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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>La transformation de la formation professionnelle continue et les cons&#233;quences sur l'universit&#233;. Analyse critique d'une exp&#233;rience</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Rault, Hugues Pentecouteau</dc:creator>



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&lt;p&gt;Nous proposons de mettre au jour les effets d'un double mouvement qui se compose &#224; la fois avec la mutation des universit&#233;s et avec les &#233;volutions du cadre &#233;conomique et l&#233;gislatif de la formation professionnelle. Pour cela, nous nous appuyons sur deux analyses. Celle de Christophe Dejours (1998), en psychodynamique du travail, qui montre comment la centralit&#233; du travail et les nouvelles organisations du travail impliquent l'&#233;volution de la cit&#233;. Nous invitons &#233;galement la philosophie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique3.html" rel="directory"&gt;Veille&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous proposons de mettre au jour les effets d'un double mouvement qui se compose &#224; la fois avec la mutation des universit&#233;s et avec les &#233;volutions du cadre &#233;conomique et l&#233;gislatif de la formation professionnelle. Pour cela, nous nous appuyons sur deux analyses. Celle de Christophe Dejours (1998), en psychodynamique du travail, qui montre comment la centralit&#233; du travail et les nouvelles organisations du travail impliquent l'&#233;volution de la cit&#233;. Nous invitons &#233;galement la philosophie de Barbara Stiegler (2019) sur l'injonction permanente &#224; devoir s'adapter au rythme des mutations d'un monde complexe. Notre lecture porte sur les cons&#233;quences des transformations dans les universit&#233;s en mati&#232;re de gestion et de d&#233;veloppement de la formation continue et sur ce qu'elles cr&#233;ent comme dysfonctionnements organisationnels par des injonctions pouvant &#234;tre v&#233;cues, par les acteurs, comme &#233;tant paradoxales. &#192; partir de ces travaux et de nos exp&#233;riences, compl&#233;mentaires et capitalis&#233;es, nous pr&#233;sentons une r&#233;flexion qui constate des situations et les cons&#233;quences de celles-ci sur les fa&#231;ons de travailler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Rault et Hugues Pentecouteau, &#171; La transformation de la formation professionnelle continue et les cons&#233;quences sur l'universit&#233;. Analyse critique d'une exp&#233;rience &#187;, &#201;ducation et socialisation [En ligne], 75 | 2025, mis en ligne le 31 mars 2025, consult&#233; le 01 avril 2025. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/edso/31395&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/edso/31395&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ans intention discriminatoire, le genre masculin est ici employ&#233; afin de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons de questionner le contexte particulier du d&#233;veloppement de la formation continue universitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FCU d&#233;signe l'ensemble des formations accueillant un public en reprise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (FCU) dans une universit&#233; de Lettres, Sciences Humaines et Sociales (LSHS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;marche est un t&#233;moignage critique et situ&#233;. Nous nous appuyons sur notre exp&#233;rience pratique en ing&#233;nierie p&#233;dagogique et en ing&#233;nierie de formation pour adultes ainsi que sur notre connaissance de l'environnement universitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. En cela, le regard que nous portons sur la transformation de la formation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;ations analys&#233;es non seulement dans d'autres universit&#233;s (Pineau, 2002) mais &#233;galement dans des organisations publiques ou priv&#233;es telles que les formations en soins infirmiers (Bouveret et al., 2012), en masso-kin&#233;sith&#233;rapie (Perez-Roux, 2019) ou dans les domaines du travail social (Triby, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique d&#233;velopp&#233;e ici porte sur les injonctions paradoxales (Dejours, 1998) que produisent les mutations organisationnelles de l'universit&#233; qui sont apparues au gr&#233; des diff&#233;rentes r&#233;formes et qui ont conduit &#224; une &#233;volution des activit&#233;s de formation continue. Ces derni&#232;res sont de plus en plus centr&#233;es vers l'ad&#233;quation formation emploi et non vers la formation des citoyens. Notre point de d&#233;part est que, toujours impos&#233;es et rarement accompagn&#233;es, les nouvelles formes de management mises en place pour g&#233;rer la FCU cr&#233;ent du trouble et, par voie de cons&#233;quence, de l'ins&#233;curit&#233;. Pour les usagers, cette ins&#233;curit&#233; se manifeste par tout un ensemble de r&#232;gles qui rigidifient l'acc&#232;s &#224; la formation, l'industrialisant au d&#233;triment de la mise en &#339;uvre d'un accompagnement personnalis&#233;. Pour le personnel, l'ins&#233;curit&#233; se traduit dans l'apparition de nouveaux fonctionnements organisationnels qui favorisent la perte de rep&#232;res et la mise en tension du sens accord&#233; aux missions de service public, aux missions de formation continue et, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, aux missions concernant les formations professionnalisantes4 d&#233;velopp&#233;es en LSHS. Le mouvement de mutation des universit&#233;s est corollaire d'une transformation de la formation professionnelle qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e avec la loi de mars 2014 et s'est amplifi&#233;e avec la Loi Avenir Professionnel de septembre 2018.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que l'apprentissage rel&#232;ve de la formation initiale, sa mise en &#339;uvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est organis&#233; en trois parties. La premi&#232;re est consacr&#233;e au d&#233;veloppement de l'autonomisation des universit&#233;s et &#224; l'&#233;volution de la formation continue universitaire. La deuxi&#232;me pr&#233;sente les r&#233;f&#233;rences qui ont aliment&#233; notre r&#233;flexion sur les injonctions paradoxales en &#233;tablissant des liens entre notre exp&#233;rience et les analyses critiques de Dejours et Stiegler. La troisi&#232;me aborde les cons&#233;quences d'une nouvelle organisation et d'un nouveau management public pour la formation continue universitaire et pour les acteurs, usagers et personnels.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Le contexte de l'universit&#233; et de la formation professionnelle : un double mouvement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce double mouvement se caract&#233;rise par une &#233;volution des universit&#233;s vers une plus grande autonomie. Cette autonomie s'av&#232;re relative car elle est &#224; la fois extr&#234;mement contr&#244;l&#233;e et se trouve contingent&#233;e par les nouvelles logiques de pr&#233;sentation de l'offre de formation qui doit notamment &#234;tre d&#233;clin&#233;e en termes de comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mutation sous pression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la d&#233;mocratisation &#224; l'autonomisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode r&#233;cente, l'universit&#233; n'a cess&#233; de se transformer autour d'un double mouvement articulant &#224; la fois une d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures et une autonomisation, &#224; l'origine politique, port&#233;e par diff&#233;rentes r&#233;formes Ce double mouvement conduit &#224; la mise en concurrence des universit&#233;s (Finance, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la loi Faure de novembre 1968 permettant la mise en place d'un &#171; syst&#232;me o&#249; la d&#233;lib&#233;ration collective est d&#233;terminante &#187; puis la loi Savary de 1984, l'universit&#233; a fortement &#233;volu&#233; vers un fonctionnement de plus en plus d&#233;mocratique et repr&#233;sentatif. Quatre d&#233;cennies plus tard, la loi LRU relative aux libert&#233;s et responsabilit&#233;s des universit&#233;s du 10 ao&#251;t 2007 a initi&#233; une r&#233;novation de la gouvernance. Au service de l'&#233;laboration et de la mise en &#339;uvre d'un contrat d'&#233;tablissement, un nouveau management public (new public management&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Pesqueux (2006) parler de &#171; new public management &#187; plut&#244;t que &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) s'est mis en place, par &#233;tapes, menant les universit&#233;s vers de nouvelles formes d'organisation du travail en leur donnant plus d'autonomie et de responsabilit&#233;s. En parall&#232;le de cette autonomie, relative car elle s'appuie d&#233;sormais sur une dotation pour fonctionnement de service public qui contraint &#224; la mise en &#339;uvre d'un nouveau management public, la comp&#233;titivit&#233; entre universit&#233;s est favoris&#233;e par la loi Fioraso du 22 juillet 2013 en accentuant la logique de regroupement territorial (sous la forme de COMUE, d'associations ou de fusions) qui sera elle-m&#234;me renforc&#233;e par l'ordonnance Vidal du 12 d&#233;cembre 2018 avec de nouveaux leviers de coordination territoriale (EPE ; COMUE exp&#233;rimentale ; association sans chef de file). Il s'agit de d&#233;velopper une universit&#233; nouvelle, qui serait &#224; la fois bien plac&#233;e dans les classements internationaux et bien int&#233;gr&#233;e dans son territoire. Dans ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une injonction paradoxale (visibilit&#233; internationale et implication locale), un glissement appara&#238;t donc progressivement &#224; diff&#233;rents niveaux : dans la gouvernance, dans le fonctionnement des &#233;tablissements, dans la mise en &#339;uvre de leurs missions et dans la formation des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant d'un mod&#232;le organis&#233; autour d'une coordination par l'&#201;tat qui a longtemps accord&#233; une place importante &#224; une gestion corporatiste par des universitaires, est apparu un deuxi&#232;me mod&#232;le articul&#233; autour d'un partage des responsabilit&#233;s, des objectifs fix&#233;s et de la gestion du personnel dans une forme de cogestion &#171; employeur/employ&#233;s &#187; (Bollecker, 2021). Ce passage d'un mod&#232;le &#224; un autre ne s'est pas fait sans mal et a notamment produit de la tension et de la contradiction dans l'exercice des missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des missions qui se transforment&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les universit&#233;s, l'autonomie se trouve de plus en plus soumise &#224; une injonction &#224; produire des comptes-rendus (ou des &#8220;reportings&#8221;) pour justifier et tracer les activit&#233;s. L'autonomie fait alors l'objet d'un contr&#244;le croissant, de plus en plus constant, donnant ainsi le primat de la gestion financi&#232;re sur la qualit&#233; du travail (Dejours et Gernet, 2012). Dans le domaine de la formation, l'universit&#233; est un lieu toujours ouvert mais dont l'acc&#232;s se complexifie par la mise en place de plateformes et par une r&#233;duction de l'accompagnement humain. Au nom d'une plus grande ouverture de l'universit&#233;, de nouvelles proc&#233;dures sont mises en place. Ces derni&#232;res &#233;tant pilot&#233;es par des algorithmes parfois opaques, elles contribuent &#224; d&#233;velopper un effet &#224; contre-courant de ce qu'elles sont cens&#233;es favoriser, conduisant par exemple &#224; des difficult&#233;s de coordination entre services, &#224; un engorgement des inscriptions, &#224; une fragilisation de certaines formations. De plus, la multiplication des labellisations, tel que le label qualit&#233; Qualiopi, dont la pertinence des indicateurs est rarement questionn&#233;e et analys&#233;e, normalise la formation sur un volet administratif et renforce les proc&#233;dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, les valeurs de l'universit&#233; comme espace critique, lieu d'universalisme sont compl&#232;tement troubl&#233;es par les nouvelles organisations p&#233;dagogiques inspir&#233;es des approches programme et comp&#233;tences pr&#233;sent&#233;es comme &#233;tant au service de la lisibilit&#233; d'une offre de formation. Ce qui est discutable et discut&#233; notamment par Stiegler lorsqu'elle &#233;voque la disparition de &#171; l'id&#233;e que la formation tout au long de la vie, la formation des adultes, ou tout simplement l'&#233;ducation, pourraient servir &#224; apprendre un m&#233;tier &#187; en t&#233;moignant de la mani&#232;re dont elle vit cela : &#171; cela est d&#233;sormais remis en cause par la p&#233;dagogie des comp&#233;tences transversales, comp&#233;tences qui mettent l'accent sur &#8220;l'adaptabilit&#233;&#8221; et &#8220;l'employabilit&#233;&#8221;, pour parler comme les textes officiels &#187;. T&#233;moignant d'une forme de souffrance au travail, Stiegler ajoute qu'&#224; l'universit&#233;, elle vit en permanence une pression s'exercer sur elle, &#171; et qui vient de toutes parts : de l'administration, des textes, des r&#233;formes - tout ce qu'on nous impose d'en haut. Je dois cesser de former mes &#233;tudiants de philosophie &#224; cette discipline ; d&#233;sormais, la formation que je dispense doit &#234;tre essentiellement au service de comp&#233;tences transversales susceptibles de rendre les &#233;tudiants plus adaptables, employables, dociles, dans un monde incertain o&#249; ils vont devoir maintes et maintes fois au cours de leur vie changer d'activit&#233; &#187; (Stiegler, 2020, p. 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contradiction avec la logique d'autonomisation, les universit&#233;s se trouvent aujourd'hui dans des difficult&#233;s budg&#233;taires importantes qui alt&#232;rent leurs capacit&#233;s d'autonomie. Il en va de m&#234;me pour l'ing&#233;nierie de formation, contrainte de se structurer autour de la logique emploi formation. Cette &#171; pression &#187; &#233;voqu&#233;e par Stiegler r&#233;v&#232;le les limites de la libert&#233; d'action des universit&#233;s et de ses personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;volutions de la formation continue &#224; l'universit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Formation professionnelle continue et Formation Tout au Long de la Vie : enjeux de d&#233;finition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution industrielle et surtout depuis les ann&#233;es 50, l'&#233;ducation populaire a &#233;t&#233; un lieu de formation articul&#233; ou en tension avec la formation professionnelle. Fondamentalement l'&#233;ducation populaire est issue des mouvements sociaux et politiques alors que la formation professionnelle est port&#233;e par les acteurs &#233;conomiques et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les lois de 1971 avec notamment la loi-programme de 1966 organisant &#171; la formation professionnelle et la promotion sociale &#187;, la formation professionnelle continue (FPC) devient un moyen d'insertion et de promotion professionnelle. Historiquement, elle s'articule autour de deux axes : la formation professionnelle dans l'entreprise et le cong&#233; individuel de formation. Sous l'effet d'une politique europ&#233;enne, la notion de Formation Tout au Long de la Vie (FTLV &#8211; lifelong learning) va entrem&#234;ler les logiques de formation initiale et de formation continue, occultant par l&#224;-m&#234;me la notion de formation professionnelle. La lecture du Livre blanc de la Commission europ&#233;enne de 1995, sous-titr&#233; &#171; vers la soci&#233;t&#233; cognitive &#187;, fait appara&#238;tre deux interpr&#233;tations non exclusives qui semblent &#233;loign&#233;es l'une de l'autre (Dubar, 2015). Dans la premi&#232;re, la formation tout au long de la vie est un ensemble de demandes individuelles dont chacun est responsable et ce sont ces demandes de formation qui font &#233;voluer les offres de formation du march&#233; &#224; l'int&#233;rieur duquel se trouvent les syst&#232;mes d'enseignement (et donc, les universit&#233;s). Dans la deuxi&#232;me interpr&#233;tation, la FTLV renoue avec &#171; les utopies mobilisatrices de l'&#233;ducation permanente et populaire &#187; (Dubar, 2015). La d&#233;mocratie participative doit permettre &#224; chaque &#171; citoyen actif &#187; d'&#234;tre &#171; capable de s'adapter constamment aux changements et d'y contribuer activement avec les autres &#187; (Dubar, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2009, on parle d&#233;sormais d'orientation et de formation professionnelle tout au long de la vie, dans une logique de professionnalisation qui sera maintenue et renforc&#233;e avec plusieurs textes : la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle, l'emploi et la d&#233;mocratie sociale ; la loi du 8 ao&#251;t 2016 relative au travail &#224; la modernisation du dialogue social et &#224; la s&#233;curisation des parcours professionnels, dite &#171; loi Travail &#187; et la loi de 2018 sur la &#171; Libert&#233; de choisir son avenir professionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation professionnelle continue a &#233;volu&#233; d'une vision &#233;mancipatrice culturelle, sociale, &#233;conomique des individus (promotion sociale) vers une logique d'employabilit&#233; (insertion et r&#233;insertion professionnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La multiplication des termes pour d&#233;finir des personnes qui se forment en dehors de la formation initiale est r&#233;v&#233;latrice et signifiante des tensions qui traversent le champ de la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La FCU : une des missions de l'universit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous utilisons le terme de Formation Continue Universitaire (FCU) pour d&#233;signer les dispositifs de formation accueillant des publics qui n'int&#232;grent pas l'universit&#233; directement apr&#232;s le bac (salari&#233;s, demandeurs d'emploi&#8230; exprimant un besoin de formation en lien avec un projet d'insertion ou de transition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FCU est l'une des principales missions de l'universit&#233; (Bourdoncle et Lessard, 2003 ; Pineau, 2002) et le Dipl&#244;me d'Acc&#232;s aux &#201;tudes Universitaires appara&#238;t toujours comme l'&#233;tendard d'une seconde chance pour des personnes qui n'auraient pas pu int&#233;grer l'universit&#233;. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, le d&#233;veloppement de la formation continue payante devient un levier de plus en plus utilis&#233; par les universit&#233;s pour cr&#233;er des ressources propres. Par ailleurs, la loi Avenir, avec la proposition d'aller &#8220;vers une nouvelle soci&#233;t&#233; de comp&#233;tences&#8221;, propose diff&#233;rentes mesures qui modifient le champ de la formation professionnelle continue. La loi ne parle plus de formation mais uniquement d'acquisition de comp&#233;tences. La notion de comp&#233;tence qui s'est impos&#233;e de mani&#232;re quasi d&#233;finitive dans le champ de la formation est arriv&#233;e par la formation des adultes. Comme le confirme le recensement effectu&#233; par Fouch&#233;, Peterson et Naji (2003) rep&#233;rant 34 d&#233;finitions qui ne se r&#233;f&#232;rent pas &#224; une base commune, la notion de comp&#233;tence repose sur une d&#233;finition floue. Aujourd'hui, si l'approche par comp&#233;tences (APC) s'impose dans l'enseignement sup&#233;rieur elle reste n&#233;anmoins travers&#233;e par des d&#233;bats &#224; la fois disciplinaires portant sur la notion de comp&#233;tence (psychologie, psychologie sociale, sociologie, sciences de l'&#233;ducation&#8230;) et id&#233;ologiques6 d&#233;voilant de mani&#232;re critique les soubassements qui &#233;rigent le terme &#8220;comp&#233;tence&#8221; comme &#233;tendard d'une culture n&#233;olib&#233;rale s'immis&#231;ant dans les politiques des gouvernances des universit&#233;s. &#171; Somm&#233;s de penser d'abord et avant tout en termes de professionnalisation et d'insertion, de comp&#233;tences et performances &#187; (Eneau et Br&#233;maud, 2023, p. 31), les &#233;tablissements universitaires int&#232;grent lentement mais solidement ces principes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 2024, un &#8220;appel des enseignantes et des enseignants &#224; lutter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une organisation polaris&#233;e autour de la comp&#233;tence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le passage oblig&#233; de la comp&#233;tence&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la loi de 2018, la comp&#233;tence devient le mot clef autour duquel doit &#234;tre d&#233;velopp&#233;e l'offre de formations faisant de chaque formation un r&#233;ceptacle ou plut&#244;t un fil conducteur de ces comp&#233;tences identifi&#233;es en r&#233;f&#233;rentiels et traduites en blocs permettant de former &#224; un m&#233;tier. Dans cette logique, la formation est appr&#233;hend&#233;e non plus comme une forme coh&#233;rente, &#224; une &#233;chelle territoriale donn&#233;e, mais comme un puzzle d&#233;structur&#233; dont les pi&#232;ces pourraient, du moins de mani&#232;re tr&#232;s th&#233;orique, &#234;tre sous-tendue, &#224; une &#233;chelle nationale, par une vision taylorienne du travail. Ces diff&#233;rents blocs peuvent &#234;tre ais&#233;ment dissoci&#233;s ou associ&#233;s &#224; d'autres pi&#232;ces permettant ainsi de construire un ou plusieurs autres puzzles-m&#233;tiers. Avec la loi de 2018, il n'est plus fait r&#233;f&#233;rence &#224; la formation mais &#224; des actions de formation et &#224; l'acquisition d'une succession de comp&#233;tences. Cette nouvelle terminologie indique que l'essentiel n'est pas le processus de formation mais son r&#233;sultat, niant ainsi les processus formateurs d'acculturation professionnelle inh&#233;rents au temps de formation comme la sociabilit&#233; formative (Pentecouteau, 2015) par et avec les pairs, la fabrication d'une identit&#233; professionnelle nouvelle, la construction d'un r&#233;seau de r&#233;assurance professionnelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus de 20 ans, Zarifian insistait sur le fait que raisonner en termes de comp&#233;tences &#233;tait le marqueur d'une transformation profonde du rapport au travail en mettant en tension l'organisation du travail, les modes de contr&#244;le et la question de la r&#233;mun&#233;ration. La r&#233;duction de la formation &#224; l'acquisition de comp&#233;tences pose un certain nombre de questions. Dans un dossier critique du CRES datant de 2017, Anderson-Levitt, Bonn&#233;ry et Fichtner indiquent que l'approche par comp&#233;tences est pr&#233;sente dans les r&#233;formes &#233;ducatives depuis les ann&#233;es 90. Ce qui permet par cons&#233;quent de discuter certains points comme &#8220;l'int&#233;ressement des milieux patronaux aux r&#233;formes de l'approche par comp&#233;tences&#8221;, &#8220;pour contribuer &#224; l'&#233;conomie de la connaissance&#8221;, &#8220;au d&#233;veloppement des comp&#233;tences requises directement par les employeurs sans que les futurs salari&#233;s soient en ma&#238;trise des savoirs qui ne permettent pas seulement de faire mais de comprendre ce qu'ils font&#8221; (Anderson-Levitt, Bonn&#233;ry et Fichtner, 2017). Pour l&#233;gitimer tout cela, la loi de 2018 cr&#233;e une institution nationale publique, France Comp&#233;tences, qui appara&#238;t comme &#8220;l'autorit&#233; nationale de financement et de r&#233;gulation de la formation professionnelle et de l'apprentissage&#8221; et le &#8220;moteur de la transformation de l'offre de formation&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant France Comp&#233;tences, l'universit&#233; d&#233;veloppait une offre de formation continue en analysant les besoins locaux des secteurs professionnels avec lesquels elle entretenait des relations privil&#233;gi&#233;es et construites dans le temps en proposant des dipl&#244;mes ou des fili&#232;res identifi&#233;s par le milieu professionnel. Cette logique c&#232;de aujourd'hui le pas &#224; une offre nationale, centralis&#233;e et descendante misant sur des politiques de correspondance entre emplois et formations. Ce sont aujourd'hui les branches professionnelles qui, au niveau national, d&#233;finissent les besoins de formation, les mentions de formation et les fiches RNCP. Avec la centralisation de l'ing&#233;nierie de formation, la gouvernance, les &#233;quipes de formation, responsables de formation voient le lien privil&#233;gi&#233; avec les &#233;co-environnements locaux se distendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une nouvelle logique d'ing&#233;nierie de formation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e centrale de l'ing&#233;nierie centr&#233;e sur la formalisation de comp&#233;tences combine deux logiques. La premi&#232;re est fond&#233;e sur une efficacit&#233; de la formation en rendant visible les comp&#233;tences acquises au sein de chaque formation de mani&#232;re &#224; proposer aux stagiaires de formation continue uniquement les blocs de comp&#233;tences manquants &#224; leur professionnalisation future. La deuxi&#232;me logique est bas&#233;e sur une r&#233;duction des d&#233;penses en diminuant le temps de formation (pour notamment limiter les co&#251;ts salariaux de remplacement de la personne en formation). Ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un all&#232;gement de formation au profit de la professionnalisation appara&#238;t &#233;galement comme une limite &#224; cette derni&#232;re (Wittorski, 2007). Par exemple, dans le cadre d'une reconversion professionnelle pour devenir peintre en b&#226;timent, nous avons observ&#233; que la formation est aujourd'hui d&#233;coup&#233;e en trois blocs de comp&#233;tences (peinture int&#233;rieure ; peinture ext&#233;rieure ; peinture industrielle) et en fonction de l'orientation professionnelle projet&#233;e, le stagiaire ne suit qu'un de ces blocs de comp&#233;tences. Cet exemple issu du monde artisanal se retrouve &#224; l'universit&#233; o&#249; pour toute reconversion professionnelle, il est demand&#233; d'identifier les blocs de comp&#233;tences &#171; d&#233;j&#224; acquis &#187;. Cette logique limite la formation d'un sujet pluriel (Wittorski, 2007) car l'exercice d'un m&#233;tier suppose des comp&#233;tences transversales voire globales telles que la culture du m&#233;tier et l'approche r&#233;flexive. De plus, rien n'indique que cette logique de formation au coup par coup soit &#233;conomiquement justifi&#233;e. En effet, l'acquisition d'une succession de blocs de comp&#233;tences n&#233;cessite des retours en formation fr&#233;quents, entra&#238;nant ainsi des co&#251;ts de formation sup&#233;rieurs &#224; ce qui &#233;tait initialement pr&#233;visible dans le cadre d'une formation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec France Comp&#233;tences, l'&#201;tat prend la main sur la formation professionnelle, au d&#233;triment des R&#233;gions. Ce qui est l&#224; un changement fondamental. France Comp&#233;tences est notamment charg&#233;e de l'actualisation du r&#233;pertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et de l'identification des certifications en &#233;volution ou &#233;mergentes. Elle est surtout charg&#233;e de la r&#233;partition des fonds de la formation professionnelle continue et de l'alternance en veillant &#224; r&#233;pondre aux besoins de main-d'&#339;uvre et en orientant les financements de la formation professionnelle en fonction de ses besoins, au service d'une orientation politique (comme, par exemple, le fait de vouloir d&#233;velopper l'apprentissage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la rationalisation budg&#233;taire et les nouvelles ing&#233;nieries de formation li&#233;es en particulier &#224; la comp&#233;tence, les universit&#233;s changent d'organisation. De plus, la formation continue universitaire est aspir&#233;e par la logique de l'ad&#233;quation formation emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Cadrage th&#233;orique : une approche critique du travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour faire &#233;cho &#224; nos observations, nous avons repris des auteurs proposant une analyse critique d'un monde qui change et qui &#233;volue au profit d'une &#233;conomie dite n&#233;olib&#233;rale. En rappelant que l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale est un courant de pens&#233;e (Foucault, 2004) voire une pseudo-science ayant favoris&#233; la domination d'un capitalisme sp&#233;culatif et financier, Morin souligne son caract&#232;re id&#233;ologique (Morin et Pistoletto, 2015). &#201;voquant les &#8220;forces aveugles [qui] sont mises en mouvement par des personnes qui ne sont pas conscientes ou qui sont irresponsables&#8221;, le sociologue insiste sur le fait que les gens se trouvent form&#233;s &#224; &#234;tre ce que le syst&#232;me attend qu'ils soient. Pour tenter d'approcher et de comprendre ces &#8220;forces aveugles&#8221;, nous nous sommes appuy&#233;s sur deux ouvrages. L'un est &#233;crit par un chercheur en psychodynamique du travail et l'autre par une philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dejours : une int&#233;riorisation de la domination manag&#233;riale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En questionnant les ressorts subjectifs en cause dans l'avancement du syst&#232;me lib&#233;ral, Dejours propose une mise en garde contre le lib&#233;ralisme et son possible retournement vers une approche totalitaire au travers notamment des liens qu'il &#233;tablit entre virilit&#233; et violence. En cela, l'auteur d&#233;veloppe un certain nombre de propositions conduisant &#224; une r&#233;flexion sur la r&#233;sistance &#224; un syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral. Si r&#233;sister est en partie s'opposer, l'ouvrage pr&#233;sente ce contre quoi il s'agit de r&#233;sister en s'appuyant notamment sur les travaux de Arendt. C'est l&#224; qu'appara&#238;t sans doute l'une des limites de la d&#233;monstration qui se construit dans un parall&#232;le os&#233; et malaisant entre la direction d'un camp de concentration et celle d'une entreprise n&#233;olib&#233;rale en soulignant cependant que la fonction premi&#232;re de ces deux organisations est identique. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit, de mani&#232;re prioritaire et au-del&#224; de toute interrogation sur les conditions de vie au travail, d'atteindre les objectifs fix&#233;s &#224; moindre co&#251;t. Malgr&#233; la violence de cette analogie, on ne peut que consid&#233;rer que c'est &#233;galement l&#224; la force du texte qui montre que la banalisation du mal existe dans chaque environnement qui en vient &#224; ignorer, m&#233;sestimer, normaliser la souffrance au travail ou qui la met en sc&#232;ne en faisant appel &#224; des personnes z&#233;l&#233;es. Dejours appelle cela la &#8220;rationalisation du mal&#8221;. Cette rationalisation se traduit par ce qu'il nomme un cynisme viril qui fait passer l'exercice de la force et de la violence pour une vertu. Le cynisme viril appara&#238;t alors comme une forme de rationalisation d&#233;fensive, en particulier du c&#244;t&#233; des cadres, qui justifient leur participation &#224; l'injustice sociale. Dans un rapport de force, le cynisme viril rencontre la servitude volontaire au service d'un syst&#232;me dont sont pourtant d&#233;sapprouv&#233;s les m&#233;thodes (Dejours, 2009). Forme de domination et de soumission contribuant &#224; d&#233;velopper le paradoxe d'une soumission par consentement volontaire, la servitude volontaire conduit &#224; une int&#233;riorisation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233;, le propos de Dejours revient &#224; d&#233;velopper trois dimensions de la r&#233;sistance qui s'imbriquent les unes aux autres (Duarte, 2019) : une lutte contre l'injustice sociale et le processus de banalisation du mal ; une lutte contre la solitude qui appara&#238;t comme une cons&#233;quence de l'&#233;valuation individuelle ; une lutte contre le d&#233;ni du travail vivant li&#233; &#224; la mise en &#339;uvre de dispositifs de certification et de normalisation et &#224; la mise en place de strat&#233;gies de distorsion communicationnelle comme les espaces de non-discussion, les mensonges et les d&#233;sordres qui gr&#232;vent la communication (Dejours, 2009, pp. 83-84). L'id&#233;e de r&#233;sistance appara&#238;t comme une notion centrale de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stiegler : une injonction &#224; s'adapter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage plus r&#233;cent que celui de Dejours, Stiegler produit une critique du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; partir des sources &#233;volutionnistes de la pens&#233;e du journaliste &#233;tats-unien Lippmann. Ce dernier est &#224; l'origine du Colloque Lippmann, souvent consid&#233;r&#233; comme un &#233;v&#233;nement fondateur du concept de n&#233;olib&#233;ralisme. Elle insiste sur la diff&#233;rence entre l'ultralib&#233;ralisme et le n&#233;olib&#233;ralisme. Si l'ultralib&#233;ralisme souhaite un &#201;tat r&#233;duit &#224; sa plus simple expression, le n&#233;olib&#233;ralisme pense que l'&#201;tat doit participer &#224; l'&#233;ducation des masses au profit des gouvernants. Ce sont les gouvernants qui sont les experts et qui montrent la voie car &#171; la soci&#233;t&#233; n'est visible pour personne, pas plus qu'elle n'est intelligible de fa&#231;on continue ou comme un tout &#187; (Lippmann, cit&#233; par Stiegler, 2019, p. 74). Dans la lign&#233;e de travaux de Lippmann, Stiegler souligne que pour ce dernier &#8220;et pour nombre de ses contemporains progressistes qui entendent justement combattre ces ultralib&#233;raux, la r&#233;volution industrielle a cr&#233;&#233; au contraire cette situation compl&#232;tement in&#233;dite de d&#233;sadaptation, qui explique toutes les pathologies sociales et politiques de notre &#233;poque, aggrav&#233;es par le laisser-faire. Il faut donc repenser l'action politique comme une intervention artificielle, continue et invasive sur l'esp&#232;ce humaine en vue de la r&#233;adapter aux exigences de son nouvel environnement&#8221; (Stiegler, 2019, 15). Cette id&#233;e de r&#233;adaptation constante et verticale des individus aux &#233;volutions socio-&#233;conomiques (Stiegler, 2019, p. 66) est un des fondements de la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale. Dans cette perspective, le mouvement est la finalit&#233; ultime qui conduit &#171; &#224; disqualifier l'intelligence des publics, r&#233;duits au statut de masses ineptes et dont il faudrait reprendre le contr&#244;le par le haut, [et] &#233;claire le sentiment actuel et diffus d'un perp&#233;tuel retard, susurr&#233; en permanence par le monde des dirigeants &#187;. L'auteure ajoute que &#171; les injonctions &#224; l'adaptation, &#224; rattraper nos retards, &#224; acc&#233;l&#233;rer nos rythmes, &#224; sortir de l'immobilisme et &#224; nous pr&#233;munir de tout ralentissement, le discr&#233;dit g&#233;n&#233;ral de toutes les stases7 au nom du flux et la valorisation de la flexibilit&#233; et de l'adaptabilit&#233; dans tous les champs de la vie trouvent peut-&#234;tre ici leurs sources les plus puissantes, et les plus ambivalentes &#224; la fois &#187; (Stiegler, 2019, p. 17). En questionnant les sources &#233;volutionnistes du nouveau lib&#233;ralisme, l'ouvrage fait dialoguer l'approche de Lippmann avec celle de Dewey, le philosophe pragmatique qui pr&#233;sente &#224; la m&#234;me &#233;poque que Lippman une refonte du lib&#233;ralisme &#224; partir de constats et de probl&#233;matiques similaires. Si pour Lippmann, l'adaptation &#224; l'environnement et &#224; l'&#233;conomie de march&#233; devient le but d'un gouvernement d'experts qui constatent &#171; la d&#233;fectuosit&#233; du mat&#233;riau humain &#187; (Lippman, cit&#233; par Stiegler, 2019, p. 222) et n'attendent que de &#171; cr&#233;er des hommes polyvalents &#187; (Lippman, cit&#233; par Stiegler, 2019, p. 261), chez Dewey, l'exp&#233;rimentation active et d&#233;mocratique ne peut &#234;tre dirig&#233;e car l'&#233;volution est buissonnante, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et impr&#233;visible (Stiegler, 2019&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une d&#233;finition g&#233;n&#233;rique, la stase est l'arr&#234;t, la stagnation d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lectures critiques de l'&#233;volution du travail et des organisations ne concernent plus uniquement le monde de l'entreprise priv&#233;e ou celui de l'entreprise publique qui s'ouvre &#224; de nouvelles logiques (Pesqueux, 2006). Dejours montre les effets de l'organisation de l'entreprise n&#233;olib&#233;rale et la souffrance qu'elle g&#233;n&#232;re tandis que Stiegler souligne que le n&#233;olib&#233;ralisme oblige les personnes &#224; continuellement s'adapter dans une m&#233;canique qui s'impose et qui est non discutable. Fonctionnant comme une entreprise, selon Morin, l'universit&#233; &#171; en passe de se trouver sous la coupe de l'&#233;conomie de march&#233; &#187; devient une quasi-entreprise : &#171; On veut appliquer &#224; l'universit&#233; les crit&#232;res de rentabilit&#233; &#233;conomique &#187;. Apr&#232;s avoir lanc&#233; l'alerte en consid&#233;rant qu'il s'agit l&#224; d'une &#8220;catastrophe historique&#8221;, il appelle &#224; &#171; lutter contre cet &#233;tat de fait &#187; (Morin et Pistoletto, 2015, pp. 48-49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;thodologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;flexion sur les transformations de la formation professionnelle continue et de l'universit&#233; repose sur des ressources documentaires officielles et des observations de terrain de diff&#233;rentes natures comme nos participations &#224; des r&#233;unions d'&#233;quipe, &#224; des conseils de perfectionnement, &#224; des commissions portant sur le d&#233;veloppement de la formation tout au long de la vie. Nous avons cherch&#233; &#224; analyser les cons&#233;quences de ces transformations sur les diff&#233;rents acteurs de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la typologie que proposent Arborio et Fournier (2021), notre posture fut celle de participants qui observent. Par ailleurs, nous sommes &#233;galement des praticiens car nous d&#233;veloppons de la formation professionnalisante universitaire depuis 20 ans et nous occupons des responsabilit&#233;s de dipl&#244;mes en participant aux diff&#233;rentes &#233;tapes de l'organisation d'une formation (communication, recrutement, gestion d'&#233;quipe, interventions, &#233;valuation&#8230;). Dans cet engagement en tant que responsables et ing&#233;nieurs de formation, nous avons vu &#233;voluer le cadre politique et institutionnel universitaire par une complexification de l'organisation des formations. Nous avons &#233;galement pu constater &#224; l'&#233;chelle des diff&#233;rents niveaux de la gouvernance, une m&#233;connaissance des contraintes p&#233;dagogiques de l'articulation avec les milieux professionnels. Dans la majorit&#233; des cas, la FCU appara&#238;t quasi-exclusivement comme une ressource propre, a fortiori dans un contexte tendu de d&#233;ficit chronique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des universit&#233;s. Notre engagement est &#233;galement politique et &#233;thique du fait de notre volont&#233; de maintenir la formation d'adultes &#224; l'universit&#233; et de pr&#233;server une ouverture vers la promotion sociale et l'&#233;mancipation des individus (Eneau et Br&#233;maud, 2023). C'est certainement sur ce point que se trouve l'une des limites de notre propos car notre position n'est pas neutre. Cependant, les auteurs que nous avons mobilis&#233;s (Stiegler et Dejours) nous permettent de corroborer nos observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; sur un ensemble de constats h&#233;t&#233;rog&#232;nes, ce texte a plus la forme d'un r&#233;cit d'exp&#233;riences capitalis&#233;es que d'une recherche acad&#233;mique men&#233;e avec un protocole classique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Discussion : cons&#233;quences pour l'universit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des tensions &#224; l'universit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contraintes budg&#233;taires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement &#224; budget (quasiment) constant, surtout depuis la loi LRU, contraint les universit&#233;s &#224; faire des choix entre leurs diff&#233;rentes missions, &#224; d&#233;finir des priorit&#233;s, rendant difficile la possibilit&#233; d'exp&#233;rimenter des dispositifs d'accompagnement. L'accompagnement des publics en reprise d'&#233;tude, &#233;loign&#233;s du monde universitaire, et des publics de formation initiale demande du temps, des financements. Cela exige une reconnaissance institutionnelle, de la cr&#233;ativit&#233; et de l'audace p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des budgets de formation de l'universit&#233;, la loi LRU a donn&#233; l'illusion d'une autonomie qui se r&#233;v&#232;le finalement &#234;tre un abandon des universit&#233;s &#224; leur propre sort en ne compensant pas des frais d'inscription r&#233;duits dans un contexte d'&#233;volution in&#233;luctable des charges structurelles et du co&#251;t de la masse salariale. Les universit&#233;s sont contraintes de mettre en place une r&#233;duction des co&#251;ts doubl&#233;e d'une augmentation des recettes pour esp&#233;rer &#233;quilibrer leur budget jusqu'au point de rupture que r&#233;v&#232;le la rentr&#233;e 2024. Dans ce contexte de r&#233;duction des d&#233;penses publiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les 10 milliards de cr&#233;dits annul&#233;s par le d&#233;cret n&#176; 2024-124 du 21 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la formation continue professionnalisante appara&#238;t encore plus comme un levier, pour ne pas dire la solution miracle, pour r&#233;duire les d&#233;ficits structurels. Ce qui appara&#238;t compl&#232;tement illusoire au regard des d&#233;ficits actuels des universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La formation continue &#224; l'universit&#233; : une injonction paradoxale plurielle &#224; d&#233;velopper de la formation continue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision de la formation continue port&#233;e par les politiques publiques et incarn&#233;e par France Comp&#233;tences vient se confronter &#224; l'id&#233;ologie qui sous-tend la formation continue dans les universit&#233;s (et plus particuli&#232;rement en LSHS) dont les origines se sont fond&#233;es sur la promotion sociale (Dubar et Gad&#233;a, 1999), l'accompagnement des r&#233;orientations des parcours et des projets de vie. Cependant, si la formation professionnelle continue &#224; offrir une nouvelle dynamique des parcours de vie et de reconversion professionnelle, les analyses des parcours du public en pr&#233;sentent les limites. Soulignant pourtant sa n&#233;cessit&#233; et sa contribution &#224; la formation tout au long de la vie, diff&#233;rents auteurs (Dubar, 2015 ; Duru-Bellat, 2006) indiquent que d'un point de vue statistique, la formation professionnelle n'a pas r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s et semble m&#234;me les renforcer au b&#233;n&#233;fice des mieux form&#233;s alors qu'elle devrait cibler les plus fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les donn&#233;es statistiques, la FCU appara&#238;t comme un &#233;l&#233;ment important pour les stagiaires, avec de fortes attentes individuelles. Il en est de m&#234;me du c&#244;t&#233; des responsables de formation qui ont bien conscience de leur r&#244;le parfois militant et engag&#233; dans une redynamisation des stagiaires de la formation continue. De plus, la mixit&#233; des publics formation initiale et formation continue au sein d'une m&#234;me formation cr&#233;e des dynamiques d'interactions b&#233;n&#233;fiques pour l'ensemble des publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; est en tension entre un mod&#232;le universaliste d'accueil de diff&#233;rents publics et la demande de formation ad&#233;quationniste assign&#233;e par les milieux professionnels et politiques pour perp&#233;tuer &#224; court terme les mod&#232;les &#233;conomiques actuels dont ils tirent parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une injonction plus globale &#224; la mise en place de blocs de comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la FCU entra&#238;ne des injonctions paradoxales &#224; diff&#233;rentes niveaux : celui de l'individu en formation (&#234;tre bien form&#233; au moindre co&#251;t) ; de l'ing&#233;nierie (former sans se soucier de la construction de la professionnalisation ; s'investir dans la FCU sans reconnaissance institutionnelle) ; de l'organisation des activit&#233;s et de la gestion des budgets (d&#233;velopper de la ressource propre sans investir en moyens humains). Ces injonctions sont d&#233;multipli&#233;es par la mise en place de l'APC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les publics, l'obligation de r&#233;duction des parcours en blocs de comp&#233;tences annule deux &#233;l&#233;ments fondamentaux de la formation professionnelle continue que sont le temps pour se reconstruire (par exemple, apr&#232;s une rupture professionnelle) et la capacit&#233; des responsables de formation &#224; comprendre les besoins de formation et de comp&#233;tences dans leur domaine de sp&#233;cialit&#233; p&#233;dagogique pour adapter et personnaliser les contenus. Cette acc&#233;l&#233;ration ne permet pas d'avoir le temps de la r&#233;flexion et encore moins de favoriser la construction d'un projet qui fasse sens pour soi. L'analyse des publics en formation montre une attente de formation pour obtenir un dipl&#244;me national ou un dipl&#244;me d'universit&#233;. Par cons&#233;quent, on ne vient pas &#224; l'universit&#233;, ou rarement, pour obtenir un bloc de comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une tension sur l'ing&#233;nierie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de l'ing&#233;nierie de formation, la d&#233;clinaison de l'offre de formation en mentions et parcours &#224; un niveau national (notamment en LSHS mais pas uniquement) r&#233;duit la possibilit&#233; de prendre en compte les besoins locaux. La liste nationale des mentions est tellement limit&#233;e pour certaines disciplines (dont les sciences de l'&#233;ducation et de la formation) qu'elle contraint &#224; des regroupements sous des mentions qui, parfois, n'ont pas beaucoup de sens &#224; un niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formations articul&#233;es au milieu professionnel (dont l'alternance) n&#233;cessitent un suivi p&#233;dagogique sp&#233;cifique pour les visites des structures d'accueil (associations, entreprises&#8230;), les suivis des budgets de l'apprentissage, les bilans de l'&#233;volution de la professionnalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternance int&#233;grative entre formation sur site professionnel et formation acad&#233;mique n&#233;cessite des conditions sp&#233;cifiques peu compatibles avec le rythme universitaire g&#233;n&#233;ral. De ce fait, les personnels administratifs et de coordination de l'alternance sont tiraill&#233;s entre une organisation massifi&#233;e pens&#233;e pour la formation initiale et les contraintes sp&#233;cifiques li&#233;es &#224; la formation professionnelle. Ils se trouvent ainsi parfois en porte-&#224;-faux entre leurs repr&#233;sentations, l'&#233;thique qui les porte et un management qui fonctionne de mani&#232;re ind&#233;pendante d'une r&#233;alit&#233; formative quand est prioris&#233;e la r&#233;duction des co&#251;ts (Dejours, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces injonctions paradoxales r&#233;v&#232;lent la n&#233;cessit&#233; de s'adapter &#224; une organisation qui change (Stiegler, 2019) et qui s'impose avec habilet&#233; sans qu'il n'y ait de v&#233;ritable opposition &#224; celle-ci. Si l'organisation pose probl&#232;me, c'est sans doute moins dans ces paradoxes que nous venons d'&#233;voquer que dans la tol&#233;rance de nos soci&#233;t&#233;s, c'est-&#224;-dire de nous-m&#234;mes, &#224; nous adapter bon an mal an &#224; une &#233;volution du travail que nous finissons par int&#233;rioriser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une transformation du travail &#224; plusieurs niveaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation continue &#224; l'universit&#233; a amorc&#233;, depuis plusieurs d&#233;cennies et bien apr&#232;s la cr&#233;ation des DUT, la professionnalisation des formations universitaires. Cette professionnalisation s'est d&#233;velopp&#233;e timidement et parfois avec r&#233;ticence dans les universit&#233;s g&#233;n&#233;ralistes. Le succ&#232;s des DESS puis des licences professionnelles a d&#233;voil&#233; une attente sociale si bien que l'adaptation &#224; ce virage professionnalisant a pu &#234;tre men&#233;e dans le t&#226;tonnement et avec une certaine r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questionnements li&#233;s &#224; la professionnalisation ne sont pas les seuls &#224; produire une transformation du travail. Plus r&#233;cemment, le d&#233;veloppement et la gestion num&#233;rique ont &#233;galement eu un r&#244;le important. Avec virtuosit&#233; se sont m&#234;l&#233;s diff&#233;rents discours se voulant vertueux autour de la technicit&#233; des t&#226;ches, de l'&#233;conomie durable et d'une efficience pratique permettant un gain de temps et une r&#233;duction des co&#251;ts. Sans que tout cela ne soit &#233;valu&#233;. De m&#234;me, l'&#233;mergence et l'installation du t&#233;l&#233;travail est aujourd'hui discut&#233;e malgr&#233; les effets b&#233;n&#233;fiques que cela produit dans certains secteurs. On peut se demander dans quelles mesures le t&#233;l&#233;travail ne rendrait-il pas acceptable la d&#233;gradation des conditions de travail g&#233;n&#233;r&#233;es par les nouveaux mod&#232;les d'organisation. Ces d&#233;veloppements d&#233;j&#224; perceptibles en 2018 (Dud&#233;zert, Gibert et Laval, 2023) se sont acc&#233;l&#233;r&#233;s avec la crise du COVID et la nouvelle organisation qui sommeillait a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre et s'est fortement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si traditionnellement les universit&#233;s sont organis&#233;es autour des disciplines puis avec des unit&#233;s de formation de recherche, elles sont aujourd'hui de plus en plus organis&#233;es en services et sous services qui distendent les relations entre les personnels administratifs (Biastss) et les personnels enseignants. Les communaut&#233;s d'universit&#233;s et d'&#233;tablissements (COMUE), les fusions entre universit&#233;s, les &#233;tablissements publics exp&#233;rimentaux ainsi que les politiques de sites entrent dans cette m&#234;me logique. Quasi-permanentes, les r&#233;organisations cr&#233;ent des nouveaux modes de fonctionnement dont le sens finit par &#233;chapper aux acteurs de terrain (Stiegler, 2019). L'universit&#233;, h&#233;riti&#232;re d'une logique de service public, vit comme d'autres institutions publiques une mutation qui a des impacts d&#233;l&#233;t&#232;res sur les agents des services publics qui subissent une pression sur l'efficacit&#233; du travail, un accroissement de l'activit&#233;, une augmentation de la charge mentale li&#233;e aux proc&#233;dures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la cr&#233;ation de nouvelles entit&#233;s (comme par exemple le regroupement des universit&#233;s) contribue &#224; rompre avec la socio-histoire de chaque &#233;tablissement si bien que chaque nouvelle organisation conduit &#224; cr&#233;er un nouveau r&#233;cit se substituant au pr&#233;c&#233;dent. Ces situations g&#233;n&#232;rent dans le discours ambiant des dichotomies socio-symboliques et des tensions entre les personnes : les anciens contre les nouveaux ; les r&#233;fractaires contre les innovants ; les incurables contre les agiles. On remarque encore qu'&#224; chaque nouvelle r&#233;organisation sous pr&#233;texte d'efficacit&#233;, la question du pourquoi est &#233;lud&#233;e au profit de l'urgence du comment : &#8220;Comment faire pour fusionner ?&#8221; ; &#8220;Comment faire face aux diminutions budg&#233;taires ?&#8221;... La technocratie administrative se renfor&#231;ant au d&#233;triment des orientations de la gouvernance, les responsables politiques de l'universit&#233; apparaissent comme uniquement serviteurs ou m&#233;diateurs d'un syst&#232;me et d'une organisation dans laquelle chacun peine &#224; trouver sa place dans un contexte o&#249; le sens a disparu au d&#233;triment de consid&#233;rations normatives et/ou budg&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux contraintes budg&#233;taires, le d&#233;veloppement de la FCU appara&#238;t comme une solution. Son d&#233;veloppement est soumis &#224; des injonctions paradoxales sur l'ing&#233;nierie de formation et la place de la formation continue dans l'universit&#233; qui ont, elles aussi, des cons&#233;quences sur les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences pour les personnes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;&#233;crire l'histoire pour favoriser les r&#233;organisations&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus ais&#233; de recruter de nouveaux d&#233;cideurs (des experts avertis, selon Stiegler) pour mettre en place un nouveau management en s'inscrivant en rupture de la socio-histoire de l'institution voire en la niant, afin d'imposer de nouveaux objectifs &#224; un personnel qui lui ne bougera qu'au fil des d&#233;parts &#224; la retraite et des nouveaux recrutements. L'un des grands drames de l'universit&#233; est la volatilit&#233; de sa m&#233;moire (Eneau et Br&#233;maud, 2023). Dejours (2009) parle d'effacement des traces. Faire dispara&#238;tre les anciens permet d'effacer les preuves de la m&#233;moire. C'est l&#224; un jeu de patience qui s'av&#232;re &#234;tre d'une redoutable efficacit&#233;. Le nouveau management implique donc un recrutement de nouveaux cadres dont l'&#233;thique est en accord avec de nouveaux principes qui consistent &#224; &#233;laborer un cadre contraignant donnant moins de place &#224; la r&#233;flexivit&#233; et plus &#224; la gestion. En d&#233;coule une centralisation des activit&#233;s et des d&#233;cisions politiques ; un &#233;loignement parfois g&#233;ographique de ces autorit&#233;s ; et la cr&#233;ation d'une distance symbolique. Cette fa&#231;on de travailler a des cons&#233;quences sur les personnels et sur les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;er un nouveau management au service d'une nouvelle &#233;conomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau management conduit &#224; une mutation, comme le souligne Stiegler (2020) qui touche au sens et &#224; la signification de l'&#233;ducation et de la recherche. La d&#233;marche-qualit&#233; donne acc&#232;s &#224; une labellisation sans v&#233;ritablement r&#233;v&#233;ler ni les pratiques r&#233;elles d'accompagnement ni la complexit&#233;, ni la pertinence des ing&#233;nieries d&#233;velopp&#233;es. Dans cette perspective, elle est d'un grand secours pour masquer les probl&#232;mes organisationnels, les divergences d'objectifs et le manque de moyens. Elle appara&#238;t souvent comme &#233;tant contraignante, obligatoire pour l'activit&#233;, se limitant &#224; un contr&#244;le de conformit&#233;. On peut m&#234;me ajouter que la d&#233;marche-qualit&#233; ne dit en d&#233;finitive que peu de choses sur les pratiques r&#233;elles de formation mises en &#339;uvre. Pourtant, elle porte initialement d'autres valeurs qui sont celles de l'am&#233;lioration progressive et non uniquement celle du reporting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vandervelde-Rougale parle de rh&#233;torique positive et affirmative du discours manag&#233;rial car celui-ci d&#233;veloppe une dimension rassurante en parlant d'am&#233;lioration de l'efficacit&#233;, du gain de temps et de l'intercommunication entre les diff&#233;rentes fonctions et les diff&#233;rents services. L'accent est alors mis sur le bien commun, sur l'acteur au centre du syst&#232;me - pr&#233;sent&#233; de mani&#232;re th&#233;orique et id&#233;alis&#233;e - et sur la promotion de valeurs socialement valoris&#233;es. Dans ce syst&#232;me, de nombreuses injonctions paradoxales (accueillir largement un public &#233;tudiant ou professionnaliser ; individualiser et accompagner les parcours ou privil&#233;gier les enseignements de masse ; g&#233;rer et animer une formation ou produire de la recherche&#8230;) estompent le sens de la mission de l'enseignement sup&#233;rieur. Le discours manag&#233;rial consiste parfois &#224; se replier vers un management traditionnel, pyramidal, avec une forte hi&#233;rarchisation demandant une capacit&#233; d'acceptation des agents. Pour ceux qui ne rentreraient pas dans ces logiques, des cellules d'accompagnement individuel sont propos&#233;es. Ce qui est le cas, non sans cynisme, des organisations qui ont d&#233;velopp&#233; un management par la peur, comme France Telecom/Orange, Free, Lidl dans les ann&#233;es 2000. Cr&#233;er ces cellules d'&#233;coute permet dans le meilleur des cas d'inaugurer un &#233;change pouvant aboutir &#224; des formes de management plus sociales. Le plus souvent, cela renvoie la responsabilit&#233; du dysfonctionnement &#224; l'individu et non &#224; la matrice organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Imposer de nouvelles r&#232;gles de fonctionnement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour changer de management, il ne suffit pas de mettre en place de nouvelles r&#232;gles. Il est &#233;galement n&#233;cessaire de prendre conscience de l'effort &#224; fournir par les personnels qui vont subir le nouveau management afin d'&#233;viter &#171; une dislocation progressive de l'organisation&#8221; (Dud&#233;zert, Gibert et Laval, 2023). Comme c'est le cas pour la formation des cadres de sant&#233; (Rivi&#232;re, Commeiras et Loub&#232;s, 2019) dont la formation est de plus en plus orient&#233;e vers le management en privil&#233;giant une rationalisation des pratiques de soin au d&#233;triment de la r&#233;flexivit&#233; sur l'activit&#233; et de la prise en compte des sp&#233;cificit&#233;s des patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, le nouveau management public impose une logique gestionnaire n&#233;olib&#233;rale qui s'&#233;tend du priv&#233; vers le public en passant par le secteur associatif si bien qu' &#171; on peut retrouver aujourd'hui une m&#234;me insistance sur le contr&#244;le des co&#251;ts, la mesure de la qualit&#233; &#224; l'aide d'indicateurs de performance, et des codes de communication autour de la &#8220;marque employeur&#8221; similaire entre une entreprise de biens de consommation et un h&#244;pital &#187;. (Vandevelde-Rougale, 2022). Les &#233;quipes administratives et enseignantes deviennent de plus en plus les prestataires d'une gestion administrative qui n'est plus au service d'un projet &#233;ducatif mais qui initie, encadre, pilote et rationalise le projet tout en en rendant compte au minist&#232;re de tutelle. Cela conduit &#233;galement &#224; ce que Cultiaux (2012) nomme des &#8220;collectifs individualis&#233;s&#8221;, c'est-&#224;-dire des individus soumis aux m&#234;mes contraintes organisationnelles mais incapables d'y faire face de mani&#232;re solidaire et ordonn&#233;e. &#192; l'universit&#233;, c'est le cas entre les Biatss et les enseignants-chercheurs. Les effets d&#233;l&#233;t&#232;res sont individuels (Dejours, 2009) car ces fonctionnements contribuent &#224; d&#233;velopper une syst&#233;mique d&#233;fiance entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de personnels et nous savons que la question de la confiance est centrale dans les rapports de travail (Dejours et Gernet, 2012). De plus, les d&#233;cisions sont prises de mani&#232;re tr&#232;s descendantes dans une bureaucratie galopante soi-disant au service de la fluidit&#233; et de l'efficacit&#233; du travail. Les effets d&#233;l&#233;t&#232;res sont &#233;galement collectifs car tout cela fragilise les relations et les d&#233;personnalise. De plus, le d&#233;veloppement de proc&#233;dures &#224; distance sur des plates-formes num&#233;riques ou l'attribution d'adresses &#233;lectroniques g&#233;n&#233;riques renforcent ces effets de d&#233;personnalisation. On ne s'adresse plus &#224; des personnes mais &#224; des comp&#233;tences et &#224; des r&#244;les professionnels. Ces mutations ont des cons&#233;quences sur les modes de vie au travail qui sont trop peu &#233;tudi&#233;s. Avec l'usage &#224; outrance du num&#233;rique, Stiegler souligne que nous avons &#171; des rapports non prudents, non intelligents, comme s'il s'agissait d'une nouvelle donne &#224; laquelle il fallait s'adapter sans r&#233;fl&#233;chir &#187; (Stiegler, 2020, p. 17). Tout comme la s&#233;dentarit&#233; et l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de travail&#8230; C'est &#233;galement le cas de la d&#233;mat&#233;rialisation qui favoriserait des &#233;conomies de papier. Bien que cette r&#233;flexion sur l'usage du papier et de son gaspillage soit bien entendu l&#233;gitime, l'imposition du num&#233;rique comme &#233;tant n&#233;cessaire pour tous les usages n'est pas du tout discut&#233;. Si bien que l'on se trouve face &#224; une imposition qui se veut vertueuse (Pesqueux, 2006) et qui ne questionne que de mani&#232;re tr&#232;s &#233;pisodique l'impact &#233;cologique de la consommation &#233;lectrique des data centers, du mat&#233;riel informatique et de son usure, corollaires &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation. Il n'y a pas non plus de r&#233;flexion sur les impacts que ces nouveaux usages peuvent avoir sur la dynamique du travail collectif et sur la coh&#233;sion des &#233;quipes. On exp&#233;rimente comme des apprentis-sorciers en analysant a posteriori les cons&#233;quences des d&#233;cisions prises et tous questionnements sur ces allants de soi sont suspect&#233;s de r&#233;sistance au changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Empiler les t&#226;ches sans y mettre de sens&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de proc&#233;dures en lien avec la formation professionnelle continue augmente par la mise en &#339;uvre d'une nouvelle organisation du travail sur des plateformes afin de contr&#244;ler les d&#233;ficits ou de r&#233;pondre &#224; des r&#233;formes (portant par exemple sur la normalisation des conseils de perfectionnement, la mise en &#339;uvre d'une proc&#233;dure de VAPP valid&#233;e par l'universit&#233; de mani&#232;re centralis&#233;e et non plus par les &#233;quipes p&#233;dagogiques&#8230;) L'un des avantages de ces proc&#233;dures est qu'elles permettent de rendre visible la complexit&#233; d'un travail qui est rarement valoris&#233;e. La cr&#233;ativit&#233;, l'engagement, la prise d'initiatives ne sont pas ou trop peu reconnues par une promotion, un capital temps ou des remerciements. La mise en place de proc&#233;dures permet l'identification des missions de chacun pour faciliter les passages de relais. Encore faut-il que le remplacement soit effectif ou que le soutien puisse &#234;tre mis en place. A l'oppos&#233;, on remarque que les proc&#233;dures s'empilent et conduisent g&#233;n&#233;ralement &#224; une multiplication des t&#226;ches et rarement &#224; une r&#233;duction de celles-ci. Ce qui veut dire que du point de vue d'une logique de management, ne pas supprimer, ne pas r&#233;duire le nombre de t&#226;ches, c'est favoriser le maintien en tension d'une cadence de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette accumulation se trouve &#233;galement dans le d&#233;veloppement de nouvelles prestations qui ne tiennent pas toujours leurs promesses, faute de moyens pour les faire vivre et de strat&#233;gies politiques &#224; long terme (reporting pour l'&#233;valuation de la qualit&#233; ; signatures &#224; distance ; &#233;valuation des enseignements&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle souffrance &#224; l'universit&#233; pour les personnels et les usagers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnels, la mise en &#339;uvre de certaines activit&#233;s questionne l'utilit&#233; de la t&#226;che. Les arguments pour imposer de nouvelles fa&#231;ons de faire sont toujours un peu les m&#234;mes : &#171; cela va permettre de gagner du temps &#187; ; &#171; d'&#234;tre plus efficace &#187; ; &#171; d'&#234;tre plus &#233;cologique &#187; ; &#171; de simplifier le travail &#187; ; &#171; de fluidifier la relation aux usagers &#187; ; &#171; de clarifier les circuits d'information &#224; l'attention des usagers &#187;. Si ces arguments de bon sens ne peuvent &#234;tre contest&#233;s, au moins dans un premier temps, ils posent &#224; terme de nouveaux questionnements. Ainsi la reconnaissance du travail et du sens est fortement pos&#233;e par les agents lorsqu'il y a inad&#233;quation entre les principes f&#233;d&#233;rateurs &#233;nonc&#233;s et leurs pratiques quotidiennes. Des pratiques aberrantes et chronophages apparaissent et perdurent avec le temps. C'est le cas notamment des plannings de formation (Eneau et Br&#233;maud, 2023). Il est n&#233;cessaire de produire des plannings pour r&#233;pondre aux attentes des financeurs or l'universit&#233; n'a pas de calendrier pr&#233;visionnel pens&#233; dix mois avant le d&#233;but des formations. Par cons&#233;quent, les calendriers produits sont dans certains cas fictifs. La multiplication des t&#226;ches parfois inutiles contraint &#224; mal travailler (Dejours, 2009), g&#233;n&#233;rant de l'incompr&#233;hension (Dejours, 2009) et des questionnements par rapport aux finalit&#233;s des missions et &#224; leur reconnaissance (Dejours, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les usagers, l'accueil et l'accompagnement en formation continue ou en formation initiale ne devraient plus &#234;tre aujourd'hui un probl&#232;me car les universit&#233;s fran&#231;aises ont une certaine exp&#233;rience. Cependant, les difficult&#233;s perdurent ou se renforcent avec un accueil r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structuration institutionnelle en services d&#233;concentr&#233;s et parfois cloisonn&#233;s les uns par rapport aux autres pour la gestion des stages, l'accompagnement et le suivi des contrats de formation&#8230; rend complexe, voire illisible, la compr&#233;hension et le parcours de formation des stagiaires de la formation continue qui souvent m&#233;connaissent l'organisation des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrire &#224; l'universit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; simple. Mais la d&#233;mat&#233;rialisation et les plateformes d'inscription (parcoursup ; monmaster) font de l'inscription un parcours du combattant. On peut parler de maltraitance institutionnelle dans le sens o&#249; l'universit&#233;, en tant que syst&#232;me de pouvoir cr&#233;e une situation encore moins accessible pour les usagers qu'elle ne l'&#233;tait par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte qui, au nom de l'inclusion, cr&#233;e de l'exclusion, on peut l&#233;gitimement se demander ce qu'il en est de la promotion sociale et professionnelle dans le cadre de politiques publiques privil&#233;giant l'ad&#233;quation entre l'emploi et la formation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sous couvert de l'analyse et de propositions, Dejours esquisse les pr&#233;misses du concept de r&#233;sistance au syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral. C'est un peu ce que propose &#233;galement Duarte en consid&#233;rant la mod&#233;lisation de l'action dans une constitution de couples antonymes : l'&#233;mancipation face &#224; l'ali&#233;nation, la domination par rapport &#224; la servitude et le consentement contre la r&#233;sistance. En cela l'ouvrage de Dejours, Souffrance en France, invite &#224; contester et &#224; lutter contre les injustices sociales, contre l'&#233;valuation individualis&#233;e des performances et du processus d'individualisation du rapport au travail, contre le d&#233;ni du travail vivant li&#233; &#224; l'instauration de l'organisation de la qualit&#233; totale et des distorsions communicationnelles (Duarte, 2019). Zarifian met &#233;galement en garde vis-&#224;-vis de ces aspects. Comme le font &#233;galement Stiegler, Morin et le plasticien Pisteletto dans un livre au titre &#233;vocateur (Impliquons-nous !). Dans les m&#233;tiers de formation, Eneau et Br&#233;maud soulignent que l'universit&#233; se trouve interpell&#233;e par les vis&#233;es humanistes de certains chercheurs qui se trouvent en porte-&#224;-faux &#224; la fois entre une construction de comp&#233;tences et une vis&#233;e critique et (en citant Wittorski) entre une finalit&#233; de l&#233;gitimit&#233; et des finalit&#233;s d'efficacit&#233; (Eneau et Br&#233;maud, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, nous avons cherch&#233; &#224; pr&#233;senter la situation de la formation continue au sein d'une universit&#233; LSHS &#224; partir des &#233;volutions du champ de la formation professionnelle et de la transformation politique et organisationnelle de l'universit&#233;. Au fur et &#224; mesure des lois successives et particuli&#232;rement avec la loi AVENIR de 2018, la formation devient un outil &#233;conomique de lutte contre le ch&#244;mage. Elle constitue aujourd'hui un facteur de mise en ad&#233;quation des individus par rapport &#224; l'emploi et cette mise en ad&#233;quation se fait gr&#226;ce &#224; la formation (Eneau et Br&#233;maud, 2023). De plus, cette loi a r&#233;duit la formation &#224; un processus d'acquisition de comp&#233;tences ind&#233;pendamment de la r&#233;flexion sur la transformation identitaire n&#233;cessaire &#224; une transition professionnelle, tandis que le discours politique les valorise tr&#232;s fortement. De son c&#244;t&#233;, l'universit&#233; a pris une certaine autonomie politique qui trouve ses limites dans la loi LRU. Elle fait face comme elle peut &#224; des difficult&#233;s budg&#233;taires r&#233;currentes et croissantes, semblant &#234;tre compl&#232;tement abandonn&#233;e &#224; son propre sort. La question de la comp&#233;tence entre dans cette logique de transformation du rapport au travail et vient requestionner un certain nombre d'ing&#233;nieries mises en place pour d&#233;velopper de la formation continue. La rationalisation budg&#233;taire et la mise en place de managements issues de logiques n&#233;olib&#233;rales cr&#233;ent des situations de tension, d'injonctions paradoxales, de troubles identitaires et de questionnement du sens au travail. La formation continue souvent issue de pratiques militantes est elle aussi tr&#232;s questionn&#233;e. Traditionnellement, les responsables p&#233;dagogiques entretenaient des relations &#233;troites avec les &#233;co-environnements locaux pour r&#233;pondre &#224; des besoins de formation sp&#233;cifique. C'&#233;tait le mod&#232;le des IUT. La centralisation de la formation professionnelle par France Comp&#233;tences (et par les branches professionnelles) ainsi que la g&#233;n&#233;ralisation des blocs de comp&#233;tences et du RNCP perturbent ces &#233;cosyst&#232;mes de r&#233;ponse directe aux acteurs locaux. Ces transformations majeures, souvent l&#233;gitim&#233;es par un discours manag&#233;rial et politique, ne sont pas parl&#233;es au sein de l'institution. Souvent impos&#233;es dans une logique de mouvement perp&#233;tuel pour lutter contre l'inadaptation biologique de l'humain aux contraintes du lib&#233;ralisme (Stiegler, 2019), ces transformations ont des impacts non n&#233;gligeables et insuffisamment &#233;valu&#233;s sur les agents, sur les stagiaires de formation continue et plus largement, sur l'ensemble des &#233;tudiants. Les id&#233;es de la promotion sociale, de l'app&#233;tence &#224; la formation, ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par de nouvelles th&#233;matiques : l'efficacit&#233;, le retour sur investissement, l'employabilit&#233;&#8230; De nombreuses injonctions paradoxales ont &#233;t&#233; mises en lumi&#232;re (ouverture au monde / adaptation &#224; l'emploi ; formation compl&#232;te / blocs de comp&#233;tences ; prise en charge personnalis&#233;e / gestion de masse ; mission de service public / rationalisation budg&#233;taire ; accompagnement humain / proc&#233;dure qualit&#233; ; liens avec les territoires locaux / centralisation nationale&#8230;). Il appara&#238;t important de les discuter collectivement pour &#233;viter que les personnels et les usagers se sentent seuls et responsables face &#224; ces contradictions dont ils ne sont que les agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant la mani&#232;re dont l'universit&#233; a &#233;volu&#233; vers un nouveau management qui prend en charge la gestion de publics importants &#224; bas co&#251;ts et dans des conditions d'accueil parfois d&#233;grad&#233;es, nous nous demandons quelle est la finalit&#233; de tout cela. Si l'universit&#233;, dans une logique de r&#233;duction des co&#251;ts, est uniquement au service de l'employabilit&#233;, elle perd une part importante de ses missions originelles. Certes, il est essentiel que l'universit&#233; contribue &#224; la r&#233;flexion sur la formation tout au long de la vie et qu'elle soit innovante &#233;galement sur ce terrain, y compris en LSHS. Mais l'orienter &#224; marche forc&#233;e vers ce sch&#233;ma unique est une erreur. L'universit&#233; est un espace-temps o&#249; l'on devrait continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; produire des savoirs nouveaux, &#224; &#233;crire, &#224; probl&#233;matiser, &#224; pol&#233;miquer &#233;galement. Faire cela, c'est former &#224; l'esprit critique. C'est cet esprit critique qui m&#232;ne et porte des questions vives de soci&#233;t&#233; comme celles sur le genre, l'&#233;cologie et le d&#233;veloppement durable, l'anthropoc&#232;ne, la d&#233;mocratie et les tensions socio-politiques mondiales, le r&#233;chauffement climatique, le d&#233;veloppement des IA ou la fin de vie. Que d&#233;sirons-nous faire ? Mettons-nous vraiment ce pouvoir critique au service de l'environnement dans lequel nous nous trouvons ? Au-del&#224; des questions sur les missions de l'universit&#233;, il est aussi important d'interroger les &#233;tudiants et les agents sur leur souffrance. En tout &#233;tat de cause, ce passage par la parole est une condition pour commencer &#224; d&#233;signer les dysfonctionnements et r&#233;duire la double injonction paradoxale politique et organisationnelle en redonnant du cr&#233;dit et du sens aux &#233;tudes universitaires. Bien que possiblement utopique, cette proposition appara&#238;t comme &#233;tant une &#233;tape oblig&#233;e afin de limiter la souffrance individuelle et les dysfonctionnements organisationnels que nous avons d&#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il faudra une r&#233;flexion politique sur les sp&#233;cificit&#233;s de la formation continue universitaire, sur sa place dans la formation professionnelle continue, sur les services qu'elle propose, &#224; l'attention de quels publics et pour quelles finalit&#233;s &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
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&lt;p&gt;Dejours, C. (2009). Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale. Seuil.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Duru-Bellat, M. (2006). L'inflation scolaire. Les d&#233;sillusions de la m&#233;ritocratie. Seuil.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Pineau, G. (2002). Formation continue universitaire : entre culture disciplinaire, professionnelle et citoyenne. Le journal des psychologues, 202, 38-43.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Rolo, D. (2019). Strat&#233;gies et id&#233;ologies d&#233;fensives : la question des d&#233;fenses de Travail, usure mentale &#224; Souffrance en France. Travailler, 42 (2), 43-56. &lt;a href=&#034;https://doi-org.distant.bu.univ-rennes2.fr/10.3917/trav.042.0043&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi-org.distant.bu.univ-rennes2.fr/10.3917/trav.042.0043&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stiegler, B. (2019). &#8220;Il faut s'adapter&#8221;. Sur un nouvel imp&#233;ratif politique. Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stiegler, B. (2020). Entretien r&#233;alis&#233; par Eric Fourreau et Alain Kerlan. Nectart 2020/1, 10, 12-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Triby, E. (2023). La coordination en travail social : un avatar du management transversal. &#201;ducation et socialisation, 68. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/edso.24096&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/edso.24096&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wittorski, R. (2007). Professionnalisation et d&#233;veloppement personnel. L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zarifian, P. (2001). Le mod&#232;le de la comp&#233;tence, trajectoires, historiques, enjeux actuels et propositions. Liaisons sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ans intention discriminatoire, le genre masculin est ici employ&#233; afin de faciliter la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FCU d&#233;signe l'ensemble des formations accueillant un public en reprise d'&#233;tudes &#224; l'universit&#233;. La formation professionnalisante est une formation construite et/ou am&#233;nag&#233;e pour un public en reprise d'&#233;tudes et pour des apprentis au regard des attentes d'un &#233;co-environnement. Le terme de formation professionnelle continue renvoie &#224; l'ensemble des formations financ&#233;es par des fonds d&#233;di&#233;s &#224; la formation professionnelle. Par cons&#233;quent, la FCU dont la partie formation professionnalisante est englob&#233;e dans la FPC. La FCU a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e par des sigles qui ont &#233;volu&#233; au fil du temps : formation permanente ; formation professionnelle ; Formation Tout au Long de la Vie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. En cela, le regard que nous portons sur la transformation de la formation continue &#224; l'universit&#233; fait &#233;cho &#224; des situ Gilles Rault a eu une activit&#233; de consultant avant de devenir ing&#233;nieur de recherche en formation continue. Hugues Pentecouteau a &#233;t&#233; ing&#233;nieur de formation, responsable du d&#233;veloppement de la formation continue &#224; l'universit&#233; Rennes 2 puis responsable de formations professionnelles. Tous les deux d&#233;veloppent de la formation en alternance &#224; l'universit&#233; depuis plus de 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que l'apprentissage rel&#232;ve de la formation initiale, sa mise en &#339;uvre n&#233;cessite des articulations avec le milieu professionnel qui am&#232;nent &#224; des contraintes analogues &#224; celles de la formation continue universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Pesqueux (2006) parler de &#171; new public management &#187; plut&#244;t que &#171; nouveau management public &#187; permet d'accentuer l'entr&#233;e de la logique entrepreunariale dans les modes de gestion : &#171; Le projet du new public management est d'insuffler &#171; l'esprit d'entreprise &#187; dans l'appareil d'&#201;tat en introduisant des logiques de march&#233; dans son fonctionnement, perspectives de la gouvernance priv&#233;e comprises, c'est-&#224;-dire en faisant comme si la concurrence qui est toujours cit&#233;e comme &#233;tant fondatrice de l'efficience du march&#233; puisse tenir lieu de principe politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gestion des ressources humaines, &#171; le new public management va mettre l'accent sur la notion de m&#233;rite, l'individualisation des r&#233;mun&#233;rations, l'appr&#233;ciation du personnel sur la base des entretiens annuels d'&#233;valuation &#187;. En gestion financi&#232;re, ce sera sur le &#171; d&#233;veloppement du contr&#244;le de gestion avec des analyses en termes de &#171; co&#251;ts-performances &#187; des activit&#233;s, en particulier avec une attention port&#233;e sur la r&#233;duction des effectifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En janvier 2024, un &#8220;appel des enseignantes et des enseignants &#224; lutter contre l'entr&#233;e de l'approche par comp&#233;tences dans les &#233;coles &#8211; de la maternelle &#224; l'universit&#233;&#8221; a &#233;t&#233; lanc&#233; et diffus&#233; par l'interm&#233;diaire d'un &#233;diteur : &#8220;La &#171; comp&#233;tence &#187; entre aujourd'hui dans les &#233;coles &#8211; et les universit&#233;s. Un grand nombre d'enseignantes et d'enseignants sont, comme on sait, hostiles au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; son entr&#233;e dans l'&#233;cole. Comment expliquer que contre la comp&#233;tence aucun front de r&#233;sistance, pourtant, ne se constitue ? Que font, que disent, les enseignants et enseignantes hostiles au n&#233;olib&#233;ralisme quand est employ&#233; en leur pr&#233;sence le mot de &#171; comp&#233;tence &#187; ou quand on les invite &#224; le relayer ? Le sens de cet appel est de faire exister simultan&#233;ment dans tous les &#233;tablissements scolaires (de la maternelle &#224; l'universit&#233;) une prise de parole d'opposition, apte &#224; dessiner sur le terrain une ligne de front suffisamment nette autour de ce &#171; concept &#187; : car les implications de l'entr&#233;e de la comp&#233;tence dans les &#233;coles sont absolument consid&#233;rables. La comp&#233;tence est elle-m&#234;me envisag&#233;e comme ressource et elle fonctionne par exploitation &#8211; ou mobilisation &#8211; de ressources. Par elle, l'&#233;l&#232;ve comme le futur salari&#233; devient ressource ; l'enseignant devient ressource ; et le monde m&#234;me (s'il ne sert plus qu'&#224; acqu&#233;rir ou faire acqu&#233;rir des comp&#233;tences) devient ressource&#8221; (collectif, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une d&#233;finition g&#233;n&#233;rique, la stase est l'arr&#234;t, la stagnation d'un liquide organique circulant. Chez Stiegler, la stase est &#8220;tout ce qui rel&#232;ve d'un effort des vivants pour ralentir et stabiliser artificiellement le flux du devenir&#8221; (Stiegler, 2019, 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/universites-en-danger-face-au-deficit-un-modele-economique-a-reinventer-240843&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theconversation.com/universites-en-danger-face-au-deficit-un-modele-economique-a-reinventer-240843&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les 10 milliards de cr&#233;dits annul&#233;s par le d&#233;cret n&#176; 2024-124 du 21 f&#233;vrier 2024, 900 millions concernent la mission enseignement sup&#233;rieur et recherche de l'Etat, dont 200 millions pour les universit&#233;s et la vie &#233;tudiante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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