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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>La sobri&#233;t&#233;, fin ou moyen ?</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand, Louis Lasnon</dc:creator>



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&lt;p&gt;Aborder la question de la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique exige &#224; tout le moins un effort d'interdisciplinarit&#233; tant l'objet &#171; &#233;nergie &#187; est hybride. Hautement mat&#233;riel, puisque l'&#233;nergie est &#224; la base de tout (y compris du vivant), l'objet est aussi social et d&#233;termine largement les formes d'organisation sociale et &#233;conomique bas&#233;es sur la croissance mat&#233;rielle, elle-m&#234;me d&#233;pendante&#8230; de la quantit&#233; d'&#233;nergie que re&#231;oit le syst&#232;me. Ceci constituera la premi&#232;re partie de notre r&#233;flexion. Dire qu'il nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique38.html" rel="directory"&gt;Enseigner la transition &#233;cologique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aborder la question de la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique exige &#224; tout le moins un effort d'interdisciplinarit&#233; tant l'objet &#171; &#233;nergie &#187; est hybride. Hautement mat&#233;riel, puisque l'&#233;nergie est &#224; la base de tout (y compris du vivant), l'objet est aussi social et d&#233;termine largement les formes d'organisation sociale et &#233;conomique bas&#233;es sur la croissance mat&#233;rielle, elle-m&#234;me d&#233;pendante&#8230; de la quantit&#233; d'&#233;nergie que re&#231;oit le syst&#232;me. Ceci constituera la premi&#232;re partie de notre r&#233;flexion. Dire qu'il nous faut d&#233;carboner, pour des raisons vitales, nos modes de production et nos styles de vie ne suffit pas. En effet l'&#233;paisseur du social, la complexit&#233; de l'humain opposent des freins et de farouches r&#233;sistances &#224; l'adoption de modes de vie plus frugaux, lesquels seront abord&#233;s dans un second temps. Dans un troisi&#232;me temps enfin, dans la perspective d'une approche plus pragmatique et m&#233;thodologique, nous aborderons les enjeux du m&#233;tabolisme territorial, mettant en relation les communaut&#233;s humaines et leur milieu, &#224; partir d'une ethnocomptabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand et Louis Lasnon, &#171; La sobri&#233;t&#233;, fin ou moyen ? &#187;, VertigO - la revue &#233;lectronique en sciences de l'environnement [En ligne], Hors-S&#233;rie 39 | D&#233;cembre 2024, mis en ligne le 20 janvier 2025, consult&#233; le 02 mars 2025. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/vertigo/47358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/vertigo/47358&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/13e8d&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/13e8d&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique et ses imaginaires sociaux&lt;/h3&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Rappel de quelques principes &#233;l&#233;mentaires de thermodynamique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La &#171; fin de l'abondance &#187; prononc&#233;e par le Pr&#233;sident fran&#231;ais Macron en ouverture d'un conseil des ministres en 2024 n'est pas sans laisser perplexe. En effet, la politique lib&#233;rale men&#233;e depuis les ann&#233;es 80 et bas&#233;e sur le d&#233;passement (overshoot en anglais) (Catton, 1980) &#233;nerg&#233;tique n'a jamais connu de rupture, ni m&#234;me de remise en cause au sein de la caste dirigeante &#233;conomique (gouvernements, banques, grandes entreprises) et pour cause : on peut &#233;tablir un lien causal entre l'injection d'&#233;nergie dans le syst&#232;me &#233;conomique et la croissance (Tverberg, 2014). Ga&#235;l Giraud a affin&#233; ces analyses en montrant que c'est bien la hausse de la consommation d'&#233;nergie qui pr&#233;c&#232;de celle du Produit Int&#233;rieur Brut (PIB). En r&#233;alit&#233;, on doit ces premi&#232;res analyses &#224; l'&#233;conomiste Nicholas Georgescu-Roegen dont les travaux men&#233;s dans les ann&#233;es soixante ont largement inspir&#233; la prospective du Club de Rome, un groupe de r&#233;flexion (think tank en anglais) &#233;cologique critique qui publia au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, sous la direction de l'&#233;conomiste Denis Meadows, une premi&#232;re vision prospective - et pessimiste - de l'&#233;volution de l'humanit&#233; prenant en compte les principes fondamentaux de la thermodynamique. Nous allons donc en rappeler les bases qui nous permettront de poser plus justement le probl&#232;me de l'&#233;nergie dans son rapport avec la soci&#233;t&#233;, son histoire et son &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien Nicolas L&#233;onard Sadi Carnot fonda au XIX&#232;me si&#232;cle, en plein essor de la machine &#224; vapeur, une nouvelle science nomm&#233;e thermodynamique. Elle &#233;tudie les formes et les m&#233;tamorphoses de l'&#233;nergie &#224; travers trois principes (et non lois car ils n'ont jamais &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;s math&#233;matiquement bien qu'ils n'aient jamais &#233;t&#233; d&#233;mentis par l'exp&#233;rience). L'&#233;nergie, en physique, peut prendre diff&#233;rentes formes : m&#233;canique (le travail), &#233;lectrique ou chimique (p&#233;trole, batterie). Mais une certaine quantit&#233; d'&#233;nergie reste toujours la m&#234;me, elle se conserve, c'est le premier principe. Elle tend cependant &#224; se dissiper, elle se transforme en chaleur, c'est le second principe. C'est l'&#233;nergie perdue par exemple dans de nombreux processus de frottements m&#233;caniques et cette op&#233;ration est irr&#233;versible, c'est-&#224;-dire que la chaleur ne retourne jamais &#224; l'&#233;tat initial de l'&#233;nergie. Quelle que soit sa forme, l'&#233;nergie finit toujours par se transformer en chaleur, mais la chaleur ne peut pas &#234;tre convertie int&#233;gralement en une autre forme d'&#233;nergie comme le mouvement par exemple. Au final, un syst&#232;me ferm&#233; (qui ne b&#233;n&#233;ficie pas d'apport en &#233;nergie externe) tend vers un &#233;tat d'&#233;quilibre, comme l'eau chaude et l'eau froide font de l'eau ti&#232;de. On peut, certes, convertir une partie de l'&#233;nergie en travail m&#233;canique (ce que fait une automobile avec son moteur), mais l'essentiel de l'&#233;nergie est transform&#233; en chaleur et dissip&#233;e (radiateur, freins ventil&#233;s) vers l'environnement. Ceci est fondamental pour comprendre l'origine des enjeux &#233;cologiques actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;misses une fois pos&#233;es, il nous reste &#224; introduire un concept essentiel &#224; la compr&#233;hension des probl&#232;mes &#233;cologiques des soci&#233;t&#233;s industrialis&#233;es, celui d'entropie qui mesure la d&#233;gradation de l'&#233;nergie. Nous devons cette id&#233;e &#224; Rudolf Clausius qui donna ce nom &#224; la dissipation d'&#233;nergie abord&#233;e plus haut. Quand l'entropie augmente, il y a perte d'&#233;nergie libre, c'est-&#224;-dire d'&#233;nergie convertible en travail m&#233;canique, sous forme de chaleur. Or, tous les organismes vivants sont des structures dissipatives d'&#233;nergie cherchant &#224; minimiser leur entropie interne en exportant vers le milieu l'entropie externe ; c'est &#233;galement ce que font les soci&#233;t&#233;s humaines, comme l'a fort justement montr&#233; Fran&#231;ois Roddier (2023). Le probl&#232;me r&#233;side dans la capacit&#233; &#8211; ou l'incapacit&#233; &#8211; des soci&#233;t&#233;s &#224; s'adapter &#224; un environnement sans cesse transform&#233; par ces derni&#232;res, et plus particuli&#232;rement &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de ces &#233;volutions. On arrive au paradoxe suivant : pour simplement se maintenir et survivre, on doit sans cesse acc&#233;l&#233;rer pour &#171; rester sur place &#187;, c'est-&#224;-dire maintenir les flux d'entropie (qui &#233;quivaut &#224; notre production/consommation d'&#233;nergie et de biens mat&#233;riels). C'est l'effet de la reine rouge, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de Lewis Carroll De l'autre c&#244;t&#233; du miroir, laquelle dit &#224; Alice &#171; ici nous sommes oblig&#233;s de courir pour rester sur place &#187;. Nous verrons comment, dans un second temps, les principes physiques am&#232;nent les sciences humaines &#224; devoir prendre en compte le m&#233;tabolisme des soci&#233;t&#233;s pour en red&#233;finir dans une perspective plus durable l'agir collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tournant du rapport Meadows, 1972&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 60, le &#171; Club de Rome &#187; susmentionn&#233; (Rome pour le lieu de sa premi&#232;re rencontre) a tent&#233; de produire, gr&#226;ce au concours du Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui &#233;tait et demeure le centre de recherche le plus performant, une mod&#233;lisation pr&#233;dictive de l'avenir du monde. La mod&#233;lisation &#171; world3 &#187; du rapport qui sera publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 70 sous la conduite de l'&#233;conomiste Denis Meadows, celle du sc&#233;nario 1 qui se base sur l'id&#233;e qu'aucune modification de notre politique &#233;conomique capitaliste et consum&#233;riste ne sera mise en &#339;uvre dans la poursuite du mod&#232;le d'affaires dominant (&#171; business as usual &#187;), pr&#233;dit un effondrement en cascade au cours du XXIeme si&#232;cle, d'abord des param&#232;tres vitaux de l'&#233;conomie mondiale (production par t&#234;te, denr&#233;es et ressources disponibles, et cetera) puis de la population mondiale &#224; partir de 2030. Ce renversement de tendances, des tendances de la croissance donc, sera d&#251; aux effets conjugu&#233;s des pollutions (effondrement de la biodiversit&#233;), &#224; la diminution des rendements agricoles li&#233;s au climat et &#224; la d&#233;pl&#233;tion &#224; plus ou moins long terme sur toutes les ressources existantes, en premier lieu l'&#233;nergie. Ces pr&#233;visions se sont pour l'instant av&#233;r&#233;es exactes et l'on constate, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, un net infl&#233;chissement des tendances qui soutenaient la croissance du XXIeme si&#232;cle, notamment une d&#233;pl&#233;tion des &#233;nergies fossiles de la mer du Nord qui a eu pour effet d'alt&#233;rer l'&#233;conomie europ&#233;enne &#224; partir de la crise de 2008. Ces pr&#233;visions sont conformes aux lois de la thermodynamique rappel&#233;es plus haut et introduites dans la mod&#233;lisation par Georgescu Roegen. On peut sch&#233;matiquement synth&#233;tiser le probl&#232;me en trois temps : 1/ en dissipant l'&#233;nergie, l'humanit&#233; modifie son environnement (depuis le XVIIIeme si&#232;cle de mani&#232;re exponentielle) ; 2/ plus vite elle modifie son environnement, plus elle doit se r&#233;adapter en g&#233;n&#233;rant de l'entropie ; 3/ elle n'est plus capable de se r&#233;adapter pour &#233;viter l'effondrement de la population (c'est l'effet de la reine rouge). On retrouve ce processus tout au long de l'histoire de l'humanit&#233;, depuis la disparition des Maya ou des Rapa Nui de l'&#238;le de P&#226;ques (Diamond, 2006) jusqu'&#224; l'effondrement de l'Empire romain, des empires coloniaux ou encore du bloc sovi&#233;tique, lesquels ont d&#251; cro&#238;tre et s'&#233;tendre pour pouvoir se maintenir et ainsi cr&#233;er des structures dissipatives de plus en plus grandes, jusqu'au collapse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre civilisation technicienne et m&#233;canis&#233;e bas&#233;e sur l'apport &#233;nerg&#233;tique des carburants fossiles. Gr&#226;ce &#224; la division du travail, effet de la technique qui s'&#233;tend en un syst&#232;me d&#233;sormais plan&#233;taire, on cr&#233;e des structures dissipatives de plus en plus grandes (GAFAM, multinationales ou monopoles d'&#201;tat). Or plus une structure est grande, plus elle dissipe efficacement l'&#233;nergie (Roddier, 2023, p. 159). Mais plus une structure est grande, plus elle modifie son environnement et plus vite elle s'effondre, entrainant crise financi&#232;re et catastrophe &#233;cologique dans son sillage. Deux tendances oppos&#233;es dues &#224; l'effet de la reine rouge, ou deux strat&#233;gies s'affrontent alors : d'un c&#244;t&#233; la volont&#233; d'expansion et du &#171; toujours plus &#187; &#224; l'&#339;uvre dans la mondialisation, et de l'autre la fragmentation de ces structures, g&#233;n&#233;rant de petites structures comme les start-up ou les communaut&#233;s r&#233;gionales (bior&#233;gions) ou locales. L'effondrement a commenc&#233; et se produit de mani&#232;re parfois spectaculaire comme dans la ville de Detroit (&#201;tats-Unis), ville du d&#233;veloppement rapide qui fit l'&#226;ge d'or du fordisme qui en 1950 h&#233;bergeait jusqu'&#224; 2 millions d'habitants. Elle fut malheureusement aussi celle de l'effondrement rapide : 700 000 habitants l'habitent aujourd'hui sous forme de petites communaut&#233;s ind&#233;pendantes dispers&#233;es qui inspirent de nombreux collapsologues (Hopkins, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder la question de l'&#233;nergie sous l'angle de la thermodynamique permet donc de mieux comprendre les raisons pour lesquelles il faut bifurquer rapidement de la trajectoire socio-&#233;conomique dominante et nous donne en m&#234;me temps des pistes pour agir. La question de la d&#233;c&#233;l&#233;ration, qu'on la nomme descente &#233;nerg&#233;tique en thermodynamique ou d&#233;croissante en &#233;conomie &#8211; et peu importe, comme nous l'avons vu les deux sont li&#233;es &#8211; est devenue l'enjeu majeur de notre soci&#233;t&#233;. Si l'on veut savoir ce qui va se passer, nous l'avons vu, il nous faut &#234;tre attentif &#224; l'&#233;volution de notre environnement autant qu'&#224; nos capacit&#233;s &#224; nous y adapter. Il est donc primordial de porter un regard analytique tant sur l'&#233;tat des ressources et des d&#233;gradations de l'environnement que d'&#233;tudier de mani&#232;re syst&#233;matique nos vuln&#233;rabilit&#233;s, qu'elles soient sociales, &#233;conomique ou &#233;cologiques, ce que nous avons entrepris au CEntre de Rercherche sur les Risques Et les Vuln&#233;rabilit&#233;s (CERREV) de l'Universit&#233; de Caen depuis les ann&#233;es quatre-vingt-dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute structure dissipative, notre soci&#233;t&#233; s'est principalement adapt&#233;e &#224; ses sources d'&#233;nergie, c'est-&#224;-dire des &#233;nergies fossiles &#224; 85%, dont 30% pour le p&#233;trole. Un gigantesque &#171; gaspillage &#187; organis&#233; a ainsi &#233;t&#233; mis en &#339;uvre, du d&#233;veloppement de moteurs ultra-puissnats et donc ultra-gourmands dans le secteur automobile nord-am&#233;ricain en premier lieu, au d&#233;veloppement du tout &#233;lectrique (donc encore majoritairement carbon&#233;) en passant par la mondialisation des marchandises, le gaspillage alimentaire, les vacances en avion ou encore la g&#233;n&#233;ralisation des climatiseurs. Cette politique, alliant app&#226;t du gain et fascination technophile, a cr&#233;&#233; un v&#233;ritable syst&#232;me de d&#233;pendance d&#233;finissant un &#171; style de vie &#187; occidental. C'est l&#224; notre talon d'Achille. &#192; ces probl&#232;mes d&#233;j&#224; complexes &#224; eux seuls, il faudra ajouter une combinaison d'autres enjeux rendant la situation encore plus d&#233;licate, de l'&#233;rosion de la biodiversit&#233; (75% de l'agriculture fran&#231;aise d&#233;pend des polinisateurs) au probl&#232;me de l'eau potable, sans parler des accidents climatiques (canicules, m&#233;gafeux, inondations, submersion marine, salinisation des terres agricoles, esp&#232;ces invasives, nouveaux virus, et cetera). Et cela pose d&#233;j&#224; un probl&#232;me politique dans la mesure o&#249; les classes moyennes, en voie de paup&#233;risation, feront tout pour maintenir leur niveau de vie &#8211; r&#233;guli&#232;rement r&#233;duit au fameux &#171; pouvoir d'achat &#187; - car une fois dop&#233; &#224; la croissance &#233;nerg&#233;tique/&#233;conomique il est tr&#232;s difficile d'accepter de le voir baisser. Ce sentiment de d&#233;classement attise les braises de l'antilib&#233;ralisme, et notamment du populisme de droite qui prend d&#233;sormais pour cible la politique &#233;cologique. La politique de transition &#233;cologique n'est plus per&#231;ue comme &#233;tant la solution, elle devient le probl&#232;me. Les chemins de la bifurcation &#233;cologique et &#233;nerg&#233;tique sont donc longs et pav&#233;s d'emb&#251;ches, comme nous allons le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abondance versus pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologue &#233;conomique Marshall Sahlins se rendit c&#233;l&#232;bre dans les ann&#233;es soixante-dix avec la publication de son ouvrage intitul&#233; en fran&#231;ais &#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance (1976). Adepte de l'&#233;conomie substantiviste, qui se propose d'&#233;tudier les pratiques &#233;conomiques dans leur contexte socio-culturel en opposition &#224; la vision lib&#233;rale abstraite des m&#233;canismes &#233;conomiques, Sahlins montre, en &#233;tudiant un important mat&#233;riel disponible sur les soci&#233;t&#233;s dites &#171; primitives &#187;, que leurs habitants ne luttaient pas incessamment pour la n&#233;cessit&#233; en produisant &#224; longueur de temps des efforts de survie comme on l'a longtemps pens&#233;, mais jouissaient au contraire d'une grande libert&#233; face &#224; des contraintes et des besoins limit&#233;s. Ces soci&#233;t&#233;s constitueraient ainsi les premi&#232;res &#8211; et seules &#8211; v&#233;ritables soci&#233;t&#233;s d'abondance, le processus de modernisation n'ayant fait qu'accro&#238;tre la servitude des hommes, jusqu'&#224; la soci&#233;t&#233; de consommation qui la pousse &#224; son paroxysme, sous l'effet de la reine rouge mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment. On peut en effet atteindre l'abondance soit en produisant beaucoup, c'est le projet de la modernit&#233; occidentale, soit en adaptant ses besoins aux ressources disponibles. Ainsi le &#171; sauvage &#187; des soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat qui fut l'objet de l'ethnologie du XXe si&#232;cle, regard&#233; avec une certaine condescendance &#233;volutionniste jusqu'&#224; la fin de l'&#233;poque coloniale, apparaissait-il comme maitrisant savamment ses besoins, toujours maintenus en de&#231;&#224; de ressources. Nul besoin donc d'aller forcer la nature &#224; livrer sa puissance, comme le sugg&#233;rait Heidegger, et nul besoin de d&#233;velopper la technique pour accomplir ce projet. L'horizon de l'homme des soci&#233;t&#233;s primitives est tout autre : il ne connait pas la raret&#233; &#8211; invention de notre rapport &#233;conomique aux ressources marchandisables &#8211; puisqu'il est nomade. Il exerce donc une pression temporaire sur son milieu, n'est saisi d'aucun d&#233;sir d'accumulation ni de possession (sinon comment emmener toutes ses richesses ?) et ne consacre donc, en moyenne, que quatre heures par jour &#224; l'acquisition de nourriture par glanage, chasse et p&#234;che. Jusqu'au n&#233;olithique, il y a environ 10 000 ans, l'histoire &#233;conomique de l'humanit&#233; fut celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologie &#233;conomique nous enseigne une connaissance essentielle sur l'humain : si les chasseurs-cueilleurs n'ont pas envisag&#233; le d&#233;veloppement de leurs facteurs de production (le travail, la technique), ce n'est pas parce qu'ils ne le pouvaient pas mais parce qu'il ne le voulaient pas. En d'autres termes, les membres de ces soci&#233;t&#233;s ont fait le choix de ne pas d&#233;velopper enti&#232;rement le potentiel de leur environnement et de leur communaut&#233; en maitrisant un mode de production contingent&#233; &#224; l'&#233;chelle domestique et en cultivant l'esprit du don (Caill&#233;, 1989). Les soci&#233;t&#233;s paysannes occidentales, qui s'an&#233;antirent en France dans la politique agricole moderne mise en place sous la pr&#233;sidence de De Gaulle en 1960, apr&#232;s une longue p&#233;riode de d&#233;clin, reprenaient en substance ces principes fondamentaux. Pour synth&#233;tiser, on peut dire que la soci&#233;t&#233; primitive comme la soci&#233;t&#233; paysanne, incarn&#233;e substantiellement dans le corps social et non dans une repr&#233;sentation abstraite telle qu'elle appara&#238;tra dans les grands &#201;tats modernes (le peuple, la Nation), maitrisait son destin, sa g&#233;om&#233;trie et son fonctionnement, par diff&#233;rents processus anthropologiques (r&#232;gles, rites, coutume) et que nous nommons trop rapidement &#171; la tradition &#187; parce que nous n'en avons pendant longtemps tout simplement pas compris la complexit&#233;, beaucoup plus que les soci&#233;t&#233;s modernes guid&#233;es par la Raison qui ont pr&#233;cis&#233;ment sombr&#233; dans la non-maitrise (Beck, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que met encore en &#233;vidence l'anthropologie &#233;conomique, au-del&#224; du fait de pouvoir simplement envisager que tous les habitants de notre plan&#232;te ne d&#233;sirent pas les m&#234;mes biens de consommation et n'aspirent pas tous &#224; un mode de vie mat&#233;rialiste, c'est que les notions telles que la pauvret&#233; ou l'abondance ne peuvent &#234;tre comprises que relativement &#224; l'imaginaire social dans lequel elles s'&#233;noncent. Un moine ayant fait v&#339;u de frugalit&#233;, pour prendre un exemple extr&#234;me, ne portera pas sur le monde le m&#234;me regard qu'un nord-am&#233;ricain des classes moyennes. Le premier construira son rapport mat&#233;riel au monde au travers du concept de suffisance (sufficiency en anglais) consid&#233;rant qu'il dispose du minimum n&#233;cessaire et suffisant pour assurer sa survie mat&#233;rielle comme prendre un seul repas par jour par exemple tandis que le second, dop&#233; par des publicit&#233;s cibl&#233;es et des d&#233;sirs pr&#233;fabriqu&#233;s, sera &#233;ternellement insatisfait de ne pas pouvoir s'offrir plus de marchandises. Au pays du toujours plus, il n'y en a jamais assez. C'est donc &#224; partir du mod&#232;le culturel port&#233; par telle ou telle soci&#233;t&#233; que s'&#233;laborent les notions de richesse et de pauvret&#233;, comme le rappelle Latouche (Latouche, 2011), qui &#233;tablit une distinction essentielle entre ces deux termes. La mis&#232;re c'est manquer de l'essentiel (acc&#232;s &#224; l'eau potable, &#224; l'&#233;ducation, et cetera) alors que la pauvret&#233; ne se d&#233;finit que par rapport &#224; la richesse et par les riches. On peut donc opposer &#8211; au moins - deux visions du monde correspondant pour l'une &#224; l'&#233;thique du renoncement (&#224; poss&#233;der, &#224; agir) et pour l'autre au d&#233;sir immaitris&#233;, parce que conditionn&#233;, de poss&#233;der et donc de d&#233;truire toujours plus de marchandise, c'est-&#224;-dire de dissiper plus d'&#233;nergie. L'illimitation du d&#233;sir a &#233;t&#233; analys&#233;e avec pertinence par la psychanalyse (Dufour, 2012) comme relevant d'un processus libidinal. Elle proc&#232;de donc pour une part de m&#233;canismes inconscients auxquels les sujets n'ont pas acc&#232;s imm&#233;diatement, ce qui peut se traduire par des sentiments de frustration et d'insatisfaction comparables &#224; ceux &#233;prouv&#233;s par les enfants. Partant, la sobri&#233;t&#233; envisag&#233;e par les uns comme une frustration de ne pas pouvoir, ou encore du renoncement sous contrainte, est envisag&#233;e par d'autres comme une frugalit&#233; planifi&#233;e renvoyant &#224; un syst&#232;me, de valeurs comme la pratique du v&#233;ganisme et le respect de la condition animale (Lemarchand, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marchandise versus bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est marchandise tout ce qui est susceptible de s'&#233;changer sur un march&#233;. Ainsi la doctrine lib&#233;rale a-t-elle depuis plus de deux si&#232;cles fait entrer &#224; peu pr&#232;s tout ce qui existe dans le cercle de l'&#233;conomie mon&#233;taire et par cons&#233;quent de la marchandise : la nature, par la brevetabilit&#233; du vivant (Organismes G&#233;n&#233;tiquement Modifi&#233;s), les valeurs, les sentiments par l'exploitation des peurs et m&#234;me les &#233;motions avec l'exploitation des donn&#233;es des r&#233;seaux sociaux. Le n&#233;olib&#233;ralisme a, &#224; partir des ann&#233;es 80, &#233;galement tent&#233; de mon&#233;tariser et de transformer en marchandise les services non mon&#233;taires, la culture, l'&#233;ducation, et cetera. Il s'agit l&#224; d'une vision du monde port&#233;e par des int&#233;r&#234;ts bien compris. Si la marchandise est ce qui se &#171; met en march&#233; &#187;, elle acqui&#232;re &#233;galement un statut de d&#233;sirabilit&#233; sur l'origine de laquelle le philosophe Ren&#233; Girard (2018) nous a fortement &#233;clair&#233; avec la th&#233;orie du d&#233;sir mim&#233;tique. Je ne d&#233;sire pas, en substance, l'objet en soi (l'automobile ou la tondeuse du voisin) mais son propre d&#233;sir envers l'objet : ce que je d&#233;sire, c'est le d&#233;sir de l'autre. En d'autres termes, le d&#233;sir mim&#233;tique me conduit, en miroir des autres dans la soci&#233;t&#233;, &#224; d&#233;sirer ce que les autres d&#233;sirent. C'est ainsi que la soci&#233;t&#233; de consommation produit des modes (Baudrillard, 1970) qui ne limitent pas au registre vestimentaire mais qui caract&#233;rise l'ensemble des styles de vie (Dobr&#233; et Juan, 2009). Souvenons-nous au passage de ce que nous avons rappel&#233; en introduction, l'&#233;nergie est le premier facteur de production : tout ce qui est produit, d&#233;sir&#233; et consomm&#233;, n&#233;cessite une quantit&#233; d'&#233;nergie dont la majeure partie est dissip&#233;e sous forme d'entropie. Or le d&#233;sir &#8211; de marchandise &#8211; est toujours socialement polaris&#233; dans le m&#234;me sens, comme l'avait identifi&#233; Herbert Marcuse (1968) dans son analyse de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dans les ann&#233;es cinquante, il conduit &#224; d&#233;sirer ce que la classe dominante, ou plus simplement ce que son patron ou son sup&#233;rieur, affiche comme code culturel. Au-del&#224; de la dimension discursive des objets (tel v&#234;tement ou telle voiture de sport), le d&#233;sir mim&#233;tique des classes moyennes, nord-am&#233;ricaine d'abord, puis europ&#233;enne, puis mondiale, suppose toujours plus de ressources, de mati&#232;re premi&#232;re et d'&#233;nergie. Substantiellement, on peut donc affirmer que l'&#233;nergie est la forme cristallis&#233;e (dans des objets) du d&#233;sir mim&#233;tique des soci&#233;t&#233;s de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas de &#171; petits gestes &#187; : tout est culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordons plus avant les limites anthropologiques aux politiques de sobri&#233;t&#233;. Le dilemme individu/soci&#233;t&#233; est inh&#233;rent au fondement des sciences sociales, du vieux conflit qui oppose la sociologie, science de l'&#234;tre-ensemble, &#224; la psychologie, science de l'individu, jusqu'&#224; l'in&#233;narrable question de savoir si c'est la soci&#233;t&#233; (ou la structure) qui produit le sujet historique (Marx) ou si les id&#233;es gouvernent le monde (Weber). Passer du projet spirituel (la frugalit&#233; monastique) au projet politique en mati&#232;re de sobri&#233;t&#233; rel&#232;ve de la gageure. D'un point de vue &#233;pist&#233;mologique d'abord, le paradigme holistique qui comprend ou explique, selon que l'on est web&#233;rien ou durkheimien, les faits sociaux produits par les acteurs, n'est pas imm&#233;diatement compatible avec l'individualisme sur lequel repose une large part de la psychologie comportementale et, surtout, les approches b&#233;havioristes en &#233;conomie. Toutes les th&#233;ories sont &#171; miscibles &#187; si l'on prend le temps de chercher les points d'articulation, mais pas a priori, comme le rappelle l'introduction de ce papier qui convoque les principes de la thermodynamique dans l'&#233;tude de l'&#233;volution des groupes sociaux en lien avec leurs milieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche des &#171; petits gestes &#187; impuls&#233;e par les politiques publiques en mati&#232;re de sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique &#224; travers le mot d'ordre &#171; je baisse, j'&#233;teins, je d&#233;cale &#187; (selon la campagne sur la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique port&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais en 2022) n'a sociologiquement aucun sens. Elle suppose tout d'abord un agent ob&#233;issant pr&#234;t &#224; renoncer &#224; ce qu'il sait, poss&#232;de ou pratique de longue date, pour adopter un nouveau comportement dict&#233; par une rationalit&#233; technique et &#233;conomique dont l'essentiel lui &#233;chappe (Lemarchand, 2023). Une politique de sobri&#233;t&#233; contrainte impos&#233;e sur le mod&#232;le de la planification qui fut mise en place pour moderniser la France dans l'apr&#232;s-guerre, fut-elle assist&#233;e par des incitations (nudges en anglais), bas&#233;e sur la recherche d'une pure efficacit&#233; comportementale n'a aucune chance de produire la moindre efficience, ce sont l&#224; les limites du b&#233;haviorisme, si elle ne repose pas sur un projet partag&#233;. Une politique bas&#233;e sur des prescriptions n&#233;gatives (r&#233;duire, renoncer) n'a d'issue que si elle est assortie d'une promesse de mieux-&#234;tre comme l'ont montr&#233; les travaux du Laboratoire d'Analyse Sociologique et Anthropologique des Risques (LASAR) de l'universit&#233; de Caen sur la gestion de catastrophe de Tchernobyl (Ackerman et al., 2004). Ou alors elle rel&#232;ve de la pure contrainte, &#233;conomique et/ou juridique, sur le mod&#232;le de la normalisation des comportements autoroutiers. Mais un tel mod&#232;le de gestion des risques peut-il s'&#233;largir &#224; l'ensemble de la vie sociale ? Nous avons vu, avec la gestion de la COVID19, qu'une politique coercitive se heurte, au-del&#224; d'un certain seuil, &#224; ses propres limites en terme d'acceptation de la contrainte (Lemarchand, 2021), conduisant le gouvernement &#224; renoncer au troisi&#232;me confinement qui &#233;tait pourtant programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La consommation (de l'&#233;nergie) comme norme sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de d&#233;finir plus avant les enjeux du probl&#232;me. S'il a &#233;t&#233; possible, &#224; l'&#233;poque du Plan dans les Trente Glorieuses, de conduire la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; adopter de grands changements dans les modes de vie (habitat, travail, cr&#233;ation des banlieues, d&#233;paysanisation programm&#233;e), ces transformations se sont faites sur la base d'un surcroit &#233;nerg&#233;tique qui, m&#233;caniquement, a favoris&#233; l'essor du confort mat&#233;riel. M&#233;canisation des campagnes et &#233;quipement des m&#233;nages ont, sur fond de critique sociale (Mendras, 1995), pu favoriser l'&#233;mergence de nouveaux groupes sociaux, &#224; leur tour porteurs de transformations sociales, que furent les jeunes, les femmes ou encore les &#233;cologistes. Le changement social, autrement dit, ne r&#233;pondit pas aux besoins mat&#233;riels pourtant promus en t&#234;te de la fameuse Pyramide de Maslow qui hi&#233;rarchise les besoins de l'individu mais ressortit au contraire de l'insatisfaction, du porte-&#224;-faux, de la n&#233;cessit&#233; historique de r&#233;agir &#224; une situation donn&#233;e : les in&#233;galit&#233;s sociales pour les femmes des ann&#233;es soixante ou la non prise en compte de ses valeurs culturelles pour la jeunesse. La sociologie nous rappelle que l'appartenance &#224; un groupe, le partage de normes et de valeurs passent fr&#233;quemment avant les besoins physiques et que le d&#233;sir le plus fort exprim&#233; par les participants aux grandes enqu&#234;tes d'opinion n'est pas celui de poss&#233;der des marchandises mais d'avoir du temps et d'&#234;tre inscrit dans un r&#233;seau de sociabilit&#233; (famille, amis, voisins).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'enjeu du &#171; passage &#224; la sobri&#233;t&#233; &#187; se heurte &#233;galement &#224; une autre difficult&#233;. Nous pourrions, pour l'illustrer, prendre appui sur la th&#233;orie du catastrophisme &#233;clair&#233; &#233;labor&#233;e par le philosophe Jean-Pierre Dupuy (2006). Pour synth&#233;tiser, l'auteur se pose la question de savoir comment faire agir la soci&#233;t&#233; face &#224; la menace climatique en mettant en place une &#233;thique et une politique appropri&#233;e. C'est peu ou prou la question que nous nous posons. Pour ce faire, il prend appui sur la pens&#233;e de G&#252;nther Anders (1956) qui formule l'hypoth&#232;se suivante : nous savons ce qui nous menace mais nous ne croyons pas ce que nous savons. Il faudrait donc donner &#224; la catastrophe comme horizon, comme devenir, une ontologie capable de nous faire agir dans le pr&#233;sent pour l'&#233;viter dans le futur et ainsi pr&#233;server les g&#233;n&#233;rations &#224; venir (Jonas, 1979). Dans ce &#171; futur pass&#233; &#187; qu'est le pr&#233;sent, qu'est-ce qui peut donner assez de force &#224; la perspective du malheur (pour nous, les effets de l'Anthropoc&#232;ne) de mani&#232;re &#224; nous donner des raisons suffisantes d'agir ? &#192; titre de comparaison, Dupuy renvoie &#224; l'exp&#233;rience des Trente Glorieuses susmentionn&#233;e : la planification, &#233;crit-il, &#171; visait &#224; obtenir par la concertation et l'&#233;tude une image de l'avenir suffisamment optimiste pour &#234;tre souhaitable et suffisamment cr&#233;dible pour d&#233;clencher les actions qui engendreraient sa propre r&#233;alisation &#187;. Par opposition, le catastrophisme &#233;clair&#233; (par la science et la raison) &#8211; par opposition au catastrophisme religieux &#8211; vise &#224; &#171; obtenir par la futurologie scientifique et la m&#233;ditation sur les fins de l'homme une image de l'avenir suffisamment catastrophiste pour &#234;tre repoussante et suffisamment cr&#233;dible pour d&#233;clencher les actions qui emp&#234;cheraient sa r&#233;alisation &#187; (Dupuy, 2006). Il nous faudrait passer d'une politique utopiste et positive, la promesse d'un monde facile dop&#233; &#224; la croissance par le d&#233;passement d'&#233;nergies carbon&#233;es (et en France de l'&#233;nergie nucl&#233;aire), monde de satisfaction de besoins inessentiels certes, mais de satisfaction tout de m&#234;me, &#224; un monde de frugalit&#233; d&#233;sirable. Cette politique est pour l'instant non programm&#233;e et v&#233;cue comme une privation par la plus large part de la soci&#233;t&#233; qui a connu les ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, ce qui advint lors de la p&#233;nurie de biens li&#233;e au confinement. La bonne nouvelle est qu'il a &#233;t&#233; historiquement possible de programmer une grande transformation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de l'apr&#232;s-guerre, dont tous ne sont pas sortis vainqueurs toutefois (songeons aux immigr&#233;s du Maghreb ou aux paysans), qui montre la possibilit&#233; d'engager un changement des styles de vie port&#233; par de nouveaux imaginaires sociaux. La difficult&#233;, nous allons le voir, est de produire un nouveau Grand R&#233;cit susceptible de ramener le d&#233;sir jusqu'alors fix&#233; sur la marchandise dans la sph&#232;re politique pour esquisser les contours d'une soci&#233;t&#233; de sobri&#233;t&#233; heureuse. Il faut passer de la question de l'acceptabilit&#233; sociale des technologies (y compris de sobri&#233;t&#233; et d'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique) &#224; celle de la d&#233;sirabilit&#233; sociale. Nous n'y sommes pas. Le risque est m&#234;me grand, au contraire, de voir &#233;merger une politique gestionnaire de plus en plus coercitive, &#171; &#224; la chinoise &#187; et inspir&#233;e de l'exp&#233;rience politique d&#233;sastreuse de la COVID19, justifi&#233;e par un &#171; &#233;tat d'urgence &#187; non plus sanitaire, mais &#233;nerg&#233;tique. C'est la question plus largement trait&#233;e par Dominique P&#233;caud (2010) qui montre comment la gestion des risques, dans la modernit&#233;, repose sur une vision &#171; ing&#233;nieurale &#187; de la soci&#233;t&#233; mise en &#339;uvre par les pouvoirs publics fran&#231;ais largement domin&#233;s par les grands corps d'&#201;tat, aboutissant inexorablement &#224; une rationalisation du social. Pour l'auteur, qui a investigu&#233; de nombreux dispositifs techniques jusqu'&#224; la transition &#233;nerg&#233;tique, il ne fait aucun doute que la croyance selon laquelle des d&#233;marches rationnelles viendront &#224; bout des dangers qui nous menacent, &#171; sous un fatras de d&#233;marches apparemment rationnelles auxquelles adh&#232;rent par contrainte, conformisme ou d&#233;sint&#233;r&#234;t &#187;, le &#171; social &#187; est en jeu de mani&#232;re syst&#233;matique. La pr&#233;vention des risques ne saurait donc &#234;tre r&#233;duite &#224; une simple question et technique r&#233;serv&#233;e aux seuls experts, dans la mesure o&#249; elle touche immanquablement &#171; nos raisons d'&#234;tre ensemble &#187;. Elle peut, en d'autres termes, d&#233;boucher indiff&#233;remment sur une dystopie politique et technologique que d'aucuns nomment d&#233;sormais capitalisme de surveillance m&#234;lant soci&#233;t&#233; de contr&#244;le (Deleuze, 2018) et ultra-lib&#233;ralisme ou sur une soci&#233;t&#233; recompos&#233;e autour des enjeux &#233;cologiques majeurs au fondement d'un nouveau contrat social que l'&#233;cologie et les forces progressistes appellent de leurs v&#339;ux. Cette perspective politique permet de d&#233;gager quatre types de soci&#233;t&#233;s selon que l'on consid&#232;re la sobri&#233;t&#233; comme moyen ou comme fin et selon qu'elle appara&#238;t comme &#233;tant subie ou choisie (figure 1).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH377/img-1-12-795ad.png?1740907967' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 1 : Type de soci&#233;t&#233; ou de politiques de sobri&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans renoncement &#224; l'addiction &#233;nerg&#233;tique (en bas) se dessine d'une part le mod&#232;le d'une dictature &#233;cologique bas&#233;e sur le rationnement des masses (et des &#233;lites &#233;conomiques ?) et la normalisation r&#233;pressive extr&#234;me de la vie quotidienne contrainte par des indicateurs multiples de type empreinte carbone. Dans une perspective plus douce, prenant la sobri&#233;t&#233; comme moyen et non comme finalit&#233;, on retrouve le sc&#233;nario de transition tel qu'il est mis en &#339;uvre aujourd'hui, mais pour combien de temps ? Du c&#244;t&#233; de la sobri&#233;t&#233; volontaire au contraire (en haut), deux voies sont possibles l&#224; aussi : celle d'une sobri&#233;t&#233; choisie qui conduirait &#224; l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement utopique, &#224; la Thomas Moore (Lemarchand, 2008), mais aucune exp&#233;rience moderne, sauf &#224; l'&#233;chelle locale (phalanst&#232;re de Fourier) n'a fonctionn&#233; (l'utopie communiste fut un d&#233;sastre) ; celle enfin d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance dont l'horizon n'est pas fix&#233; &#224; l'avance, comme dans le mod&#232;le utopique, mais &#233;labor&#233; progressivement par des processus d&#233;mocratiques. La sobri&#233;t&#233; ne constitue que l'objectif thermodynamique de r&#233;duction de l'entropie globale et reste, dans une certaine mesure, un processus de nature physique, sans pr&#233;sager des chemins qu'il est possible de prendre socialement et politiquement pour engager la descente &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du confort et du &#171; bien-&#234;tre &#187; mat&#233;riel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de confort, centrale lorsqu'il s'agit de red&#233;finir des standards de vie tels que la temp&#233;rature ou l'&#233;clairage d'un logement, le mode de d&#233;placement, doit &#234;tre elle aussi r&#233;examin&#233;e avec soin. Lorsque les pouvoirs publics fran&#231;ais d&#233;cr&#232;tent que 19&#176;C dans le domicile ou le bureau en hiver sont suffisants, ils fondent leur norme administrative et technique sur le fait que &#171; l'homme moyen &#187;, le modulor du Corbusier, peut tout &#224; fait biologiquement maintenir une temp&#233;rature corporelle acceptable pour vivre et travailler. Cette consid&#233;ration n'a de sens, faut-il le rappeler, que dans le contexte du d&#233;passement &#233;nerg&#233;tique des Trente Glorieuses, tous les humains nous ayant pr&#233;c&#233;d&#233;s ayant d&#251; supporter des temp&#233;ratures int&#233;rieures assez peu diff&#233;rentes des temp&#233;ratures ext&#233;rieures faute d'isolation performante, de chauffage central et de climatisation. Elles s'arrangeaient fort bien d'ailleurs de moyens &#171; basse technologie &#187; (low-tech en anglais) tels que les rideaux, les tentures ou les tapis pour g&#233;rer les flux d'air froid (Rahm, 2023). La notion de confort, et plus encore celle de &#171; bien-&#234;tre &#187; mat&#233;riel, si on la replace dans l'exp&#233;rience du monde v&#233;cu, ne peut &#234;tre pens&#233;e qu'&#224; partir d'un complexe syst&#232;me d'interaction entre des acteurs humains et non humains, fait de corps, d'&#233;nonc&#233;s et de discours, de b&#226;timents et d'intemp&#233;ries, de syst&#232;mes de valeurs, de repr&#233;sentations, et cetera. On peut tout &#224; fait &#233;noncer se sentir bien &#224; 16&#176;C et &#233;prouver une g&#234;ne &#224; 21&#176;C, la perception de l'environnement &#233;tant li&#233; &#224; l'&#226;ge (les personnes &#226;g&#233;es m&#233;tabolisent peu et ont plus vite froid que les jeunes), au contexte (lieu de travail, domicile, loisir), &#224; la situation (on se plaint moins du froid dans un refuge de montagne o&#249; la situation semble normale alors qu'elle ne l'est pas au domicile). Le fait d'&#234;tre propri&#233;taire ou locataire entre &#233;galement dans la ph&#233;nom&#233;nologie des lieux : on supporte mieux une baisse de chauffage qui correspond directement &#224; une &#233;conomie financi&#232;re pour soi alors qu'on incriminera volontiers plus facilement le propri&#233;taire ou le bailleur social qui ne chauffe pas assez. Le bien-&#234;tre est devenu une sorte de nouvelle norme esth&#233;tique, une cat&#233;gorie de perception collective qui fonde l'id&#233;e m&#234;me de confort comme &#233;tant ce qui ne peut pas &#234;tre n&#233;goci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation des modifications de notre environnement d&#233;pend donc pour une large part de valeurs sociales (la sant&#233;, le m&#233;tier, et cetera) tout autant que de ph&#233;nom&#232;ne individuel. L'exemple du syndrome du b&#226;timent malsain (Sick Building Syndrome en anglais) dans le domaine de la sant&#233; environnementale et de la sant&#233; au travail, est tr&#232;s parlant. Il d&#233;crit une combinaison de sympt&#244;mes ou de maladies m&#233;dicalement inexpliqu&#233;es et associ&#233;es &#224; un lieu construit. Dans ce contexte, bien qu'il ne faille &#233;carter l'id&#233;e que de nombreuses substances ou ondes malsaines ne sont pas d&#233;tect&#233;es ni &#233;tudi&#233;es quant &#224; leurs effets possibles, la dimension mim&#233;tique de la perception du milieu ne saurait &#234;tre &#233;cart&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ville thermodynamique et l'enjeu de la sobri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Claude-Henri de Saint-Simon, fondateur de la &#171; physiologie sociale &#187; - terme qui sera remplac&#233; par celui de &#171; sociologie &#187; &#224; la suite d'Auguste Comte - l'histoire est une succession de trois &#233;poques : l'&#226;ge des empires et de la f&#233;odalit&#233; repose sur l'h&#233;g&#233;monie des militaires et des th&#233;ologiens ; les monarchies reposent sur une place pr&#233;pond&#233;rante accord&#233;e aux l&#233;gistes et aux m&#233;taphysiciens ; finalement, l'&#232;re moderne place les industriels et les savants au centre du jeu (Blanquart, 2004, p. 117-118). Saint-Simon explique cette cat&#233;gorisation &#224; chaque &#233;poque par le fait que si ces figures tut&#233;laires disparaissaient, la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re dispara&#238;trait. En effet, aujourd'hui, la disparition de l'ensemble des industriels et des savants - par ordre d'importance - entra&#238;nerait une chute de l'&#233;conomie et, ainsi, un effondrement de la soci&#233;t&#233;. D&#233;sormais, seules l'invention et la production permettent un bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. Cela s'explique par la substitution, au XIXe si&#232;cle, de la thermodynamique &#224; la g&#233;om&#233;trie comme discipline fondamentale de la soci&#233;t&#233; (Blanquart, 2004, p. 117-118). D&#232;s lors, les savants et industriels n'ont d'autres fonctions que de capter et d'utiliser les &#233;nergies (&#224; tous les sens du terme) avec pour objectif de produire et de faire fleurir la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant les principes thermodynamiques d&#233;velopp&#233;s plus haut, l'atmosph&#232;re terrestre se maintient continuellement dans un &#233;tat de production maximale d'entropie entra&#238;nant une dissipation maximale de l'&#233;nergie. Chaque &#233;cosyst&#232;me s'auto-organise d'ailleurs dans cet objectif de maximisation de son taux de dissipation d'&#233;nergie. Cependant, cette maximisation de la dissipation d'&#233;nergie n'est pas uniquement vraie pour les &#233;cosyst&#232;mes naturels mais &#233;galement pour les soci&#233;t&#233;s humaines artificielles (Rodier, 2020). En effet, depuis plusieurs si&#232;cles, les soci&#233;t&#233;s humaines n'ont eu de cesse de d&#233;velopper des structures de plus en plus complexes, entra&#238;nant un accroissement de leur organisation, et produisant de plus en plus d'informations sur son propre &#233;tat. Cette affirmation nous rappelle le second principe de la thermodynamique selon lequel l'entropie, symbole du d&#233;sordre d'un syst&#232;me quelconque, ne peut qu'augmenter si le syst&#232;me ne veut pas que la quantit&#233; d'informations qu'il poss&#232;de ne diminue (Rodier, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'adaptant &#224; son environnement, la soci&#233;t&#233; - en tant qu'&#233;l&#233;ment d'un syst&#232;me ouvert - s'auto-organise pour maximiser le flux d'&#233;nergie qui la traverse et ainsi maintenir ses capacit&#233;s de fonctionnement. Or, cette auto-organisation produit n&#233;cessairement - selon les principes de la thermodynamique - une acc&#233;l&#233;ration de la dissipation d'&#233;nergie. En cela, les soci&#233;t&#233;s humaines repr&#233;sentent ce que le physicien Ilya Prigorine nomma des &#171; structures dissipatives &#187; (Prigorine, Stengers, 1979), c'est-&#224;-dire des structures dont la survie ne d&#233;pend que d'un flux constant d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous r&#233;duisons la focale et que nous descendons &#224; l'&#233;chelle individuelle, l'&#234;tre humain repr&#233;sente &#233;galement une structure dissipative en ce que son m&#233;tabolisme ne pourrait perdurer sans un apport constant d'&#233;nergie (sous toutes ses formes) (Rodier, 2020). L'ensemble des activit&#233;s humaines n&#233;cessite une maximisation de la dissipation d'&#233;nergie (manger, se d&#233;placer, se loger, se chauffer, et cetera). Il est important de comprendre que, qu'importe l'&#233;chelle choisie (soci&#233;t&#233;, ville, territoire, individu), tout &#233;l&#233;ment de la structure sociale peut tout &#224; la fois repr&#233;senter une structure dissipative ou un ensemble de structures dissipatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville, en tant que structure dissipative &#224; travers l'assemblage des structures dissipatives individuelles doit ainsi non seulement maximiser la vitesse de dissipation de l'&#233;nergie qui traverse son territoire pour la maximisation de l'entropie individuelle mais &#233;galement pour le bon fonctionnement de sa structure. Le processus d'auto-organisation d'une ville - comme tout processus de la sorte - repose sur certaines avalanches d'&#233;v&#233;nements dont chacune poss&#232;de un potentiel de bifurcation (au sens biologique du terme) (Rodier, 2020). En effet, chacun de ces &#233;v&#233;nements produit de nouvelles contraintes venant r&#233;duire les possibilit&#233;s d'action des acteurs et entra&#238;nant ainsi une &#171; bifurcation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, les villes sont elles-m&#234;mes n&#233;es du fait d'avalanches d'&#233;v&#233;nements tant individuelles que structurelles. En effet, il a suffi qu'un seul individu - ou un groupe d'individus - choisisse de s'installer sur un territoire donn&#233; pour progressivement attirer d'autres individus et rapidement former une soci&#233;t&#233;. Au fil de l'histoire, et d'un certain nombre d'avalanches d'&#233;v&#233;nements, la ville est progressivement devenue le si&#232;ge du politique avant de devenir un support de l'activit&#233; &#233;conomique (Blanquart, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage Wealth, Virtual Wealth and Debt, le chimiste Frederick Soddy a &#233;t&#233; le premier &#224; d&#233;montrer le fonctionnement de l'&#233;conomie &#224; travers les lois de la thermodynamique. Dans ce livre de 1926, Soddy explique que la monnaie, en tant que richesse virtuelle, n'est pas une richesse v&#233;ritable. Selon lui, la v&#233;ritable richesse est la quantit&#233; d'&#233;nergie que l'on dissipe chaque jour. D&#232;s lors, il propose de substituer la dissipation d'&#233;nergie &#224; l'&#233;talon or &#224; partir du calcul d'un indice des prix &#224; la consommation. En effet, la rentabilit&#233; des investissements se mesurerait &#224; l'accroissement de la dissipation d'&#233;nergie, produisant ainsi de la richesse pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'argent est, aujourd'hui plus que jamais, l'&#233;l&#233;ment central du processus d'auto-organisation de la soci&#233;t&#233; et, plus particuli&#232;rement, de la ville, puisqu'il entra&#238;ne les individus &#224; maximiser leur dissipation d'&#233;nergie. La somme mon&#233;taire que chaque individu d&#233;pense quotidiennement mesure sa participation au taux d'entropie collectif (Rodier, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'accumulation mon&#233;taire qui fut l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur de bon nombre d'avalanches d'&#233;v&#233;nements ayant conduit au d&#233;veloppement des villes. En effet, &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle, l'industrie naissante a besoin de main-d'&#339;uvre et va donc s'emparer progressivement des villes d&#233;j&#224; existantes non seulement pour accaparer les masses pr&#233;-existantes mais &#233;galement pour augmenter le pouvoir d'attraction des villes et ainsi attirer une nouvelle main-d'&#339;uvre (Blanquart, 2004, p. 118). Avec l'av&#232;nement de la ville industrielle, c'est la fin de l'ancienne forme urbaine, ce qu'Henri Lefebvre, philosophe fran&#231;ais, aborda comme un ph&#233;nom&#232;ne d'implosion/explosion (Lefebvre, 1972). Si cette nouvelle forme urbaine est homog&#232;ne puisque tout en son sein est vou&#233; &#224; la production de biens mat&#233;riels &#224; travers le d&#233;veloppement du capital, la ville industrielle est tout de m&#234;me marqu&#233;e par une forte fragmentation sociale et un &#233;clatement de la vie individuelle au profit du bon fonctionnement de la machine (Blanquart, 2004, p. 128).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du XXe si&#232;cle et des Trente Glorieuses, ce processus d'&#171; implosion/explosion &#187; se poursuit en augmentant la s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale. Durant cette p&#233;riode, les campagnes fran&#231;aises ne cessent de se vider pour venir augmenter la d&#233;mographie des villes alentour. Cependant, cette nouvelle masse de travailleurs ne r&#233;side plus dans les banlieues pavillonnaires inaugur&#233;es par l'&#232;re industrielle - r&#233;serv&#233;es d&#233;sormais aux cadres sup&#233;rieurs d&#233;laissant le centre-ville au profit des bureaux - mais s'installe toujours au-del&#224; de la ville, dans les grands ensembles, venant ainsi augmenter le taux d'entropie d'autres territoires pour le seul fonctionnement des villes (Blanquart, 2004, p. 132). Le centre-ville se sp&#233;cialise, &#224; partir des ann&#233;es 1960, dans la gestion et la prise des d&#233;cisions des affaires capitalistes (Castells, 1972). Avec l'av&#232;nement de l'informatique, la ville ne repr&#233;sente alors plus qu'un territoire d'&#233;change et de coordination de flux d&#233;centralis&#233;s mais passant n&#233;cessairement par ce lieu de concentration des donn&#233;es et du pouvoir. C'est ce que Galbraith a appel&#233; la &#171; technostructure &#187;, type d'organisation permettant le contr&#244;le d'information, la centralisation des connaissances techniques et la gestion d'importants investissements pour faire perdurer le nouveau syst&#232;me industriel (Blanquart, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; un &#233;loignement spatial, l'espace urbain, gr&#226;ce &#224; l'urbanisme fonctionnel, continue de coloniser la vie quotidienne des travailleurs structur&#233;e en une multitude de t&#226;ches n'ayant pour autre but que de permettre le bon fonctionnement de l'appareil productif. L'ensemble des territoires se d&#233;veloppent alors, en fonction du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la m&#234;me mani&#232;re : une premi&#232;re couronne urbaine tr&#232;s dense sur laquelle se d&#233;veloppe les implantations industrielles ; une seconde couronne &#224; dominante r&#233;sidentielle mais pr&#233;servant certaines implantations industrielles ; une troisi&#232;me couronne plus rurale (Blanquart, 2004). &#192; cet &#233;clatement socio-spatial correspond une poursuite de l'&#233;clatement de la vie quotidienne des travailleurs symbolis&#233; par l'expression &#171; m&#233;tro, boulot, dodo &#187; d&#233;velopp&#233;e par Pierre B&#233;arn en 1968. Ainsi, bien que les individus se soient &#233;loign&#233;s du centre du territoire, leur temps est continuellement dict&#233; par la machine thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les villes sont pens&#233;es par les architectes et les ma&#238;tres d'&#339;uvre en fonction des structures permettant les flux. D&#233;sormais, &#171; la circulation commande &#224; la r&#233;sidence, la sous-tend, en est le socle. &#187; (Blanquart, 2004, p. 154), c'est le fonctionnalisme spatial th&#233;oris&#233; par Le Corbusier. La &#8220;fracture sociale&#8221; qui marque notre soci&#233;t&#233; est d'ailleurs directement produite par ces m&#234;mes flux. En effet, outre les classes sociales r&#233;guli&#232;rement &#233;tudi&#233;es, et oppos&#233;es, il est possible de diviser la soci&#233;t&#233; en deux entre les ma&#238;tres des flux (financiers, &#233;nerg&#233;tiques, informations, et cetera) et une masse importante que Blanquart nomme les &#171; flu&#233;s-flou&#233;s &#187; (Blanquart, 2004, p. 23), vivant par et pour ces flux mais &#233;tant &#233;loign&#233;s de leur gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'industrie et, &#224; sa suite, des villes, en vue de faire fonctionner l'&#233;conomie de march&#233;, a entra&#238;n&#233; l'&#233;puisement des ressources naturelles ainsi que la pollution de l'environnement obligeant ainsi les humains &#224; s'adapter face &#224; cet &#233;tat critique de production maximale d'entropie. Puisque la vitesse &#224; laquelle une structure dissipative est capable de s'adapter est finie, l'adaptation &#224; cet &#233;tat critique de l'environnement est de plus en plus difficile. Si l'adaptation se poursuit n&#233;cessairement, elle est de moins en moins efficace tant la reine rouge acc&#233;l&#232;re son mouvement. De cet &#233;tat critique na&#238;t alors un certain progr&#232;s scientifique et technique, repr&#233;sentant autant d'avalanches d'&#233;v&#233;nements visant &#224; &#233;loigner la soci&#233;t&#233; de l'effet la reine rouge abord&#233; plus haut. Ces avalanches ne prendront fin que lorsque le processus d'adaptation ne sera plus aliment&#233; en &#233;nergie, amenant ainsi &#224; l'effondrement de la soci&#233;t&#233;. C'est du moins ce que dit la th&#233;orie &#224; partir de la publication du rapport Meadows cit&#233; en introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter cet effondrement, la soci&#233;t&#233;, ainsi que toute structure dissipative inf&#233;rieure &#224; l'instar des villes, doit &#233;vacuer l'entropie qu'elle produit. Or, cette &#233;vacuation n'est possible qu'en suivant la le&#231;on de Carnot : rendre toutes les op&#233;rations permettant le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; r&#233;versibles, autrement dit recycler. Dans cet objectif, l'&#233;cologie territoriale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;qui a &#171; pour objectif de d&#233;crire, d'analyser, voire de transformer le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d&#233;velopp&#233; le terme de &#171; m&#233;tabolisme territorial &#187; pour mieux comprendre le fonctionnement des territoires &#224; partir des ressources utilis&#233;es et des d&#233;chets produits par celui-ci et agir efficacement sur leur r&#233;versibilit&#233;. Cependant, cette connaissance des flux traversant les territoires, bien que n&#233;cessaire pour rendre toute op&#233;ration r&#233;versible, n'&#233;vacue pas la question sociale inh&#233;rente &#224; la gestion des flux : quelle soci&#233;t&#233; voulons-nous construire et pour et par qui sera-t-elle fond&#233;e ? Les soci&#233;t&#233;s humaines sont donc prises entre l'&#233;volution contrainte (processus &#233;cologique, le climat, et cetera) et le libre arbitre des hommes, c'est-&#224;-dire l'histoire. Encore faut-il faire le bon choix.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Pourquoi &#233;tudier le m&#233;tabolisme urbain ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Selon ONU-Habitat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'information, voir le site internet des Nations Unis [En ligne] URL :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les villes comptent pour 78% de la consommation &#233;nerg&#233;tique mondiale et produisent plus de 60% des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre malgr&#233; les quelque 2% de la surface de la terre qu'elles occupent. En effet, le fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; quelconque, &#224; l'instar d'une ville, n&#233;cessite le pr&#233;l&#232;vement de ressources naturelles ainsi que l'&#233;mission de rejets divers, c'est une structure dissipative. Ces pr&#233;l&#232;vements et rejets induisent un changement des milieux en transformant les &#233;cosyst&#232;mes, en entra&#238;nant des pollutions ou encore un &#233;puisement des ressources naturelles. Mais, la r&#233;ciproque est vraie &#233;galement : les milieux naturels ont une influence sur les villes puisque ce sont les conditions sine qua non de leur fonctionnement (fourniture de ressources &#224; la base de l'&#233;conomie, participation au cadre de vie, et cetera). Si les villes et autres territoires sont r&#233;guli&#232;rement &#233;tudi&#233;s &#224; l'aune des enseignements &#233;conomiques et des flux mon&#233;taires, ces &#233;tudes reposent d'abord sur un certain nombre de flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie pour le fonctionnement de la ville. Ce n'est pas un hasard si les villes sont presque toutes historiquement construites au fil de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pallier ces effets, en France, la conf&#233;rence environnementale de septembre 2013 a mis en avant le principe d'&#233;conomie circulaire dont l'objectif est d'optimiser les flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie pour r&#233;duire l'utilisation de ressources ainsi que la production de d&#233;chets, comme une solution au mod&#232;le &#233;conomique lin&#233;aire. De m&#234;me, la Strat&#233;gie Nationale de Transition &#201;cologique vers un D&#233;veloppement Durable 2015-2020 poss&#232;de un axe &#171; S'engager dans l'&#233;conomie circulaire et sobre en carbone &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'information, voir le site internet du Minist&#232;re fran&#231;ais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 2018, le gouvernement fran&#231;ais publie la &#171; feuille de route pour l'&#233;conomie circulaire &#187; portant un axe intitul&#233; &#171; inciter les r&#233;gions &#224; r&#233;aliser des &#8220;bilans flux de mati&#232;res&#8221; notamment en diffusant plus largement les outils m&#233;thodologiques disponibles et inciter les r&#233;gions &#224; &#233;largir le r&#244;le des observatoires des d&#233;chets en cons&#233;quence &#187;. Ces diff&#233;rents documents officiels poursuivent le chemin ouvert par la loi de Transition &#201;nerg&#233;tique et de la Croissance Verte (TECV)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'information, voir le site internet du Minist&#232;re fran&#231;ais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; publi&#233;e en 2015 d&#233;finissant l'&#233;conomie circulaire et d&#233;finissant un objectif national de &#171; d&#233;couplage &#187;, autrement dit de r&#233;duction de la consommation de mati&#232;res premi&#232;res par rapport &#224; la cr&#233;ation de richesses mesur&#233;e par le PIB. Plus r&#233;cemment, ces travaux ont abouti &#224; la promulgation d'une loi &#233;conomie circulaire en f&#233;vrier 2020 reposant sur trois axes : l'information du consommateur ; la lutte contre le gaspillage ; la responsabilit&#233; des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de mettre en r&#233;cits la transition et ses imaginaires, qu'ils soient technicistes ou d&#233;croissants, il semble essentiel de caract&#233;riser les mani&#232;res dont les territoires vivent &#224; partir de l'importation, du pr&#233;l&#232;vement, de la consommation, de l'exportation et du rejet des mati&#232;res et &#233;nergies n&#233;cessaires &#224; leur vitalit&#233;. Une approche quantitative des flux de mati&#232;res traversant les territoires constitue la premi&#232;re &#233;tape d'une politique de transition pour agir ensuite sur ce m&#233;tabolisme territorial d&#233;fini par Sabine Barles comme &#171; l'ensemble des flux d'&#233;nergie et de mati&#232;res mis en jeu par le fonctionnement d'un territoire donn&#233; &#187; (Barles, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais que prendre en compte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet objectif, au premier semestre 2021, la majorit&#233; des r&#233;gions fran&#231;aises ont lanc&#233; des analyses de m&#233;tabolisme territorial (Institut Paris R&#233;gion, 2021). La plupart de ces travaux reposent sur une analyse du m&#233;tabolisme territorial &#224; partir d'une analyse des flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie le traversant (Barles, 2009 ; Cerceau, 2013 ; Bahers, 2014). Ils ont, en majorit&#233;, fourni une &#233;tude compl&#232;te du m&#233;tabolisme territorial en analysant plusieurs flux et stocks au sein de celui-ci : eau, &#233;nergie, mat&#233;riaux, biomasse, d&#233;chets, et cetera. Cependant, si l'ensemble de ces flux appara&#238;t essentiel au fonctionnement d'une ville, il appara&#238;t que le flux le plus fondamental et repr&#233;sentant un r&#233;el enjeu dans la construction de la ville de demain est l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'&#233;nergie repr&#233;sente une question d'urbanisme fondamentale. La d&#233;pendance des individus aux combustibles fossiles rend les populations urbaines encore plus vuln&#233;rables aux effets des changements environnementaux. Selon le Groupe d'Experts Intergouvernemental pour le Climat (GIEC), une limitation du r&#233;chauffement climatique &#224; 1,5&#176;C n&#233;cessiterait des transitions rapides et profondes en mati&#232;re de consommation &#233;nerg&#233;tique, d'exploitation des terres, d'infrastructures urbaines (transports et b&#226;timents) ainsi que d'installations industrielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'infornation, voir le site des Nations Unis, [En ligne] URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'habitat appara&#238;t comme le second chantier important de la lutte urbaine contre les changements climatiques, non seulement en tant que lieu de consommation &#233;nerg&#233;tique quotidien des m&#233;nages mais &#233;galement en tant que lieu rassemblant un certain nombre de probl&#233;matiques face aux changements environnementaux. De plus, l'habitat repr&#233;sente non seulement le lieu de consommation &#233;nerg&#233;tique quotidienne des m&#233;nages et, ainsi, lieu privil&#233;gi&#233; des tentatives de r&#233;duction des consommations &#233;nerg&#233;tiques individuelles mais &#233;galement lieu de d&#233;veloppement et d'expression des &#171; comp&#233;tences spatiales ordinaires &#187; pouvant participer au projet urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si l'am&#233;lioration des connaissances techniques et physiques sur les flux d'&#233;nergie et de mati&#232;res traversant les territoires est une premi&#232;re &#233;tape n&#233;cessaire au lancement, et &#224; l'&#233;valuation, de toute politique publique visant &#224; r&#233;duire les consommations &#233;nerg&#233;tiques et de mati&#232;res, il appara&#238;t impossible d'expliquer les dynamiques territoriales par ces seules donn&#233;es physiques et quantitatives. En effet, les analyses de flux nous donnent &#224; voir le &#171; quoi ? &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des flux de mati&#232;res et d'&#233;nergies traversant le territoire mais elle ne nous donne aucune visibilit&#233; ni compr&#233;hension du &#171; Pourquoi ? &#187; et du &#8220;&#171; Qui ? &#187;. Ainsi, plusieurs questions apparaissent &#224; la lecture d'une &#233;tude d'un m&#233;tabolisme territorial &#224; partir d'une analyse des flux de mati&#232;res, notamment d'ordre sociologique : &#192; qui et &#224; quoi servent ces flux ? Qui est derri&#232;re ces flux ? Pourquoi de tels flux ? Comment g&#233;rer ces flux ? En d'autres termes : &#171; O&#249; sont les gens ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refaire de la sociologie&#8230; avec la thermodynamique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation de l'&#233;nergie et des mati&#232;res repose sur l'intentionnalit&#233; et les interactions entre diff&#233;rents acteurs. Il appara&#238;t alors n&#233;cessaire, pour compl&#233;ter toute analyse de flux au sein d'un territoire, d'&#233;tudier les usages faits par les m&#233;nages de ces flux, leurs raisons et marges de man&#339;uvre pouvant repr&#233;senter autant de freins, ou de moteurs, &#224; toute tentative d'agir sur le m&#233;tabolisme territorial ainsi que les m&#233;canismes de r&#233;gulation agissant sur les pratiques des m&#233;nages et orientant la circulation de certains flux, ainsi que les normes, r&#232;glements, lois, et cetera. En d'autres termes, il s'agirait de d&#233;terminer &#171; qui consomme quoi ? &#187; dans le m&#233;tabolisme territorial et pourquoi ; ainsi que si tous les habitants participent de la m&#234;me mani&#232;re &#224; la formation du m&#233;tabolisme territorial. D&#232;s lors, il ne s'agirait pas uniquement de se demander quels flux permettent la vitalit&#233; du territoire, au risque de tomber dans le pi&#232;ge de l'&#233;volutionnisme abstrait, mais &#233;galement les dynamiques sociales participant tout autant &#224; la vitalit&#233; de celui-ci. En effet, au-del&#224; de &#171; simples &#187; mati&#232;res, ce sont les dynamiques et relations sociales qui, sous diverses formes, entrelac&#233;es entre elles, font territoire (Buclet et Donsimoni, 2020, p. 119) en agissant sur la formation du m&#233;tabolisme territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, quelle est la marge d'autonomie de l'acteur dans la d&#233;finition et la gestion du m&#233;tabolisme ? Si, en th&#233;orie, tous les habitants agissent, directement ou non, sur la consommation de l'&#233;nergie et des mati&#232;res, qui gouverne ce m&#233;tabolisme ? Un premier objectif pourrait &#234;tre de d&#233;techniciser les enjeux &#233;nerg&#233;tiques aupr&#232;s des habitants et de cr&#233;er ainsi du lien social et des communaut&#233;s d'usage et d'action, en particulier &#224; l'&#233;chelle des quartiers. Il faudrait &#233;galement favoriser par des programmes sp&#233;cifiques une &#233;ducation aupr&#232;s du grand public autour des enjeux &#233;nerg&#233;tiques en recourant notamment aux sciences participatives. L'ensemble de ces objectifs repose sur la rh&#233;torique de l'encapacitation, notion faisant d&#233;sormais partie int&#233;grante du langage des politiques publiques. Mais de quoi s'agit-il ? Ce &#171; mot &#224; la mode &#187; (Rowlands, 1998) est polys&#233;mique et peut repr&#233;senter tout autant une d&#233;marche de responsabilisation individuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conception provenant de l'apparition du verbe to empower au XVIIe si&#232;cle qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (mod&#232;le lib&#233;ral ou n&#233;o-lib&#233;ral) qu'une d&#233;marche d'&#233;mancipation (mod&#232;le radical). S'agit-il alors de redonner le pouvoir aux citoyens dans la gestion de leur vie quotidienne ? Dans la d&#233;finition des politiques &#233;nerg&#233;tiques ? Des politiques d'am&#233;nagement de la ville ? Ou, au contraire, est-ce un outil de manag&#233;rial de l&#233;gitimation de l'action institutionnelle ? S'agit-il d'un pouvoir des habitants ou des &#233;lus ? D'un pouvoir sur la ville, le quartier, sur sa vie ? S'agit-il d'un pouvoir partag&#233; ou persiste-t-il une hi&#233;rarchie du pouvoir (pouvoir de, pouvoir sur, pouvoir avec) ? S'agit-il de d&#233;ployer un &#171; urbanisme participatif &#187; (Paquot et Youn&#232;s, 2010) reposant non plus sur les seules comp&#233;tences des techniciens et &#233;lus mais aussi sur les comp&#233;tences spatiales ordinaires des habitants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question fondamentale pour la r&#233;duction de l'entropie des territoires : pour agir sur le m&#233;tabolisme territorial, faut-il r&#233;duire les flux, les usages ou les deux ? La r&#233;ponse &#224; cette question aura n&#233;cessairement un impact sur l'habitat. En effet, l'habitat est au centre de ces d&#233;clinaisons possibles de l'action sur le m&#233;tabolisme territorial puisque, selon les cas, il s'agirait de produire et de consommer sa propre &#233;nergie de mani&#232;re autarcique ; de produire seul mais de partager sa production &#224; une communaut&#233; ; de consommer seul la production d'une communaut&#233; &#233;nerg&#233;tique ou encore qu'un ensemble d'habitants consomment l'&#233;nergie produite ensemble. Chacune de ces d&#233;clinaisons peut avoir un impact plus ou moins important sur la ma&#238;trise individuelle, ou collective, de l'espace &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles (habitat, quartier, ville). En outre, l'appropriation de l'espace et le d&#233;veloppement des comp&#233;tences spatiales des habitants passent d'abord par l'habitat. En effet : &#171; L'appropriation de l'espace d&#233;signe l'ensemble des pratiques qui conf&#232;rent &#224; un espace limit&#233;, les qualit&#233;s d'un lieu personnel ou collectif. Cet ensemble de pratiques permet d'identifier le lieu ; ce lieu permet d'engendrer des pratiques [&#8230;] l'appropriation de l'espace repose sur une symbolisation de la vie sociale qui s'effectue &#224; travers l'habitat. &#187; (Haumont et Raymond, 1966).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas ici question de l'habitation dans sa forme g&#233;om&#233;trique et mat&#233;rielle mais plut&#244;t de l'acte &#8211; si ce n'est le processus - d' habiter. Si la notion d'espace peut recouvrir des sens vari&#233;s, nous l'appr&#233;henderons comme espace g&#233;n&#233;rateur et produit des soci&#233;t&#233;s (Segaud, 2010, p. 61). &#171; Habiter signifie alors ma&#238;triser un espace en y effectuant des pratiques quotidiennes. L'habitat est la flamme cr&#233;atrice du social en ce qu'il lie un individu, ou un groupe d'individus, &#224; des espaces ext&#233;rieurs au foyer, comme son immeuble, son quartier, sa ville, sa r&#233;gion, son pays, et cetera. et s'inscrit dans les temps de la vie quotidienne &#187; (Segaud, 2010, p. 93). Mais tout le monde peut-il v&#233;ritablement &#234;tre ma&#238;tre de son espace ? Si le m&#233;tabolisme territorial repr&#233;sente l'inscription dans la circulation des flux de mati&#232;re des rapports sociaux, l'espace dans lequel il se d&#233;ploie est &#171; l'inscription au sol des rapports sociaux &#187; (Lefebvre, 1972). De la m&#234;me mani&#232;re, la construction au sein de cet espace est d&#233;finie par des rapports sociaux spatialis&#233;s puisque &#171; c'est le type de soci&#233;t&#233; qui permet d'expliquer l'architecture et non l'inverse ; de trouver des explications non plus uniquement dans l'histoire de l'art mais dans le syst&#232;me &#233;conomique et social qui fait na&#238;tre les formes. &#187; (Segaud, 2010, p. 25). De m&#234;me, pour la gestion du m&#233;tabolisme territorial, l'am&#233;nagement de l'espace appara&#238;t ainsi comme un objet de sociologie politique des classes dominantes ou &#224; tout le moins des rapports sociaux de domination entre acteurs comme dans le processus de gentrification[ Processus par lequel la population d'un quartier populaire fait place &#224; une couche sociale plus ais&#233;e.]][. Et la red&#233;finition de l'espace induite par les enjeux environnementaux ne va pas renverser la tendance. Ainsi l'instauration des zones &#224; faible &#233;mission (ZFE) dans les centres-villes europ&#233;ens risque-t-elle de renforcer l'exclusion sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour plus d'information, voir le site internet de La Grande Conversation [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.lagrandeconversation.com/debat/ecologie/zones-de-faible-emission-un-risque-dexclusion-sociale-dans-les-villes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lagrandeconversation.com/debat/ecologie/zones-de-faible-emission-un-risque-dexclusion-sociale-dans-les-villes/&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rebattre les cartes du jeu territorial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des logiques d'int&#233;gration de la question &#233;cologique au capitalisme est l'individualisation des enjeux permettant de mettre l'ordre social capitaliste &#224; l'abri de toute critique. Or, de nombreux observateurs ont pu remarquer que cette individualisation des enjeux environnementaux entra&#238;ne une d&#233;socialisation et une d&#233;politisation de la question &#224; travers une &#171; singularisation du g&#233;n&#233;ral &#187;. De fait, cette d&#233;politisation du probl&#232;me social qui se fait jour dans la gestion des enjeux environnementaux &#171; a pour effet de d&#233;placer les enjeux et questionnements l&#233;gitimes de la sph&#232;re publique des choix collectifs vers la sph&#232;re priv&#233;e des comportements routiniers. Ils reposent sur le postulat selon lequel ce n'est pas l'ordre social qui doit &#234;tre discut&#233;, mais l'organisation des modes de vie individuels qui doit &#234;tre r&#233;gul&#233;e via les m&#233;canismes de march&#233;. &#187; (Comby, 2015, p. 14). Cette individualisation produit alors une multiplication des prescriptions normatives qui ne produit pas uniquement &#8211; s'il en est &#8211; des changements de pratiques individuelles mais &#233;galement, toujours selon Comby, des composantes identitaires positives profitant &#224; ceux qui dominent d&#233;j&#224; le jeu social. En effet, la grammaire de la p&#233;dagogie environnementale adopt&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais est proche de l'ethos des classes &#233;conomiquement favoris&#233;es &#233;loignant les plus fragiles. Une forme de distinction sociale par la p&#233;dagogie &#233;cologique se met alors en place, consolidant les rapports de force entre les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cart&#233;es de la gestion du m&#233;tabolisme territorial tout autant que de la gouvernance des enjeux environnementaux, les populations &#233;loign&#233;es des instances de d&#233;cision se trouvent par l&#224; m&#234;me invisibilis&#233;s dans la d&#233;finition et la mise en place de toute politique d'am&#233;nagement de la ville pour r&#233;pondre aux enjeux environnementaux. D&#232;s lors, ces populations sont &#8211; et seront - condamn&#233;es &#224; ne vivre que dans des &#171; espaces ali&#233;n&#233;s &#187; (Lefebvre, 2009). Cependant, puisque l' &#171; espace appelle l'action &#187; (Bachelard, 2007, p. 65) et qu'&#171; on ne trouve pas l'espace : il faut toujours le construire &#187; (Bachelard, 2007), habiter un espace implique que l'on agisse sur lui. Ainsi, comment les populations &#233;loign&#233;es des instances d'am&#233;nagement de la ville peuvent-elles agir ? Comment les habitants s'engagent-ils dans l'action &#224; la fois dans l'am&#233;nagement de leur habitat que dans celui de leur quartier ? Il s'agirait ici d'&#233;tudier ces comp&#233;tences spatiales ordinaires des habitants de la ville qui &#8220;d&#233;signent la reconnaissance de l'aptitude de l'individu &#224; la fois &#224; &#233;noncer verbalement l'espace, &#224; le repr&#233;senter graphiquement, &#224; y exercer des actions, bref &#224; le produire.&#8221; (Segaud, 2010, p. 40). Partant du postulat qu'habiter c'est agir, nous consid&#233;rerons l'habitant comme co-cr&#233;ateur de la ville par son acte d'habiter, geste qu'il doit revendiquer comme tel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;f&#233;rence &#224; H&#233;bert, G., Subileau, H.-L., 2024, L'Urbaniste doit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas de remplacer l'urbaniste par l'habitant mais plut&#244;t de lier les savoirs, les usages et les &#171; comp&#233;tences &#187; de chacun dans la conception d'une ville plus d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La totale m&#233;connaissance par les habitants de ce qu'ils peuvent apporter dans le cadre de la conception de leur logement et l'incapacit&#233; dans laquelle leurs interlocuteurs sont fr&#233;quemment oblig&#233;s de le leur faire comprendre, sont l'un des aspects tr&#232;s importants de ces exp&#233;riences de participation [&#8230;] une exp&#233;rience de concertation ne doit pas consister &#224; remplacer l'architecte par les habitants [&#8230;] il faut tenir compte de ses comp&#233;tences en mati&#232;re d'organisation de l'espace [&#8230;] non pas se substituer au travail du ma&#238;tre d'&#339;uvre mais enrichir ce travail. (Champy, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comment int&#233;grer les usages et les comp&#233;tences spatiales ordinaires des habitants dans la conception de la ville de demain en situation de crise &#233;cologique ? D&#233;finir et mettre en place une politique publique, comme une politique d'am&#233;nagement, implique en effet de &#171; construire une repr&#233;sentation, une image de la r&#233;alit&#233; sur laquelle on peut intervenir &#187; (Muller, 2003, p. 62). Nous ferons alors l'hypoth&#232;se de ce que le m&#233;tabolisme territorial tel que d&#233;crit plus haut est l'une des images possibles de la complexit&#233; territoriale et qu'en ramenant les publics &#233;loign&#233;s des sph&#232;res de d&#233;lib&#233;ration dans la red&#233;finition du m&#233;tabolisme territorial, il sera possible de reconna&#238;tre ces comp&#233;tences spatiales ordinaires dans la d&#233;finition d'un m&#233;tabolisme territorial plus juste et, par-l&#224;, r&#233;int&#233;grer l'ensemble des citoyens dans l'am&#233;nagement de la ville. Ainsi, les in&#233;galit&#233;s socio-environnementales pourraient &#234;tre reconsid&#233;r&#233;es &#224; l'aune du m&#233;tabolisme. Si les 10% les plus riches d&#233;tiennent d&#233;sormais 76% de la richesse mondiale comme l'indique les rapports de l'OXFAM, les 500 plus grandes fortunes de France d&#233;tiennent 40% du PIB. Concr&#232;tement, une personne appartenant &#224; ces 0,01% &#233;met en moyenne 2330 tonnes de CO2 par an contre 1,4 pour la moiti&#233; la plus pauvre de l'humanit&#233;. L'approche m&#233;tabolique permet donc d'introduire des crit&#232;res objectifs de construction d'une justice sociale environnementale &#233;tablie non seulement sur le droit &#224; transition, mais sur l'empreinte &#233;cologique de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une &#233;cologie territoriale appliqu&#233;e &#224; l'&#233;tude du m&#233;tabolisme urbain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46L'&#233;cologie territoriale repose sur une approche syst&#233;mique et principalement mat&#233;rielle des relations entre les activit&#233;s humaines et les &#233;cosyst&#232;mes naturels (Buclet, 2015) et qui a pour objectif &#171; de d&#233;crire, d'analyser, voire de transformer le m&#233;tabolisme des territoires, en se fondant sur l'analyse des processus naturels et sociaux (au sens large du terme) qui sont &#224; l'origine des flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie, qui r&#233;ciproquement les transforment &#187; (Barles, 2014). Ainsi, &#224; partir de l'&#233;tude du m&#233;tabolisme territorial, l'&#233;cologie territoriale permet de comprendre le fonctionnement des territoires &#224; partir des ressources utilis&#233;es et des d&#233;chets produits par celui-ci. Dans ce champ, les flux sont tout &#224; la fois consid&#233;r&#233;s dans leur dimension mat&#233;rielle que sous l'angle des syst&#232;mes d'acteurs, des enjeux socio-&#233;conomiques et des dimensions immat&#233;rielles qui influencent la circulation de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce champ d'&#233;tudes poss&#232;de certains points m&#233;thodologiques en commun avec d'autres champs de recherche, &#224; l'instar de l'&#233;cologie urbaine, l'&#233;cologie industrielle, l'&#233;conomie circulaire, l'&#233;conomie &#233;cologique ou encore l'&#233;cologie sociale, ils se distinguent par des fondements &#233;pist&#233;mologiques diff&#233;rents (Herbelin, 2018) comme le r&#233;sume le sch&#233;ma suivant (figure 2) :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.innovation-pedagogique.fr/IMG/png/img-2-11.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH261/img-2-11-44218.png?1740907967' width='500' height='261' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Figure 2 : Repr&#233;sentation sch&#233;matique des filiations entre les notions reliant &#233;conomie et &#233;cologie des activit&#233;s humaines&lt;br class='autobr' /&gt;
Bevione, 2021, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie territoriale se focalise ainsi sur l'analyse du territoire compris comme un objet g&#233;ographique dynamique construit par les acteurs (Gumuchian et Pecqueur, 2007), produit &#224; partir des interactions entre les individus et les groupes et leur environnement dans une aire g&#233;ographique donn&#233;e. Le territoire n'est ainsi pas &#233;tudi&#233; &#224; la mani&#232;re d'un organisme vivant (&#233;cologie urbaine) mais comme un espace dot&#233; de caract&#233;ristiques biophysiques repr&#233;sentant un support pour les activit&#233;s humaines et produisant tout &#224; la fois des opportunit&#233;s et des contraintes au d&#233;veloppement de ces activit&#233;s (Laganier et al., 2002). Le territoire constitue &#233;galement un espace d'interaction et de coordination des acteurs interagissant pour d&#233;velopper les activit&#233;s humaines dans l'espace. Au contraire de l'&#233;conomie circulaire, l'&#233;cologie territoriale d&#233;fend une durabilit&#233; forte (Hopkins, 2010), consid&#233;rant que le capital naturel ne peut &#234;tre remplac&#233; par d'autres types de capitaux et qu'il existe des seuils au-del&#224; desquels les &#233;cosyst&#232;mes ne peuvent plus se maintenir, entra&#238;nant, comme nous l'avons rappel&#233; en introduction, l'ensemble des activit&#233;s humaines dans leur chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#233;tude pionni&#232;re d'Abel Wolman (1965), la notion de m&#233;tabolisme territorial, provenant initialement du champ de l'&#233;cologie urbaine mais &#233;galement fortement utilis&#233;e dans celui de l'&#233;cologie territoriale, s'est progressivement impos&#233;e comme un objet de plus en plus &#233;tudi&#233;. En 2011, Kennedy a recens&#233; vingt &#233;tudes de m&#233;tabolisme territorial, l'ann&#233;e suivante plus de 75, en 2017, plus de 200 (Kennedy, 2011). Jean-Marc Offner, pr&#233;sident du conseil strat&#233;gique du programme de recherche POPSU (Plate-forme d'Observation des Projets et Strat&#233;gies Urbaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;)POPSU constitue aujourd'hui le programme de recherche de la politique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, annonce en 2018 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, les gouvernements locaux s'occupent du foncier, de l'occupation du sol. Et nos sch&#233;mas de planification s'&#233;chinent &#224; r&#233;partir des droits &#224; construire dans les parcelles du cadastre, minimisant les questions de flux et de mobilit&#233;. Des institutions et des proc&#233;dures en charge des sols et des stocks, il en faut. Mais il en faut d'autres pour donner toute leur place aux sujets essentiels des fonctionnements m&#233;tropolitains d&#233;j&#224; recens&#233;s : les d&#233;placements et la logistique ; les services en r&#233;seau (eau, &#233;nergie, num&#233;rique) ; les m&#233;tabolismes des ressources naturelles et les circularit&#233;s &#233;conomiques&#8230; (Offner, 2018, p. 26)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes bien pass&#233;s, au moins dans le discours de la politique de la ville, de la planification (le Plan urbain, 1971-1998) &#224; la co-construction. Autoconsommation collective, TEPOS, CER, CEC1, Centrales villageoises, projets participatifs ou citoyens, &#171; &#201;nergie Partag&#233;e &#187;, et cetera, partout en France. on voit &#233;merger des initiatives port&#233;es par des acteurs collectifs publics ou priv&#233;s qui semblent dessiner un vaste mouvement qui renouvelle les liens entre &#233;nergie, citoyens et territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la majorit&#233; des R&#233;gions fran&#231;aises ayant lanc&#233; leur propre analyse &#224; travers le lancement d'un observatoire des ressources, les &#233;tudes de m&#233;tabolisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;tablissements Publics de Coop&#233;ration Intercommunale permettent &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.comme en attestent notamment les &#233;tudes port&#233;es par les M&#233;tropoles Lille, de Rennes ou du Mans (toujours dans le cadre du programme de recherche-action POPSU M&#233;tropoles). Cependant, ces travaux se d&#233;veloppent majoritairement &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale ainsi qu'&#224; celle des EPCI et &#224; notre sens trop peu &#224; l'&#233;chelle des villes et des territoires ruraux plus restreints. Comme indiqu&#233; par l'Institut Paris R&#233;gion (2021), cela peut notamment s'expliquer par les comp&#233;tences de plus en plus importantes donn&#233;es au duo R&#233;gion-EPCI, voire R&#233;gion-M&#233;tropole, ce qui oblit&#232;re la granulosit&#233; plus fine de l'espace v&#233;cu tel que nous l'avons d&#233;fini. Ainsi, au vu des &#233;chelles des territoires &#233;tudi&#233;s, la quasi-totalit&#233; des travaux repose sur la m&#233;thode de comptabilit&#233; des flux de mati&#232;res de l'&#233;conomie d&#233;velopp&#233;e par l'office statistique de l'Union europ&#233;enne (Eurostat) et le guide national &#233;crit par Repellin, Barles et Duret (2014) plus en ad&#233;quation avec celles-ci. Or, ces travaux sont bien souvent trop ancr&#233;s dans une approche quantitative ne prenant pas en compte l'approche multiscalaire et les diff&#233;rents jeux d'acteurs au sein du m&#233;tabolisme territorial (Barles et Bahers, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette lacune, il existe une m&#233;thode intitul&#233;e Material Flow Analysis coupled with Structural Agent Analysis (MFA-SAA), proche de la d&#233;marche d'&#233;cologie territoriale, d&#233;velopp&#233;e par Binder (Binder, 2007). &#192; partir d'une analyse des flux de mati&#232;re coupl&#233;e &#224; une analyse des acteurs structurant ces flux, le MFA-SAA permet de combiner une &#233;tude quantitative de la circulation des flux de mati&#232;re &#224; l'&#233;tude qualitative de leur management en interrogeant les structures sociales qui agissent sur les strat&#233;gies de management.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode permettrait d'int&#233;grer la question des asym&#233;tries relationnelles dans le cadre de la justice environnementale, en la faisant reposer sur trois crit&#232;res li&#233;s entre eux : l'&#233;quit&#233; ou la lutte contre les in&#233;galit&#233;s, la reconnaissance du lien au milieu de vie et la participation &#224; la d&#233;cision politique. En effet &#171; les in&#233;galit&#233;s environnementales rel&#232;vent des effets socio-&#233;conomiques n&#233;gatifs d'un environnement d&#233;grad&#233; (sur la sant&#233;, la marginalisation d'un espace g&#233;ographique, et cetera), de l'exposition aux risques et de l'acc&#232;s &#224; des am&#233;nit&#233;s environnementales comme les espaces verts. &#187; (Lapostolle, 2024). Le crit&#232;re d'&#233;quit&#233; de la justice permet alors de compenser ces in&#233;galit&#233;s et leurs effets et d'entra&#238;ner une meilleure distribution des ressources pour lutter contre la consommation quasi exclusive des ressources par certains groupes sociaux (Larr&#232;re, 2009). Cette in&#233;gale r&#233;partition des ressources d&#233;coule d'un autre aspect que la justice environnementale souhaite r&#233;soudre : les in&#233;galit&#233;s de participation &#224; l'&#233;laboration des politiques publiques, produisant ainsi, par une in&#233;gale repr&#233;sentation des int&#233;r&#234;ts, &#224; des effets contrast&#233;s des mesures environnementales en fonction des cat&#233;gories sociales. Pour r&#233;duire ces in&#233;galit&#233;s, la participation aux processus de d&#233;cision politique doit &#234;tre approfondie (Schlosberg, 2013). Ainsi, la justice environnementale passe n&#233;cessairement par l'encapacitation radicale des citoyens cherchant l'&#233;mancipation des groupes sociaux et des individus &#224; travers une augmentation de leurs capacit&#233;s d'agir (Bacqu&#233; et Biewener, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;M&#233;thodologie de travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'approche par le m&#233;tabolisme territorial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension du m&#233;tabolisme territorial permet de mesurer le poids mat&#233;riel d'un territoire &#224; partir d'une analyse des flux entrants, restants et sortants de ce territoire. Dans cet objectif, la m&#233;thode d'Eurostat - tout en l'adaptant &#224; l'&#233;chelle communale - para&#238;t &#234;tre la plus ad&#233;quate pour r&#233;colter, compiler et agr&#233;ger des donn&#233;es provenant de diverses bases de donn&#233;es ainsi que le guide de Repellin, Duret et Barles (2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude du m&#233;tabolisme territorial se couplera d'un bilan &#233;nerg&#233;tique du territoire s'inspirant de la m&#233;thode d'Eurostat. En effet, les analyses de flux de mati&#232;res selon la m&#233;thodologie Eurostat n'&#233;tudient pas les &#233;nergies en tant que telles. Seuls les flux de mati&#232;res sont comptabilis&#233;s dans cette m&#233;thodologie. D&#232;s lors, les &#233;l&#233;ments &#233;nerg&#233;tiques pr&#233;sents dans les analyses de flux de mati&#232;res (combustibles extraits, import&#233;s, consomm&#233;s ou export&#233;s), ne sont comptabilis&#233;s qu'en masse et non selon leur valeur &#233;nerg&#233;tique. Les vecteurs &#233;nerg&#233;tiques, comme l'&#233;lectricit&#233;, ne sont donc pas pris en compte. Ainsi, il nous appara&#238;t n&#233;cessaire d'adjoindre &#224; notre &#233;tude du m&#233;tabolisme un bilan &#233;nerg&#233;tique des approvisionnements et des consommations &#233;nerg&#233;tiques du territoire pour combler cette lacune. Les bases de donn&#233;es de l'ADEME en France, du R&#233;seau des agences r&#233;gionales de l'&#233;nergie et de l'environnement ainsi que du Commissariat g&#233;n&#233;ral au d&#233;veloppement durable seront notamment utilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;thnocomptabilit&#233; &#233;nerg&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'analyse des flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie traversant le territoire est essentielle pour conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; physique de la ville, l'approche par le m&#233;tabolisme territorial ne prend en compte que les dispositifs institutionnels de comptabilisation des flux et aucune explication n'est apport&#233;e quant aux raisons de circulation de ceux-ci. Mais, si cette g&#233;n&#233;ralisation des principes comptables institutionnels &#224; l'ensemble de la vie &#233;conomique permet une repr&#233;sentation globale de celle-ci, notamment une repr&#233;sentation des flux circulant sur des territoires, elle ne permet pas d'expliquer les raisons de ces flux. Toute analyse de m&#233;tabolisme territorial sous le seul aspect physique ne permet donc pas de remplir certains crit&#232;res propres aux donn&#233;es statistiques, notamment le crit&#232;re de pertinence selon lequel &#171; Une statistique est pertinente &#224; partir du moment o&#249; elle correspond aux besoins des utilisateurs. &#187; (Grais, 1998, p. 32) et le crit&#232;re de pr&#233;cision : &#171; La pr&#233;cision se d&#233;finit comme la proximit&#233; entre la valeur estim&#233;e, &#233;ventuellement sur un &#233;chantillon, et la vraie valeur (inconnue) par l'ensemble de la population. &#187; (Grais, 1998, p. 32). Ainsi, si la quantification des flux de mati&#232;res &#224; travers le m&#233;tabolisme territorial est essentielle pour faire exister socialement ces derniers (Desrosi&#232;res, 2008), une nouvelle m&#233;thode de comptabilisation des flux &#233;nerg&#233;tiques doit voir le jour, davantage centr&#233;e sur les usages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tude du m&#233;tabolisme urbain, ainsi que celui du bilan &#233;nerg&#233;tique de la ville, ces m&#233;thodes omettent le &#171; donner &#224; voir &#187; cher &#224; Paul &#201;luard, autrement dit &#224; quoi ressemblent nos villes, nos paysages, nos modes de vie, nos modes de transport, et cetera. dans le quotidien. Il manque &#224; ces m&#233;thodes les r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes et quotidiennes des m&#233;nages pouvant repr&#233;senter tout &#224; la fois un frein qu'un moteur des politiques publiques de sobri&#233;t&#233; visant &#224; r&#233;duire le m&#233;tabolisme territorial. Pour r&#233;pondre &#224; cette n&#233;cessit&#233; de &#171; micro-compter &#187; pour mieux &#8220;&#171; macro-compter &#187; (Pruvost, 2024), il appara&#238;t n&#233;cessaire d'avoir recours &#224; un suivi ethnographique au long cours (Cefa&#239;, 2003) ainsi qu'&#224; une ethnographie des &#233;valuations des consommations &#233;nerg&#233;tiques des m&#233;nages du territoire &#233;tudi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'analyse des flux de mati&#232;re repose sur des principes comptables institutionnels bas&#233;e sur une agr&#233;gation des donn&#233;es quantitatives permettant de repr&#233;senter la circulation des flux dans leur globalit&#233;. L'individu, consommateur premier de ces flux, n'est compris que comme une &#171; marionnette &#187; (Schutz, 1932), un Homo oeconomicus, un acteur fictif. D&#232;s lors, la mod&#233;lisation des actions de ces individus - dont le m&#233;tabolisme territorial est un des exemples - ne fait face &#224; aucune &#233;preuve de r&#233;alit&#233; (Cottereau, 2016) des donn&#233;es institutionnellement construites (par des acteurs institutionnels et selon une proc&#233;dure institutionnellement norm&#233;e). Le principe premier de l'ethnocomptabilit&#233; est alors d'&#233;tudier le &#171; gouvernement autonome des conduites de vie &#187; (Cotterau, 2016, p. 23) en confrontant l'analyse quantitative &#224; ses r&#233;alit&#233;s effectives. En d'autres termes, si la soci&#233;t&#233; a naturalis&#233; les mani&#232;res institutionnelles de repr&#233;senter la vie quotidienne selon des crit&#232;res &#233;conomiques et physiques, l'ethnocomptabilit&#233; permet une &#171; d&#233;sintoxication &#187; (Cotterau, 2016, p. 24) de cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ethnocomptabilit&#233; d&#233;velopp&#233;e par Alain Cottereau et Mokhtar Mohatar Marzok permet de d&#233;placer les perspectives pour penser les activit&#233;s quotidiennes - &#233;conomiques dans l'&#233;tude - dans une compr&#233;hension non exclusivement marchande (Cottereau et Marzok, 2012). Cette &#233;tude permet alors de mettre en lumi&#232;re les lieux d'enchev&#234;trement entre des activit&#233;s &#233;conomiques d'in&#233;gale l&#233;gitimit&#233;, et dont l'association est r&#233;guli&#232;rement invisibilis&#233;e, alors que leurs liens permettent la production et la circulation des ressources &#233;conomiques, sociales et symboliques. Ainsi, la vie quotidienne d'un m&#233;nage montre comment s'articulent &#233;conomies mon&#233;taires et non mon&#233;taires ainsi que rationnelles et naturelles au sens de Weber (1971). L'ethnocomptabilit&#233; est d&#233;finie par les auteurs comme une &#171; prise en compte de ce qui est pris en compte &#187; et permet de mettre en lumi&#232;re les hi&#233;rarchies entre les &#233;conomies visibles et les &#233;conomies invisibles d&#233;velopp&#233;es &#224; partir d'ordres normatifs diff&#233;renci&#233;s. Si cette th&#233;orie est n&#233;e d'une analyse socio-anthropologique des pratiques &#233;conomiques et des migrations, notre &#233;tude vise &#224; appliquer la m&#233;thodologie d&#233;velopp&#233;e &#224; une ethnocomptabilit&#233; &#233;nerg&#233;tique et mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ethnocomptabilit&#233; &#233;nerg&#233;tique permettrait alors de faire &#233;merger les significations et auto-&#233;valuations que font les consommateurs d'&#233;nergie sur leurs propres pratiques &#233;nerg&#233;tiques. &#192; partir de cette m&#233;thodologie, les enqu&#234;t&#233;s ne sont pas seulement des acteurs nous donnant, &#224; travers leur discours, les &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension de leurs pratiques mais repr&#233;sentent des acteurs &#224; part enti&#232;re de l'enqu&#234;te en devenant eux-m&#234;mes des enqu&#234;teurs de leur quotidien permettant de faire &#233;merger les motifs d'achat et de consommation &#233;nerg&#233;tique, les options entre les diff&#233;rentes &#233;nergies et fournisseurs d'&#233;nergie, l'appr&#233;ciation des prix, les arbitrages, et cetera. Il serait alors possible de voir ce &#224; quoi tiennent les individus dans leur consommation &#233;nerg&#233;tique - et ce &#224; quoi ils ne tiennent pas - mais aussi comprendre pourquoi ils tiennent &#224; cela, repr&#233;sentant autant de freins, ou de moteurs, au changement de pratiques et donc &#224; la modification du m&#233;tabolisme territorial. Si les questions &#171; pourquoi les consommateurs tiennent &#224; cette pratique ? &#192; cet objet ? Et pourquoi ils ne souhaitent pas s'en d&#233;barrasser ? &#187; peuvent para&#238;tre triviales, elles repr&#233;sentent tout au contraire une fen&#234;tre sur les pens&#233;es et imaginaires enracin&#233;s dans l'habitude des consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comptabilisation physique des flux devmati&#232;res et d'&#233;nergie utilis&#233;s permettra de discerner &#171; qui consomme quoi ? &#187; dans le m&#233;tabolisme territorial alors que l'&#233;tude de ce qui compte pour les m&#233;nages permettra d'expliquer pourquoi ils consomment ces flux - et ainsi combler la m&#233;connaissance des r&#233;alit&#233;s micro-sociales de l'approche quantitative par les flux de mati&#232;re - mais permettra &#233;galement de faire &#233;merger le p&#233;rim&#232;tre de d&#233;lib&#233;ration et les &#233;chelles d'action permettant de r&#233;pondre &#224; leurs probl&#232;mes du quotidien. En effet, &#224; travers le recours &#224; la m&#233;thode de l'ethnocomptabilit&#233;, il serait possible d'analyser si, selon les m&#233;nages - notamment les m&#233;nages les plus &#233;loign&#233;s des instances de d&#233;cision quant &#224; l'am&#233;nagement du territoire - il est davantage question de r&#233;duire les flux ou de r&#233;duire les usages et sous quelles conditions (communaut&#233;, individualisme, et cetera). De fait, si &#171; La quantification sert &#224; outiller des comparaisons, &#224; les conformer en les standardisant, et &#224; contr&#244;ler et stimuler les acteurs en situant leur performance sur des &#233;chelles normatives &#187;. (Derosi&#232;res, 2008), l'approche par l'ethnocomptabilit&#233; vise, au contraire, &#224; redonner du pouvoir sur, pouvoir de et pouvoir avec &#224; ceux qui n'en ont pas dans la fabrique de la transition urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une importance particuli&#232;re, dans cette m&#233;thodologie, doit &#234;tre donn&#233;e &#224; ne pas confondre la mesure et l'&#233;valuation (Mulet, 2021) dont les fronti&#232;res n'ont que trop tendance &#224; &#234;tre invisibilis&#233;es par les sciences &#233;conomiques et sociales : &#171; la mesure par les prix est suppose&#769;e exprimer directement une sorte de valeur e&#769;conomique objective institue&#769;e socialement. &#187; (Mulet, 2021, p. 103). Or, en partant de ce postulat, les &#233;valuations subjectives individuelles sont totalement occult&#233;es. En effet, il semblerait, &#224; travers ces principes, que &#171; les e&#769;valuations e&#769;conomiques relev[ai]ent de la mesure mone&#769;taire et le reste de la vie sociale demeur[ait] dans une pluralite&#769; de valeurs &#187; (Cottereau, 2016). En se d&#233;tachant totalement de cette logique &#233;conomiste de la valeur, il serait possible d'analyser de mani&#232;re descriptive ce que signifie r&#233;ellement la consommation &#233;nerg&#233;tique quotidienne. Il ne s'agirait alors pas de diff&#233;rencier les faits &#233;conomiques et les faits sociaux mais de consid&#233;rer l'ensemble de ces faits comme des faits sociaux (Mulet, 2021, p.103).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Pour conclure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'oubli des principes physiques de la thermodynamique donne aujourd'hui l'opportunit&#233; de repenser &#224; nouveaux frais la th&#233;orie et les mod&#232;les &#233;conomiques bien s&#251;r, mais aussi la mani&#232;re de faire de la sociologie de la transition &#233;nerg&#233;tique. Comme dans tout changement social, de fortes r&#233;sistances s'opposent &#224; la transformation des &#233;quilibres et des habitudes de consommations li&#233;s au carbone alors m&#234;me que nous devons abandonner ces styles de vie si nous voulons &#233;viter le mur climatique. Le programme POPSU Transition mis en &#339;uvre &#224; l'&#233;chelle de la ville de Caen (Normandie) constitue un formidable laboratoire pour exp&#233;rimenter de nouvelles m&#233;thodes hybrides en sciences sociales. Il se focalise sur l'approche du m&#233;tabolisme urbain, de ce qui entre et sort d'un territoire en mati&#232;re de flux (humains, &#233;nergie, information ou mati&#232;re) afin de substantialiser notre rapport &#224; l'&#233;nergie. Penser la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique dans ce contexte signifie cesser de consid&#233;rer que nous vivons sur une plan&#232;te aux ressources infinies (et abstraites), mais dans des territoires concrets. Une fois remis&#233;es les fausses promesses du d&#233;couplage et de l'&#233;conomie circulaire, nous reviendrions &#224; une vision de l'&#233;conomie comme jeu &#224; somme nulle : la durabilit&#233; forte suppose que ce qui est re&#231;u comme &#233;nergie dans le syst&#232;me clos terrestre doit &#233;quivaloir &#224; ce qui est d&#233;pens&#233;. Cela signifie plusieurs choses : 1/ r&#233;-&#233;valuer nos besoins collectifs et individuels &#224; l'aune du principe de suffisance (sufficiency) &#224; partir d'une &#233;laboration collective ; 2/ engager la transition par une descente &#233;nerg&#233;tique et de la d&#233;c&#233;l&#233;ration des styles de vie ; 3/ questionner de mani&#232;re rigoureuse la pertinence des solutions techniques propos&#233;es (Vandelac et Lemarchand, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture m&#233;tabolique, en accord avec les principes de la thermodynamique (et notamment la question de l'entropie) implique donc un changement radical des modes de vie, mais &#233;galement de nouvelles instituions (des coop&#233;ratives &#233;nerg&#233;tiques par exemple) ainsi que de nouveaux modes de gouvernance, plus locaux et d&#233;lib&#233;ratifs. L'approche par l'ethnocomptabilit&#233; permettrait donc une analyse des comp&#233;tences sociales, &#233;conomiques, &#233;nerg&#233;tiques et morales des m&#233;nages enqu&#234;t&#233;s, ainsi que de leurs capacit&#233;s &#224; contr&#244;ler le degr&#233; de pr&#233;visibilit&#233; des situations de changement dans le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique comme dans la crise &#233;nerg&#233;tique de 2022, et des op&#233;rations et auto-&#233;valuations des m&#233;nages enqu&#234;t&#233;s-enqu&#234;teur, comp&#233;tence &#224; co-construire gr&#226;ce &#224; la m&#233;thode dite du &#171; living lab &#187; ou laboratoire vivant. &#192; partir de cela, l'ensemble du processus de consommation &#233;nerg&#233;tique peut &#234;tre d&#233;crit et &#233;tudi&#233; de l'int&#233;rieur m&#234;me du processus permettant ainsi de r&#233;int&#233;grer les usages des flux dans la comptabilit&#233; de ceux-ci en vue de les expliquer mais &#233;galement de r&#233;int&#233;grer les usagers dans la gestion de ceux-ci.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Paquot T., Youn&#232;s C., 2010, Philosophie de l'environnement et milieux urbains, La D&#233;couverte, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine I., Stengers I., 1979, La Nouvelle Alliance. M&#233;tamorphose de la science, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pruvost, G., 2024, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte, &#201;ditions La D&#233;couverte, Paris, 492 p&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rahm P., 2023, Le style anthropoc&#232;ne, HEAD &#8211; Collection Manifestes, Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repellin P., Duret B., Barles S., 2014, Comptabilit&#233; des flux de mati&#232;res dans les r&#233;gions et les d&#233;partements : guide m&#233;thodologique, Paris, Minist&#232;re de l'&#201;cologie, du D&#233;veloppement durable et de l'&#201;nergie &#8211; CGDD, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/EIT%20-%20comptabilite%20des%20flux%20de%20matieres.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/EIT%20-%20comptabilite%20des%20flux%20de%20matieres.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rodier, F., 2020, Thermodynamique de l'&#233;volution. Un essai de thermo-bio-sociologie, &#201;ditions Parole, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rowlands J., 1998, A word of the times, but what does it mean ? Empowerment in the discourse and practice of development, dans Haleh Afshar (dir.), Women and Empowerment. Illustrations from the Third World, St. Martin's Press, New York, pp. 11-34.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schlosberg D., 2013, Theorising environmental justice : the expanding sphere of a discourse. Environmental Politics, 22, 1, pp. 37&#8211;55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Segaud M., 2010, Anthropologie de l'espace. Habiter, fonder, distribuer, transformer, Armand Colin, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weber M., 1995 [1971], &#201;conomie et Soci&#233;t&#233;, tome I, Pocket, Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolman A., 1965, The metabolism of cities, Scientific American, 213, 3, pp. 179-190.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;qui a &#171; pour objectif de d&#233;crire, d'analyser, voire de transformer le m&#233;tabolisme des territoires, en se fondant sur l'analyse des processus naturels et sociaux (au sens large du terme) qui sont &#224; l'origine des flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie, qui r&#233;ciproquement les transforment &#187; (Barles, 2014)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'information, voir le site internet des Nations Unis [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.un.org/fr/climatechange/climate-solutions/cities-pollution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.un.org/fr/climatechange/climate-solutions/cities-pollution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'information, voir le site internet du Minist&#232;re fran&#231;ais de l'am&#233;nagement du territoire et de la transition &#233;cologique [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-transition-ecologique-vers-developpement-durable-2015-2020#:~:text=de%20la%20strat%C3%A9gie-,La%20strat%C3%A9gie%20nationale%20de%20transition%20%C3%A9cologique%20vers%20un%20d%C3%A9veloppement%20durable,Elle%20repose%20sur%20trois%20piliers&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-transition-ecologique-vers-developpement-durable-2015-2020#:~:text=de%20la%20strat%C3%A9gie-,La%20strat%C3%A9gie%20nationale%20de%20transition%20%C3%A9cologique%20vers%20un%20d%C3%A9veloppement%20durable,Elle%20repose%20sur%20trois%20piliers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'information, voir le site internet du Minist&#232;re fran&#231;ais de l'am&#233;nagement du territoire et de la transition &#233;cologique [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/loi-transition-energetique-croissance-verte&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/loi-transition-energetique-croissance-verte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'infornation, voir le site des Nations Unis, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.un.org/fr/climatechange/climate-solutions/cities-pollution#:~:text=Selon%20le%20rapport%20du%20GIEC,que%20d&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.un.org/fr/climatechange/climate-solutions/cities-pollution#:~:text=Selon%20le%20rapport%20du%20GIEC,que%20d&lt;/a&gt;'installations%20industrielles%20 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conception provenant de l'apparition du verbe to empower au XVIIe si&#232;cle qui supposait un don de pouvoir aux individus par une instance sup&#233;rieure (Oxford English Dictionary, 1989, vol. 5, 2e &#233;dition.,Clarendon Press, New York, p. 192).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; H&#233;bert, G., Subileau, H.-L., 2024, L'Urbaniste doit revendiquer d'&#234;tre cr&#233;ateur de ville, Revue Urbanisme, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;https://www.urbanisme.fr/debat/lurbaniste-doit-revendiquer-detre-createur-de-ville/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.urbanisme.fr/debat/lurbaniste-doit-revendiquer-detre-createur-de-ville/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;)POPSU constitue aujourd'hui le programme de recherche de la politique de la ville en France. Il est pilot&#233; par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;tablissements Publics de Coop&#233;ration Intercommunale permettent &#224; plusieurs communes d'exercer des comp&#233;tences en commun. Ils sont soumis &#224; des r&#232;gles communes, homog&#232;nes et comparables &#224; celles de collectivit&#233;s locales&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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