de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;width: 100%;font-style: italic;background-color: #f5f5f5;padding: 5px;margin-bottom: 20px&#034;&gt;Gilles Dowek n'est plus parmi nous depuis le 21 juillet 2025. Il &#233;tait informaticien, logicien, philosophe aussi. Il est n&#233; le 20 d&#233;cembre 1966 et apr&#232;s des &#233;tudes &#224; Polytechnique et une th&#232;se d'informatique sous la direction de G&#233;rard Huet, en 1991, il est devenu chercheur &#224; l'Inria. C'est Serge Abiteboul et Claude Kirchner qui nous parlent de lui ici. Benjamin Ninassi, Pierre Paradinas, Thierry Vi&#233;ville.&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;img class='wp-image-16473' style='float: left' src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH750/dbdbaae3-gilles_-5da5391d-b8d74.jpg?1754208601' alt=&#034;&#034; width='500' height='750' /&gt;Sa passion pour la programmation d&#233;bute t&#244;t : &#224; quinze ans, il con&#231;oit un jeu de Mastermind qui lui vaut, en 1982, le Prix scientifique Philips pour les jeunes. C'est la premi&#232;re de nombreuses distinctions. En 2007, il obtient le Grand prix de philosophie de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise pour le livre, &#8220;&lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses du calcul. Une &#233;tonnante histoire de math&#233;matiques&#8221;. &lt;/i&gt;Dans cet ouvrage, il montre comment les math&#233;matiques et la logique se transforment au XX&#7497; si&#232;cle avec l'int&#233;gration de la notion de calcul. &lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il re&#231;oit le Grand prix d'informatique Inria &#8211; Acad&#233;mie des sciences en 2023, et la M&#233;daille Histoire des Sciences et &#201;pist&#233;mologie de cette m&#234;me acad&#233;mie en 2024. Autant de signes qu'il fut l'un des meilleurs scientifiques de son domaine, mais aussi bien plus que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses recherches ont port&#233; sur la formalisation des preuves math&#233;matiques, et sur la m&#233;canisation de leur conception. Un logiciel peut alors v&#233;rifier la preuve d'un th&#233;or&#232;me, aider un humain &#224; en trouver une, voire dans certains cas, trouver automatiquement une telle preuve. Si les langages informatiques suffisamment puissants permettent tous d'exprimer les m&#234;mes fonctions, les fonctions calculables, il n'en est pas de m&#234;me pour l'expression des preuves. Les langages d'expression de preuves sont souvent incomparables. Gilles s'est alors attel&#233; &#224; une t&#226;che ambitieuse : concevoir un langage universel de preuve, &lt;i&gt;Dedukti&lt;/i&gt;, capable de repr&#233;senter des d&#233;monstrations issues de divers syst&#232;mes logiques, et de faciliter leur traduction mutuelle. Il r&#234;vait d'une biblioth&#232;que universelle de preuves math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles a &#233;galement tenu une place essentielle dans le mouvement qui a conduit &#224; g&#233;n&#233;raliser l'enseignement de l'informatique dans les coll&#232;ges et lyc&#233;es fran&#231;ais. Il a particip&#233; au rapport de l'Acad&#233;mie des sciences &lt;i&gt;&#8220;L'enseignement de l'informatique en France : il est urgent de ne plus attendre&#8221;&lt;/i&gt; (2013), puis &#224; l'&#233;laboration du premier programme officiel et du premier manuel scolaire d'informatique. Signe de la qualit&#233; de ses analyses et de ses contributions, il a &#233;t&#233; nomm&#233; au conseil sup&#233;rieur des programmes en 2023. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles &#233;tait &#233;galement un penseur, un philosophe. Il partageait avec son ami Michel Serres le go&#251;t de l'illustration lumineuse, du r&#233;cit juste. Il excellait &#224; rendre limpide l'abstrait, &#224; frapper les esprits par des exemples pertinents, souvent inattendus. C'&#233;tait un immense passeur de sciences. Ses livres de m&#233;diation scientifique ont marqu&#233;, tout comme la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;Qui a hack&#233; Garoutzia&lt;/i&gt;, co&#233;crite avec Serge Abiteboul et Laurence Devillers, mise en sc&#232;ne &#224; Avignon par Lisa Bretzner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles a reli&#233; sa pens&#233;e scientifique riche, inform&#233;e et d'une largeur remarquable, incluant la science informatique, mais aussi la recherche en quantique, avec l'&#233;thique du num&#233;rique en tant que r&#233;flexion sur les conduites humaines et les valeurs qui les fondent. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000, il s'est associ&#233; aux d&#233;veloppements des r&#233;flexions sur l'impact soci&#233;tal des sciences et technologies num&#233;riques. Il a particip&#233; &#224; la CERNA (commission de r&#233;flexion sur l'&#233;thique de la recherche en sciences et technologies du num&#233;rique) puis a &#233;t&#233; un membre particuli&#232;rement actif et appr&#233;ci&#233; du CNPEN (Comit&#233; national pilote d'&#233;thique du num&#233;rique) o&#249; ses analyses et propositions ont &#233;t&#233; remarquablement &#233;clairantes. Par sa profonde culture scientifique et sa vision du domaine du num&#233;rique, il savait porter des analyses pr&#233;cises et factuelles sur l'&#233;tat des impacts du num&#233;rique sur notre soci&#233;t&#233; tout en ayant une vision prospective pertinente et convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profond&#233;ment militant, Gilles a contribu&#233; directement &#224; mettre en pratique ses id&#233;es, convictions et comp&#233;tences. Il a pr&#233;sid&#233; l'ARDHIS (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans &#224; l'immigration et au s&#233;jour). Il a &#233;t&#233; directeur scientifique adjoint d'Inria de 2010 &#224; 2013, Il a contribu&#233; &#224; la mise en place effective en France des cours en ligne ouverts et largement disponibles (Mooc) qui se prolongent aujourd'hui dans Fun (France Universit&#233; Num&#233;rique) et le Learning Lab d'Inria. Il a particip&#233; au Comit&#233; national pilote d'&#233;thique du num&#233;rique, et au Conseil national du num&#233;rique.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les diff&#233;rentes facettes de sa vie, Gilles a &#233;t&#233; brillant, original, dr&#244;le, dot&#233; d'un humour &#233;clairant et parfois impertinent, rigoureux, passionn&#233;, chaleureux, admirable d&#232;s qu'on le connaissait, et profond&#233;ment humaniste avant tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste pour nous un ami, et pour tous, un mod&#232;le&lt;b&gt;. &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Serge Abiteboul, &lt;/b&gt;Inria et ENS Paris, &lt;b&gt;Claude Kirchner&lt;/b&gt;, Pr&#233;sident du CCNE du num&#233;rique et Inria.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;wp-block-table&#034;&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Ses obs&#232;ques auront lieu le lundi 28 juillet &#224; 15h30 &#224; la salle de la Coupole, au cr&#233;matorium du P&#232;re Lachaise (entr&#233;e &#171; Porte Gambetta &#187;, face &#224; l'avenue du P&#232;re Lachaise). La c&#233;r&#233;monie d'hommage durera 1h et sera suivie par la cr&#233;mation non publique.&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt; &lt;h2&gt;Gilles et Binaire&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Gilles a &#233;t&#233; un des premiers &#233;diteurs du blog binaire. Il est rest&#233; un ami fid&#232;le :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2024/01/26/luniversalite-de-la-verification-des-demonstrations-mathematiques/&#034;&gt;L'universalit&#233; de la v&#233;rification des d&#233;monstrations math&#233;matiques&lt;/a&gt;, Entretien de Gilles Dowek avec Serge Abiteboul et Claire Mathieu, 2024 &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2022/07/12/lexpo-reseaux-monde-au-centre-pompidou/&#034;&gt;L'expo R&#233;seaux-Monde au Centre Pompidou&lt;/a&gt;, Gilles Dowek et Fabien Tarissan, 2022&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2021/03/05/linformatique-quelques-questions-pour-se-facher-entre-amis/&#034;&gt;L'informatique, quelques questions pour se f&#226;cher entre amis&lt;/a&gt;, Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2021&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2019/11/01/des-pistes-pour-sortir-de-la-crise-de-lenseignement-des-sciences/&#034;&gt;Des pistes pour sortir de la crise de l'enseignement des sciences&lt;/a&gt;, Gilles Dowek, 2019&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2019/07/26/demonstrations-mathematiques-et-programmes-informatiques/&#034;&gt;Langages des maths, langages de l'informatique&lt;/a&gt;, Entretien de Thierry Coquand, avec Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2019&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2018/03/27/les-mutations-du-cognitif/&#034;&gt;Les mutations du cognitif&lt;/a&gt;, Entretien de Michel Serres, avec Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2018&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2017/04/06/elections-4-bits-au-premier-tour-1-seul-au-second/&#034;&gt;&#201;lections : 4 bits au premier tour, 1 seul au second&lt;/a&gt;, Gilles Dowek et al. 2017&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2016/07/30/podcastscience-informatique-et-ethique/&#034;&gt;Podcastscience : Informatique et Ethique&lt;/a&gt;, Sur Podcast Science, Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2016&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2016/07/01/hibou-chou-genou-caillou/&#034;&gt;Hibou chou genou caillou&#8230;&lt;/a&gt;, Gilles Dowek, 2016&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2014/10/03/jules-ferry-3-0/&#034;&gt;Jules Ferry 3.0&lt;/a&gt;, Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2014&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2014/02/05/la-place-de-linformatique-dans-la-classification-des-sciences/&#034;&gt;La place de l'informatique dans la classification des sciences&lt;/a&gt;, Gilles Dowek, 2014&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2014/01/28/athena-hephaistos-et-la-robotique-1/&#034;&gt;Ath&#233;na, H&#233;pha&#239;stos et la robotique&lt;/a&gt;, Entretien de Jean-Paul Laumond, par Serge Abiteboul et Gilles Dowek, 2014&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2014/01/19/linformatique-la-science-au-coeur-du-numerique-1/&#034;&gt;L'informatique : la science au c&#339;ur du num&#233;rique&lt;/a&gt;, Rapport du Conseil scientifique de la SIF avec Gilles Dowek &#8211; 5 articles, 2014&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;div class=&#034;wp-socializer wpsr-buttons wpsr-row-1&#034;&gt;&lt;div class=&#034;wpsr-btn wpsr-srvc-social_icons wpsr-btn-sb-2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;socializer sr-32px sr-drop sr-opacity sr-count-1 sr-pad sr-popup&#034;&gt;&lt;span class=&#034;sr-facebook &#034;&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.facebook.com/share.php?u=https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/&#034; target=&#034;_blank&#034; title=&#034;Share this on Facebook&#034; style=&#034;color: #fff&#034;&gt;&lt;i class=&#034;fa fa-facebook-f&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;ctext&#034;&gt;&lt;span data-wpsrs-cached=&#034;true&#034;&gt;0&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;sr-twitter &#034;&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://twitter.com/intent/tweet?text=Gilles+Dowek%2C+grand+scientifique%2C+passeur+de+science+et+penseur+engag%C3%A9%20-%20https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/%20@Blog_Binaire&#034; 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Il &#233;tait informaticien, logicien,%20-%20https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/&#034; target=&#034;_blank&#034; title=&#034;Email this &#034; style=&#034;color: #fff&#034;&gt;&lt;i class=&#034;fa fa-envelope&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;sr-shortlink &#034;&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/?p=16469&#034; target=&#034;_blank&#034; onclick=&#034;socializer_shortlink( event, this )&#034; title=&#034;Short link&#034; style=&#034;color: #fff&#034;&gt;&lt;i class=&#034;fa fa-link&#034;&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;wp-socializer wpsr-buttons wpsr-row-2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;wpsr-btn wpsr-srvc-facebook wpsr-btn-fb_hl&#034;&gt;&lt;div class=&#034;fb-like&#034; data-href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/&#034; data-width=&#034;&#034; data-layout=&#034;button_count&#034; data-action=&#034;like&#034; data-show-faces=&#034;false&#034; data-share=&#034;false&#034; data-size=&#034;small&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;wpsr-btn wpsr-srvc-twitter wpsr-btn-twitter_hl&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/share&#034; class=&#034;twitter-share-button&#034; data-show-count=&#034;false&#034; data-related=&#034;&#034; data-url=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/&#034; data-size=&#034;small&#034; data-via=&#034;Blog_Binaire&#034; data-hashtags=&#034;&#034;&gt;Tweet&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;wpsr-btn wpsr-srvc-linkedin wpsr-btn-linkedin_hl&#034;&gt;&lt;script type=&#034;IN/Share&#034; data-url=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/07/24/gilles-dowek-grand-scientifique-passeur-de-science-et-penseur-engage/&#034; data-counter=&#034;right&#034;&gt;&lt;/script&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Prendre des d&#233;cisions optimales sans avoir toutes les cartes en main, 2/2 : la science des r&#233;v&#233;lations</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article22519.html</link>
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&lt;p&gt;L'article &#171; Revelations : A Decidable Class of POMDP with Omega-Regular Objectives &#187; a &#233;t&#233; prim&#233; par le &#171; Outstanding Paper Award &#187; &#224; la conf&#233;rence AAAI 2025, la plus prestigieuse conf&#233;rence internationale en intelligence artificielle (https://aaai.org/). Cette r&#233;compense couronne le fruit d'un travail de recherche initi&#233; &#224; Bordeaux, au sein de l'&#233;quipe Synth&#232;se (https://synth.labri.fr/) du Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique (LaBRI), o&#249; travaillent quatre des auteurs : Marius (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article &#171; Revelations : A Decidable Class of POMDP with Omega-Regular Objectives &#187; a &#233;t&#233; prim&#233; par le &#171; Outstanding Paper Award &#187; &#224; la conf&#233;rence AAAI 2025, la plus prestigieuse conf&#233;rence internationale en intelligence artificielle (&lt;a href=&#034;https://aaai.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aaai.org/&lt;/a&gt;). Cette r&#233;compense couronne le fruit d'un travail de recherche initi&#233; &#224; Bordeaux, au sein de l'&#233;quipe Synth&#232;se (&lt;a href=&#034;https://synth.labri.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://synth.labri.fr/&lt;/a&gt;) du Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique (LaBRI), o&#249; travaillent quatre des auteurs : Marius Belly, Nathana&#235;l Fijalkow, Hugo Gimbert et Pierre Vandenhove, en coop&#233;ration avec des chercheurs &#224; Paris (Florian Horn) et Anvers (Guillermo P&#233;rez). Apr&#232;s nous avoir racont&#233; la gen&#232;se de ce papier dans un pr&#233;c&#233;dent article, ce billet en esquisse les id&#233;es principales, tandis que l'article complet est consultable librement &#224; l'adresse &lt;a href=&#034;https://arxiv.org/abs/2412.12063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arxiv.org/abs/2412.12063&lt;/a&gt; . Chlo&#233; Mercier et Serge Abiteboul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;quipe Synth&#232;se du LaBRI s'attaque au probl&#232;me ardu de la synth&#232;se de programme. Il s'agit de d&#233;velopper des algorithmes qui eux-m&#234;mes g&#233;n&#232;rent d'autres algorithmes, &#224; partir de quelques exemples ou d'une sp&#233;cification de ce qui est attendu. Concr&#232;tement, ces algorithmes tr&#232;s puissants sont utilis&#233;s dans une vari&#233;t&#233; de contextes. Par exemple, la plupart des tableurs proposent aujourd'hui des fonctions de remplissage automatique : vous remplissez quelques cellules et, &#224; partir de ces quelques exemples, un petit algorithme est synth&#233;tis&#233; &#224; la vol&#233;e et se charge de finir le travail (&lt;a href=&#034;https://deepsynth.labri.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://deepsynth.labri.fr/&lt;/a&gt;). Un autre exemple est le contr&#244;le robotique : un op&#233;rateur transmet &#224; un robot une t&#226;che &#224; ex&#233;cuter, par exemple reprendre le contr&#244;le de la balle dans un match de Robocup, et charge au robot et &#224; ses algorithmes de programmer la bonne suite de mouvements et d'actions &#224; effectuer pour arriver au but escompt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les ing&#233;nieurs et chercheurs en Intelligence Artificielle (IA) ont besoin de r&#233;soudre des probl&#232;mes de synth&#232;se, ils utilisent couramment un formalisme math&#233;matique appel&#233; processus de d&#233;cision Markoviens, ou pour faire plus court, les MDP. La question centrale est la suivante : dans une situation o&#249; il faut prendre une suite de d&#233;cisions, d&#233;crite par un MDP, comment faire pour prendre de bonnes d&#233;cisions ? Ou, encore mieux, comment faire pour calculer automatiquement la meilleure suite de d&#233;cisions possibles, ce qui s'appelle &#233;galement une strat&#233;gie optimale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les MDP pour d&#233;cider&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qu'un MDP exactement ? Dans le contexte de cette recherche, c'est un syst&#232;me &#224; &#233;tats finis dont l'&#233;volution est d&#233;termin&#233;e &#224; la fois par les d&#233;cisions (choix d'action), mais &#233;galement par le hasard. Voil&#224; &#224; quoi ressemble un tel animal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un exemple de MDP&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce MDP illustre un exemple issu de l'article. C'est un jeu classique : il y a deux portes, et un tigre se cache derri&#232;re l'une des deux. On doit choisir quelle porte ouvrir, mais on ne sait pas o&#249; est le tigre. Gr&#226;ce &#224; l'action &#8220;&#233;couter&#8221; (&#8220;listen&#8221; dans l'illustration) on peut r&#233;v&#233;ler o&#249; se cache le tigre avec une probabilit&#233; positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;dits : les auteurs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie courante, on peut se servir des MDP &#224; de multiples occasions (nous les avions d&#233;j&#224; rencontr&#233; dans le cas du Cluedo dans un autre article binaire), par exemple pour jouer au &#171; Solitaire &#187;, &#233;galement appel&#233; &#171; Patience &#187; ou encore &#171; Spider Solitaire &#187; dans sa c&#233;l&#232;bre variante. La situation ci-dessous illustre le dilemme de la prise de d&#233;cision dans un MDP : faut-il placer un des deux rois noirs sur la pile vide &#224; gauche ? Si oui, lequel des deux ? Le choix est &#233;pineux car certaines cartes sont masqu&#233;es et ne seront r&#233;v&#233;l&#233;es qu'ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jeu de Solitaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de Solitaire. M&#234;me quand toutes les cartes sont r&#233;v&#233;l&#233;es, le probl&#232;me est difficile : cf &lt;a href=&#034;https://web.stanford.edu/~bvr/pubs/solitaire.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://web.stanford.edu/~bvr/pubs/solitaire.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;dits : les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gies de r&#233;solution des MDP&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes cat&#233;gories d'algorithmes IA pour r&#233;soudre un MDP, qui peuvent para&#238;tre similaires &#224; premi&#232;re vue mais qui pour les chercheurs en informatique sont bien distinctes. D'une part, il y a les algorithmes qui fonctionnent bien en pratique mais sans garantie de fournir la meilleure solution, ce qui est le cas de la plupart des m&#233;thodes d'apprentissage, notamment celles utilisant les r&#233;seaux de neurones (DeepRL). D'autre part, il y a les algorithmes qui fournissent &#224; coup s&#251;r une r&#233;ponse exacte, qui rel&#232;vent de l'IA de confiance, bas&#233;e sur la notion de calculabilit&#233; et de probl&#232;me d&#233;cidable d&#233;velopp&#233; par le g&#233;nie Alan Turing, pionnier de l'informatique th&#233;orique. L'article des chercheurs bordelais appartient &#224; la seconde cat&#233;gorie : quand l'algorithme propos&#233; produit une strat&#233;gie gagnante, on peut utiliser cette strat&#233;gie en toute confiance &#8212; elle garantit de gagner avec probabilit&#233; 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons modestes et r&#233;alistes : les techniques d'apprentissage permettent de calculer des strat&#233;gies dans des probl&#232;mes tr&#232;s complexes alors que les techniques exactes au sens de la th&#233;orie de la calculabilit&#233; sont pour l'instant circonscrites &#224; des probl&#232;mes plus simples, car elles sont en g&#233;n&#233;ral beaucoup plus gourmandes en ressources de calcul. Par exemple, Google DeepMind a exploit&#233; les techniques de DeepRL afin de synth&#233;tiser d'excellentes strat&#233;gies &#224; StarCraft, un jeu vid&#233;o populaire dans lequel il faut prendre des dizaines de d&#233;cisions par seconde en fonction de millions de param&#232;tres. L'IA de DeepMind a initialement battu les meilleurs joueurs mondiaux, mais sa strat&#233;gie n'&#233;tait pas parfaite : des contre-strat&#233;gies difficilement pr&#233;visibles ont ensuite &#233;t&#233; d&#233;couvertes. Les m&#233;thodes exactes sont aujourd'hui inexploitables pour r&#233;soudre un probl&#232;me aussi complexe que StarCraft, mais cela ne les emp&#234;che pas d'&#234;tre efficaces en pratique. Par exemple, autre succ&#232;s bordelais, l'&#233;quipe Rhoban du LaBRI a remport&#233; une m&#233;daille d'or &#224; la Robocup 2023 en exploitant des m&#233;thodes exactes pour r&#233;soudre de petits MDP en se basant sur le partage d'informations entre plusieurs robots coop&#233;ratifs (&lt;a href=&#034;https://github.com/Rhoban/TeamPlay&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://github.com/Rhoban/TeamPlay&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; de la r&#233;solution exacte de probl&#232;mes de d&#233;cision est tr&#232;s variable en fonction de l'information disponible au moment de la d&#233;cision. Le cas id&#233;al est celui de l'information parfaite, c'est le cas o&#249; toute l'information est disponible. Un exemple classique est celui d'un robot qui doit sortir d'un labyrinthe dont on conna&#238;t le plan ainsi que la propre position et orientation exacte du robot. Dans ce cas, le calcul est relativement facile &#224; effectuer : il faut calculer un chemin vers la sortie (par exemple avec l'algorithme de Dijkstra) puis suivre ce chemin avec la suite de commandes de d&#233;placement ad&#233;quates. Mais dans les probl&#232;mes rencontr&#233;s en pratique, il est rare d'avoir toutes les cartes en main. C'est le cas au solitaire, o&#249; une partie des cartes est masqu&#233;e, ce qui n&#233;cessite de faire des hypoth&#232;ses. Dans ce cas, en toute g&#233;n&#233;ralit&#233; le probl&#232;me ne peut &#234;tre r&#233;solu de mani&#232;re exacte, la r&#233;ponse n'est pas calculable au sens de Turing : aucun algorithme, aussi puissant que soit l'ordinateur sur lequel il est programm&#233;, ne peut r&#233;soudre avec exactitude tous les probl&#232;mes de contr&#244;le de MDP. C'est assez d&#233;moralisant &#224; premi&#232;re vue pour un informaticien mais cela n'arr&#234;te pas certains chercheurs en informatique qui s'attellent &#224; trouver des classes de MDP pour lesquelles le probl&#232;me est moins complexe. En informatique th&#233;orique, on appelle cela une classe d&#233;cidable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de recherche prim&#233; &#224; AAAI fournit justement une classe d&#233;cidable de MDP : c'est le cas des probl&#232;mes avec &#171; r&#233;v&#233;lation forte &#187;, pour lesquels &#224; chaque instant il y a une probabilit&#233; non-nulle que l'&#233;tat exact du monde soit r&#233;v&#233;l&#233;. L'article donne aussi des r&#233;sultats de d&#233;cidabilit&#233; pour le cas des &#171; r&#233;v&#233;lations faibles &#187;, qui garantit que l'&#233;tat exact du monde ne peut rester inconnu infiniment longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article de recherche se doit d'&#234;tre tourn&#233; vers le futur, d'ouvrir des pistes. Notre algorithme permet d'analyser les jeux avec des r&#233;v&#233;lations (fortes). Une perspective int&#233;ressante est de retourner le probl&#232;me : on peut se demander plus g&#233;n&#233;ralement ce que fait l'algorithme lorsqu'il est utilis&#233; pour n'importe quel jeu, avec ou sans r&#233;v&#233;lations. Cela permet d'envisager d'analyser tous les jeux, m&#234;me les plus compliqu&#233;s, mais en restreignant plut&#244;t le type de strat&#233;gie que les joueurs utilisent, ou la quantit&#233; d'informations qu'ils sont capables de traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marius Belly, Nathana&#235;l Fijalkow, Hugo Gimbert, Florian Horn, Guillermo A. P&#233;rez et Pierre Vandenhove&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prendre des d&#233;cisions optimales sans avoir toutes les cartes en main, 1/2 : la gen&#232;se d'un papier scientifique</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article22471.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.innovation-pedagogique.fr/article22471.html</guid>
		<dc:date>2025-05-16T07:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>binaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les chercheurs ont toujours du mal &#224; expliquer comment la recherche progresse dans un cadre international, pluridisciplinaire et collaboratif. Nous allons illustrer cela avec la gen&#232;se d'un article scientifique &#171; Revelations : A Decidable Class of POMDP with Omega-Regular Objectives &#187;. Cet article a &#233;t&#233; prim&#233; par le &#171; Outstanding Paper Award &#187; &#224; la conf&#233;rence AAAI 2025, la plus prestigieuse conf&#233;rence internationale en intelligence artificielle (https://aaai.org/). Quatre des auteurs, Marius (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les chercheurs ont toujours du mal &#224; expliquer comment la recherche progresse dans un cadre international, pluridisciplinaire et collaboratif. Nous allons illustrer cela avec la gen&#232;se d'un article scientifique &#171; Revelations : A Decidable Class of POMDP with Omega-Regular Objectives &#187;. Cet article a &#233;t&#233; prim&#233; par le &#171; Outstanding Paper Award &#187; &#224; la conf&#233;rence AAAI 2025, la plus prestigieuse conf&#233;rence internationale en intelligence artificielle (&lt;a href=&#034;https://aaai.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aaai.org/&lt;/a&gt;). Quatre des auteurs, Marius Belly, Nathana&#235;l Fijalkow, Hugo Gimbert et Pierre Vandenhove, sont au laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI). Ils ont collabor&#233; avec des chercheurs &#224; Paris (Florian Horn) et Anvers (Guillermo P&#233;rez). L'article est consultable librement &#224; l'adresse &lt;a href=&#034;https://arxiv.org/abs/2412.12063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arxiv.org/abs/2412.12063&lt;/a&gt;. Les auteurs racontent ici pour binaire l'histoire de ce travail. L'int&#233;r&#234;t de l'article est d'observer la recherche en train de se faire. Il n'est pas n&#233;cessaire de comprendre m&#234;me leurs r&#233;sultats. Dans un second article, ils donneront plus de d&#233;tails sur les contributions scientifiques. Serge Abiteboul et Chlo&#233; Mercier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 09 mai 2025 par binaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Prendre des d&#233;cisions optimales sans avoir toutes les cartes en main, 1/2 : la gen&#232;se d'un papier scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs ont toujours du mal &#224; expliquer comment la recherche progresse dans un cadre international, pluridisciplinaire et collaboratif. Nous allons illustrer cela avec la gen&#232;se d'un article scientifique &#171; Revelations : A Decidable Class of POMDP with Omega-Regular Objectives &#187;. Cet article a &#233;t&#233; prim&#233; par le &#171; Outstanding Paper Award &#187; &#224; la conf&#233;rence AAAI 2025, la plus prestigieuse conf&#233;rence internationale en intelligence artificielle (&lt;a href=&#034;https://aaai.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aaai.org/&lt;/a&gt;). Quatre des auteurs, Marius Belly, Nathana&#235;l Fijalkow, Hugo Gimbert et Pierre Vandenhove, sont au laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI). Ils ont collabor&#233; avec des chercheurs &#224; Paris (Florian Horn) et Anvers (Guillermo P&#233;rez). L'article est consultable librement &#224; l'adresse &lt;a href=&#034;https://arxiv.org/abs/2412.12063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arxiv.org/abs/2412.12063&lt;/a&gt;. Les auteurs racontent ici pour binaire l'histoire de ce travail. L'int&#233;r&#234;t de l'article est d'observer la recherche en train de se faire. Il n'est pas n&#233;cessaire de comprendre m&#234;me leurs r&#233;sultats. Dans un second article, ils donneront plus de d&#233;tails sur les contributions scientifiques. Serge Abiteboul et Chlo&#233; Mercier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question originale a &#233;t&#233; pos&#233;e pendant le workshop &#171; Gamenet &#187; sur la th&#233;orie des jeux m&#234;lant informaticiens, math&#233;maticiens et &#233;conomistes &#224; Maastricht (Pays-Bas) en 2022. Les r&#233;sultats math&#233;matiques pr&#233;sent&#233;s par Guillaume Vigeral et Bruno Ziliotto sur les ph&#233;nom&#232;nes de &#8220;r&#233;v&#233;lations&#8221; dans les mod&#232;les de jeux &#224; information imparfaite ont suscit&#233; la curiosit&#233; de Hugo et Florian au sujet des propri&#233;t&#233;s algorithmiques de ces jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poker est un exemple classique de jeu &#224; information imparfaite : chaque joueur poss&#232;de &#224; tout moment une information partielle de la partie, &#224; savoir il conna&#238;t sa main et ce que les autres joueurs ont annonc&#233;, mais pas la main des autres joueurs. Les jeux &#224; information imparfaite sont extr&#234;mement durs &#224; comprendre d'un point de vue algorithmique, et l'on peut m&#234;me prouver que, dans des mod&#232;les tr&#232;s simples, ils sont &#8220;ind&#233;cidables&#8221;, ce qui signifie qu'il n'existe pas d'algorithme permettant de construire une strat&#233;gie optimale. Analyser algorithmiquement les jeux &#224; information imparfaite est un vaste programme de recherche, tr&#232;s actif dans le monde acad&#233;mique mais &#233;galement dans l'industrie : Google DeepMind s'est par exemple attaqu&#233; &#224; StarCraft. Son succ&#232;s a &#233;t&#233; mitig&#233; puisque, si l'IA a initialement battu les meilleurs joueurs mondiaux, des strat&#233;gies impr&#233;visibles contrant l'IA ont ensuite &#233;t&#233; d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Informellement, une &#8220;r&#233;v&#233;lation&#8221; dans un jeu &#224; information imparfaite correspond &#224; un instant o&#249; les joueurs poss&#232;dent une connaissance compl&#232;te de l'&#233;tat du jeu. Par exemple au poker, lorsque tous les joueurs r&#233;v&#232;lent leurs cartes. Mais le m&#233;canisme du jeu peut introduire apr&#232;s ce moment &#224; nouveau des incertitudes, par exemple si un joueur pioche une nouvelle carte et ne la r&#233;v&#232;le pas. A son retour &#224; Bordeaux, Hugo a pos&#233; &#224; Nathana&#235;l cette question fascinante : les jeux qui impliquent &#8220;r&#233;guli&#232;rement&#8221; des r&#233;v&#233;lations sont-ils plus faciles &#224; analyser d'un point de vue algorithmique ? Intuitivement, la difficult&#233; d'analyser les jeux &#224; information imparfaite est due &#224; la multiplication des possibilit&#233;s. Mais s'il y a &#8220;souvent&#8221; des r&#233;v&#233;lations, ce nombre de possibilit&#233;s devrait &#234;tre r&#233;duit. Nous avons commenc&#233; &#224; plancher sur ce sujet &#224; trois : Nathana&#235;l, Hugo, et Florian.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo et Florian ont rendu visite &#224; Nathana&#235;l pendant son ann&#233;e sabbatique &#224; l'Universit&#233; de Varsovie (en 2023), et l'hiver polonais leur a permis de faire une premi&#232;re d&#233;couverte : ils ont prouv&#233; que ces jeux n'&#233;taient pas plus faciles &#224; analyser que le cas g&#233;n&#233;ral. Au lieu d'abandonner, ils ont d&#233;cid&#233; de se focaliser sur les processus de d&#233;cisions Markoviens (MDP), cas particulier des jeux o&#249; il n'y a qu'un seul joueur. Dans ce nouveau cadre, ils ont formul&#233; des conjectures et con&#231;u un algorithme pour r&#233;soudre ces MDP, mais ils n'avaient pas encore de preuve compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encourag&#233; par ces r&#233;sultats, Hugo a propos&#233; &#224; Marius, alors &#233;tudiant en Master, d'effectuer son stage de recherche sur cette question au printemps 2023. Apr&#232;s de longs mois &#224; manipuler des outils probabilistes et topologiques et apr&#232;s deux visites &#224; Paris pour travailler avec Florian, les premi&#232;res preuves ont &#233;t&#233; couch&#233;es sur papier. Le stage a en particulier permis de formaliser une distinction importante : il a distingu&#233; entre deux notions diff&#233;rentes de &#8220;r&#233;v&#233;lations&#8221;, dites &#8220;faible&#8221; et &#8220;forte&#8221;. Malgr&#233; les progr&#232;s, de nombreuses questions restaient ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre a alors commenc&#233; un post-doctorat dans l'&#233;quipe bordelaise en septembre 2023, peu apr&#232;s la fin du stage de Marius. Il a d&#233;vor&#233; son rapport de stage, relan&#231;ant encore une fois la machine : l'espoir fait vivre et nourrit la recherche. Nous avons alors fait de grands pas en avant, et obtenu des r&#233;sultats positifs dans le cas de r&#233;v&#233;lations fortes ainsi que des r&#233;sultats n&#233;gatifs pour les r&#233;v&#233;lations faibles. Plus pr&#233;cis&#233;ment, nous avons construit un algorithme permettant d'analyser les jeux avec des r&#233;v&#233;lations fortes, et montr&#233; que cela &#233;tait impossible (ind&#233;cidable) en cas de r&#233;v&#233;lations faibles. C'est aussi une exp&#233;rience classique en recherche : lorsque l'on se lance dans un nouveau probl&#232;me, on commence par faire de tout petits pas. Plus on avance dans la compr&#233;hension des objets, et plus on fait de grands pas, jusqu'&#224; r&#233;soudre le probl&#232;me (ou pas). Faire de la recherche, c'est r&#233;-apprendre &#224; marcher &#224; chaque nouveau probl&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour valider nos r&#233;sultats empiriquement, nous avons collabor&#233; avec Guillermo, expert des m&#233;thodes statistiques et exactes pour les jeux stochastiques. L'int&#233;r&#234;t de l'algorithme que nous avions construit &#233;tait d'&#234;tre conceptuellement tr&#232;s simple et facile &#224; impl&#233;menter. Il s'est av&#233;r&#233; qu'il permet &#233;galement en pratique de construire des strat&#233;gies plus performantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article de recherche se doit d'&#234;tre tourn&#233; vers le futur, d'ouvrir des pistes. Notre algorithme permet d'analyser les jeux avec des r&#233;v&#233;lations (fortes). Une perspective int&#233;ressante est de retourner le probl&#232;me : on peut se demander plus g&#233;n&#233;ralement ce que fait l'algorithme lorsqu'il est utilis&#233; pour n'importe quel jeu, avec ou sans r&#233;v&#233;lations. Cela permet d'envisager d'analyser tous les jeux, m&#234;me les plus compliqu&#233;s, mais en restreignant plut&#244;t le type de strat&#233;gie que les joueurs utilisent, ou la quantit&#233; d'informations qu'ils sont capables de traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius Belly, Nathana&#235;l Fijalkow, Hugo Gimbert, Florian Horn, Guillermo A. P&#233;rez et Pierre Vandenhove&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'invasion de ChatGPT dans l'&#233;ducation : pour, contre, et comment</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article22383.html</link>
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		<dc:date>2025-05-01T08:42:12Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Les IA g&#233;n&#233;ratives transforment toutes les disciplines, toutes les habitudes. Elles bouleversent en particulier l'&#233;ducation, peuvent parfois paniquer les enseignants. Une sp&#233;cialiste de l'IA analyse objectivement le sujet. Mich&#232;le Sebag est chercheuse &#233;m&#233;rite au CNRS. Elle est depuis 2017 membre de l'Acad&#233;mie des technologies, et a &#233;t&#233; membre du Conseil national du num&#233;rique. Serge Abiteboul &amp; Chlo&#233; Mercier. &lt;br class='autobr' /&gt; Site perso de Michele Sebag &lt;br class='autobr' /&gt;
L'irruption de ChatGPT et des intelligences (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les IA g&#233;n&#233;ratives transforment toutes les disciplines, toutes les habitudes. Elles bouleversent en particulier l'&#233;ducation, peuvent parfois paniquer les enseignants. Une sp&#233;cialiste de l'IA analyse objectivement le sujet. Mich&#232;le Sebag est chercheuse &#233;m&#233;rite au CNRS. Elle est depuis 2017 membre de l'Acad&#233;mie des technologies, et a &#233;t&#233; membre du Conseil national du num&#233;rique. Serge Abiteboul &amp; Chlo&#233; Mercier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure id=&#034;attachment_16241&#034; aria-describedby=&#034;caption-attachment-16241&#034; style=&#034;width: 178px&#034; class=&#034;wp-caption aligncenter&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2025/03/855837b1-capture-d'e&#769;cran-2025-03-12-a&#768;-16.03.21.png&#034;&gt;&lt;img class=' wp-image-16241' src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L336xH386/855837b1-capture-9be6543c-f0a9e.png?1746088946' alt=&#034;&#034; width='336' height='386' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption id=&#034;caption-attachment-16241&#034; class=&#034;wp-caption-text&#034;&gt;Site perso de Michele Sebag&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de ChatGPT et des intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives dans le monde de l'&#233;ducation change la donne. Pour quels r&#233;sultats ? Les pr&#233;dictions faites sur les impacts d'un tel changement sont variables, allant d'un futur radieux &#224; l'apocalypse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui change.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait soulign&#233; Michel Serres (Petite Poucette, 2012), l'acc&#232;s &#224; l'information &#224; travers Wikip&#233;dia ou Google permet &#224; chacun&#183;e de v&#233;rifier la compl&#233;tude ou la coh&#233;rence des enseignements donn&#233;s ex cathedra. Cette capacit&#233; modifie la relation des &#233;tudiant&#183;e&#183;s au savoir des enseignant&#183;e&#183;s (confiance, m&#233;morisation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les IA g&#233;n&#233;ratives, ChatGPT et ses &#233;mules &#8722; LLaMA de Meta, Alpaca de Stanford, Gemini de Google, DeepSeek &#8722; vont plus loin. Une de leurs fonctions est de savoir r&#233;pondre &#224; la plupart des questions pos&#233;es pour &#233;valuer un&#183;e &#233;tudiant&#183;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ChatGPT, l'&#233;tudiant&#183;e dispose ainsi d'un simulateur &#233;nergivore de Pic de la Mirandole, ayant r&#233;ponse &#224; tout &#8722; quoique parfois priv&#233; de discernement. Chaque &#233;tudiant&#183;e se trouve ainsi dans la chambre chinoise1, disposant d'un programme permettant de r&#233;pondre aux questions, et non n&#233;cessairement de la connaissance n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignant&#183;e est en face d'un double dilemme : i) &#224; quoi sert l'enseignement si le fait de bien savoir se servir d'un ChatGPT donne les m&#234;mes r&#233;ponses ? ii) comment faire la diff&#233;rence entre quelqu'un qui sait, et quelqu'un qui sait se servir d'un ChatGPT ? La donne change ainsi en termes de transmission et d'&#233;valuation des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre : Co&#251;ts mat&#233;riels et immat&#233;riels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opposants &#224; l'ascension des ChatGPT dans le monde de l'&#233;ducation2 se fondent tout d'abord sur le fait que leur consommation en &#233;nergie n'est pas soutenable. En second lieu, ces syst&#232;mes ne sont pas fiables (&#8221;parfois priv&#233; de discernement&#8221; : les hallucinations en sont un exemple visible, mais il y a aussi toute l'information invisibilis&#233;e par suite des biais de corpus ou d'entrainement). En troisi&#232;me lieu, leur impact sur la cognition est possible, voire probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'abstiendrai de discuter les aspects &#233;nerg&#233;tiques. Pour fixer les id&#233;es3, la consommation de ChatGPT (entrainement et usage pendant l'ann&#233;e 2023, avait &#233;t&#233; &#233;valu&#233;e &#224; 15 TWh (consommation &#233;nerg&#233;tique de la France pendant un an : 50 TWh). Ces chiffres sont &#224; prendre avec des correctifs de plusieurs ordres de grandeur : d'une part, chacun&#183;e veut avoir son LLM (facteur &#215;100, &#215;1000) ; d'autre part, la consommation d'entrainement et d'usage tend &#224; d&#233;croitre massivement pour obtenir les m&#234;mes fonctionnalit&#233;s (facteur &#215;1/100, &#215;1/1000) &#8722; ce gain &#233;tant naturellement annul&#233; par l'effet rebond, et l'apparition de nouvelles fonctionnalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite toutefois aller au-del&#224; du fait qu'il vaudrait mieux limiter l'usage des ChatGPT pour des consid&#233;rations &#233;nerg&#233;tiques (comme les avions, les voitures, les ascenseurs, les cimenteries &#8211; continuer la liste). En pratique la p&#233;n&#233;tration des ChatGPT dans la soci&#233;t&#233; augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'abstiendrai aussi de discuter le manque de fiabilit&#233;. La liste des b&#233;vues de ChatGPT et al. est infinie, mais trompeuse. Le syst&#232;me est chaque jour moins limit&#233; que la veille ; c'est un syst&#232;me en interaction avec nous qui le concevons ou l'utilisons, et le syst&#232;me apprend de ces interactions ; la diff&#233;rence entre la version de novembre 2022 et la version actuelle de ChatGPT est compar&#233;e &#224; celle qui s&#233;pare un singe d'un &#234;tre humain. Nous reviendrons sur la question de savoir qui poss&#232;de les donn&#233;es et qui contr&#244;le le mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me axe d'objection est que l'usage de ChatGPT pourrait priver l'&#233;tudiant&#183;e d'une exp&#233;rience essentielle d'apprentissage en autonomie, mais aussi, et plus gravement, de la confrontation aux sources authentiques des savoirs. Je reviendrai &#224; cette objection centrale dans la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour : Une &#233;ducation faisant mieux et/ou diff&#233;remment avec l'IA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs objectifs sont envisag&#233;s dans le rapport du S&#233;nat sur IA et &#201;ducation4. Un objectif clair consiste &#224; utiliser les ChatGPT pour faire mieux ce qu'on fait d&#233;j&#224;, permettant &#8221;de suivre une classe de 25 comme une classe de 10&#8221;5. Les ChatGPT pourraient s'adapter aux &#233;l&#232;ves finement, d&#233;tectant et prenant en compte les trajets cognitifs et les sp&#233;cificit&#233;s individuelles, en particulier les risques ou les troubles. Ils peuvent assister les professeurs, e.g. &#224; g&#233;n&#233;rer des examens ou des quizz &#224; partir de leur mat&#233;riel p&#233;dagogique6 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, un danger et une opportunit&#233; sont bien identifi&#233;s. D'une part, la qualit&#233; des r&#233;sultats d&#233;pend de celle du mat&#233;riel p&#233;dagogique fourni. D'autre part, les dispositions d'acc&#232;s &#224; ChatGPT incluent la mise &#224; disposition d'OpenAI des sources fournies. Il est donc hautement recommand&#233; de disposer d'un LLM souverain pour l'enseignement7 . On pourrait imaginer un &#8221;commun&#8221; informatique, la cr&#233;ation d'un ChatPedia qui serait &#224; ChatGPT ce que Wikip&#233;dia est &#224; une encyclop&#233;die, avec propri&#233;t&#233; collective et tra&#231;able des contributions. Voir dans ce sens le projet europ&#233;en Intelligence artificielle pour et par les enseignants (AI4T)8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres objectifs, en cours d'&#233;tude, concernent le d&#233;veloppement de fonctionnalit&#233;s nouvelles (faire diff&#233;remment, par exemple en proposant un tutorat personnalis&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cognition des enseignant&#183;e&#183;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point &#233;pineux concerne la formation des enseignant&#183;e&#183;s &#224; des usages &#233;clair&#233;s des IA g&#233;n&#233;ratives. Il semble impossible, en effet, de former les &#233;l&#232;ves/&#233;tudiant&#183;e&#183;s &#224; de tels usages &#233;clair&#233;s si les enseignant&#183;e&#183;s n'ont pas &#233;t&#233; eux-m&#234;mes form&#233;s. Cette logique se heurte toutefois au contexte : une fraction des enseignant&#183;e&#183;s avouent avec r&#233;signation ou indiff&#233;rence leur &#233;loignement total des math&#233;matiques ; comment les attirer vers une formation formelle et roborative, p&#233;n&#233;trant le quoi et le comment des technologies telles ChatGPT ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation des formateurs a aussi un impact sur la hi&#233;rarchie des institutions et des savoirs. Bref, elle g&#233;n&#232;re des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment avancer, dans un contexte ou&#768; les perceptions de haut niveau (il est bon/n&#233;cessaire de former &#224; l'IA) ne recoupent pas les perceptions au niveau des acteurs (l'IA est : i) incomp&#233;tente ; ii) voleuse de sens/travail/valeur) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cognition des apprenant&#183;e&#183;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'Unesco les IAG pourraient priver les apprenant&#183;e&#183;s de la possibilit&#233; de d&#233;velopper leurs capacit&#233;s cognitives et leurs comp&#233;tences sociales par l'observation du monde r&#233;el, par des pratiques empiriques pouvant &#234;tre des exp&#233;riences, des discussions avec d'autres humains, ou par un raisonnement logique ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce danger peut &#234;tre analys&#233; dans le cadre du Maitre ignorant de Jacques Ranci&#232;re (1987), distinguant l'enseignement &#8221;qui explique&#8221; et celui &#8221;qui &#233;mancipe&#8221;. Dans le premier cas, la base de discussion est que l'un&#183;e sait et l'autre apprend ; le message implicite est que le savoir s'obtient d'un maitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, l'objectif est non d'enseigner le savoir, mais d'&#233;tablir que l'autre est capable d'apprendre tout ce qu'iel veut, au moyen de principes d'utilisation de notre propre intelligence. Il s'agit donc bien de r&#233;aliser nos capacit&#233;s d'entendement autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger attendu des IAG selon l'Unesco concernerait ainsi les capacit&#233;s d'entendement autonomes des apprenants, donc, dans le cadre de l'enseignement &#8221;qui &#233;mancipe&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une exp&#233;rience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Louis Bachaud et ses &#233;tudiant&#183;e&#183;s, &#224; l'Universit&#233; de Lille en 2024. L'objectif &#233;tait de faire interagir un professeur, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, et un ChatGPT, de telle sorte qu'iels en sortent au bout de 2 heures, satisfaits, intrigu&#233;s, motiv&#233;s, ayant appris quelque chose, sans que le processus ne soit fond&#233; sur l'identification de boucs &#233;missaires (en particulier, ni le professeur, ni aucun &#233;l&#232;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier essai, le professeur ayant pos&#233; une question g&#233;n&#233;rale, pertinente pour le cours (Quel est l'impact de Deezer sur l'audience d'un&#183;e artiste ?), la classe s'est divis&#233;e en petits groupes, dont chacun&#183;e a &#233;crit une requ&#234;te et obtenu une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les requ&#234;tes et les r&#233;ponses sont mises dans un pot commun ; chacun&#183;e cherche de quelle requ&#234;te proc&#232;de une r&#233;ponse, appr&#233;hendant graduellement et empiriquement ChatGPT comme un syst&#232;me d'entr&#233;e sortie. L'int&#233;r&#234;t de tels essais est de permettre &#224; chacun&#183;e, y compris le professeur, de se servir du collectif pour comprendre rapidement comment se servir d'un nouvel outil, quels en sont les usages, et comment la qualit&#233; des sorties d&#233;pend de celle des demandes. En somme, tous se perfectionnent dans l'art du prompting, art fort obscur, fort demand&#233; et qui fait pr&#233;sentement la fortune des cabinets de conseil en IA g&#233;n&#233;ratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les essais suivants ont raffin&#233; ce sch&#233;ma, en situant d'ou&#768; parle la requ&#234;te : r&#233;ponds &#224; cette question en sachant que je suis une musicienne de 30 ans &#8722; un DJ de 18 ans &#8722; un professeur de musique &#8722; une adolescente de 13 ans. Ces essais ont un aspect ludique (par exemple, la m&#234;me commande pr&#233;c&#233;d&#233;e de je suis une fille de 18 ans ou je suis une femme de 18 ans ne produit pas la m&#234;me r&#233;ponse) conduisant &#224; une discussion int&#233;ressante du mod&#232;le et des arch&#233;types sous-jacents (refl&#233;tant essentiellement la culture US en 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce type d'exp&#233;rience r&#233;alise l'enseignement qui &#233;mancipe, avec un retour globalement positif des &#233;tudiant&#183;e&#183;s sur le savoir appris et le recul n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Recommandations propos&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re exp&#233;rience va dans le sens des axes 1 et 2 du rapport cit&#233; du S&#233;nat, concernant respectivement l'accompagnement des acteurs, et la formation d'une culture citoyenne de l'IA. D'autres exp&#233;riences &#224; l'initiative des enseignant&#183;e&#183;s, et leurs retours, suivant la m&#233;thodologie propos&#233;e, ou d'autres m&#233;thodologies, permettront d'affiner les savoirs qui peuvent &#234;tre acquis, et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'exp&#233;rience consid&#233;r&#233;e, les acquis obtenus reposent sur le d&#233;veloppement de deux comp&#233;tences. La premi&#232;re consiste, au niveau individuel, &#224; savoir faire varier la formulation de ses demandes et sa position (d'ou&#768; parle-t-on). La seconde, au niveau collectif, consiste &#224; savoir observer les pratiques des autres et &#224; en discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comp&#233;tence exploratoire &#8722; savoir appr&#233;hender un sujet selon des points de vue diff&#233;rents &#8722; semble une capacit&#233; utile toutes choses &#233;gales par ailleurs. La comp&#233;tence collective est peut-&#234;tre plus int&#233;ressante encore ; outre l'int&#233;r&#234;t des comp&#233;tences sociales acquises, l'interaction permet de faire jeu &#233;gal avec ChatGPT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;fendrons en effet la th&#232;se selon laquelle l'entendement d'une IA ne doit pas &#234;tre compar&#233; &#224; celui d'un &#234;tre humain (ma fille n'a pas eu besoin de millions d'images de chats et de chiens pour apprendre &#224; distinguer un chat d'un chien&#8230;) mais &#224; celui d'un ensemble d'humains. Le fait que les IAs ne doivent pas &#234;tre appr&#233;hend&#233;es au niveau de l'individu a &#233;galement &#233;t&#233; soulign&#233; par Geoffrey Hinton9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interactions d'un groupe humain, discutant entre eux des r&#233;ponses obtenues et des bonnes questions &#224; poser &#224; ChatGPT, peuvent contribuer au d&#233;veloppement des capacit&#233;s cognitives et des comp&#233;tences sociales, dans un contexte vivifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : l'exp&#233;rience doit &#234;tre suivie par les &#233;tudiant&#183;e&#183;s ; ind&#233;pendamment de son int&#233;r&#234;t en soi, il convient donc qu'elle soit not&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mich&#232;le Sebag, CNRS &#233;m&#233;rite, LISN, Universit&#233; Paris-Saclay.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1 Mind, Language and Society, Searle, 1998. Supposons qu'une personne glisse un message &#233;crit en chinois sous la porte d'une chambre. Supposons dans la chambre une personne disposant d'un programme, sp&#233;cifiant comment &#233;crire une r&#233;ponse en chinois (algorithme de dessin des caract&#232;res) en fonction d'un algorithme de lecture du dessin du message initial. Ce programme permet &#224; la personne de la chambre de r&#233;pondre en chinois au message chinois re&#231;u. La personne hors de la chambre, recevant une r&#233;ponse &#224; son message, en conclut que la personne dans la chambre sait parler chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Voir en particulier la tribune de Serge Pouts-Lajus dans le Monde de l'&#201;ducation du 26 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Rapports de l'Acad&#233;mie des Technologies, https://&lt;a href=&#034;http://www.academie-technologies.fr/publications/prouesses-et-limites-de-limitation-artificielle-de-langages-avis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.academie-technologies.fr/publications/prouesses-et-limites-de-limitation-artificielle-de-langages-avis/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.academie-technologies.fr/ia-generative-et-mesinformation-le-webinaire-de-la-tech-edition-3/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.academie-technologies.fr/ia-generative-et-mesinformation-le-webinaire-de-la-tech-edition-3/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &lt;a href=&#034;https://eduscol.education.fr/sti/sites/eduscol.education.fr.sti/files/actualites/17473/17473-r24-101-syn.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://eduscol.education.fr/sti/sites/eduscol.education.fr.sti/files/actualites/17473/17473-r24-101-syn.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Arthur Mensch, cofondateur de l'entreprise Mistral AI, 22 mai 2024 : https://&lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240520/affeco.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240520/affeco.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Plateforme Aristote, Renaud Monnet, Centrale Sup&#233;lec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Open-ML France https://&lt;a href=&#034;http://www.linagora.com/fr/laureat-france-2030-au-titre-du-projet-openllm-france&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.linagora.com/fr/laureat-france-2030-au-titre-du-projet-openllm-france&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 https://&lt;a href=&#034;http://www.france-education-international.fr/expertises/cooperation-education/projets/ai4t-artificial-intelligence-and-teachers?langue=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.france-education-international.fr/expertises/cooperation-education/projets/ai4t-artificial-intelligence-and-teachers?langue=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9G. Hinton note : Deux IA peuvent se transmettre instantan&#233;ment les mod&#232;les appris par l'une ou l'autre [si les IA disposent d'une m&#234;me repr&#233;sentation]. Cependant, la transmission des connaissances relatives &#224; (e.g. la m&#233;canique quantique) des enseignant&#183;e&#183;s vers les apprenant&#183;e&#183;s peut prendre beaucoup de temps et ne pr&#233;sente pas de garanties.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#192; Framasoft, la priorit&#233;, c'est le changement de soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article22096.html</link>
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		<dc:date>2025-03-21T09:27:18Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Angie Gaudion, charg&#233;e de relations publiques au sein de Framasoft, revient sur l'histoire de l'association, son financement, son &#233;volution, leur positionnement dans l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique et, plus largement, le soutien apport&#233; aux communs num&#233;riques. Cet articlea &#233;t&#233; publi&#233; le 21 octobre 2022 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant. Serge Abiteboul et Thierry Vi&#233;ville. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; le 21 mars 2025 par binaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Framasoft, qu'est-ce que c'est ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.linkedin.com/in/aggaudion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Angie Gaudion&lt;/a&gt;, charg&#233;e de relations publiques au sein de Framasoft, revient sur l'histoire de l'association, son financement, son &#233;volution, leur positionnement dans l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique et, plus largement, le soutien apport&#233; aux communs num&#233;riques. Cet &lt;a href=&#034;https://cnnumerique.fr/paroles-de/la-priorite-cest-le-changement-de-societe-echange-avec-angie-gaudion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;a &#233;t&#233; publi&#233; le 21 octobre 2022 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant. Serge Abiteboul et Thierry Vi&#233;ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 21 mars 2025 par &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/03/21/a-framasoft-la-priorite-cest-le-changement-de-societe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;binaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Framasoft, qu'est-ce que c'est ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre Framasoft, il faut s'int&#233;resser &#224; son histoire. N&#233;e en 2001, Framasoft &#233;tait d'abord une sous-cat&#233;gorie du site participatif Framanet, lequel regroupait des ressources &#224; destination des enseignants et mettait en avant des logiciels &#233;ducatifs gratuits (libres et non-libres). Framasoft est devenu &#171; ind&#233;pendant &#187; et 100% libre plusieurs ann&#233;es plus tard. Mais il y a d&#233;j&#224; une volont&#233; de valoriser le logiciel libre dans le milieu de l'enseignement. D'ailleurs, en juin 2002, Framasoft est, avec l'AFUL, &#224; l'origine de l'action &lt;a href=&#034;https://archive.framalibre.org/article1354.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;rons les logiciels libres &#224; l'&#233;cole&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2001 et 2004, un collectif se structure autour de la promotion des logiciels libres et propose des interventions sur ces questions (conf&#233;rences, ateliers, stands, etc.). C'est en 2004 que Framasoft se structure en association avec pour objet la promotion du logiciel libre et de la culture libre. Pour atteindre cet objectif, apparaissent entre 2004 et 2014 plusieurs projets comme les Framakey (cl&#233; USB contenant des logiciels libres permettant de les utiliser sans avoir &#224; les installer sur son ordinateur), Framabook (maison d'&#233;dition d'ouvrages sous licence libre), Framablog (chroniques autour du Libre, traductions originales et annonces des nouveaut&#233;s de l'ensemble du r&#233;seau Framasoft), etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2011 (10 ans), Framasoft se diversifie et d&#233;cide de proposer des services libres en ligne : Framapad (mars 2011), Framadate (juin 2011), Framacalc (f&#233;vrier 2012), Framindmap et Framavectoriel (f&#233;vrier 2012), Framazic (novembre 2013) et Framasph&#232;re (2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2014, nous lan&#231;ons la campagne &#8220;D&#233;googlisons Internet&#8221; dont l'objectif est de proposer des services libres alternatifs &#224; ceux propos&#233;s par les g&#233;ants du web &#224; des fins de monopole et d'usage d&#233;voy&#233; des donn&#233;es personnelles. Cette campagne nous fait conna&#238;tre du grand public et, entre 2014 et 2017, on d&#233;ploie jusqu'&#224; 38 services en ligne. L'&#233;galit&#233; de l'acc&#232;s &#224; ces applications est un engagement fort : en les proposant gratuitement, Framasoft souhaite promouvoir leur usage envers le plus grand nombre et illustrer par l'exemple qu'un Internet d&#233;centralis&#233; et &#233;galitaire est possible. En parall&#232;le, nous lan&#231;ons en 2016 le Collectif des H&#233;bergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires (CHATONS). Framasoft cherche a faire conna&#238;tre et essaimer des h&#233;bergeurs alternatifs aux GAFAM proposant des services libres et respectueux de la vie priv&#233;e. En effet, nous ne souhaitons pas concentrer toutes les d&#233;marches alternatives, mais plut&#244;t partager le g&#226;teau avec d'autres structures (nous ne voulons pas devenir &#8220;le Google du libre&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2017 marque la fin de la campagne &#8220;D&#233;googlisons Internet&#8221; : les services existants sont conserv&#233;s mais nous n'en d&#233;ployons plus de nouveaux. Depuis 2019, nous avons ferm&#233; progressivement une partie de ces services. Nous avons fait le choix de ne conserver que ceux qui n'&#233;taient pas propos&#233;s ailleurs et ceux qui sont les plus utilis&#233;s. Par exemple, le service Framalistes (un outil de listes de discussion) est utilis&#233; par 960 000 personnes et envoie chaque jour pr&#232;s d'un million d'emails. On sait donc que si l'on supprime ce service, cela manquera aux personnes qui l'utilisent. La d&#233;cision d'arr&#234;ter certains services a aussi &#233;t&#233; prise en fonction de la difficult&#233; technique &#224; les maintenir. Par exemple Framasite &#233;tait utilis&#233; par de nombreuses personnes mais pr&#233;sentait une dette technique &#233;norme. N&#233;anmoins, depuis son arr&#234;t, nous nous rendons bien compte que le service manque parce qu'il n'y a pas vraiment d'alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2017, c'est aussi le lancement de la campagne Contributopia. On est parti du constat que pour changer le positionnement des gens, il fallait non plus faire pour elleux, mais avec elleux (faire ensemble). L'objectif est de d&#233;cloisonner le libre de son orni&#232;re technique pour d&#233;velopper ses valeurs &#233;thiques et sociales (donc politiques). On a donc d&#233;cid&#233; de proposer diff&#233;rents dispositifs pour valoriser la contribution (m&#233;connue, mal valoris&#233;e et trop complexe) et outiller celles et ceux qui veulent &#171; faire &#187; des communs. Contributopia prend de nombreuses formes : on continue &#224; d&#233;velopper des alternatives lorsqu'elles n'existent pas (PeerTube, Mobilizon), on essaie de faire &#233;merger d'autres acteurices &#224; l'international, on d&#233;veloppe les partenariats avec des structures dont les valeurs sont proches des n&#244;tres pour les outiller (archip&#233;lisation). Et on essaie d'&#234;tre le plus r&#233;silient en faisant tout cela, tout en valorisant la culture du partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, nous actons, par la modification des statuts, que Framasoft est devenue une association d'&#233;ducation populaire aux enjeux du num&#233;rique et des communs culturels. Notre objet social n'est plus de faire la promotion du logiciel libre, mais de transmettre des connaissances, des savoirs et de la r&#233;flexion autour de pratiques num&#233;riques &#233;mancipatrices. Pourtant, nous continuons &#224; offrir des services en ligne afin de d&#233;montrer que ces outils existent et sont des alternatives probantes aux services des g&#233;ants du web. Nous transmettons davantage d&#233;sormais connaissances et savoirs-faire sur ces outils et accompagnons les internautes dans leur autonomisation vis-&#224;-vis des g&#233;ants du web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, 37 personnes sont membres de l'association, dont 10 salari&#233;es. Mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes que 37 &#224; contribuer. On estime qu'entre 500 et 800 personnes nous aident r&#233;guli&#232;rement, que ce soit pour de la traduction d'articles, des propositions de lignes de codes pour les logiciels que nous d&#233;veloppons, du rep&#233;rage de bugs, des illustrations, des contributions au forum d'entraide de la communaut&#233;&#8230; Pour finir, en terme de nombre de b&#233;n&#233;ficiaires, on ne peut donner qu'une estimation parce que nous ne collectons quasiment aucune donn&#233;e, mais on estime &#224; 1,2 millions le nombre de personnes qui utilisent nos services chaque mois. Cependant, on ne s'attarde pas vraiment sur les chiffres, on ne veut pas d'un monde o&#249; on compte, d'un monde o&#249; on analyse syst&#233;matiquement l'impact.&lt;br class='autobr' /&gt;
Frise chronologique de l'&#233;volution de Framasoft : 2001, cr&#233;ation de Framanet comportant une page Framasoft regroupant des ressources &#224; destination des enseignants. 2002, Framasoft s'associe &#224; l'association Lib&#233;rons les logiciels &#224; l'&#233;cole. 2004, Cr&#233;ation de Framasoft en association, avec pour objet social la promotion du logiciel libre. 2011, lancement de services en ligne libres et gratuits (Framapad, Framadate, Framaform...). Jusqu'en 2017, 38 services seront lanc&#233;s. Il en reste 16 aujourd'hui. 2014-1027, Campage &#034;D&#233;googlisons Internet&#034;. 2021, changement de l'objet social de Framasoft qui devient une association d'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Quel est votre mod&#232;le de financement ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Framasoft est actuellement une association dont le mod&#232;le &#233;conomique repose sur le don, donc exclusivement sur des financements priv&#233;s. Notre budget s'&#233;l&#232;ve &#224; 630 000 &#8364; en 2021. 98,42 % de ce montant est financ&#233; par les dons, qui se r&#233;partissent entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12,56 % provenant de fondations&lt;br class='autobr' /&gt; 85,86 % provenant de dons de particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 1,58 % qui ne proviennent pas des dons viennent de la vente de prestations. Par exemple, Framasoft a d&#233;velopp&#233; pour le site apps.education.fr un plugin d'authentification unique sur PeerTube, permettant de connecter au service la base de tous les login et mots de passe d'enseignants &#224; l'&#233;chelle nationale et d'&#233;viter ainsi qu'ils aient &#224; se cr&#233;er un nouveau compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce budget sert principalement &#224; financer les salaires des 10 salari&#233;es. &#192; cela s'ajoutent quelques prestations techniques (d&#233;veloppement et design), du soutien &#224; d'autres acteurs du logiciel libre et des frais de fonctionnement divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question du mode de financement est particuli&#232;rement importante pour nous. Le mod&#232;le du don convient parfaitement &#224; Framasoft m&#234;me si nous sommes conscients qu'il est difficilement reproductible pour des projets de grande envergure. Cela reste un choix politique. Nous savons que de nombreuses structures du libre sont aujourd'hui financ&#233;es par les g&#233;ants du net. C'est un paradoxe assez fort, d'autant plus qu'il est &#233;vident que toutes ces structures pr&#233;f&#233;reraient que ce ne soit pas le cas. Mais en l'absence d'autres sources de financement, elles n'ont pas toujours le choix. Et il serait vraiment dommage que les services qu'elles proposent n'existent pas faute de financement. Il y a donc un r&#233;el enjeu de soutien de ces structures, notamment pour assurer leur p&#233;rennit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de l'id&#233;e ou des r&#233;actions de celles et ceux qui se disent que les initiatives du libre ont du mal &#224; &#171; passer &#224; l'&#233;chelle &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pour mettre fin &#224; la d&#233;pendance envers les g&#233;ants du num&#233;riques, un moyen d'y parvenir, sans avoir besoin d'acqu&#233;rir une taille critique et une position dominante est de s'associer &#224; d'autres projets et de collaborer ensemble &#224; une autre vision du web.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut s'interroger sur cette recherche permanente de croissance : s'il est indispensable que des services alternatifs aux mod&#232;les dominants du net existent, est-ce n&#233;cessaire qu'une seule et m&#234;me entit&#233; concentre l'ensemble des services ? La centralisation peut conf&#233;rer une certaine force, mais chez Framasoft nous avons fait le choix de nous passer de cette force : l'essaimage nous semble le meilleur moyen de passer &#224; l'&#233;chelle. Si la priorit&#233; est de mettre fin &#224; la d&#233;pendance envers les g&#233;ants du num&#233;riques, un moyen d'y parvenir, sans avoir besoin d'acqu&#233;rir une taille critique et une position dominante est de s'associer &#224; d'autres projets et de collaborer ensemble &#224; une autre vision du web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Framasoft, nous ne souhaitons pas le passage &#224; l'&#233;chelle. D'ailleurs, nous ne savons m&#234;me pas de quelle &#233;chelle on parle ! Dans les faits, l'association a grossi au fil du temps, mais notre volont&#233; est d'avoir une croissance limit&#233;e et raisonn&#233;e parce que nous sommes convaincus qu'il vaut mieux &#234;tre plusieurs acteurs qu'un seul. Nous ne voulons donc pas centraliser les usages et les profits. Si le but premier est d'avoir de plus en plus d'utilisateurs de logiciels libres &#8211; ce qui &#233;tait l'objectif avec &#171; D&#233;googlisons Internet &#187; &#8211; peu importe que ce soit chez Framasoft ou chez d'autres. Tant que les internautes ont fait leur migration vers des logiciels libres, pour nous le &#171; passage &#224; l'&#233;chelle &#187; est r&#233;ussi. C'est une vision diff&#233;rente des structures productivistes : nous visons un &#171; passage &#224; l'&#233;chelle &#187; c&#244;t&#233; utilisateurs et non c&#244;t&#233; entreprise. La priorit&#233;, pour nous, c'est le changement de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; l'&#233;chelle pose aussi, selon nous, la question de la fa&#231;on dont on traite les humains. Si l'on veut prendre soin des humains il faut des relations de confiance et d'empathie entre individus. Tisser de tels liens nous semble difficile si l'on est sans cesse en train de doubler nos effectifs. Cela explique aussi le fait que nous soyons une association de cooptation o&#249; tout le monde se conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de notre ADN issu du logiciel libre, nous ne voulons pas entrer dans le mod&#232;le du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et du productivisme. Nous tenons &#224; d&#233;fendre le mod&#232;le associatif. Nous sommes dans un contexte o&#249; les associations et leurs financements sont tr&#232;s mis &#224; mal par les politiques publiques de ces derni&#232;res ann&#233;es. C'est donc un v&#233;ritable choix que de garder ce mod&#232;le pour le soutenir et montrer que le mod&#232;le &#233;conomique du don est viable.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous visons un &#171; passage &#224; l'&#233;chelle &#187; c&#244;t&#233; utilisateurs et non c&#244;t&#233; entreprise. La priorit&#233;, pour nous, c'est le changement de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on rentre plus pr&#233;cis&#233;ment dans la perspective de &#171; D&#233;googlisation &#187;, comment vous positionnez-vous par rapport aux g&#233;ants du web ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre objectif est de permettre &#224; toute personne qui le souhaite de remplacer les services des g&#233;ants du web qu'elle utilise par des alternatives. Nous ne nous positionnons donc pas vraiment en concurrence car, en tant qu'h&#233;bergeurs de services alternatifs, nous ne cherchons pas syst&#233;matiquement &#224; reproduire &#224; l'identique les services de ces g&#233;ants. Par exemple, le service Framadate propose exactement les m&#234;mes fonctionnalit&#233;s que Doodle (et m&#234;me davantage puisqu'il permet de r&#233;aliser des sondages classiques). En revanche, le service Framapad (bas&#233; sur le logiciel Etherpad) ne fait pas exactement la m&#234;me chose que Google Docs et pourtant nous consid&#233;rons que c'est son alternative. Il ne permet pas la gestion d'un espace de stockage, mais simplement l'&#233;dition collaborative en simultan&#233; d'un texte. Le service est chrono-compostable : le pad dispara&#238;t apr&#232;s un certain d&#233;lai. Nous avons propos&#233; une alternative &#224; Google Drive avec le service Framadrive que nous avons limit&#233; &#224; 5 000 comptes, lesquels ont &#233;t&#233; pris d'assaut. Nous allons prochainement proposer un nouveau service alternatif de cloud et d'&#233;dition collaborative bas&#233; sur le logiciel Nextcloud. Ce service ne sera pas commercialis&#233; et sera propos&#233; aux organisations actrices du progr&#232;s et de la justice sociale avec des limitations (taille du stockage, nombre d'utilisateurs) pour leur montrer qu'il existe une alternative viable et les inciter &#224; transiter dans un second temps vers des services libres plus complets propos&#233;s par certaines structures membres du collectif CHATONS. Notre objectif est de permettre d'exp&#233;rimenter et ensuite de rediriger vers d'autres partenaires proposant, eux, des solutions p&#233;rennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais que l'on (les h&#233;bergeurs de services alternatifs) devienne une alternative viable &#224; grande &#233;chelle. Ce serait possible, mais cela voudrait dire que nous aurions chang&#233; tr&#232;s fortement le syst&#232;me. On peut se dire qu'avec le mouvement fort des communs, et pas uniquement des communs num&#233;riques, une partie de la population a pris conscience qu'il est temps de mettre en coh&#233;rence ses usages num&#233;riques avec ses valeurs. Il demeure cependant ardu de mesurer si ces initiatives augmentent. La question est : que mesure-t-on ? Est-ce que l'on mesure le nombre de projets ? Ou le nombre de personnes dans ces communaut&#233;s qui g&#232;rent des communs ? &#192; cet &#233;gard, il y a un enjeu de sous-estimation parce que beaucoup de &#171; commoners &#187; s'ignorent comme tels. Les b&#233;n&#233;voles qui g&#232;rent des associations sportives sont un bon exemple. Ensuite, plus que de d&#233;nombrer ces projets, il serait plus int&#233;ressant d'en analyser l'impact sur la soci&#233;t&#233;. Cela implique de financer la recherche pour qu'elle travaille sur ces questions, ce qui n'est pas suffisamment le cas aujourd'hui. M&#234;me si quelques projets existent n&#233;anmoins, tels que le projet de recherche TAPAS (There Are Platforms As Alternatives).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat contribue-t-il aujourd'hui aux communs ? Cette contribution est-elle souhaitable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat contribue aux communs. Par exemple, l'&#201;ducation nationale propose la page &lt;a href=&#034;http://apps.education.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;apps.education.fr&lt;/a&gt; qui r&#233;f&#233;rence un ensemble de services p&#233;dagogiques en ligne bas&#233;s sur du logiciel libre. Mais l'&#201;tat est paradoxal : il contribue aux communs et signe des accords avec Microsoft pour impl&#233;menter Windows sur les postes informatiques des &#233;coles. De plus, cette initiative de l'&#201;ducation nationale est tr&#232;s bonne, mais elle reste tr&#232;s m&#233;connue du corps enseignant. Au-del&#224; de la contribution, il y a donc aussi un enjeu important de promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution &#233;tatique ne nous pose aucun probl&#232;me, tant que cela ne cr&#233;e pas de situations de d&#233;pendance et qu'il n'y a pas d'exigences de ces institutions publiques en termes d'impact ou de performance. Il faudrait, notamment, que les financements soient engag&#233;s sur plusieurs ann&#233;es. Il faudrait aussi arr&#234;ter le financement de projets et privil&#233;gier des financements du fonctionnement. Ensuite, nous pensons que certains dispositifs mis en place ces derni&#232;res ann&#233;es par les pouvoirs publics ne devraient pas exister. Par exemple, le contrat d'engagement r&#233;publicain, qui doit obligatoirement &#234;tre sign&#233; par une association pour qu'elle puisse b&#233;n&#233;ficier de financements publics, met ces derni&#232;res dans des positions difficiles. L'association doit satisfaire aux principes qui y sont pr&#233;sent&#233;s et, si tel n'est pas le cas, le financement peut &#234;tre suspendu, voire il peut &#234;tre demand&#233; de rembourser les montants pr&#233;c&#233;demment engag&#233;s. Mais la forme sous laquelle ce contrat est r&#233;dig&#233; est si floue que les termes utilis&#233;s peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s de multiples mani&#232;res. Il devient alors assez facile de tordre le texte pour mettre la pression, voire faire cesser l'activit&#233; d'une association. Ce n'est donc pas le principe de ce contrat qui me g&#234;ne, mais ce flou sur la formulation des termes qui fait qu'on ne sait pas o&#249; est la limite de son application. C'est d'ailleurs ce qui s'est pass&#233; le 13 septembre dernier quand le Pr&#233;fet de la Vienne a somm&#233; par courrier la ville et la m&#233;tropole de Poitiers de retirer leurs subventions destin&#233;es &#224; soutenir un village des alternatives organis&#233; par l'association Alternatiba Poitiers. Pour quel motif ? Au sein de cet &#233;v&#233;nement, une formation &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile non-violente a &#233;t&#233; jug&#233;e &#171; incompatible avec ce contrat d'engagement r&#233;publicain &#187;. Sign&#233;e par 65 organisations (dont Framasoft), une tribune rappelle que la d&#233;sob&#233;issance civile rel&#232;ve de la libert&#233; d'expression, du r&#233;pertoire d'actions l&#233;gitimes des associations et qu'elle s'inscrit dans le cadre de la d&#233;mocratie et de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Framasoft est aussi signataire de la tribune Pour que les communs num&#233;riques deviennent un pilier de la souverainet&#233; num&#233;rique europ&#233;enne parue en juin dernier. En effet, dans le cadre des travaux engag&#233;s au sein de l'Union europ&#233;enne, il semblait important de rappeler quel'espace num&#233;rique ne doit pas &#234;tre laiss&#233; &#224; la domination des plateformes monopolistiques. Et que pour pallier &#224; cela, l'Union europ&#233;enne doit, plus que jamais, initier des politiques d'envergure afin que les communs num&#233;riques puissent mieux se d&#233;velopper et permettre de maintenir une diversit&#233; d'acteurs sur le Web.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus largement, on peut se demander pourquoi il devrait y avoir une contrepartie au d&#233;veloppement d'un commun. Pourquoi le simple fait de cr&#233;er, d&#233;velopper et maintenir un commun ne suffirait-il pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communs num&#233;riques et ergonomie font-ils bon m&#233;nage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le marronnier quand on vient &#224; parler de communs num&#233;riques ! Pour ce qui concerne les services en ligne alternatifs, il est &#233;vident que le design et l'exp&#233;rience utilisateur devraient &#234;tre davantage pris en compte et m&#233;riteraient des financements plus importants au sein des structures qui les d&#233;veloppent. Chez Framasoft, nous faisons appel depuis plusieurs ann&#233;es &#224; des designers pour r&#233;fl&#233;chir aux interfaces des logiciels que nous d&#233;veloppons (PeerTube et Mobilizon). Cette prise de conscience est r&#233;cente. Dans le monde du libre, il me semble que, pendant assez longtemps, il n'y a pas vraiment eu de r&#233;flexion quant &#224; l'adoption des outils par le plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services num&#233;riques tels qu'ils existent aujourd'hui nous ont fait prendre des habitudes et ont cr&#233;&#233; un r&#233;flexe de comparaison. Mais passer d'iPhone &#224; Android ou l'inverse g&#233;n&#232;re aussi des crispations. Le passage aux communs en g&#233;n&#233;rera naturellement aussi et peut-&#234;tre plus. C'est d'ailleurs un discours que l'on porte beaucoup chez Framasoft : c'est plus simple d'aller au supermarch&#233; que d'avoir une pratique &#233;thique d'alimentation. Il en va de m&#234;me en ligne. Modifier ses pratiques num&#233;riques demande un effort. Mais cela ne veut &#233;videmment pas dire que l'on ne peut pas am&#233;liorer les interfaces de nos services. Cependant, cela n&#233;cessite des financements qui ne sont pas toujours faciles &#224; avoir. Les utilisateurs de services libres devraient en prendre conscience pour davantage contribuer &#224; l'am&#233;lioration de ces communs. On peut lier ce m&#233;canisme &#224; la probl&#233;matique du passager clandestin : tout le monde souhaite des services libres avec une meilleure exp&#233;rience utilisateur mais peu sont pr&#234;ts &#224; les financer. Aujourd'hui, les projets de communs ont des difficult&#233;s &#224; trouver des financements pour cet aspect de leurs services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Angie Gaudion, charg&#233;e de relations publiques au sein de Framasoft,&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La passion du pair-&#224;-pair</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article22021.html</link>
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		<dc:date>2025-03-14T09:25:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>binaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un nouvelentretien autour de l'informatique repris du blog binaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Anne-Marie Kermarrec est une informaticienne fran&#231;aise, professeure &#224; l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne. Elle est internationalement reconnue pour ses recherches sur les syst&#232;mes distribu&#233;s, les syst&#232;mes &#171; pair &#224; pair &#187;, les algorithmes &#233;pid&#233;miques et les syst&#232;mes collaboratifs d'apprentissage automatique. Elle fait partie du Conseil pr&#233;sidentiel de la science fran&#231;ais et est nouvellement &#233;lue &#224; l'Acad&#233;mie des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un nouvel&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/les-entretiens-de-la-sif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien autour de l'informatique&lt;/a&gt; repris du blog &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;binaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne-Marie Kermarrec est une informaticienne fran&#231;aise, professeure &#224; l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne. Elle est internationalement reconnue pour ses recherches sur les syst&#232;mes distribu&#233;s, les syst&#232;mes &#171; pair &#224; pair &#187;, les algorithmes &#233;pid&#233;miques et les syst&#232;mes collaboratifs d'apprentissage automatique. Elle fait partie du Conseil pr&#233;sidentiel de la science fran&#231;ais et est nouvellement &#233;lue &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences. Elle contribue r&#233;guli&#232;rement &#224; binaire, et a publi&#233; en 2021 &#171; Num&#233;rique, compter avec les femmes &#187;, chez Odile Jacob.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Tout d'abord, peux-tu nous retracer rapidement le parcours depuis la petite fille en Bretagne jusqu'&#224; la membre Acad&#233;mie des sciences ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK : &lt;/strong&gt; Oui, je viens de Bretagne ; je suis la petite derni&#232;re d'une fratrie de quatre. On a tous suivi des &#233;tudes scientifiques. Au lyc&#233;e, en seconde, j'avais pris option informatique pour aller dans un lyc&#233;e particulier &#224; Saint-Brieuc. &#192; la fac, j'h&#233;sitais entre l'&#233;conomie, les maths, l'informatique, et j'ai choisi l'informatique, un peu par hasard j'avoue. Je n'avais pas une id&#233;e tr&#232;s pr&#233;cise de ce que c'&#233;tait mais il se trouve que j'avais un fr&#232;re informaticien, qui avait fait un doctorat, et &#231;a avait l'air d'un truc d'avenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert la recherche pendant mon stage de ma&#238;trise, o&#249; j'ai &#233;tudi&#233; les architectures des ordinateurs. Puis, en DEA et en th&#232;se, j'ai bifurqu&#233; vers les syst&#232;mes distribu&#233;s, l&#224; encore, un peu par hasard. La fa&#231;on de travailler en th&#232;se m'a beaucoup plu, et m'a donn&#233; envie de continuer dans cette voie. J'ai donc poursuivi un postdoc &#224; Amsterdam, avec un chercheur qui m'a beaucoup inspir&#233;, Andy Tanenbaum. C'est l&#224; que j'ai commenc&#233; &#224; travailler sur les syst&#232;mes distribu&#233;s &#224; large &#233;chelle &#8211; mon sujet principal de recherche depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans comme maitresse de conf&#233;rences &#224; Rennes, j'ai pass&#233; cinq ans comme chercheuse pour Microsoft Research &#224; Cambridge en Angleterre. C'&#233;tait tr&#232;s chouette. Ensuite, je suis devenue directrice de recherche Inria et j'ai mont&#233; une &#233;quipe sur les syst&#232;mes pair-&#224;-pair, un sujet tr&#232;s en vogue &#224; l'&#233;poque. Cela m'a conduite &#224; cr&#233;er une start-up, Mediego, qui faisait de la recommandation pour les journaux en ligne et exploitait les r&#233;sultats de mon projet de recherche. En 2019, juste avant le Covid, j'ai vendu la start-up. Depuis je suis professeure &#224; l'EPFL. J'y ai mont&#233; un labo, toujours sur les syst&#232;mes distribu&#233;s &#224; large &#233;chelle, avec des applications dans l'apprentissage machine et l'intelligence artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Pourquoi est-ce que tu n'es pas rest&#233;e dans l'industrie apr&#232;s ta start-up ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK :&lt;/strong&gt; La cr&#233;ation de ma start-up a &#233;t&#233; une exp&#233;rience tr&#232;s enrichissante techniquement et humainement. On &#233;tait parti d'un algorithme que j'avais d&#233;velopp&#233; et dont j'&#233;tais tr&#232;s fi&#232;re, mais finalement, ce qui a surtout fonctionn&#233;, c'est un logiciel de cr&#233;ation de newsletters qu'on avait co-construit avec des journalistes. Les joies du pivot en startup. Et &#224; un moment donn&#233;, j'avais un peu fait le tour dans le sens o&#249;, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas une grosse bo&#238;te, une fois qu'on avait trouv&#233; notre march&#233;, je m'occupais essentiellement des sous et des ressources humaines&#8230; et plus tellement, plus assez, de science. Donc j'ai d&#233;cid&#233; de revenir dans le monde acad&#233;mique que je n'avais pas compl&#232;tement quitt&#233;, puisque j'y avais encore des collaborations. J'ai aim&#233; mon passage dans l'industrie, mais j'aime aussi la nouveaut&#233;, et c'est aussi pour &#231;a que j'ai pas mal boug&#233; dans ma carri&#232;re. Et apr&#232;s quelque temps, le monde acad&#233;mique me manquait, les &#233;tudiants, les coll&#232;gues. Et puis, ce qui me pla&#238;t dans la recherche : quand on a envie, on change de sujet. On fait plein de choses diff&#233;rentes, on jouit d'une &#233;norme libert&#233; et on est entour&#233; d'&#233;tudiants brillants. J'avais vraiment envie de retrouver cette libert&#233; et ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, au vu de tout ce qui se passe avec ces grosses bo&#238;tes en ce moment, je me f&#233;licite d'&#234;tre revenue dans le monde acad&#233;mique ; je n'aurais pas du tout envie de travailler pour elles maintenant&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Ton premier amour de chercheuse &#233;tait le pair-&#224;-pair. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est, et nous parler d'algorithmes sur lesquels tu as travaill&#233; dans ce cadre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK :&lt;/strong&gt; Commen&#231;ons par les syst&#232;mes distribu&#233;s. Un syst&#232;me distribu&#233; consiste en un ensemble de machines qui collaborent pour ex&#233;cuter une application donn&#233;e ; l'exemple type, ce serait les data centers. On fait faire &#224; chaque machine un morceau du travail &#224; r&#233;aliser globalement. Mais &#224; un moment donn&#233;, il faut quand m&#234;me de la synchronisation pour mettre tout &#231;a en ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des syst&#232;mes distribu&#233;s, jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000, s'appuyait sur une machine, qu'on appelle un serveur, responsable de l'orchestration des t&#226;ches allou&#233;es aux autres machines, qu'on appelle des clients. On parle d'architecture client-serveur. Un premier inconv&#233;nient, qu'on appelle le passage &#224; l'&#233;chelle, c'est que quand on augmente le nombre de machines clientes, &#233;videmment le serveur commence &#224; saturer. Donc il faut passer &#224; plusieurs serveurs. Comme dans un restaurant, quand le nombre de clients augmente, un serveur unique n'arrive plus &#224; tout g&#233;rer, on embauche un deuxi&#232;me serveur, puis un autre, etc. Un second probl&#232;me est l'existence d'un point de d&#233;faillance unique. Si un serveur tombe en panne, le syst&#232;me en entier s'&#233;croule, alors m&#234;me que des tas d'autres machines restent capables d'ex&#233;cuter des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, nous nous sommes int&#233;ress&#233;s &#224; des syst&#232;mes distribu&#233;s qui n'&#233;taient plus seulement connect&#233;s par des r&#233;seaux locaux, mais par Internet, et avec de plus en plus de machines. Il est alors devenu crucial de pouvoir supporter la d&#233;faillance d'une ou plusieurs machines sans que tout le syst&#232;me tombe en panne. C'est ce qui a conduit aux syst&#232;mes pair-&#224;-pair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : On y arrive ! Alors qu'est-ce que c'est ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK :&lt;/strong&gt; Ce sont des syst&#232;mes d&#233;centralis&#233;s dans lesquels chaque machine joue &#224; la fois le r&#244;le de client et le r&#244;le de serveur. Une machine qui joue les deux r&#244;les, on l'appelle un pair. En termes de passage &#224; l'&#233;chelle, c'est int&#233;ressant parce que &#231;a veut dire que quand on augmente le nombre de clients, on augmente aussi le nombre de serveurs. Et si jamais une machine tombe en panne, le syst&#232;me continue de fonctionner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, au d&#233;but, les principales applications pour le grand public &#233;taient&#8230; le t&#233;l&#233;chargement ill&#233;gal de musique et de films avec des syst&#232;mes comme Gnutella ou BitTorrent ! On a aussi utilis&#233; ces syst&#232;mes pour de nombreuses autres applications comme le stockage de fichiers ou m&#234;me des r&#233;seaux sociaux. Plus r&#233;cemment, on a vu arriver de nouveaux syst&#232;mes pair-&#224;-pair tr&#232;s populaires, avec la blockchain qui est la brique de base des crypto-monnaies comme le Bitcoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, entrons un peu dans la technique. Dans un syst&#232;me distribu&#233; avec un tr&#232;s grand nombre de machines (potentiellement des millions), chaque machine ne communique pas avec toutes les autres, mais juste avec un petit sous-ensemble d'entre elles. Typiquement, si n est le nombre total de machines, une machine va communiquer avec un nombre logarithmique, log(n), de machines. En informatique, on aime bien le logarithme car, quand n grandit &#233;norm&#233;ment, log(n) grandit doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, tout l'art r&#233;side dans le choix de ce sous-ensemble d'environ log(n) machines avec qui communiquer. La principale contrainte, c'est qu'on doit absolument &#233;viter qu'il y ait une partition dans le r&#233;seau, c'est-&#224;-dire qu'il doit toujours exister un chemin entre n'importe quels n&#339;uds du r&#233;seau, m&#234;me s'il faut pour cela passer par d'autres n&#339;uds. On va distinguer deux approches qui vont conduire &#224; deux grandes cat&#233;gories de syst&#232;mes pair-&#224;-pair, chacune ayant ses vertus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mani&#232;re, dite &#171; structur&#233;e &#187;, consiste &#224; organiser tous les n&#339;uds pour qu'ils forment un anneau ou une &#233;toile par exemple, bref une structure g&#233;om&#233;trique particuli&#232;re qui va garantir la connectivit&#233; du tout. Avec de telles structures, on est capable de faire du routage efficace, c'est-&#224;-dire de transmettre un message de n'importe quel point &#224; n'importe quel autre point en suivant un chemin relativement court. Par exemple, dans un anneau, en pla&#231;ant des raccourcis de fa&#231;on astucieuse, on va pouvoir aller de n'importe quelle machine &#224; n'importe quelle autre machine en &#224; peu pr&#232;s un nombre logarithmique d'&#233;tapes. Et la base de tous ces syst&#232;mes, c'est qu'il y a suffisamment de r&#233;plication un peu partout pour que n'importe quelle machine puisse tomber en panne et que le syst&#232;me continue &#224; fonctionner correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde mani&#232;re, dite &#171; non structur&#233;e &#187;, se base sur des graphes al&#233;atoires. On peut faire des choses assez int&#233;ressantes et &#233;l&#233;gantes avec de tels graphes, notamment tout ce qui s'appelle les algorithmes &#233;pid&#233;miques (j'avais parl&#233; de &#231;a dans un autre article binaire). Pour envoyer un message &#224; tout un syst&#232;me, je l'envoie d'abord &#224; mes voisins, et chacun de mes voisins fait la m&#234;me chose, etc. En utilisant un nombre &#224; peu pr&#232;s logarithmique de voisins, on sait qu'au bout d'un nombre &#224; peu pr&#232;s logarithmique d'&#233;tapes, tout le monde aura re&#231;u le message qui s'est propag&#233; un peu comme une &#233;pid&#233;mie. Cela reste vrai m&#234;me si une grande partie des machines tombent en panne ! Et le hasard garantit que l'ensemble reste connect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire &#233;voluer en permanence cette structure de graphe al&#233;atoire, la rendre dynamique, l'adapter aux applications consid&#233;r&#233;es. C'est le sujet d'un projet ERC que j'ai obtenu en 2008. L'id&#233;e &#233;tait la suivante. Comme je dispose de ce graphe al&#233;atoire qui me permet de m'assurer que tout le monde est bien connect&#233;, je peux construire au-dessus n'importe quel autre graphe qui correspond bien &#224; mon application. Par exemple, je peux construire le graphe des gens qui partagent les m&#234;mes go&#251;ts que moi. Ce graphe n'a m&#234;me pas besoin de relier tous les n&#339;uds, parce que de toute fa&#231;on ils sont tous connect&#233;s par le graphe al&#233;atoire sous-jacent. Et dans ce cas-l&#224;, je peux utiliser ce r&#233;seau pour faire un syst&#232;me de recommandation. En fait, au d&#233;but, je voulais faire un web personnalis&#233; et d&#233;centralis&#233;. C'&#233;tait &#231;a, la &#171; grande vision &#187; qui a &#233;t&#233; &#224; la base de la cr&#233;ation de ma startup. Sauf que business model oblige, finalement, on n'a pas du tout fait &#231;a &#128521; Mais j'y crois encore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Et aujourd'hui, toujours dans le cadre du pair-&#224;-pair, tes recherches portent sur l'apprentissage collaboratif.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK : &lt;/strong&gt; Oui, l'apprentissage collaboratif, c'est mon sujet du moment ! Et oui, on reste proche du pair-&#224;-pair, mon dada !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phase d'entra&#238;nement de l'apprentissage automatique classique, les donn&#233;es sont rapatri&#233;es dans des data centers o&#249; se r&#233;alise l'entrainement. Mais on ne veut pas toujours partager ses donn&#233;es ; on peut ne pas avoir confiance dans les autres machines pour maintenir la confidentialit&#233; des donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, imaginons des tas de machines (les n&#339;uds du syst&#232;me) qui ont chacune beaucoup de donn&#233;es, qu'elles ne veulent pas partager, et qui, pour autant, aimeraient b&#233;n&#233;ficier de l'apprentissage automatique que collectivement ces donn&#233;es pourraient leur apporter. L'id&#233;e est d'arriver &#224; entra&#238;ner des mod&#232;les d'apprentissage automatique sur ces donn&#233;es sans m&#234;me les d&#233;placer. Bien s&#251;r, il faut &#233;changer des informations pour y arriver, et, en cela, l'apprentissage est collaboratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e pourrait &#234;tre d'entrainer sur chaque machine un mod&#232;le d'apprentissage local, r&#233;cup&#233;rer tous ces mod&#232;les sur un serveur central, les agr&#233;ger, renvoyer le mod&#232;le r&#233;sultat aux diff&#233;rentes machines pour poursuivre l'entrainement, cela s'appelle l'apprentissage f&#233;d&#233;r&#233;. A la fin, on a bien un mod&#232;le qui a &#233;t&#233; finalement entra&#238;n&#233; sur toutes les donn&#233;es, sans que les donn&#233;es n'aient boug&#233;. Mais on a toujours des contraintes de vuln&#233;rabilit&#233; li&#233;es &#224; la centralisation (passage &#224; l'&#233;chelle, point de d&#233;faillance unique, respect de la vie priv&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la solution est d'y parvenir de mani&#232;re compl&#232;tement d&#233;centralis&#233;e, en pair-&#224;-pair. On &#233;change entre voisins des mod&#232;les locaux (c'est &#224; dire entrain&#233;s sur des donn&#233;es locales), et on utilise des algorithmes &#233;pid&#233;miques pour propager ces mod&#232;les. On arrive ainsi &#224; r&#233;aliser l'entrainement sur l'ensemble des donn&#233;es. &#199;a prend du temps. Pour acc&#233;l&#233;rer la convergence de l'entrainement, on fait &#233;voluer le graphe dynamiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, que ce soit dans le cas centralis&#233; ou, dans une moindre mesure, d&#233;centralis&#233;, l'&#233;change des mod&#232;les pose quand m&#234;me des probl&#232;mes de confidentialit&#233;. En effet, m&#234;me si les donn&#233;es ne sont pas partag&#233;es, il se trouve qu'il est possible d'extraire beaucoup d'informations des param&#232;tres d'un mod&#232;le et donc du client qui l'a envoy&#233;. Il y a donc encore pas mal de recherches &#224; faire pour garantir que ces syst&#232;mes soient vraiment respectueux de la vie priv&#233;e, et pour se garantir d'attaques qui chercheraient &#224; violer la confidentialit&#233; des donn&#233;es : c'est typiquement ce sur quoi je travaille avec mon &#233;quipe &#224; l'EPFL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : L'entra&#238;nement dans un cas distribu&#233;, est-ce que cela ne co&#251;te pas plus cher que dans un cas centralis&#233; ? Avec tous ces messages qui s'&#233;changent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK : &lt;/strong&gt; Bien s&#251;r. Il reste beaucoup de travail &#224; faire pour r&#233;duire ces co&#251;ts. En revanche, avec ces solutions, il est possible de faire des calculs sur des ordinateurs en local qui sont souvent sous-utilis&#233;s, plut&#244;t que de construire toujours plus de data centers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Cela rappelle un peu les probl&#232;mes de co&#251;t &#233;nerg&#233;tique du Bitcoin, pour revenir &#224; une autre application du pair-&#224;-pair. Peux-tu nous en parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK :&lt;/strong&gt; Un peu mais nous sommes loin des d&#233;lires de consommation &#233;nerg&#233;tique du Bitcoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, au d&#233;but, quand j'ai d&#233;couvert l'algorithme original de la blockchain et du Bitcoin, je n'y ai pas du tout cru, parce que d'un point de vue algorithmique c'est un cauchemar ! En syst&#232;mes distribu&#233;s, on passe notre vie &#224; essayer de faire des algorithmes qui soient les plus efficaces possibles, qui consomment le moins de bande passante, qui soient les plus rapides possibles, etc&#8230; et l&#224; c'est tout le contraire ! Un truc de malade ! Bon, je regrette de ne pas y avoir cru et de ne pas avoir achet&#233; quelques bitcoins &#224; l'&#233;poque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi &#231;a que j'aime bien dans la recherche scientifique : on se trompe, on est surpris, on apprend. Et on d&#233;couvre des algorithmes qui nous bluffent, comme ceux des IA g&#233;n&#233;ratives aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Tu as beaucoup milit&#233;, &#233;crit, parl&#233; autour de la place des femmes dans le num&#233;rique. On t'a d&#233;j&#224; pos&#233; la question : pourquoi est-ce si difficile pour les femmes en informatique ? Peut-&#234;tre pas pour toi, mais pour les femmes en g&#233;n&#233;ral ? Pourrais-tu revenir sur cette question essentielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK : &lt;/strong&gt; On peut trouver un faisceau de causes. Au-del&#224; de l'informatique, toutes les sciences &#8220;dures&#8221; sont confront&#233;es &#224; ce probl&#232;me. D&#232;s le CP, les &#233;carts se creusent entre les filles et les gar&#231;ons, pour de mauvaises raisons qui sont des st&#233;r&#233;otypes bien ancr&#233;s dans la soci&#233;t&#233;, qui associent les femmes aux m&#233;tiers de soins et puis les hommes &#224; conduire des camions et &#224; faire des maths&#8230; Pour l'informatique, la r&#233;forme du lyc&#233;e a &#233;t&#233; catastrophique. La discipline n'avait d&#233;j&#224; pas vraiment le vent en poupe, mais maintenant, quand il faut abandonner une option en terminale, on d&#233;laisse souvent l'informatique. Et &#231;a se d&#233;grade encore dans le sup&#233;rieur. La proportion de femmes est tr&#232;s faible dans les &#233;coles d'ing&#233;nieurs, et &#231;a ne s'am&#233;liore pas beaucoup. Pour prendre l'exemple d'Inria, la proportion de candidates entre le d&#233;but du recrutement et l'admission reste &#224; peu pr&#232;s constante, mais comme elle est faible &#224; l'entr&#233;e on ne peut pas faire de miracles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une chose a chang&#233; : la parit&#233; dans le domaine est devenue un vrai sujet, un objectif pour beaucoup, m&#234;me si &#231;a n'a pas encore tellement am&#233;lior&#233; les statistiques pour autant. &#199;a prend beaucoup de temps. Un sujet clivant est celui de la discrimination positive, celui des quotas. Beaucoup de femmes sont contre dans les milieux acad&#233;miques parce qu'elles trouvent &#231;a d&#233;valorisant, ce que je peux comprendre. Je suis moi-m&#234;me partag&#233;e, mais parfois je me dis que c'est peut-&#234;tre une bonne solution pour acc&#233;l&#233;rer les choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Binaire : Bon, de temps en temps, cela change sans quota. M&#234;me &#224; l'Acad&#233;mie des sciences !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AMK :&lt;/strong&gt; C'est vrai, magnifique ! Je suis ravie de faire partie de cette promo. Une promo sans quota plus de 50 % de femmes parmi les nouveaux membres Acad&#233;mie des sciences en g&#233;n&#233;ral, et 50 % en informatique. On a quand m&#234;me entendu pendant des ann&#233;es qu'on ne pouvait pas faire mieux que 15-20% ! Pourvu que &#231;a dure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Abiteboul, Inria, et Chlo&#233; Mercier, Universit&#233; de Bordeaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une vie num&#233;rique sans GAFAM est-elle possible ?</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article21803.html</link>
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		<dc:creator>binaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Corinne Vercher-Chaptal a men&#233; une &#233;tude approfondie sur sept plateformes consid&#233;r&#233;es comme alternatives aux plateformes dominantes. Entre transition &#233;cologique et renouveau d&#233;mocratique, elle nous d&#233;crit les promesses de ces plateformes innovantes. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 21 octobre 2022 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant. Serge Abiteboul et Thierry Vi&#233;ville. &lt;br class='autobr' /&gt; Vous avez pilot&#233; une &#233;quipe de recherche qui a &#233;tudi&#233; 7 plateformes dites (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Corinne Vercher-Chaptal a men&#233; une &#233;tude approfondie sur sept plateformes consid&#233;r&#233;es comme alternatives aux plateformes dominantes. Entre transition &#233;cologique et renouveau d&#233;mocratique, elle nous d&#233;crit les promesses de ces plateformes innovantes. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 21 octobre 2022 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant. Serge Abiteboul et Thierry Vi&#233;ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez pilot&#233; une &#233;quipe de recherche qui a &#233;tudi&#233; 7 plateformes dites alternatives : en quoi ces plateformes se diff&#233;rencient des GAFAM ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mod&#232;les &#233;taient alternatifs, non pas parce qu'ils proposaient de faire diff&#233;remment ce que font les mod&#232;les dominants, mais plut&#244;t parce qu'ils cr&#233;ent une offre de valeurs qui n'existe pas dans le secteur dans lequel tr&#244;ne la plateforme dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cas que nous avons &#233;tudi&#233;s sont dits alternatifs par le mod&#232;le &#233;conomique, de gouvernance et le service qu'ils proposent dans un secteur o&#249; domine une grande plateforme. Assez rapidement, il nous est apparu que ces mod&#232;les &#233;taient alternatifs, non pas parce qu'ils proposaient de faire diff&#233;remment ce que font les mod&#232;les dominants, mais plut&#244;t parce qu'ils cr&#233;ent une offre de valeurs qui n'existe pas dans le secteur dans lequel tr&#244;ne la plateforme dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur du tourisme est en cela assez embl&#233;matique. Il est fortement domin&#233; par Airbnb. Nous avons &#233;tudi&#233; la plateforme coop&#233;rative &#171; Les Oiseaux de passage &#187; qui propose une autre mani&#232;re de voyager en mettant en relation des habitants, professionnels et voyageurs, pour aller vers une forme sociale du tourisme s'approchant de l'hospitalit&#233;. La particularit&#233; de ce mod&#232;le est que, contrairement &#224; Airbnb, il s'extrait des standards marchands et poursuit une finalit&#233; sociale et patrimoniale. La plateforme propose une tarification qui ne repose pas sur un algorithme de prix (tarification dynamique) mais qui est mod&#233;r&#233;e en fonction de l'h&#244;te et du voyageur, permettant une diversit&#233; d'&#233;changes, gratuits ou tarif&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobicoop, plateforme coop&#233;rative de covoiturage libre, est un autre cas int&#233;ressant. Son origine est une r&#233;action &#224; la marchandisation du covoiturage. En 2007, une association appel&#233;e &#171; Covoiturage.fr &#187; cr&#233;e une plateforme pour mettre gratuitement en contact des personnes pour covoiturer. En 2011, au moment o&#249; le covoiturage conna&#238;t une expansion, la plateforme instaure une commission sur les trajets effectu&#233;s par les co-voitureurs, et devient Blablacar. Les militants de la communaut&#233; initiale ont alors r&#233;agi en recr&#233;ant une nouvelle plateforme pour maintenir une mise en relation gratuite des annonces de covoiturage. C'est ainsi qu'est apparue Mobicoop. L'objectif premier n'est pas seulement le covoiturage en tant que tel et le remboursement de ses frais du voyage, mais de proposer un moyen de participer &#224; la r&#233;duction de la prolif&#233;ration des v&#233;hicules individuels (autosolisme), et donc &#224; la transition &#233;cologique. Ainsi, Mobicoop est d&#233;velopp&#233;e en logiciel libre et ne pr&#233;l&#232;ve aucune commission puisque cela serait antinomique avec sa finalit&#233; : plus la plateforme est ouverte, plus l'objectif &#233;cologique sera atteint. Pour faire vivre la plateforme et ses besoins en d&#233;veloppement, la coop&#233;rative a recours aux appels au don et au soci&#233;tariat mais surtout &#224; la vente en marque blanche de plateformes et de prestations de mobilit&#233; partag&#233;e aux collectivit&#233;s territoriales. Ce versant marchand permet donc &#224; la plateforme de proposer au grand public un service d'interm&#233;diation gratuit en accord avec son &#233;thique et son objectif environnemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces exemples, il existe une diversit&#233; de mod&#232;les &#233;conomiques alternatifs. Tous ont le m&#234;me d&#233;fi : p&#233;renniser leur mod&#232;le. M&#234;me si pour la plupart, ces mod&#232;les n'ont pas vocation &#224; se substituer enti&#232;rement aux dominants, il faut qu'ils aient les moyens de constituer et de fid&#233;liser des communaut&#233;s d'usagers et de contributeurs pr&#234;ts &#224; valider, sous une forme ou une autre, (don, soci&#233;tariat, cotisation&#8230;) la valeur sociale et environnementale cr&#233;&#233;e, et qui n'a pas &#233;t&#233; format&#233;e pour le march&#233; et ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyez-vous un rapprochement entre ces mod&#232;les et les mondes du logiciel libre et des communs, qui sont classiquement cit&#233;s comme des alternatives aux mod&#232;les dominants sur Internet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde coop&#233;ratif se m&#234;le de plus en plus au monde des communs et du logiciel libre, ce qui n'&#233;tait pas &#233;vident au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Originellement, l'objet des communs num&#233;riques est l'ouverture des services num&#233;riques, et celui du coop&#233;rativisme est la propri&#233;t&#233; partag&#233;e visant &#224; prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des membres. Ces deux objectifs sont distincts mais ne sont pas incompatibles. En France, nous avons la chance d'avoir le dispositif SCIC (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative d'int&#233;r&#234;t collectif) qui permet de rassembler les deux approches en ouvrant la gouvernance des coop&#233;ratives &#224; une diversit&#233; de parties prenantes. Le dispositif SCIC renforce la prise en compte de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, et la dimension d&#233;lib&#233;rative qui est le propre des communs. La propri&#233;t&#233; est ainsi repens&#233;e pour qu'elle ne soit plus exclusive &#224; quelques soci&#233;taires pr&#233;d&#233;finis mais accessible &#224; toutes les parties prenantes, devenant ainsi plus inclusive. Ce dispositif participe donc grandement au rapprochement des coop&#233;ratives avec les communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement avec le logiciel libre est moins &#233;vident puisque la notion de propri&#233;t&#233; est en tant que telle antinomique de l'esprit du libre, qui en rejette toute forme. Aujourd'hui, on assiste &#224; une politisation d'une partie du mouvement qui a pens&#233; d&#232;s ses d&#233;buts un Internet &#233;mancipateur via la non-propri&#233;t&#233; et l'universalit&#233; de l'acc&#232;s. Certains militants du logiciel libre estiment avoir fait une erreur en n'articulant pas les logiciels libres &#224; des finalit&#233;s sociale et/ou environnementale. Cela a provoqu&#233; une forme de scission au sein du mouvement entre ceux qui ont une vision fonctionnelle et individuelle des libert&#233;s num&#233;riques, pr&#244;nant une libert&#233; sans limite, et ceux qui ont une approche collective et d&#233;lib&#233;rative s'attachant &#224; pr&#233;server l'&#233;thique du projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des outils tels que les licences &#224; r&#233;ciprocit&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s par cette deuxi&#232;me branche du mouvement pour essayer de r&#233;pondre &#224; ce qu'ils estiment &#234;tre les limites des logiciels libres initiaux. L'objectif de ces licences est de restreindre l'ouverture et l'usage de la licence soit en d&#233;cidant de la nature de l'organisation usag&#232;re (organisation de l'&#233;conomie sociale et solidaire par exemple), soit en restreignant l'usage commercial &#224; certaines finalit&#233;s. Par exemple, CoopCycle, une coop&#233;rative de livraison &#224; v&#233;lo, a autoris&#233; uniquement l'usage de la licence aux collectifs de livreurs constitu&#233;s en coop&#233;ratives. Cela va encore plus loin avec les Hippocratic licenses (licences hippocratiques) qui imposent un crit&#232;re &#233;thique aux projets open source et restreignent l'utilisation au respect des droits humains. L'Hippocratic License fait cependant l'objet de controverses au sein du mouvement du logiciel libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces licences, qui peuvent permettre de restaurer une relation de r&#233;ciprocit&#233; entre le secteur marchand et les communs, rapprochent le coop&#233;rativisme du mouvement du logiciel libre tout en pr&#233;servant l'esprit des communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le l'&#201;tat doit-il adopter vis-&#224;-vis de ces mod&#232;les alternatifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communs offrent une formidable opportunit&#233; de renouveau d&#233;mocratique en permettant une co-construction avec l'&#201;tat d'actions publiques nouvelles et adapt&#233;es aux crises &#233;cologique, sociale et sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain c'est qu'en l'absence de dispositifs financiers et institutionnels adapt&#233;s &#224; leurs sp&#233;cificit&#233;s, les mod&#232;les alternatifs ne peuvent se d&#233;velopper et se p&#233;renniser. J'en veux pour preuve l'initiative Les Oiseaux de passage qui doit en grande partie son d&#233;veloppement &#224; l'attribution du statut de jeune entreprise innovante (JEI). Cependant, ce ne f&#251;t pas sans difficult&#233; car cette plateforme a longtemps eu du mal &#224; se voir reconna&#238;tre comme &#233;tant innovante. Il y a sans doute des dispositifs &#224; cr&#233;er ou &#224; modifier dans l'&#233;cosyst&#232;me de l'innovation pour clarifier cette caract&#233;risation et aider &#224; la p&#233;rennisation de ce type d'initiatives, dont l'objectif est de mobiliser le num&#233;rique au service de projet solidaire, de transition socio-environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un v&#233;ritable enjeu &#224; lutter contre la pr&#233;carit&#233; des contributeurs, ph&#233;nom&#232;ne bien connu dans le monde du logiciel libre. De nombreux acteurs de la communaut&#233; du logiciel libre vivent dans une pr&#233;carit&#233; certaine. Il est donc primordial de s'attacher &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; des innovations institutionnelles pour s&#233;curiser le travail des contributeurs aux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au sein de l'&#233;quipe du rapport TAPAS, nous avons point&#233; l'opportunit&#233; d'un rapprochement entre les communs (num&#233;riques et non-num&#233;riques) avec l'acteur public. Il est essentiel qu'un espace autre que purement marchand, ob&#233;issant &#224; une rationalit&#233; autre qu'instrumentale, se d&#233;veloppe pour d&#233;ployer les communs. Il faut enseigner que les communs peuvent &#234;tre le lieu de solidarit&#233;s citoyennes, comme le souligne Alain Supiot, inscrites dans les territoires. A cette &#233;chelle, les communs peuvent participer &#224; la construction de politique de transition avec les collectivit&#233;s locales dans les domaines qui leur incombent comme le transport, l'habitation, la qualit&#233; de l'eau, l'alimentation&#8230;Pour ce faire, l'&#201;tat doit avoir un r&#244;le facilitateur qui va au-del&#224; du seul soutien financier. A c&#244;t&#233; d'une r&#233;gulation contraignante &#224; destination des GAFAM, l'&#233;tat peut mettre en place une r&#233;gulation habilitante visant &#224; soutenir les alternatives, dans le respect de leur identit&#233; et de leurs sp&#233;cificit&#233;s. Cela peut &#234;tre par la mise &#224; disposition de ressources mat&#233;rielles ou immat&#233;rielles, comme l'initiative &#8220;Brest en communs&#8221; o&#249; la ville a fourni des r&#233;seaux d'acc&#232;s Wifi ouverts et gratuits sur le territoire, par exemple. Finalement, l&#224; o&#249; il existe des zones o&#249; le service public est d&#233;faillant ou absent, les communs offrent une formidable opportunit&#233; de renouveau d&#233;mocratique en permettant une co-construction avec l'&#201;tat d'actions publiques nouvelles et adapt&#233;es aux crises &#233;cologique, sociale et sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corinne Vercher-Chaptal , Professeure Universit&#233; Sorbonne Paris Nord.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment mettre en avant les communs au travail ?</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article21669.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>binaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Odile Chagny nous &#233;claire sur la mani&#232;re dont les communs transforment le travail. Elle est &#233;conomiste &#224; l'Institut de Recherches &#201;conomiques et Sociales (IRES) et co-fondatrice du r&#233;seau Sharers et Workers. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 25 janvier 2023 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant. &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce que Sharers &amp; Workers ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Sharers &amp; Workers est un r&#233;seau d'animation de l'&#233;cosyst&#232;me autour des transformations du travail en lien avec la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Odile Chagny nous &#233;claire sur la mani&#232;re dont les communs transforment le travail. Elle est &#233;conomiste &#224; l'Institut de Recherches &#201;conomiques et Sociales (IRES) et co-fondatrice du r&#233;seau Sharers et Workers. Cet &lt;a href=&#034;https://cnnumerique.fr/paroles-de/comment-mettre-en-avant-les-communs-au-travail-echange-avec-odile-chagny&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; le 25 janvier 2023 sur le site de cnnumerique.fr et est remis en partage ici, les en remerciant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Qu'est-ce que Sharers &amp; Workers ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sharers &amp; Workers est un r&#233;seau d'animation de l'&#233;cosyst&#232;me autour des transformations du travail en lien avec la transformation num&#233;rique. Initialement centr&#233;s sur l'&#233;conomie des plateformes, les travaux du r&#233;seau se sont recentr&#233;s sur les probl&#233;matiques de l'IA et des donn&#233;es depuis 2019. Notre objectif est de faire se rencontrer des acteurs de la recherche, des acteurs de la transformation num&#233;rique en entreprise et des acteurs syndicaux pour appr&#233;hender collectivement ces transformations. Nous avons deux convictions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'&#233;conomie num&#233;rique et le num&#233;rique sont vecteurs de bouleversements profonds pour les march&#233;s et les acteurs &#233;conomiques et sociaux pr&#233;existants. Ces nouveaux mod&#232;les d'affaires nous am&#232;nent n&#233;cessairement &#224; renouveler nos fa&#231;ons de penser et d'agir sur le travail, les comp&#233;tences, les relations de travail, les formes de repr&#233;sentation, les fa&#231;ons de partager la valeur etc.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Il nous semble n&#233;cessaire de croiser les points de vue et de mettre en relation l'ensemble des parties prenantes, qui n'ont pas toujours les m&#234;mes approches, afin de mieux appr&#233;hender ces transformations.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Comment le r&#233;seau Sharers &amp; Workers s'est-il empar&#233; de la question des communs ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;rique permet une production collaborative &#233;tendue et une gouvernance ouverte. Autant de formes d'organisation et de mod&#232;les que l'on retrouve tr&#232;s souvent dans les communs et les communs num&#233;riques, tr&#232;s &#233;tudi&#233;s sous l'angle de la ressource et de la gouvernance, mais assez peu sous celui des mod&#232;les de travail sous-jacents. Nous nous int&#233;ressons &#224; cette dimension, souvent moins explor&#233;e dans la litt&#233;rature scientifique : le travail en commun ou produisant des communs g&#233;n&#232;re-t-il des conditions et des organisations de travail sp&#233;cifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons port&#233; ce questionnement dans le cadre du Transformateur Num&#233;rique, un dispositif d'innovation collaborative port&#233; par l'Anact (Agence nationale pour l'am&#233;lioration des conditions de travail) et la Fing (F&#233;d&#233;ration Internet Nouvelle G&#233;n&#233;ration) et qui vise &#224; acc&#233;l&#233;rer les initiatives mettant le num&#233;rique au service de la qualit&#233; de vie au travail. La huiti&#232;me &#233;dition du Transformateur a ainsi &#233;t&#233; organis&#233;e en 2018 en partenariat avec le Groupe Chronos et Sharers &amp; Workers avec pour th&#232;me : &#8220;Travails et communs, travail en commun, vers de nouvelles organisations du travail ?&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, ces rencontres se sont formalis&#233;es par la mise en place d'une exp&#233;rimentation soutenue par le Fact (Fonds pour l'am&#233;lioration des conditions de travail de l'Anact). Dans ce cadre, nous avons accompagn&#233; six structures de l'&#233;cosyst&#232;me des communs pour exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'organisations, de collaboration, d'encadrement de l'activit&#233; et d'innovation sociale, tout en mettant ces initiatives en r&#233;seau pour qu'elles se nourrissent mutuellement. Ces structures avaient toutes la particularit&#233; de mobiliser les potentialit&#233;s offertes par le num&#233;rique, que ce soit pour la production de communs num&#233;riques, pour l'organisation du travail ou de la coop&#233;ration&#8230; Il ne s'agissait absolument pas de s'interroger sur la gouvernance ou le statut de ces structures mais plut&#244;t d'&#233;tudier comment mettre en avant les valeurs li&#233;es au communs dans les modalit&#233;s de travail et d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; ce sujet, qu'avez-vous observ&#233; ? En quoi les communs sont-ils des mod&#232;les d'organisation du travail sp&#233;cifique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre travail a ainsi permis de formaliser des r&#232;gles et processus qui &#233;taient auparavant implicites, en s'adaptant &#224; la volont&#233; d'auto-organisation et de co-construction qui leur est ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation et les objectifs de ces structures &#233;tant diff&#233;rents de ceux des entreprises &#8220;traditionnelles&#8221;, les fa&#231;ons de travailler et de reconna&#238;tre le travail le sont aussi et posent la question des outils mis &#224; disposition des communs &#224; ce titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; commune &#224; ces six structures &#233;tait finalement de r&#233;ussir &#224; faire fonctionner des collectifs aux engagements variables et in&#233;gaux, avec certains contributeurs particuli&#232;rement sur-sollicit&#233;s. Le suivi que nous avons men&#233; a ainsi montr&#233; que ceci est notamment d&#251; &#224; l'absence de d&#233;finition des concepts organisationnels mis en &#339;uvre : comment mesurer et reconna&#238;tre la contribution et le contributeur, comment le r&#233;tribuer, comment g&#233;rer une collectif de contributeurs, comment &#233;valuer les comp&#233;tences, comment g&#233;rer les conflits&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort &#233;galement de nos observations que cette carence d&#233;finitionnelle va de pair avec une grande difficult&#233; &#224; trouver un &#233;quilibre entre horizontalit&#233; et verticalit&#233;. Ces structures cherchent &#224; remettre en question la subordination hi&#233;rarchique, &#224; tendre vers des formes plus distribu&#233;es du pouvoir, &#224; s'&#233;loigner de la logique du &#8220;command and control&#8221; pour aller vers des formes de coop&#233;ration plus horizontales. Elles cherchent aussi &#224; exp&#233;rimenter des &#8220;mod&#232;les organisationnels distribu&#233;s &#187; de production des communs, ce qui floute encore davantage la fronti&#232;re entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de l'entreprise et, de fait, de ses travailleurs. Toutefois, ces initiatives peuvent g&#233;n&#233;rer une certaine incompr&#233;hension voire frustration de la part des parties prenantes qui peuvent m&#234;me mettre en p&#233;ril les collectifs. Il s'agit enfin de r&#233;tribuer correctement le travail pour &#233;viter un &#233;puisement des contributeurs, ce qui sous-entend de savoir mesurer et &#233;valuer le travail en amont. Notre travail a ainsi permis de formaliser des r&#232;gles et processus qui &#233;taient auparavant implicites, en s'adaptant &#224; la volont&#233; d'auto-organisation et de co-construction qui leur est ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aussi pu &#234;tre amen&#233;s &#224; exp&#233;rimenter des dispositifs organisationnels nouveaux. Nous sommes face &#224; des structures qui ne veulent pas poser la question du statut juridique : CAE, SCOP, SCIC&#8230; ce n'est pas leur pr&#233;occupation. Elles se demandent plut&#244;t comment favoriser une approche du travail par les communs et comment s'outiller &#224; cet &#233;gard. Il faut donc chercher d'autres modes de construction et d'outils pour g&#233;rer une entreprise, que ce soit en mati&#232;re de gestion des conflits, des comp&#233;tences, de la r&#233;tribution, de la coop&#233;ration, de l'identification du travail, voire de la carri&#232;re. Tous ces mots-l&#224;, dont le Code du travail traite, il faut les r&#233;interroger dans le cadre du commun. Par exemple, l'une des structures que nous avons accompagn&#233;es r&#233;fl&#233;chit depuis plusieurs ann&#233;es &#224; la cr&#233;ation d'un CDI communautaire : pourquoi aurait-on un contrat pour une seule personne et pas pour deux ? Ils ont ainsi r&#233;pondu &#224; des offres d'emploi pendant l'exp&#233;rimentation avec deux personnes pour un m&#234;me poste. Nous les avons fait accompagner par des juristes travaillistes de l'universit&#233; de Lyon II. Ce sont des exp&#233;rimentations tr&#232;s pr&#233;liminaires et difficiles &#224; mener parce qu'on est aux fronti&#232;res de ce que permet le Code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez co-&#233;crit avec Amandine Brugi&#232;re un article intitul&#233; &#8220;De la production de communs aux communs du travail&#8221;[1], comment d&#233;finissez-vous ces communs du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est tr&#232;s difficile de faire fonctionner sur la dur&#233;e un collectif de travail ouvert, en l'absence de d&#233;finition claire de cette ouverture. On observe en fait une tyrannie de l'absence de structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature fait appara&#238;tre deux principales approches des communs. La premi&#232;re, emmen&#233;e par Elinor Ostrom, part des ressources partag&#233;es pour ensuite &#233;tudier les r&#232;gles qui en r&#233;gissent les usages collectifs. La seconde approche, celle du &#8220;commoning&#8221; et notamment reprise par Pierre Dardot et Christian Laval, s'int&#233;resse davantage au processus m&#234;me de production d'un commun. C'est la continuit&#233; de celle-ci que nous nous sommes inscrites, car m&#234;me si on a une ressource et une gouvernance, sans contributeur cela reste une coquille vide. Toutefois, dans les deux approches, l'accent est mis sur les r&#232;gles juridiques voire politiques qui d&#233;coulent de ces mod&#232;les, mais tr&#232;s peu sur les transformations organisationnelles qu'ils engendrent, c'est-&#224;-dire la fa&#231;on dont les ressources, les processus et les rapports sociaux sont mis en place par le collectif pour atteindre leurs buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons identifi&#233; un &#233;cueil suppl&#233;mentaire &#224; ceux r&#233;guli&#232;rement point&#233;s dans la litt&#233;rature sur les communs : outre la surexploitation de la ressource et la difficult&#233; &#224; p&#233;renniser le collectif de contributeurs &#8211; qui est r&#233;el, il y a un vrai enjeu d'&#233;puisement du commoner. Il est tr&#232;s difficile de faire fonctionner sur la dur&#233;e un collectif de travail ouvert, en l'absence de d&#233;finition claire de cette ouverture. On observe en fait une tyrannie de l'absence de structure (pour reprendre les termes de la militante Jo Freeman) : toutes les organisations ont besoin de poser des r&#232;gles structurelles, tout en s'&#233;mancipant des cadres traditionnels existants. Un &#233;quilibre doit donc &#234;tre trouv&#233; &#8211; et c'est l&#224; toute la difficult&#233; &#8211; entre la libert&#233; des personnes &#224; s'engager volontairement dans ces projets et la n&#233;cessit&#233; de r&#233;partir, discuter, v&#233;rifier, &#233;valuer m&#234;me des t&#226;ches et responsabilit&#233;s &#224; chacun pour s'assurer de la bonne marche du projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, comment devrait intervenir l'&#201;tat vis-&#224;-vis de ces structures et &#224; leurs contributeurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi il s'agit d'abord d'une question de droit &#224; l'exp&#233;rimentation. Les exp&#233;rimentations men&#233;es sont syst&#233;matiquement hors-champ du Code du travail, et cr&#233;ent donc des risques juridiques. L'&#201;tat pourrait porter davantage d'attention &#224; ces innovations, qui ne sont pas des innovations de structure juridique mais d'organisation du collectif et du travail qui cherchent &#224; mettre en avant des formes in&#233;dites et inconnues de coop&#233;ration : comment les outiller et les accompagner ? Par nos exp&#233;rimentations, nous avons parfois recr&#233;&#233; du droit, mais il faudrait formaliser tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait aussi proposer des dispositifs adaptables : on ne peut pas mettre en place la m&#234;me solution partout, cela ne fonctionne pas. Nous sommes face &#224; des structures dont les valeurs port&#233;es rel&#232;vent d'un engagement politique, qu'elles d&#233;clinent dans tous leurs rouages. Elles ont donc besoin de s'approprier les outils. C'est une erreur de consid&#233;rer que l'on peut avoir un dispositif g&#233;n&#233;rique. Par exemple, le droit cr&#233;&#233; autour de l'&#233;conomie sociale et solidaire (ESS) n'apporte pas toutes les r&#233;ponses ; notamment, il ne propose pas de solution pour r&#233;tribuer la contribution ouverte et ce droit concerne des structures qui demeurent dans une logique marchande. Donner la possibilit&#233; &#224; ces organisations de construire elles-m&#234;mes leurs propres outils participe autant de l'accompagnement que l'accompagnement en lui-m&#234;me. J'ai constat&#233; une r&#233;ticence forte &#224; accepter des solutions &#233;manant du du pouvoir ex&#233;cutif ou du l&#233;gislateur. Il faut absolument &#233;viter toute logique descendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on pourrait davantage s'inspirer des initiatives et des id&#233;es qui germent dans ces collectifs, notamment au sein de l'&#201;tat dans une logique ascendante. Je pense que l'&#201;tat peut aider &#224; l'exp&#233;rimentation, mais aussi regarder ce que les autres ont produit pour &#233;ventuellement le reprendre &#224; son compte, l'&#233;tendre, le faciliter&#8230; L'&#201;tat pourrait par exemple accepter d'avoir ces structures comme prestataires. La commande publique est un r&#233;el levier &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Odile Chagny&lt;/strong&gt;, &#233;conomiste, chercheuse &#224; l'Institut de Recherches &#201;conomiques et Sociales (IRES) et co-fondatrice du r&#233;seau Sharers et Workers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] BRUGI&#200;RE, Amandine &amp; CHAGNY, Odile. &#8220;De la production de communs aux communs du travail&#8221;. La Revue des conditions de travail, n&#176;12, juillet 2021.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://cnnumerique.fr/paroles-de-tag&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paroles de Communs&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://cnnumerique.fr/tags/travail-et-emploi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Travail et emploi&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://cnnumerique.fr/modeles-economiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mod&#232;les &#233;conomiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Pr&#234;tez Attention : quand &#171; pr&#234;ter &#187; est &#171; donn&#233;es &#187; (&#233;pisode 2)</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article21514.html</link>
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		<dc:date>2025-02-09T09:07:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>binaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Elon Musk fait un peu n'importe quoi au nom de la libert&#233; d'expression, quand des grands patrons du num&#233;rique lui emboitent le pas sans doute pour pousser leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, il devient encore plus indispensable de comprendre les m&#233;canismes qui causent des dysfonctionnements majeurs des plateformes num&#233;riques. Ce deuxi&#232;me &#233;pisode d'un article de Fabien Gandon et Franck Michel nous aide &#224; mieux comprendre. Serge Abiteboul &amp; Thierry Vi&#233;ville. &lt;br class='autobr' /&gt; Image g&#233;n&#233;r&#233;e par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Elon Musk fait un peu n'importe quoi au nom de la libert&#233; d'expression, quand des grands patrons du num&#233;rique lui emboitent le pas sans doute pour pousser leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, il devient encore plus indispensable de comprendre les m&#233;canismes qui causent des dysfonctionnements majeurs des plateformes num&#233;riques. Ce deuxi&#232;me &#233;pisode d'un article de Fabien Gandon et Franck Michel nous aide &#224; mieux comprendre. Serge Abiteboul &amp; Thierry Vi&#233;ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure id=&#034;attachment_16043&#034; aria-describedby=&#034;caption-attachment-16043&#034; style=&#034;width: 421px&#034; class=&#034;wp-caption aligncenter&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2025/01/101bc70d-capture-d'e&#769;cran-2025-01-09-a&#768;-13.48.13.png&#034;&gt;&lt;img class='wp-image-16043' src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH493/101bc70d-capture-80c3d20e-49823.png?1739092132' alt=&#034;&#034; width='500' height='493' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption id=&#034;caption-attachment-16043&#034; class=&#034;wp-caption-text&#034;&gt;Image g&#233;n&#233;r&#233;e par les auteurs avec Bing/DALL&#183;E 3 &#224; partir du prompt &#8220;photo of a street with many people with their smartphones displaying different hypnotic images&#8221; &#169;CC-BY&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt; &lt;p&gt;Dans le pr&#233;c&#233;dent billet nous vous avons donn&#233; l'excuse parfaite pour ne pas avoir fait de sport ce week-end : ce n'est pas de votre faute, votre cerveau a &#233;t&#233; hack&#233; ! Nous avons vu que, &#224; coup de likes, de notifications, de flux infinis et d'interfaces compulsog&#232;nes, les grands acteurs du Web ont mis au point des techniques capables de piller tr&#232;s efficacement notre temps de cerveau. Nous avons aussi vu que, en s'appuyant sur des donn&#233;es comportementales massives, les algorithmes apprennent &#224; exploiter notre biais de n&#233;gativit&#233; et favorisent les contenus qui suscitent col&#232;re, peur, indignation, ressentiment, frustration, d&#233;go&#251;t, etc. Nous avons constat&#233; que, en nous enfermant dans un espace informationnel o&#249; rien ne contredit nos croyances, les algorithmes de recommandation ont tendance &#224; cr&#233;er des visions du monde diff&#233;rentes pour chaque utilisateur. Nous avons enfin conclu que cette combinaison d'&#233;motions, de biais cognitifs et de recommandations automatis&#233;es peut conduire &#224; une escalade &#233;motionnelle, &#224; la polarisation et la radicalisation des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;En manque&#8230; d'attention et en over-dose d'inattention&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ce premier billet nous am&#232;ne &#224; nous interroger sur le caract&#232;re addictog&#232;ne de certains m&#233;dias sociaux. Une addiction peut survenir dans toute activit&#233; pour laquelle une personne d&#233;veloppe un app&#233;tit excessif. Il peut s'agir d'une d&#233;pendance &#224; une substance (ex. une drogue) ou d'une d&#233;pendance comportementale, cette derni&#232;re se caract&#233;risant par l'impossibilit&#233; de contr&#244;ler la pratique d'une activit&#233; comme les jeux d'argent, ou dans notre cas, l'utilisation d'un m&#233;dia social. On sait qu'une d&#233;pendance se d&#233;veloppe lorsqu'un comportement particulier est incit&#233; et encourag&#233;, qu'il est r&#233;compens&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre, et que rien n'incite &#224; l'arr&#234;ter. Or les algorithmes de captation de l'attention sont des h&#233;ritiers directs de la captologie et suivent &#224; la lettre la formule de d&#233;veloppement d'un comportement addictif : les utilisateurs font l'objets de notifications r&#233;guli&#232;res pour initialiser et enclencher l'habitude ; la r&#233;compense de l'utilisation repose sur de multiples m&#233;canismes (ex. nombre de likes, &#233;motions, etc.) ; et l'absence de moyens de &#171; d&#233;crocher &#187; est au c&#339;ur des interfaces (ex. fil infini, auto-play, opt-out par d&#233;faut, etc.). On dit souvent qu'un algorithme est une recette, ici on pourrait m&#234;me parler de la recette d'une drogue de synth&#232;se num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;&#8230; Maintenant que le doute est l&#224;, vous voyez votre t&#233;l&#233;phone non seulement comme un espion qui vend vos donn&#233;es, mais aussi comme un tra&#238;tre, un manipulateur et m&#234;me un dealer num&#233;rique ! Et vous vous interrogez sur les d&#233;g&#226;ts que font ces hackers du cerveau. Mais le probl&#232;me va plus loin car le Web et Internet forment de vastes toiles qui couplent toutes leurs ressources, et les impacts de ces manipulateurs automatiques se propagent et se combinent par l'effet de mise en r&#233;seau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fausses informations pour vraie attention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant des constats d&#233;j&#224; sombres du pr&#233;c&#233;dent billet, il faut noter que les choses s'aggravent encore lorsque les contenus dont nous parlons sont des fake news, des fausses informations. En effet, celles-ci s'appuient souvent sur la col&#232;re, la frustration ou le d&#233;go&#251;t pour hame&#231;onner notre attention. Elles trouvent ainsi sur les r&#233;seaux sociaux un terrain particuli&#232;rement fertile. Par leurs affirmations choquantes, elles sont v&#233;cues par beaucoup comme une injonction &#224; prendre parti en les re-partageant plut&#244;t que de faire appel &#224; l'esprit critique et v&#233;rifier leur v&#233;racit&#233;. Ainsi des &#233;tudes ont montr&#233; que les algorithmes de recommandation tendent &#224; favoriser les fausses informations v&#233;hiculant des id&#233;es clivantes ou des &#233;v&#233;nements choquants. Et comme ces informations sont souvent relay&#233;es par des connaissances, le biais de la preuve sociale nous incite &#224; les juger cr&#233;dibles et dignes de confiance. R&#233;p&#233;t&#233;es encore et encore, associ&#233;es &#224; des repr&#233;sentations du monde convoquant les th&#233;ories du complot, renforc&#233;es sous la pression des bulles de filtres, et propuls&#233;es par l'effet de r&#233;seau, les fausses informations instaurent une &#233;conomie du doute o&#249; la v&#233;rit&#233; est remplac&#233;e par la vraisemblance. Avec une &#233;ditorialisation qui ne fait pas la diff&#233;rence entre un article &#233;crit par des journalistes professionnels d'un c&#244;t&#233;, et des fausses informations relay&#233;es par un bot malveillant de l'autre, &#171; la presse n'est plus per&#231;ue comme celle qui publie, mais comme celle qui cache&#171; . Progressivement et insidieusement, le doute sape notre confiance dans les experts (savants, journalistes&#8230;), entra&#238;nant des risques pour la sant&#233; publique et favorisant l'&#233;mergence d'id&#233;es extr&#234;mes et de populismes qui mettent en danger les d&#233;mocraties. Ce que Giuliano Da Empoli r&#233;sume par la phrase : &#171; le populisme na&#238;t de l'union de la col&#232;re et la frustration avec les algorithmes&#171; .&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Attentions troubles et troubles d'attention&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, des &#233;tudes ont montr&#233; que la personnalit&#233;, les valeurs, les &#233;motions et la vuln&#233;rabilit&#233; des utilisateurs influencent leur propension &#224; propager de la d&#233;sinformation. Chacun de nous aura donc des r&#233;actions diff&#233;rentes face aux m&#233;canismes que nous avons vus. Mais au-del&#224; de ce fait, nous avons jusqu'ici consid&#233;r&#233; des utilisateurs lambda sans probl&#232;me de sant&#233; particulier. Il convient cependant d'envisager ce qui se passe pour les utilisateurs souffrant de handicaps ou de troubles mentaux comme la d&#233;pression, l'anxi&#233;t&#233;, le trouble d'achat compulsif, la parano&#239;a, le FOMO, le FOBO, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser en particulier au trouble de d&#233;ficit de l'attention (TDA). Des &#233;tudes attestent que les sympt&#244;mes du TDA peuvent &#234;tre aggrav&#233;s par l'utilisation des m&#233;dias num&#233;riques et de leurs applications con&#231;ues pour capter l'attention. Plus inqui&#233;tant encore, ces applications pourraient provoquer des TDA chez des personnes n'ayant aucun ant&#233;c&#233;dent de ce trouble. Si ces &#233;tudes sont pr&#233;liminaires elles nous encouragent &#224; davantage de recherches sur le sujet ainsi qu'&#224; nous poser la question du principe de pr&#233;caution.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;A l'attention des cr&#233;atifs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous, les auteurs de ce billet, sommes des scientifiques. Comme d'autres coll&#232;gues nous nous sommes reconnus dans l'article de David R. Smith : &#171; Attention, attention : vos atouts scientifiques les plus pr&#233;cieux sont attaqu&#233;s &#187;. Dans cet article, Smith appelle &#224; se pencher sur ce que les plateformes du Web font &#224; la recherche et au domaine acad&#233;mique. En effet, m&#234;me les scientifiques et ing&#233;nieurs les mieux inform&#233;s sur ces sujets ne sont pas immunis&#233;s contre ces probl&#232;mes. Tout comme lire le &#8220;Petit trait&#233; de manipulation &#224; l'usage des honn&#234;tes gens&#8221; et &#8220;La soumission librement consentie&#8221; n'immunise pas contre la manipulation, conna&#238;tre les m&#233;thodes de captation de l'attention n'est pas suffisant pour leur &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gadgets num&#233;riques &#187;, comme les appelle Smith, contribuent &#224; ce qu'il appelle &#171; un trouble de d&#233;ficit de l'attention acad&#233;mique &#187;. On sait que la concentration, mais aussi les moments d'ennui, de fl&#226;nerie intellectuelle et de r&#234;verie, sont essentiels &#224; la pens&#233;e cr&#233;ative. Beaucoup d'entre nous ont d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233; l'&#233;clair d'une id&#233;e soudaine au milieu d'un moment de d&#233;tente. En volant ces moments, les syst&#232;mes de captation de l'attention entravent le processus cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ces remarques peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#224; de nombreuses autres activit&#233;s et professions n&#233;cessitant concentration, cr&#233;ativit&#233; et imagination. On peut en effet se demander ce que les syst&#232;mes de captation de l'attention font &#224; des domaines comme la politique, la sant&#233;, l'&#233;ducation ou la cr&#233;ation artistique, par exemple. En d'autres termes : attention penseurs et cr&#233;ateurs ! Nous devons repenser ces syst&#232;mes pour qu'ils r&#233;pondent &#224; nos besoins, et non l'inverse car la v&#233;ritable monnaie d'&#233;change de nos m&#233;tiers est celle des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Attention Fragile ! Vers des principes de pr&#233;servation de l'attention&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces constats anxiog&#232;nes, essayons maintenant d'&#234;tre constructifs. Puisque, dans un monde de plus en plus num&#233;rique, notre attention sur-sollicit&#233;e s'av&#232;re fragile, nous proposons d'aller vers une gouvernance responsable de l'attention sur le Web en posant plusieurs principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier groupe de principes concerne les utilisateurs. Pour renforcer leur autonomie, le principe de la r&#233;flexivit&#233; continue propose que les plateformes leur fournissent r&#233;guli&#232;rement des retours d'information leur permettant d'&#234;tre conscients de leurs usages (temps pass&#233;, exposition &#224; des contenus n&#233;gatifs, diversit&#233;, etc.), et permettant ainsi de garantir leur consentement &#233;clair&#233; &#224; chaque instant. En outre, le principe de transparence pr&#233;conise de leur expliquer clairement les motivations et les raisons derri&#232;re chaque recommandation, et le principe de soutien &#224; la diligence raisonnable insiste sur l'importance de leur fournir les moyens et les informations n&#233;cessaires pour &#233;chapper aux boucles et processus impos&#233;s par les syst&#232;mes. Enfin, le principe d'opt-in par d&#233;faut sugg&#232;re que les notifications et la personnalisation des recommandations soient d&#233;sactiv&#233;es par d&#233;faut, et activ&#233;es uniquement apr&#232;s un consentement &#233;clair&#233; et un param&#233;trage volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Attention by design&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me groupe de principes vise &#224; s'assurer que les plateformes int&#232;grent d&#232;s leur conception (by design) le respect des utilisateurs. Le principe d'incitation orient&#233;e recommande d'utiliser des moyens l&#233;gaux (interdire certaines pratiques) et &#233;conomiques (taxes) pour encourager les plateformes &#224; adopter des comportements ayant un impact soci&#233;tal positif (&#233;ducation, soutien &#224; la collaboration et au d&#233;bat constructif, &#233;laboration collective de solutions sur les grands probl&#232;mes de soci&#233;t&#233;&#8230;). Et inversement, sanctionner les comportements nuisibles, une sorte de politique de la carotte et du b&#226;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le principe de conception d'interactions bienveillantes appelle &#224; placer le bien-&#234;tre des utilisateurs au c&#339;ur de la conception des interfaces et de leurs objectifs algorithmiques, en s'alignant sur les bonnes pratiques des bright patterns plut&#244;t que celles des dark patterns. D'autres m&#233;dias sociaux sont en effet possibles, comme Wikip&#233;dia qui fait &#233;merger du contenu de qualit&#233; sans jamais rechercher la viralit&#233; des contenus ni la popularit&#233; des contributeurs qui restent pour l'essentiel des citoyens anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe des recommandations &#233;quilibr&#233;es vise &#224; &#233;viter la sp&#233;cialisation excessive des contenus recommand&#233;s et &#224; pr&#233;venir la formation de bulles de filtres. Notons aussi que lorsqu'une fausse information est corrig&#233;e ou d&#233;mentie, il est fr&#233;quent que le message portant la correction ou le d&#233;menti soit quasiment invisible en comparaison de la viralit&#233; avec laquelle la fausse information a circul&#233;. Aussi, pour aller vers plus de transparence, le principe de la visibilit&#233; &#233;quilibr&#233;e propose que les mesures pr&#233;ventives et correctives d'un probl&#232;me soient rendues aussi visibles que le probl&#232;me qu'elles traitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour que ces principes soient appliqu&#233;s, le principe d'observabilit&#233; stipule que les plateformes doivent fournir aux institutions, &#224; la soci&#233;t&#233; civile et aux chercheurs les instruments juridiques et techniques leur permettant d'effectuer un contr&#244;le et une v&#233;rification actifs de l'application et de l'efficacit&#233; des r&#233;glementations.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'attention comme bien commun&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective plus large, si nous consid&#233;rons l'attention comme un bien commun au sens &#233;conomique, le principe de la pr&#233;servation des communs num&#233;riques stipule aussi que les services ayant un impact mondial sur nos soci&#233;t&#233;s doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des communs num&#233;riques, et &#224; ce titre, prot&#233;g&#233;s et soumis &#224; des r&#232;gles sp&#233;cifiques de &#171; pr&#233;servation &#187;. Cela pourrait par exemple passer par le fait de doter ces services (ou au moins les nouveaux entrants) d'une mission de soutien &#224; un d&#233;bat public constructif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le principe de transfert des meilleures pratiques invite &#224; s'inspirer des approches &#233;prouv&#233;es dans d'autres domaines, comme le droit encadrant la publicit&#233;, les casinos ou le traitement de certaines addictions, pour r&#233;guler efficacement les pratiques sur le Web. Prenons l'exemple de l'industrie du jeu vid&#233;o : il a &#233;t&#233; montr&#233; qu'un lien existe entre les &#171; loot boxes &#187; (sortes de pochettes surprises des jeux vid&#233;os) et l'addiction aux jeux d'argent. Celles-ci seraient comparables aux jeux de hasard, pouvant entra&#238;ner des comportements addictifs et mettre les joueurs en danger. Ce constat a donn&#233; lieu &#224; plusieurs r&#233;gulations. La mani&#232;re d'&#233;tudier et de traiter cette exploitation ind&#233;sirable de nos comportements et la transposition de connaissances issues d'autres domaines sont des sources d'inspiration pour d'autres pratiques probl&#233;matiques sur le Web, telles que celles dont nous venons de parler.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Faisons attention&#8230; &#224; nous&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous. Avec l'objectif initial, somme toute banal, de rendre la publicit&#233; plus efficace, la g&#233;n&#233;ralisation des techniques de captation de l'attention et l'utilisation qu'elles font des biais cognitifs et des &#233;motions ont des effets d&#233;l&#233;t&#232;res tr&#232;s pr&#233;occupants sur nos soci&#233;t&#233;s : polarisation des opinions, diffusion de fausses informations, menace pour la sant&#233; publique, les &#233;conomies et les d&#233;mocraties. Et oui ! Ce sont donc des (ro)bots qui hackent notre attention car ils sont con&#231;us pour cela ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, pour la capter de fa&#231;on optimale en vue de la mon&#233;tiser. De fait, ils utilisent le Web dans un but &#233;conomique qui va &#224; l'encontre du bien commun. Mais en adoptant les principes propos&#233;s ci-dessus, nous pensons qu'il est possible de construire un Web qui continue de soutenir l'activit&#233; &#233;conomique sans pour autant entra&#238;ner la captation syst&#233;matique de l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses essais, Montaigne nous disait &#8220;quand on me contrarie, on &#233;veille mon attention, non pas ma col&#232;re : je m'avance vers celui qui me contredit, qui m'instruit.&#8221;. Or les plateformes nous poussent &#224; faire le contraire : &#233;veiller l'&#233;motion n&#233;gative et s'&#233;loigner d'autrui. Mais il n'est pas raisonnable de laisser de multiples moyens technologiques hacker nos cerveaux et cr&#233;er un d&#233;ficit mondial d'attention, nous emp&#234;chant ainsi de la porter sur des sujets qui devraient actuellement nous &#171; contrarier &#187;. A une &#233;poque o&#249; nous devons modifier nos comportements (par exemple, la surconsommation de biens et d'&#233;nergie) et porter notre attention sur des questions cruciales comme le changement climatique, nous devrions nous demander si les algorithmes de recommandation font les bonnes recommandations, et pour qui. Compte tenu des quatre milliards d'utilisateurs pris chaque jour dans leurs boucles de recommandation, il est important de surveiller en permanence comment et dans quel but ces syst&#232;mes captent notre attention. Car lorsque notre attention est consacr&#233;e &#224; un contenu choisi par ces plateformes, elle est perdue pour tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci&#8230; pour votre attention &#128578;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabien Gandon, Directeur de Recherche Inria et Franck Michel, ing&#233;nieur de recherche, Universit&#233; C&#244;te d'Azur, CNRS, Inria. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#234;tez Attention : quand &#171; pr&#234;ter &#187; est &#171; donn&#233;es &#187; (&#233;pisode 1)</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article21463.html</link>
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&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Elon Musk fait un peu n'importe quoi au nom de la libert&#233; d'expression, quand des grands patrons du num&#233;rique lui embo&#238;tent le pas sans doute pour pousser leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, il devient encore plus indispensable de comprendre les m&#233;canismes qui causent des dysfonctionnements majeurs des plateformes num&#233;riques. Ce premier &#233;pisode d'un article de Fabien Gandon et Franck Michel nous aide &#224; mieux comprendre. Serge Abiteboul &amp; Thierry Vi&#233;ville. &lt;br class='autobr' /&gt; Un article repris du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique16.html" rel="directory"&gt;Coop&#233;rer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Elon Musk fait un peu n'importe quoi au nom de la libert&#233; d'expression, quand des grands patrons du num&#233;rique lui embo&#238;tent le pas sans doute pour pousser leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, il devient encore plus indispensable de comprendre les m&#233;canismes qui causent des dysfonctionnements majeurs des plateformes num&#233;riques. Ce premier &#233;pisode d'un article de Fabien Gandon et Franck Michel nous aide &#224; mieux comprendre. Serge Abiteboul &amp; Thierry Vi&#233;ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire/2025/01/31/pretez-attention-quand-preter-est-donnees-episode-1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris du &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/binaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog binaire&lt;/a&gt;, une publication sous licence CC by&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;figure id=&#034;attachment_16038&#034; aria-describedby=&#034;caption-attachment-16038&#034; style=&#034;width: 395px&#034; class=&#034;wp-caption aligncenter&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2024/12/0c42a3d2-capture-d'e&#769;cran-2025-01-09-a&#768;-13.33.36.png&#034;&gt;&lt;img class='wp-image-16038' src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH498/0c42a3d2-capture-ef441253-531c8.png?1738320534' alt=&#034;&#034; width='500' height='498' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption id=&#034;caption-attachment-16038&#034; class=&#034;wp-caption-text&#034;&gt;Image g&#233;n&#233;r&#233;e par les auteurs avec Bing/DALL&#183;E 3 &#224; partir du prompt &#8220;photo of a street with many people with their smartphones displaying different hypnotic images&#8221; &#169;CC-BY&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt; &lt;div&gt; &lt;p&gt;Nous sommes un dimanche apr&#232;s-midi. Vous avez un petit moment pour vous. Vous pourriez lire, vous balader, aller courir ou &#233;couter de la musique mais machinalement votre main saisit votre t&#233;l&#233;phone. Le &#171; sombre miroir &#187; s'&#233;claire et vous passez de l'autre c&#244;t&#233;. Vous ouvrez l'application de votre r&#233;seau social pr&#233;f&#233;r&#233; qui vient de vous notifier qu'elle a du nouveau pour vous. Et c'est vrai ! Jean a post&#233; un message &#224; propos de la tragicom&#233;die &#171; Qui a hack&#233; Garoutzia ? &#187; qu'il a vue au th&#233;&#226;tre hier soir. Vous approuvez ce poste d'un pouce virtuel et d&#233;j&#224; votre vrai pouce pousse vers le poste suivant. Entre une publicit&#233; pour un abonnement au th&#233;&#226;tre, une photo post&#233;e d'Avignon par un ami que vous avez du mal &#224; remettre, l'annonce pour un jeu o&#249; tester v&#244;tre culture g&#233;n&#233;rale&#8230; votre pouce se lance dans un jogging num&#233;rique effr&#233;n&#233;. Imperceptiblement le flux d'information qui vous est propos&#233; d&#233;vie, une vid&#233;o de chats acrobates, un &#171; clash &#187; entre stars de la t&#233;l&#233;vision, une manifestation qui tourne &#224; l'affrontement&#8230; Et avant que vous ne le r&#233;alisiez une petite heure s'est &#233;coul&#233;e et il est maintenant trop tard pour un vrai jogging. Vous ressentez une certaine r&#233;sistance &#224; reposer votre t&#233;l&#233;phone : apr&#232;s tout, il y avait peut-&#234;tre encore tant de contenus int&#233;ressants, in&#233;dits, surprenants ou croustillants dans ce fil de recommandations. Mais vous devez vous rendre &#224; l'&#233;vidence, ce fil est sans fin. Vous ne pouvez croire &#224; quelle vitesse la derni&#232;re heure est pass&#233;e. Vous avez l'impression qu'on vous l'a vol&#233;e, que vous avez travers&#233; un &#171; tunnel temporel &#187;. Sans m&#234;me vous rappeler de ce que vous avez vu d&#233;filer, vous reposez ce t&#233;l&#233;phone un peu agac&#233; en vous demandant&#8230; mais qui a hack&#233; mon attention ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;A l'attention de tous&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sir Tim Berner-Lee, r&#233;cipiendaire du prix Turing pour avoir invent&#233; le Web, a toujours consid&#233;r&#233; que les Web devait &#171; &#234;tre pour tout le monde &#187;, mais il a aussi partag&#233; d&#233;but 2024 un dialogue int&#233;rieur en deux articles &#224; propos du Web : &#171; Le dysfonctionnement des r&#233;seaux sociaux &#187; et &#171; Les bonnes choses &#187;. Et oui&#8230; m&#234;me le p&#232;re du Web s'interroge gravement sur celui-ci et met face &#224; face ce qu'il y a de meilleur et de pire sur le Web. Loin d'avoir r&#233;alis&#233; l'id&#233;al d'une communaut&#233; mondiale unie, Tim constate que des applications du Web comme les r&#233;seaux sociaux amplifient les fractures, la polarisation, la manipulation et la d&#233;sinformation, mena&#231;ant d&#233;mocraties et bien-&#234;tre. Tout en reconnaissant les nombreuses vertus du Web (outils &#233;ducatifs, syst&#232;mes open source ou support &#224; la souverainet&#233; num&#233;rique), il nous propose de mettre l'accent sur la transparence, la r&#233;gulation, et une conception &#233;thique d'un Web et d'un Internet plus s&#251;rs et responsables. Autrement dit, l'enjeu actuel est de pr&#233;server les richesses du Web tout en se prot&#233;geant de ses d&#233;rives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces d&#233;rives, on trouve le probl&#232;me de la captation de notre attention, un sujet sur lequel nous voulons revenir dans ce billet ainsi que le suivant. C'est l'objet d'un de nos articles publi&#233; cette ann&#233;e &#224; la conf&#233;rence sur l'IA, l'&#233;thique et &#224; la soci&#233;t&#233; (AIES) de l'Association pour l'Avancement de l'Intelligence Artificielle (AAAI), que nous r&#233;sumons ici. Le titre pourrait se traduire par &#171; Pr&#234;tez attention : un appel &#224; r&#233;glementer le march&#233; de l'attention et &#224; pr&#233;venir la gouvernance &#233;motionnelle algorithmique &#187;. Nous y appelons &#224; des actions contre ces pratiques qui rivalisent pour capter notre attention sur le Web, car nous sommes convaincus qu'il est insoutenable pour une civilisation de permettre que l'attention soit ainsi gaspill&#233;e en toute impunit&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Attention &#224; la march&#8230;andisation (de l'attention)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si vous lisez cette phrase, nous avons d&#233;j&#224; gagn&#233; une grande bataille, celle d'obtenir votre attention envers et contre toutes les autres sollicitations dont nous sommes tous l'objet : les publicit&#233;s qui nous entourent, les &#171; apps &#187; dont les notifications nous assaillent jour et nuit, et tous les autres &#171; crieurs num&#233;riques &#187; que l'on subit au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'av&#232;nement de la consommation de masse dans les ann&#233;es 50, les m&#233;dias et les publicitaires n'ont eu de cesse d'inventer des m&#233;thodes toujours plus efficaces pour capter notre attention et la transformer en revenus par le biais de la publicit&#233;. Mais ce n'&#233;tait qu'un d&#233;but&#8230; Au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, en s'appuyant sur la recherche en psychologie, en sociologie, en neurosciences et d'autres domaines, et soutenues par les avanc&#233;es en intelligence artificielle (IA), les grandes plateformes du Web ont port&#233; le processus de captation de l'attention &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent. Bas&#233; presque exclusivement sur les recettes publicitaires, leur mod&#232;le &#233;conomique consiste &#224; nous fournir des services gratuits qui, en retour, collectent les traces num&#233;riques de nos comportements. C'est le c&#233;l&#232;bre &#8220;si c'est gratuit, c'est nous le produit&#8221; et plus exactement, ici, le produit c'est notre attention. Ces donn&#233;es sont en effet utilis&#233;es pour maximiser l'impact que les publicit&#233;s ont sur nous, en s'assurant que le message publicitaire correspond &#224; nos go&#251;ts, nos inclinations et notre humeur (on parle de &#8220;publicit&#233; cibl&#233;e&#8221;), mais aussi en mettant tout en place pour que nous soyons pleinement attentifs au moment o&#249; la publicit&#233; nous est pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recrutant des &#171; arm&#233;es &#187; de psychologues, sociologues et neuroscientifiques, les plateformes du Web comme les m&#233;dias sociaux et les jeux en ligne ont mis au point des techniques capables de piller tr&#232;s efficacement notre &#171; temps de cerveau disponible &#187;. R&#233;sultat, nous, les humains, avons cr&#233;&#233; un march&#233; &#233;conomique o&#249; notre attention est capt&#233;e, transform&#233;e, &#233;chang&#233;e et mon&#233;tis&#233;e comme n'importe quelle mati&#232;re premi&#232;re sur les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Faire, litt&#233;ralement, attention&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle individuelle, lorsque l'on capte notre attention &#224; notre insu, on peut d&#233;j&#224; s'inqui&#233;ter du fait que l'on nous vole effectivement du temps de vie, soit l'un de nos biens les plus pr&#233;cieux. Mais si l'attention est un m&#233;canisme naturel au niveau individuel, l'attention collective, elle, est le fruit de l'action de dispositifs sp&#233;cifiques. Il peut s'agir de lieux favorisant l'attention partag&#233;e (ex. un th&#233;&#226;tre, un cin&#233;ma, un bar un soir de match, une exposition), de l'agr&#233;gation d'attention individuelle pour effectuer des mesures (ex. audimat, nombre de vues, nombre de partages, nombre de ventes, nombre d'&#233;coutes, etc.) ou autres. Pour ce qui est de l'attention collective, nous faisons donc, litt&#233;ralement, l'attention. En particulier, les plateformes cr&#233;ent l'attention collective et dans le m&#234;me temps captent ce commun afin de le commercialiser sans aucune limite a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les techniques utilis&#233;es pour capter notre attention, nous pouvons distinguer deux grandes cat&#233;gories. Tout d'abord, certaines techniques sont explicitement con&#231;ues pour utiliser nos biais cognitifs. Par exemple, les likes que nous recevons apr&#232;s la publication d'un contenu activent les voies dopaminergiques du cerveau (impliqu&#233;es dans le syst&#232;me de r&#233;compense) et exploitent notre besoin d'approbation sociale ; les notifications des apps de nos smartphones alimentent notre app&#233;tit pour la nouveaut&#233; et la surprise, de sorte qu'il est difficile d'y r&#233;sister ; le &#171; pull-to-refresh &#187;, &#224; l'instar des machines &#224; sous, exploite le mod&#232;le de r&#233;compense al&#233;atoire selon lequel, chaque fois que nous abaissons l'&#233;cran, nous pouvons obtenir une nouveaut&#233;, ou rien du tout ; le d&#233;filement infini (d'actualit&#233;s, de posts ou de vid&#233;os&#8230;) titille notre peur de manquer une information importante (FOMO), au point que nous pouvons difficilement interrompre le flux ; l'encha&#238;nement automatique de vid&#233;os remplace le choix d&#233;lib&#233;r&#233; de continuer &#224; regarder par une action n&#233;cessaire pour arr&#234;ter de regarder, et provoque un sentiment frustrant d'incompl&#233;tude lorsqu'on l'arr&#234;te ; etc. De m&#234;me, certaines techniques exploitent des &#171; dark patterns &#187; qui font partie de ce qu'on nomme design compulsog&#232;ne ou persuasif, pour nous amener, malgr&#233; nous, &#224; faire des actions ou des choix que nous n'aurions pas faits autrement. C'est typiquement le cas lorsque l'on accepte toutes les notifications d'une application sans vraiment s'en rendre compte, alors que la d&#233;sactivation des notifications n&#233;cessiterait une s&#233;rie d'actions fastidieuses et moins intuitives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les petites attentions font les grandes &#233;motions&#8230; oui mais lesquelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me cat&#233;gorie de techniques utilis&#233;es pour capter notre attention repose sur les progr&#232;s r&#233;cents en mati&#232;re d'apprentissage automatique permettant d'entra&#238;ner des algorithmes de recommandation de contenu sur des donn&#233;es comportementales massives que Shoshana Zuboff appelle le &#171; surplus comportemental&#171; . Ces algorithmes apprennent &#224; recommander des contenus qui non seulement captent notre attention, mais &#233;galement augmentent et prolongent notre &#171; engagement &#187; (le fait de liker, commenter ou reposter des contenus, et donc d'interagir avec d'autres utilisateurs). Ils d&#233;couvrent les caract&#233;ristiques qui font qu'un contenu attirera plus notre attention qu'un autre, et finissent notamment par s&#233;lectionner des contenus li&#233;s &#224; ce que G&#233;rald Bronner appelle nos invariants mentaux : la conflictualit&#233;, la peur et la sexualit&#233;. En particulier, les &#233;motions n&#233;gatives (col&#232;re, indignation, ressentiment, frustration, d&#233;go&#251;t, peur) sont parmi celles qui attirent le plus efficacement notre attention, c'est ce que l'on appelle le biais de n&#233;gativit&#233;. Les algorithmes apprennent ainsi &#224; exploiter ce biais car les contenus qui suscitent ces &#233;motions n&#233;gatives sont plus susceptibles d'&#234;tre lus et partag&#233;s que ceux v&#233;hiculant d'autres &#233;motions ou aucune &#233;motion particuli&#232;re. Une v&#233;ritable machine &#224; cr&#233;er des &#8220;r&#233;seaux soucieux&#8221; en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bulles d'attention et bulles de filtres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En nous promettant de trouver pour nous ce qui nous int&#233;resse sur le Web, les algorithmes de recommandation ont tendance &#224; nous enfermer dans un espace informationnel conforme &#224; nos go&#251;ts et nos croyances, une confortable bulle de filtre qui active notre biais de confirmation puisque nous ne sommes plus confront&#233;s &#224; la contradiction, au d&#233;bat ou &#224; des faits ou id&#233;es d&#233;rangeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apparence b&#233;nignes, ces bulles de filtres ont des cons&#233;quences pr&#233;occupantes. Tout d'abord, au niveau individuel, parce que, s'il est important de se m&#233;nager des bulles d'attention pour mieux se concentrer et r&#233;sister &#224; l'&#233;parpillement, il est aussi important de ne pas laisser d'autres acteurs d&#233;cider quand, comment et pourquoi se forment ces bulles. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que font les algorithmes de recommandation et leurs bulles de filtres, en d&#233;cidant pour nous &#224; quoi nous devons penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, au niveau collectif, Dominique Cardon pointe le fait que les bulles de filtres s&#233;parent les publics et fragmentent nos soci&#233;t&#233;s. Ceux qui s'int&#233;ressent aux informations sont isol&#233;s de ceux qui ne s'y int&#233;ressent pas, ce qui renforce notamment le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la vie publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en cr&#233;ant une vision du monde diff&#233;rente pour chacun d'entre nous, ces techniques nous enferment dans des r&#233;alit&#233;s alternatives biais&#233;es. Or vous et moi pouvons d&#233;battre si, alors que nous observons la m&#234;me r&#233;alit&#233;, nous portons des diagnostiques et jugements diff&#233;rents sur les fa&#231;ons de r&#233;soudre les probl&#232;mes. Mais que se passe-t-il si chacun de nous per&#231;oit une r&#233;alit&#233; diff&#233;rente ? Si nous ne partons pas des m&#234;mes constats et des m&#234;mes faits ? Le d&#233;bat devient impossible et m&#232;ne vite &#224; un affrontement st&#233;rile de croyances, au sein de ce que Bruno Patino appelle une &#171; &#233;mocratie, un r&#233;gime qui fait que nos &#233;motions deviennent performatives et envahissent l'espace public&#171; . Dit autrement, il n'est plus possible d'avoir un libre d&#233;bat contradictoire au sein de l'espace public, ce qui est pourtant essentiel au fonctionnement des d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La tension des &#233;motions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Puisque les algorithmes de recommandation s&#233;lectionnent en priorit&#233; ce qui produit une r&#233;action &#233;motionnelle, ils invibilisent m&#233;caniquement ce qui induit une faible r&#233;ponse &#233;motionnelle. Pour &#234;tre visible, il devient donc imp&#233;ratif d'avoir une opinion, de pr&#233;f&#233;rence tranch&#233;e et clivante, de sorte que la r&#233;flexion, la nuance, le doute ou l'agnosticisme deviennent invisibles. L'&#233;quation complexe entre &#233;motions, biais cognitifs et algorithmes de recommandation conduit &#224; une escalade &#233;motionnelle qui se manifeste aujourd'hui sur les m&#233;dias sociaux par une culture du &#171; clash &#187;, une hypersensibilit&#233; aux opinions divergentes interpr&#233;t&#233;es comme des agressions, la polarisation des opinions voire la radicalisation de certains utilisateurs ou certaines communaut&#233;s. Ce qui fait dire &#224; Bruno Patino que &#171; les biais cognitifs et les effets de r&#233;seau dessinent un espace conversationnel et de partage o&#249; la croyance l'emporte sur la v&#233;rit&#233;, l'&#233;motion sur le recul, l'instinct sur la raison, la passion sur le savoir, l'outrance sur la pond&#233;ration &#187;. Recommandation apr&#232;s recommandation, amplifi&#233;e par la d&#233;sinhibition num&#233;rique (le sentiment d'impunit&#233; induit par le pseudo-anonymat), cette escalade &#233;motionnelle peut conduire &#224; des d&#233;ferlements de violence et de haine dont l'issue est parfois tragique, comme en t&#233;moignent les tentatives de suicide d'adolescents victimes de cyber-harc&#232;lement. Notons que cette escalade est souvent encore aggrav&#233;e par les interfaces des plateformes, qui tendent &#224; rendre les &#233;changes de plus en plus brefs, instinctifs et simplistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat que nous dressons ici peut d&#233;j&#224; sembler assez noir, mais il y a pire&#8230; Et &#224; ce stade, pour garder votre attention avant que vous ne zappiez, quoi de mieux que de cr&#233;er un cliffhanger, une fin laiss&#233;e en suspens comme dans les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es &#224; succ&#232;s, et d'utiliser l'&#233;motion qui na&#238;t de ce suspens pour vous hame&#231;onner dans l'attente du prochain &#233;pisode, du prochain billet &#224; votre attention&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabien Gandon, Directeur de Recherche Inria, et Franck Michel, ing&#233;nieur de recherche, Universit&#233; C&#244;te d'Azur, CNRS, Inria.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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