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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Retour sur un parcours de recherche en &#233;ducation relative &#224; l'environnement : Rendre visible la part formatrice de l'autre non humain</title>
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		<dc:date>2024-01-13T10:28:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Cottereau</dc:creator>



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&lt;p&gt;Depuis 1992, je creuse le sillon de l'&#233;coformation &#224; la fois comme concept de recherche et comme mod&#232;le &#233;ducatif interventionnel dans le champ de l'&#233;ducation relative &#224; l'environnement. Ce num&#233;ro de la revue me permet de revisiter ce parcours, d'abord de passage d'enseignante en &#233;ducation physique &#224; l'animation de classes de nature (1), puis au travers de trois recherches-actions men&#233;es dans le cadre des travaux du Groupe de Recherche en EcoFormation (GREF) : les classes de mer (2) ; les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique59.html" rel="directory"&gt;Education pour l'environnement&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 1992, je creuse le sillon de l'&#233;coformation &#224; la fois comme concept de recherche et comme mod&#232;le &#233;ducatif interventionnel dans le champ de l'&#233;ducation relative &#224; l'environnement. Ce num&#233;ro de la revue me permet de revisiter ce parcours, d'abord de passage d'enseignante en &#233;ducation physique &#224; l'animation de classes de nature (1), puis au travers de trois recherches-actions men&#233;es dans le cadre des travaux du Groupe de Recherche en EcoFormation (GREF) : les classes de mer (2) ; les jardins (3) ; et les usages de l'&#233;lectricit&#233; dans la vie quotidienne d'un foyer (4). La derni&#232;re partie (5) montre qu'une &#233;ducation relative &#224; l'environnement int&#233;grant l'&#233;coformation &#224; ses buts et &#224; sa p&#233;dagogie est possible, quel que soit le contexte dans lequel elle se d&#233;roule, et qui que l'on soit comme &#233;ducateur (enseignant, animateur, et m&#234;me parent). Mais elle n&#233;cessite de pousser ou d'abattre des murs, de contourner des contraintes et de rester humble dans l'influence que l'on peut avoir. L'&#233;coformation fut aussi, pour moi, un projet de vie : celui de participer &#224; la transformation &#233;co-sociale des rapports au monde, passant de relations de domination, duelles et agressives avec un vivant objectiv&#233;, &#224; des relations de parent&#233;, sensibles, attentives et pacifi&#233;es, effa&#231;ant le dualisme de l'objet et du sujet entre co-habitants de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/ere/10101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris de la revue &lt;a href=&#034;hhttps://journals.openedition.org/ere/&#034; class=&#034;spip_out&#034;&gt;Education relative &#224; l'environnement&lt;/a&gt;, une publication sous licence CC by nc&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dominique Cottereau, &#171; Retour sur un parcours de recherche en &#233;ducation relative &#224; l'environnement : Rendre visible la part formatrice de l'autre non humain &#187;, &#201;ducation relative &#224; l'environnement [En ligne], Volume 18-1 | 2023, mis en ligne le 25 mai 2023, consult&#233; le 12 janvier 2024. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/ere/10101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/ere/10101&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un remerciement particulier &#224; Dominique Bachelart, maitresse de conf&#233;rences en sciences de l'&#233;ducation et de la formation, compagne de route au sein du GREF et de l'universit&#233; de Tours, pour la relecture nourrissante de mon texte avant son &#233;valuation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le concept d'&#233;coformation est n&#233; dans le champ de la formation des adultes, son opportunit&#233; pour l'&#233;ducation &#224; l'environnement en direction des jeunes publics m'est apparue imm&#233;diatement &#233;vidente. D&#233;finie comme la formation que l'on re&#231;oit par contact direct et r&#233;fl&#233;chi avec l'o&#239;kos (l'habitat, le milieu), l'&#233;coformation fait la part belle &#224; cette &#233;ducation informelle que chacune et chacun &#233;prouvent dans ses relations avec le monde non humain. C'est dans les ann&#233;es quatre-vingt que Gaston Pineau &#233;met sa th&#233;orie tripolaire de la formation, articulant de fa&#231;on heuristique l'h&#233;t&#233;roformation (ou socioformation), l'autoformation et l'&#233;coformation dans l'&#233;ducation permanente de l'individu (2023). Encore aujourd'hui, l'&#233;coformation est le parent pauvre des processus &#233;ducatifs, et ce malgr&#233; une envol&#233;e de la classe dehors depuis la crise sanitaire et les confinements successifs. Il est temps, en effet, de rappeler combien l'&#233;coformation n'est pas une formation &#224; l'&#233;cologie, mais en appelle &#224; un bouleversement des &#233;thiques, des &#233;pist&#233;mologies et des pratiques &#233;ducatives. La grande question initi&#233;e par Gaston Pineau et &#224; laquelle nous tentons de r&#233;pondre depuis une quarantaine d'ann&#233;es est de savoir comment l'environnement nous met en forme, pour en d&#233;duire un savoir-former un monde viable et vivable pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je rencontre Gaston Pineau, vers l'&#226;ge de trente ans, je suis animatrice de classe de mer en m&#234;me temps qu'&#233;tudiante en sciences de l'&#233;ducation. Il sera mon directeur de th&#232;se puis un compagnon de recherches-actions tout au long de ma carri&#232;re. C'est bien dans la recherche-action que je m'installais, faisant sans cesse des allers-retours entre ma pratique p&#233;dagogique et sa clarification th&#233;orique et conceptuelle. Je suivais cette posture fertile du praticien r&#233;flexif (Sch&#246;n, 1994), r&#233;fl&#233;chissant mon acte p&#233;dagogique sur le miroir de la conceptualisation et faisant de chaque th&#233;orie, de chaque concept explor&#233;, unoutil de saisie signifiant pour ma quotidiennet&#233; professionnelle, qu'en retour je transformais &#224; la lumi&#232;re de ces d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypoth&#232;se, en substance, est rest&#233;e la m&#234;me tout au long du parcours : c'est sur le socle d'auto-&#233;coformations premi&#232;res, tricot&#233;es de socio-&#233;coformations &#233;clairantes que peut se d&#233;ployer un rapport au monde soucieux de l'alt&#233;rit&#233; du vivant et engag&#233; en faveur de l'habitabilit&#233; de la Terre pour tous. Je vais reprendre ici trois de mes recherches qui ont tent&#233; de r&#233;pondre aux questions : comment se construit une relation &#233;cologique ? Suffit-il de laisser faire la nature ? Quelle place doit occuper le p&#233;dagogue et avec quelles p&#233;dagogies ? De quel o&#239;kos parle-t-on dans l'&#233;coformation ? Souhaitons que ces tentatives de r&#233;ponses &#233;clairent l'&#233;ducation &#224; l'environnement et toutes celles et tous ceux qui veulent remettre l'&#233;ducation dans le plein vent du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Une &#233;ducation de la s&#233;paration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res questions qui m'amen&#232;rent &#224; la recherche se situaient davantage dans une posture critique de l'&#233;cole que dans une probl&#233;matique environnementale. Peut-&#234;tre en partie en r&#233;action &#224; une scolarit&#233; primaire mal v&#233;cue, car injuste et humiliante, je r&#234;vais d'une autre &#233;cole, une &#233;cole o&#249; chaque enfant serait pris et respect&#233; dans sa singularit&#233; tout en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la pr&#233;sentation du contexte historique fran&#231;ais de l'animation nature (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement &#233;tait pr&#233;texte aux apprentissages scolaires, et je m'y fourvoyais comme beaucoup d'autres. Dans le centre d'accueil au sein duquel je travaillais &#224; la fin des ann&#233;es 1980, nous recevions des classes de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire pour trois semaines de d&#233;couvertes et d'apprentissages sur le littoral breton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On les appelle aujourd'hui &#171; s&#233;jours avec nuit&#233;es &#187; et ils ne durent plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enfants avaient entre 9 et 12 ans. Au fil des jours nous leur faisions pratiquer la biologie, la g&#233;ographie, l'ornithologie, la g&#233;ologie, l'histoire... en immersion dans le milieu et avec des p&#233;dagogies actives. Les enseignants repartaient satisfaits. Les enfants donnaient la sensation de prendre du plaisir &#224; nos activit&#233;s. Nous passions la majorit&#233; de notre temps dehors, par toutes les m&#233;t&#233;os. Tout semblait facile. J'avais pourtant le d&#233;sagr&#233;able sentiment d'un &#233;chec dans la mise en relation entre l'enfant et l'&#233;l&#233;ment marin. Il me semblait que la mer et son rivage restaient pour lui objets d'apprentissage. D'ailleurs lorsque nous revoyions les enfants, plus tard, en leur rendant visite dans leurs &#233;coles, les bons souvenirs racont&#233;s se focalisaient majoritairement sur les temps informels : la maitresse en pyjama, la soir&#233;e festive, les matchs de foot sur la prairie... peu de moments li&#233;s aux activit&#233;s de d&#233;couverte n'entraient dans cet inventaire, sauf celui de la p&#234;che &#224; pied. Ce doute provoqua multiples questions quant au r&#233;el int&#233;r&#234;t &#233;ducatif de tels s&#233;jours. N'&#233;tais-je pas en train de reproduire ce que je cherchais &#224; fuir : le mod&#232;le de l'&#233;cole ? Quelle place la mer occupait-elle dans le processus &#233;ducatif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;fl&#233;chir dans un cadre facilitateur, je d&#233;cidai de reprendre, en parall&#232;le de mon travail, des &#233;tudes en sciences de l'&#233;ducation, d'abord &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2, puis &#224; celle de Tours, aupr&#232;s de Gaston Pineau. Lorsque je d&#233;couvre le concept d'&#233;coformation cr&#233;&#233; par ce dernier et la part qu'y prend l'imaginaire des &#233;l&#233;ments, nourrie par Gaston Bachelard, j'entrevois soudain ce qui manquait &#224; notre p&#233;dagogie. Je comprends comment je me tenais en plein milieu d'une contradiction : ma posture d'&#233;ducatrice ob&#233;issait &#224; l'opinion, largement partag&#233;e, selon laquelle un environnement que l'on conna&#238;t devient environnement que l'on aime et donc que l'on respecte, alors que ma propre relation &#224; l'environnement maritime s'&#233;tait construite &#224; l'inverse de ce processus : j'ai d'abord v&#233;cu de plein corps dans cet environnement, d&#233;veloppant une sensibilit&#233; &#224; son &#233;gard, avant de me plonger dans la connaissance objective de ses fonctionnements et l'engagement dans sa protection.&#171; On ne peut &#233;tudier que ce qu'on a d'abord r&#234;v&#233; &#187;, m'a r&#233;v&#233;l&#233; Bachelard (1938, 1986,p. 44). C'est sur ces fondations affectives d'un imaginaire &#233;l&#233;mental que s'est &#233;difi&#233; mon engagement &#233;ducatif et environnementaliste. Avec Bachelard et sa double implication dans l'&#233;pist&#233;mologie des sciences et la philosophie de l'imaginaire, je m'enfon&#231;ais au c&#339;ur de la mati&#232;re pour suivre doucement la pente des images lointaines. Je m'&#233;tais tant nourrie de la mer, tant r&#233;par&#233;e &#224; ses bords dans de longues vacances estivales ! Elle m'avait appris &#224; habiter le monde avec la part de confiance indispensable &#224; l'envie de vivre. &#192; travers les classes de mer, je cherchais, sans le savoir, &#224; offrir aux enfants cette possibilit&#233; de nouer des liens heureux avec elle, &#224; ce qu'ils repartent des s&#233;jours en contenant en eux le bercement des vagues, le vol l&#233;ger des mouettes, l'odeur iod&#233;e de l'estran et des algues, la douceur du sable et l'ouverture d'un horizon sans limite.&#171; Pour comprendre notre attachement au monde, il faut (... y voir) une amiti&#233; qui remonte &#224; notre enfance. (...) Toutes ces beaut&#233;s du monde, quand nous les aimons maintenant (...), nous les aimons dans une enfance retrouv&#233;e, dans une enfance r&#233;anim&#233;e &#224; partir de cette enfance qui est latente en chacun de nous &#187; (Bachelard, 1960, 1989,p. 109). J'&#233;tais en retentissement avec l'analyse ph&#233;nom&#233;nologique de Bachelard. Je l'&#233;tais aussi avec la formation tripolaire de Gaston Pineau conceptualisant cette&#171; le&#231;on des choses &#187; (Rousseau, 1762, 1966) par l'&#233;coformation. La part &#233;coformatrice des classes de mer &#233;tait bien l&#224; puisque nous &#233;tions une bonne partie du temps dehors. Mais elle se vivait de fa&#231;on inconsciente, hors temps formel, dans le nocturne de la relation au monde. &#192; partir de cette d&#233;couverte je me suis attach&#233;e &#224; lui donner toute sa place, &#224; la fois p&#233;dagogiquement et conceptuellement et d'en observer le processus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'estran ou de l'importance des mi-lieux (Cottereau, 1995, 2001)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'estran est cette portion de rivage, d&#233;couverte &#224; mar&#233;e basse et recouverte &#224; mar&#233;e haute. Espace fronti&#232;re, mi-lieu de la terre et de la mer, il s'offre au vivant tout autant qu'aux indolences des corps en &#233;t&#233;. Une flore et une faune singuli&#232;res s'y &#233;panouissent, inventant des moyens de subsistance inou&#239;s pour tenir tant&#244;t en immersion aquatique, tant&#244;t en &#233;mersion a&#233;rienne. La m&#234;me cr&#233;ativit&#233; s'y d&#233;ploie dans les jeux d'enfants, multiples et faciles. Le sable, les coquillages, les galets, les rochers, les an&#233;mones recroquevill&#233;es dans les fentes humides, les Bernard-l'ermite, l'humide ou le sec, le min&#233;ral et le vivant, le bord des vagues ou le bas des dunes, tout se pr&#234;te &#224; la rencontre et au modelage des &#234;tres si on lui laisse le temps. &#192; cette image liminaire que l'estran incarne, j'explorais, sur le plan th&#233;orique, les entre-deux et les tiers inclus, ceux des interactions organisme &#8211; environnement, du sujet et de l'objet, de la rationalit&#233; et de l'imagination, du jeu interfaciel... tous ces mi-lieux auxquels la science s'int&#233;ressait de fa&#231;on r&#233;cente. L'unit&#233; de la personne n'est assur&#233;e ni par son seul organisme ni par son environnement seulement, mais par un jeu d'interactions entre les deux. De m&#234;me que l'unit&#233; de l'environnement n'est pas assur&#233;e par sa seule organisation bio-physico-chimique, ni par la seule action humaine, mais par leurs incessantes correspondances. Tout se joue &#224; la fronti&#232;re, une fronti&#232;re &#233;paisse, indistincte, multiple, &#224; la fois ouverture et fermeture.&#171; Elle est le lieu de la dissociation et de l'association, de la s&#233;paration et de l'articulation. Elle est le filtre qui &#224; la fois refoule et laisse passer &#187; comme l'a montr&#233; Edgar Morin (1977, p. 204). Entre l'individu et l'environnement se d&#233;couvre un espace&#171; entre &#187;, invisible, discret, mais plein de ces circulations &#224; double sens, tant&#244;t conflictuelles, oppos&#233;es, contrari&#233;es, tant&#244;t adoucies, faciles, accord&#233;es. C'est ainsi que l'&#233;ducation, formelle ou informelle, suit ce m&#234;me processus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, je partageais mes r&#233;flexions et d&#233;couvertes avec mes coll&#232;gues de travail et les enseignants que nous recevions. Nous m&#238;mes alors en place un protocole d'exp&#233;rimentation avec une nouvelle d&#233;marche p&#233;dagogique orient&#233;e vers la transformation d'un bord de mer&#171; environnement-objet-&#224;-&#233;tudier &#187; en un bord de mer&#171; milieu-&#224;-vivre &#187;. Elle fut bas&#233;e sur une alternance compl&#233;mentaire des formes p&#233;dagogiques entre science et po&#233;tique, entre activit&#233;s dirig&#233;es et temps libres, entre solitude et collectif, entre dehors et dedans. L'emploi du temps voulait tricoter ainsi les apprentissages du corps, de l'esprit et du c&#339;ur, en diff&#233;rents moments, en diff&#233;rents lieux avec l'hypoth&#232;se qu'ils faciliteraient la construction d'une relation &#233;co-logique avec le milieu (trait d'union permettant de souligner la logique de l'o&#239;kos, de l'habitat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier travail exploratoire (Cottereau, 1994) j'avais compar&#233; des repr&#233;sentations enfantines initiales et finales &#224; une classe de mer, qui m'avaient r&#233;v&#233;l&#233; le surgissement de l'expression symbolique et &#233;motionnelle dans le rapport des enfants avec la mergr&#226;ce &#224; cette alternance &#233;coformatrice. Pour mon travail de th&#232;se, je choisis l'analyse qualitative pour mieux observer les entre-deux (1995). Je devais, en effet, plut&#244;t infiltrer l'intimit&#233; relationnelle d'un enfant avec le milieu maritime pour comprendre le processus de mise en lien. Les secrets de l'entre-deux ne se disent bien que dans l'intimit&#233;. Nous ne les entendons qu'en pr&#234;tant une veille attentive aux instants qui se succ&#232;dent sans en laisser &#233;chapper une &#233;tincelle. Je suivis donc deux enfants d'une &#233;cole parisienne, Pierre et Oc&#233;ane, dix ans, venus vivre dix-huit jours de classe de mer, en usant de trois techniques de collecte d'informations. Je recueillis des textes libres, sur le th&#232;me de la mer, r&#233;dig&#233;s en m&#234;me temps que toute la classe, en d&#233;but et en fin de s&#233;jour ; je les pris en entretien tous les quatre jours afin d'&#233;couter leurs impressions sur le v&#233;cu de la classe ; et enfin j'observai leurs comportements sur la plage pendant les temps dits de&#171; r&#233;cr&#233;ation &#187;. &#192; cette classe j'opposai un autre s&#233;jour en p&#233;dagogie exclusivement rationnelle d'&#233;tude de l'&#233;cosyst&#232;me maritime, et &#224; partir duquel je proc&#233;dai avec deux autres enfants, Florian et Emeline, aux m&#234;mes recueils de donn&#233;es. Ceci me permit de confronter l'alternance &#233;coformatrice au traditionnel processus p&#233;dagogique d'un apprentissage objectif de savoirs et de savoir-faire, m&#234;me v&#233;cu en p&#233;dagogie active dans le milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pus ainsi observer comment les enfants construisaient leur rapport au milieu sur le mod&#232;le d&#233;crit par Edgar Morin, expliquant l'&#233;volution du monde par la boucle r&#233;troactive : ordre, d&#233;sordre, interaction, organisation, ordre, etc. (op. cit, p. 51). Les textes, les gestes et les paroles de Pierre et Oc&#233;ane racontent comment ils passent, l'un et l'autre, d'une relation initiale d&#233;crite comme une carte postale du bord de mer, &#224; une relation finale sensible, ouverte &#224; l'alt&#233;rit&#233;, au symbolique et &#224; la diversit&#233; des formes de connaissances. Pour Pierre cette &#233;volution s'est faite avec l'aide de l'estran min&#233;ral. Sable, roches, galets l'aid&#232;rent &#224; d&#233;passer les peurs d'un environnement non familier et &#224; &#233;tablir la rencontre avec l'en-soi de l'estran. Celui-ci &#233;tait symbolis&#233; dans de petites pierres blanches, brillantes de l'int&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je suis s&#251;r que dedans, il y a une boule qui brille tout le temps &#187; me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il ram&#232;ne dans ses poches et d&#233;crit sur le mode po&#233;tique. Oc&#233;ane suivit plut&#244;t les inspirations a&#233;riennes. Une attention de tous les jours au vent, aux vagues et aux oiseaux transform&#232;rent l'environnement en milieu familier et personnalis&#233;. Dans la relation pacifi&#233;e s'instaura un dialogue avec la mer :&#171; Bonjour Madame la mer / Aujourd'hui, &#234;tes-vous : / Enerv&#233;e, fatigu&#233;e / Ou au contraire : / Joyeuse et &#233;veill&#233;e / Je crois le deviner / Ce vent qui pousse vos vagues vers vos rivages / Vos vagues qui entra&#238;nent vos poissons dans les plus grands fonds / Vous vous &#234;tes s&#251;rement battue avec un de vos gros bateaux / Mais si je peux vous r&#233;concilier / Appelez-moi pendant les grandes mar&#233;es &#187;. Pour po&#233;tique que soit ce texte r&#233;dig&#233; &#224; la veille de son d&#233;part, il n'en t&#233;moigne pas moins de la rencontre r&#233;alis&#233;e. Bachelard a largement d&#233;montr&#233; combien l'&#226;me humaine tutoie l'univers lorsqu'elle a senti que l'univers lui r&#233;pondait. Dans le silence bavard de la mer, Oc&#233;ane &#233;coute et entend des paroles que seule la relation peut engendrer et la po&#233;sie peut raconter. L'engagement y semble total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'autre classe, rationalisant les savoirs environnementaux, Florian et Emeline t&#233;moign&#232;rent, &#224; l'inverse, d'une dualit&#233; du sujet et de l'objet qui s'amplifiera au fil du s&#233;jour. Au d&#233;part, pourtant, le d&#233;sir de rencontre est l&#224;, au bord des l&#232;vres, amen&#233;s par des souvenirs de vacances heureuses. Mais l'exclusive objectivit&#233;, impos&#233;e dans la relation, &#233;loigna les enfants du foyer de d&#233;veloppement de la rencontre singuli&#232;re. Je les entendis raconter combien la mer s'&#233;tait &#233;loign&#233;e de leur attention et de leurs pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entretiens men&#233;s avec les enfants ne me paraissent pas non plus &#233;trangers &#224; ces constructions de rapports &#233;cologiques r&#233;v&#233;l&#233;s chez Pierre et Oc&#233;ane. Je les animais sous la forme conversationnelle, plus proche de l'entretien compre&#769;hensif de&#769;crit par Jean-Claude Kaufmann (2001) que de l'entretien semi-directif, les invitant &#224; traduire leurs repre&#769;sentations, sentiments, sensations, e&#769;motions. Ils se reme&#769;moraient l'emploi du temps et le commentaient. &#192; l'e&#769;poque, j'avais conside&#769;re&#769; l'exercice principalement comme support a&#768; collecte d'informations. Mais il se pourrait que cela f&#251;t bien plus que cela, se r&#233;v&#233;lant miroir re&#769;flexif sur l'expe&#769;rience. Je leur permettais de mettre des mots sur ce qui se tramait, leur offrant ainsi un gain de conscience. L'e&#769;coformation n'advient que lorsqu'on a pu la nommer. Le monde&#171; n'&#233;coforme pas &#187; sans un retour re&#769;flexif constructeur de sens, nous dit Gaston Pineau (2005,p. 22). J'&#233;mets donc l'hypoth&#232;se que c'est, aussi, parce que je les faisais parler, qu'en fin de se&#769;jour Pierre et Oc&#233;ane produisirent une expression profonde et sensible sur la mer, le littoral et ses habitants, re&#769;ve&#769;lant cette nouvelle organisation de leur rapport au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais consolider ces r&#233;sultats en observant d'autres classes, anim&#233;es dans l'alternance &#233;coformatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans faire d'entretiens individuels, j'animais des temps de r&#233;flexivit&#233; avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toutes fe&#769;condant ces rencontres, ces relations &#233;co-logiques avec le milieu, et de nouvelles fa&#231;ons d'en parler. Cependant trois semaines c'est court pour &#234;tre certain de l'installation d&#233;finitive d'une conscience &#233;co-logique. Comme le remarque Gaston Pineau&#171; comme toute naissance, les e&#769;co-naissances s'inscrivent aussi dans le temps, dans des avants et des apre&#768;s qui les pre&#769;parent et les prolongent &#187; (dans Cottereau, 1994, p. 10). La reliance a besoin de re&#769;pe&#769;titions, de confirmations, de nouveaux couplages. Les phe&#769;nome&#768;nes de la relation se condensent ou se dispersent, ce n'est que peu a&#768; peu que s'e&#769;claircit de proche en proche la conscience de l'autre qu'humain comme partenaire. Ne pouvant suivre ces enfants au-del&#224; de la classe de mer, c'est du c&#244;t&#233; des adultes que je me suis alors tourn&#233;e pour poursuivre la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La Terre et les racines de l'engagement (Cottereau, 2005)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sautant des &#226;ges, je prenais la question de la formation de la relation &#233;co-logique par un autre moment de la vie, celui des adultes d&#233;j&#224; engag&#233;s dans des modes de vie plus pr&#233;cautionneux du vivant. Le Groupe de recherche sur l'&#233;coformation (GREF), auquel j'appartenais depuis 1992, se lan&#231;ait dans sa deuxi&#232;me production collective cherchant &#224; explorer nos relations &#233;coformatrices &#224; la Terre. Je choisis le jardin comme milieu &#224; mes nouvelles investigations. Le jardin m'int&#233;ressait notamment par le fait qu'il est un espace complexe, &#224; la fois de jeu et de travail, de r&#234;verie et de labeur, de biologique et d'imaginaire. Espace clos de l'intimit&#233;, le jardin, aussi petit soit-il, r&#233;sume le monde et synth&#233;tise la vie. Sous le v&#233;g&#233;tal se cache la combinaison quaternaire des &#233;l&#233;ments. La r&#234;verie peut y &#234;tre int&#233;gration du dialectique, entre racines souterraines et branchages a&#233;riens, entre repos contemplateur et travail ouvrier, entre fermeture de l'espace et ouverture int&#233;rieure, entre l'&#233;tant et le devenant. Les cycles s'y entrecroisent, celui des journ&#233;es, de la lune, celui des saisons et des ann&#233;es. Na&#238;tre, grandir, vieillir, mourir, rena&#238;tre avec chacune de ses plantes ... le geste participe &#224; la cosmo-biologie de la vie. Pour autant que s'&#233;tale de partout l'&#233;vidence d'une &#233;coformation terrienne chez les amateurs de jardins, le comportement &#233;cologique ne va pas de soi. Les jardiniers sont de grands utilisateurs de produits polluants. De l'&#233;coformation &#224; l'&#233;co-naissance (&#233;veil de la conscience &#233;cologique) le chemin n'est donc ni direct ni certain. Par quel processus s'&#233;veille-t-on alors &#224; la responsabilit&#233; &#233;cologique ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, j'ai suivi le protocole des r&#233;cits de vie en interrogeant des &#233;ducateurs, professionnels et parents, ayant un jardin, professionnel ou priv&#233;, dans lequel ils pratiquent une culture respectueuse de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, pour tous, le temps premier fut celui des jeux et des rencontres enfantines. Au jardin, le bout du monde s'atteint derri&#232;re le buisson, l'exploration devient vite crus&#233;enne. Courir les all&#233;es, m&#226;chouiller l'oseille, froisser l'alliaire, se d&#233;guiser en gaillet gratteron, des boucles de bryones aux oreilles, se rouler dans l'herbe, composer des soupes de boue &#224; la menthe ... tout cela dans les moments de libert&#233;, alors que, d'autres jours, il faut semer les radis, ramasser les haricots verts, d&#233;sherber les rang&#233;es de carottes, &#233;cosser les petits pois, pr&#233;parer les conserves pour l'hiver. Tous ont racont&#233; ces exp&#233;riences sensori-motrices dans des jardins urbains ou campagnards, se formant dans la dialectique des libert&#233;s et des contraintes. Dans un double mouvement d'accommodation et d'assimilation (Piaget, 1964), ils incorporaient les donn&#233;es et les contraintes du r&#233;el ext&#233;rieur &#224; eux tout en affermissant progressivement leur personnalit&#233;. Le jardin du grand-p&#232;re pouvait &#234;tre tout &#224; la fois une terre sauvage o&#249; l'on chasse le lion, et le potager dans lequel les l&#233;gumes doivent &#234;tre ramass&#233;s pour remplir les assiettes du d&#238;ner. Loin d'&#234;tre incompatibles, les deux sont compl&#233;mentaires et permettent &#224; l'enfant de se construire sur ce double rapport subjectif et objectif n&#233;cessaire &#224; la vie reli&#233;e. Le jardin fut &#224; la fois support d'incorporation du non moi au moi, et moyen d'ajustement du moi au non moi. Dans cette interface, nomm&#233;e par Winnicott&#171; l'aire interm&#233;diaire d'exp&#233;rience &#187; (1975, p. 9), l'espace du jeu, qu'il soit investi tous les jours ou seulement dans des p&#233;riodes particuli&#232;res, mais r&#233;p&#233;t&#233;es (comme celui des vacances), acquiert un statut particulier. Il prend une valeur existentielle au travers de l'action. L'arbre &#224; cabane, les rangs de l&#233;gumes, les haies &#224; m&#251;res, le bac &#224; sable ... tous les &#233;l&#233;ments qui int&#232;grent le milieu du jeu deviennent des&#171; prises &#187; pour l'enfant (Berque, 2000,p. 101). La&#171; prise &#187; se d&#233;finit &#224; la fois comme un objet appartenant &#224; la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure, mais qui n'existe en tant que prise que pour le sujet qui la manipule. La branche de l'arbre n'est une prise que pour l'enfant grimpeur, le feuillage n'en est une autre que pour le constructeur de cabanes. La prise est l'interm&#233;diaire du monde physique et de la r&#233;alit&#233; sensible de la personne, elle ne peut exister que dans cet interm&#233;diaire. Or sans la construction de ces prises, la r&#233;alit&#233; &#233;chappe &#224; la relation, et reste dans le monde indiff&#233;renci&#233; des objets neutres, invisibles, inaudibles. Les prises&#171; sont des r&#233;alit&#233;s m&#233;sologiques : ni l'en-soi de la physique, ni le pour-soi de la psychologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'en-soi d&#233;signe le monde fixe et statique dans lequel les choses ont une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais l'avec-soi d'un potentiel qui se r&#233;alise dans la relation &#187; (ibid.p. 101). L'espace devient alors un territoire qualitativement diff&#233;rent. Et les &#233;l&#233;ments qui constituent ce territoire se rev&#234;tissent eux-m&#234;mes d'une valeur particuli&#232;re devenant co-habitants d'un espace partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le jeu avait facilit&#233; les questionnements et curiosit&#233;s mentales, toutes les autres formes d'apprentissage vont s'y adjoindre pour faire vivre le jardin, et faire advenir les amiti&#233;s respectueuses de l'alt&#233;rit&#233;. La plus fr&#233;quemment rem&#233;mor&#233;e est la transmission par&#171; nourrissage &#187;, celle des parents, des grands-parents ou d'un ami qui servent de mod&#232;les et qui montrent, expliquent, racontent les processus et mettent des noms sur les choses. Mais il y a aussi l'exp&#233;rimentation spontan&#233;e par curiosit&#233; : on laisse pousser une salade et on voit ce qui se passe. Pour d'autres l'enseignement formel s'y ajoute, ils passent par des lyc&#233;es agricoles o&#249; sciences et techniques apportent les savoirs et savoir-faire indispensables &#224; une pratique maitris&#233;e. La plupart m&#234;lent les diff&#233;rents formats &#233;ducatifs. Le mod&#232;le tripolaire de Gaston Pineau s'y applique parfaitement. Les trois ma&#238;tres que sont les autres, les choses et soi-m&#234;me s'enchev&#234;trent harmonieusement pour approfondir le rapport &#224; la terre, dans un apprentissage complexifi&#233; et sur un processus de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de ces exp&#233;riences dialectis&#233;es, on pourrait dire, apr&#232;s Jean Piaget (1945, 1989), que chaque sujet a &#233;tabli une r&#233;versibilit&#233; dans son rapport aux&#171; choses &#187;, passant de l'objectivit&#233; &#224; la subjectivit&#233; avec aisance et r&#233;ciproquement. Mais, pour que la pratique &#233;cologique s'installe d&#233;finitivement, cette r&#233;versibilit&#233;, que j'ai caract&#233;ris&#233;e d'interne, a d&#251; se doubler d'une autre r&#233;versibilit&#233;, externe, qui autorise cette fois les connexions entre le monde propre du jeune et le monde social, imposant sa vision du r&#233;el, parfois oppos&#233;e. On peut vivre longtemps une double vie de sensibilit&#233; &#224; la nature d'un c&#244;t&#233; et de pratiques n&#233;gativement impactantes de l'autre. Des passerelles sont n&#233;cessaires pour r&#233;duire le poids des contraintes sociales et lib&#233;rer les gestes coh&#233;rents avec la sensibilit&#233; : l'&#233;co-naissance se construit parfois en circularit&#233; de plus en plus pr&#233;cise entre objet et sujet,entre action et r&#233;flexion, entre automatismes et prises de conscience. Cela n&#233;cessite plusieurs niveaux d'int&#233;gration avec, entre chacun, des paliers de r&#233;troaction. Un dernier &#233;v&#233;nement important tient lieu d'&#233;v&#233;nement d&#233;clencheur. Mais cet &#233;v&#233;nement ne peut faire office de d&#233;clencheur que dans la mesure o&#249; ce qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; pr&#233;parait son av&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos hypoth&#232;ses d'un changement de relation avec les &#233;l&#233;ments et le vivant au travers les exp&#233;riences directes semblent se confirmer aussi par le prisme de vies adultes engag&#233;es en faveur de l'environnement. Mais cette recherche montre aussi combien la part culturelle du tiers-humain s'ins&#232;re dans le processus &#233;coformatif.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Le feu ou l'&#233;tincelle du changement (Cottereau, 2009, 2015)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, j'avais surtout explor&#233; des terrains&#171; naturels &#187; d'&#233;coformation. Mais le nouveau projet de publication du GREF sur l'&#233;l&#233;ment feu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La publication collective n'a pu aboutir que plusieurs ann&#233;es plus tard, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; me permit de questionner la relation &#233;coformatrice dans les espaces confin&#233;s de la maison et surtout, le processus du changement. &#192; quoi ressemblent les &#233;coformations urbaines, int&#233;rieures, teint&#233;es d'artifices, d&#233;natur&#233;es de produits chimiques, ciments, plastiques et autres mol&#233;cules synth&#233;tiques ? Quel lien fait-on entre une eau qui coule au robinet et la rivi&#232;re dans laquelle elle a &#233;t&#233; puis&#233;e ? Entre les parpaings de la maison et le gravier extrait de la terre ? Le feu dont on ne voit plus la moindre flamm&#232;che dans les &#233;nergies modernes me semblait un bon moyen d'aborder ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci correspondait aussi &#224; un contexte d'&#233;ducation &#224; l'environnement o&#249; se d&#233;ployait en France une &#233;ducation aux &#233;co-gestes, soutenue par les uns, critiqu&#233;e par les autres. Le colibri &#233;tait l'embl&#232;me des premiers, chacun devant faire sa part. La critique sociale &#233;tait la riposte des seconds, condamnant l'hyper responsabilisation des citoyens au d&#233;triment des politiques publiques et des dominations sociales. Mon hypoth&#232;se &#233;tait que vie quotidienne et amplitude du monde, et dedans et dehors, non seulement ne s'opposent pas, mais s'imbriquent l'un dans l'autre, comme l'individuel et le collectif, comme le je et le nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouillir, cuisiner, s&#233;cher, chauffer, aseptiser, s'&#233;clairer ... si on fait la liste de nos gestes dans la maison, on voit assez vite combien l'&#233;nergie, centrale, constitue le c&#339;ur palpitant de la vie domestique. Depuis des mill&#233;naires, le feu rayonne de sa puissance, cr&#233;ant au fil du temps les gestes et l'usage dans la vie quotidienne, &#233;laborant un patrimoine d'habitudes qui constitue chaque individu dans l'ordinaire de ses jours. Le feu est le plus socialis&#233; des &#233;l&#233;ments, disait Bachelard, car il est comme invent&#233; par l'homme, mais la r&#233;ciproque est aussi vraie, l'homme est comme n&#233; du feu. Aujourd'hui, le feu quotidien nerougeoie plus, ne cr&#233;pite plus dans la chemin&#233;e ou la cuisini&#232;re. Il couve et court dans des kilom&#232;tres de c&#226;bles &#233;lectriques, reliant interrupteurs, ampoules, plaques de cuisson, fours, radiateurs, r&#233;frig&#233;rateurs, lave-linge, ordinateurs, chauffe-eau &#224; de vastes r&#233;seaux terrestres qui captent et transportent l'&#233;nergie venant d'ailleurs. Mais le foyer est rest&#233; un symbole vivace de la vie domestique. Celle-ci est un fourmillement de gestes &#224; la fois consommateurs et cr&#233;ateurs d'&#233;nergie. Comme mille flamm&#232;ches sautillant et revenant en leur centre pour mieux s'en &#233;chapper &#224; nouveau, ils br&#251;lent, consument, se recentrent et s'&#233;chauffent pour assurer le bon fonctionnement du foyer. Corporellement, les actes m&#233;nagers fatiguent. Techniquement, ils sont aussi utilisateurs de ressources &#233;nerg&#233;tiques naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tudier le changement op&#233;r&#233; dans la vie quotidienne, j'ai men&#233; des enqu&#234;tes en allant &#224; la rencontre d'habitants de mon territoire, toujours sur le mode qualitatif. Ce qui m'importait &#233;tait encore la profondeur des expressions recueillies, et non la quantit&#233; de personnes interrog&#233;es. J'ai toutefois cherch&#233; la diversit&#233; des types de population (&#226;ges, cat&#233;gories socio-professionnelles, sexe, composition familiale, type d'habitat, configuration du territoire, sensibilit&#233; &#233;cologique). Je scrutais de pr&#232;s le concept d'habitudes, tant celles-ci semblent offrir une grande r&#233;sistance au changement, en m'appuyant sur les travaux des sociologues de la vie quotidienne, notamment ceux de Jean-Claude Kaufmann (1988, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &#233;crits, en effet, sont riches, qui d&#233;montrent combien les habitudes veillent au bon d&#233;roulement de la vie quotidienne. Elles sont l&#224; pour nous faciliter la vie. Une fois l'apprentissage des gestes du quotidien r&#233;alis&#233;, nous pouvons les effectuer en tout automatisme, avec aisance et fluidit&#233;. Le corps agit sans la t&#234;te, et c'est souvent bienheureux pour la t&#234;te, qui peut penser &#224; des choses plus agr&#233;ables pendant que la t&#226;che domestique s'effectue. Les habitudes constituent une m&#233;moire s&#233;diment&#233;e hors de la m&#233;moire. Elles contiennent m&#234;me une mise en ordre du monde (Douglas, 2001). Nous n'avons pas des habitudes, nous sommes faits d'habitudes. Elles sont les gardiennes des &#233;vidences qui nous constituent, veillent sur les fondements de notre identit&#233; et de nos rep&#232;res culturels. C'est dire combien elles peuvent &#234;tre tenaces. Mais c'est pour les contrarier que toute une p&#233;dagogie de l'&#233;co-geste a &#233;t&#233; invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, malgr&#233; leur grande fermet&#233;, les habitudes n'en sont pas pour autant immuables. Le quotidien est le lieu du changement sur fond de continuit&#233; et le lieu de la continuit&#233; sur fond de changement, nous dit Claude Javeau (1991). Il comprend &#224; la fois une graine permanente d'&#233;ternit&#233; et une graine permanente de fragilit&#233;. Dans les r&#233;cits collect&#233;s aupr&#232;s de la population d'enqu&#234;te, nous avons pu observer le m&#233;canisme en jeu et y rep&#233;rer les six grandes phases &#233;volutives d&#233;crites par Kaufmann : 1/ Un &#233;v&#233;nement tient lieu de d&#233;clencheur &#224; une prise de conscience (une actualit&#233; pr&#233;gnante, la naissance d'un enfant, un voyage qui ouvre les yeux sur une autre r&#233;alit&#233;...) ; 2/ La personne&#171; touch&#233;e &#187; ressent des sensations n&#233;gatives de contradictions entre une habitude de pratiques et ses cons&#233;quences sur l'environnement (surconsommation d'&#233;nergie) ; 3/ Un conflit int&#233;rieur met en d&#233;bat le Moi corporel (qui a l'habitude de...) et le Moi raisonnant (qui aimerait bien que&#8230;). Ces bouff&#233;es de sensations n&#233;gatives, minimes au d&#233;part, vont se d&#233;multiplier au fur et &#224; mesure que les gestes en question entrent dans le champ de l'introspection. Elles vont s'amplifier &#224; la mesure du d&#233;bat int&#233;rieur qui se met en place ; 4/ La personne se voit dans l'obligation d'engager les premiers gestes r&#233;gulateurs de tension (couper les interrupteurs de lumi&#232;re,&#171; &#231;a de gagn&#233; ! &#187;) ; 5/ &#192; force de g&#233;rer la tension par de nouveaux gestes, elle int&#233;riorise la n&#233;cessit&#233; de changer ses habitudes ; au fur et &#224; mesure des r&#233;p&#233;titions, la pens&#233;e l&#226;che prise ; 6/ Les nouveaux gestes s'incorporent, se s&#233;dimentent, s'automatisent, devenant habitudes stables et &#224; leur tour, r&#233;sistantes. Chacune de ces phases poss&#232;de sa dur&#233;e propre. Il peut y avoir des arr&#234;ts brutaux, des acc&#233;l&#233;rations, des stades interm&#233;diaires de retour en arri&#232;re. Mais ce qui est certain, c'est qu'avant d'arriver &#224; l'&#233;tape finale du changement, il a fallu un &#233;norme travail int&#233;rieur, insoup&#231;onnable au premier abord. Chaque geste de consommation ordinaire est un geste &#233;minemment politique dont la prise de conscience peut emmener non seulement vers des changements d'habitudes, mais aussi vers le d&#233;sir de s'engager plus avant dans l'agir citoyen qui fait pression sur le pouvoir politique. Certaines des personnes interrog&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par une reprise du terrain pour la publication de 2015, en allant interroger (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont franchi ce cap pour s'impliquer dans des projets collectifs, prenant le pouvoir de d&#233;cision sur leurs &#233;nergies, se d&#233;tachant ainsi de la d&#233;pendance des grands groupes &#233;nerg&#233;tiques. Il n'est donc pas st&#233;rile de lier l'&#233;coformation domestique &#224; une &#233;ducation &#224; la critique sociale, les deux s'alimentant l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exploration me permit surtout de scruter plus finement la mani&#232;re dont le changement s'op&#232;re en chacun de nous (l'&#233;ducation relative &#224; l'environnement &#233;tant aussi une &#233;ducation au changement). Le trajet qui va de la prise de conscience d'&#233;coformations int&#233;rieures &#224; une conscience &#233;cologique int&#233;grant le vivant n'y appara&#238;t pas. Cependant elle me permet de faire l'hypoth&#232;se d'une continuit&#233; hors de sa maison, les m&#234;mes fourmillements int&#233;rieurs pouvant se prolonger au-del&#224; de sa vie intime.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'&#233;coformation et l'&#233;ducation relative &#224; l'environnement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces trois recherches semblent montrer qu'une &#233;ducation relative &#224; l'environnement int&#233;grant l'&#233;coformation &#224; ses buts et &#224; sa p&#233;dagogie est possible, quel que soit le contexte dans lequel elle se d&#233;roule, et qui que l'on soit comme &#233;ducateur (enseignant de l'&#233;ducation formelle, animateur de l'&#233;ducation non formelle, et m&#234;me parent en &#233;ducation informelle). Mais elle n&#233;cessite de pousser ou d'abattre des murs, de contourner des contraintes et de rester humble dans l'influence que l'on peut avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier enseignement de l'&#233;coformation pointe l'importance du corps dans le processus &#233;ducatif. Dans ces trois t&#233;moignages, le corps, sensoriel et moteur, fut le grand m&#233;diateur de la mise en relation avec le r&#233;el. Nous sommes bien emmaillot&#233;s dans le monde. Par nos exp&#233;riences de vie, nous incorporons des bribes du r&#233;el, celles-ci se r&#233;organisent avec notre int&#233;riorit&#233;, s'ordonnent en nous et deviennent notre connaissance du monde.&#171; Je sens donc je suis &#187;, disait l'anthropologue David Le Breton, qui poursuit ainsi :&#171; Entre la chair de l'homme et la chair du monde, nulle rupture, mais une continuit&#233; sensorielle toujours pr&#233;sente &#187; (2006, p. 13). Les sens sont nos outils &#224; fabriquer du sens. Piaget (1945, 1989) avait d&#233;j&#224; montr&#233; comment, entre les sens et le sens, l'esprit fait un travail de configuration. Les perceptions, les gestes et les mouvements s'int&#233;riorisent dans la psych&#233; sous forme de sch&#232;mes qui vont eux-m&#234;mes organiser les repr&#233;sentations mentales. Le corps, lieu d'accueil et d'&#233;changes avec le r&#233;el, produit un monde d'images, lui-m&#234;me organisateur du monde intelligible. Une &#233;ducation relative &#224; l'environnement sans l'aide du corps n'est qu'un enseignement sur l'objet &#171; environnement &#187;, appauvrissant la capacit&#233; du sujet &#224; int&#233;grer l'environnement comme probl&#233;matique sociale et le milieu comme partenaire existentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il ne suffit pas de laisser faire les corps dans des immersions dehors pour que l'&#233;coformation s'op&#232;re, et encore moins pour syst&#233;matiser une relation soucieuse et respectueuse de l'alt&#233;rit&#233; du vivant. Nombre de m&#233;tiers ou d'activit&#233;s du dehors se d&#233;ploient dans une indiff&#233;rence totale, voire dans une grande violence envers la nature. Notre relation &#224; la nature est culturelle. Dans chaque exp&#233;rience, nous avons vu s'immiscer un tiers-inclus humain dans l'&#233;mergence de la relation &#233;cologique et ce, sous deux formes diff&#233;rentes. Il y eut, d'une part, des&#171; passeurs de savoirs &#187; (parents, enseignants, animateurs) qui ont montr&#233;, nomm&#233;, r&#233;pondu aux curiosit&#233;s et aux questionnements, dans une socio-&#233;coformation permettant d'apprendre au-del&#224; du sensible. Il y eut, d'autre part, l'accompagnatrice dans l'explicitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expliciter voulant dire d&#233;plier l'exp&#233;rience et non l'expliquer. Voir aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'exp&#233;rience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais cela aurait pu &#234;tre aussi sous d'autres formes d'expression, tels le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, permettant au sujet d'effectuer la boucle r&#233;tro-active de l'auto-&#233;coformation sur elle-m&#234;me, facilitant ainsi les prises de conscience &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e fut aussi la grande alli&#233;e de l'affaire. On n'entre pas en correspondance avec le monde non humain d'un claquement de doigt. Il faut acqu&#233;rir de l'attention, affiner sa porosit&#233; sensorielle, enrichir sa capacit&#233; perceptuelle, pour reconnaitre la subtilit&#233; des informations envoy&#233;es par les &#233;l&#233;ments, les milieux et le vivant. La r&#233;p&#233;tition est indispensable &#224; l'habitude. Il leur en a fallu du temps &#224; un Aldo L&#233;opold (1948, 2000), &#224; une Rachel Carson (1964) ou plus pr&#232;s de nous, &#224; un Baptiste Morizot pour&#171; prendre langue sans langage partag&#233; &#187; avec le monde non humain (2020,p. 53), m&#234;me le plus familier. Sans doute n'est-il pas besoin d'acqu&#233;rir une telle connaissance pour qu'un sentiment deparent&#233; &#233;merge. N&#233;anmoins, dans notre&#171; soci&#233;t&#233; des agendas &#187; (Boutinet, 2004) pr&#233;f&#233;rant la vitesse &#224; la lenteur, le tr&#232;s court terme au long terme, il est important de prendre en compte le n&#233;cessaire temps long d'une &#233;ducation &#233;cologique. Il faut toute une vie pour apprendre &#224; se tenir au milieu du monde sans nuire &#224; aucun de ses co-habitants et &#234;tre en capacit&#233; d'embarquer au-del&#224; de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dehors est &#233;videmment convoqu&#233;, car plus le monde sensible est diversifi&#233; et plus l'&#233;coformation est riche. Mais il est &#224; interroger. Qu'est-ce que ce dehors-l&#224; dans lequel et avec lequel les apprenants vont composer ? Lui accorde-t-on bien un statut de partenaire de l'apprentissage, et non seulement de d&#233;cor ? Faut-il aller le chercher loin ou peut-il &#234;tre aux portes de la classe, du centre de loisirs, du lieu de vacances ? Faut-il le syst&#233;matiser au risque d'en d&#233;truire ou de faire fuir le vivant par surfr&#233;quentation ? Qu'en est-il du dehors urbain ? Comment le n&#233;gocier pour que l'axe de la socio-&#233;coformation ne soit pas l'unique approche tant la ville manque d'espaces de libert&#233;, et pour y tricoter aussi mati&#232;re urbaine et nature ? Comment fait-on concorder le dehors et le dedans ? Car tout ne peut se faire dehors. M&#234;me si l'enfant est un&#171; chercheur d'hors &#187; (Paquot, 2022,p. 21), il a aussi besoin du dedans. Il a besoin d'un non-moi pour prot&#233;ger le moi (Bachelard, 1957, 1989), un abri o&#249; se replier, se reposer, construire son intimit&#233;, m&#234;me avec la plus sommaire des cabanes (Bachelart, 2012). Ensuite, la salle de classe a ses vertus pour s'extraire des multiples sollicitations du monde et pouvoir se centrer sur une question ou une probl&#233;matique &#224; d&#233;m&#234;ler et s'approprier. Troisi&#232;mement, il nous faut pister les fils qui trament nos &#233;cosyst&#232;mes du dehors au dedans et r&#233;ciproquement ; suivre les flux de mati&#232;re, assurer la continuit&#233; qui nous permet de voir la nature dans l'artifice et de comprendre que tout est li&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus que le dehors, dans son acception dialectique avec le dedans, c'est ce qu'il contient qui importe. Le bord de mer n'a pas la m&#234;me agentivit&#233; que la montagne, la ville, la campagne ou la for&#234;t. Plus finement, une for&#234;t de pins offre d'autres&#171; prises &#187; qu'une for&#234;t de feuillus, un littoral sableux estival se donne autrement qu'une vasi&#232;re hivernale. Si nous d&#233;cidons de partager notre statut&#171; d'&#233;ducateurs &#187; avec le monde non humain, alors il impose de se mettre &#224; son &#233;coute et de le caract&#233;riser dans nos projets, &#224; la fois sur ]]le plan objectif (apprendre &#224;&#171; penser comme une montagne &#187;, nous conseillerait L&#233;opold&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op.cit. p.168.) et sur le plan subjectif (l'imaginaire anthropologique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, trente ans plus tard, le cri &#8211; de l'air ! - pouss&#233; par Gaston Pineau dans le premier ouvrage sur l'&#233;coformation (1992) se trouve toujours coinc&#233; dans nos gorges, nous voyons grossir la communaut&#233; citoyenne ouvrant ses&#171; apparentements &#187; (Searles, 1960, 1986) aux animaux, v&#233;g&#233;taux, &#233;l&#233;ments. C'est bienfaisant, car nous leur devons nos existences et nos enchantements.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bachelard, G. (1986). La formation de l'esprit scientifique. Contribution &#224; une psychanalyse de la connaissance objective. Paris : Vrin, (1re &#233;dition : 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelard, G. (1989). La po&#233;tique de la r&#234;verie. Presses universitaires de France, collection Quadrige (1re &#233;dition : 1960).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelard, G. (1989). La po&#233;tique de l'espace. Presses universitaires de France, collection Quadrige (1re &#233;dition : 1957).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelart D. (2009). Autobiographie environnementale : explicitation et exploration de l'exp&#233;rience &#233;coformatrice. Dans Guillaumin C., Alii,Pratiques r&#233;flexives en formation, ing&#233;niosit&#233;s et ing&#233;nieries &#233;mergentes, Paris : L'Harmatttan,pp. 125-154.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelart D. (2012).&#171; S'encabaner &#187;, art constructeur et fonctions de la cabane selon les &#226;ges.Revue ERE : Regard, Recherche, R&#233;flexion. Volume 10. Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelart, D. et Besse, L. (2023). Pour m&#233;moire.&#171; De l'animation nature &#224; l'&#233;ducation &#224; l'environnement ? France &#8211; ann&#233;es 1970-1990 &#187;. Actes du colloque des 30 et 31 mars 2022. Hors s&#233;rien&#176; 36.&#201;t&#233; 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boutinet, J.-P. (2004).Vers une soci&#233;t&#233; des agendas. Une mutation de temporalit&#233;s. Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berque, A. (2000).M&#233;diance, de milieux en paysages. Paris : &#233;ditions Belin (1re &#233;dition : 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carson R. (1963).Printemps silencieux. Paris : Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (1994).&#192; l'&#233;cole des &#233;l&#233;ments. Lyon : Chronique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (1995).&#201;ducation &#224; l'environnement et classe de mer. Instauration du dialogue &#233;co-logique par une p&#233;dagogie de l'&#233;coformation. Universit&#233; de Tours. Laboratoire des sciences de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (2001).Formation entre terre et mer. Alternance &#233;coformatrice, Paris : &#201;ditions L'Harmattan, colletion. &#201;cologie et formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (2005).&#171; Construction dialectique d'une &#233;coformation responsable. Du jardin de l'enfance &#224; la ferme urbaine &#187;. Dans Gaston Pineau, Dominique Bachelart, Dominique Cottereau et Anne Moneyron (coord,),Habiter la terre, Ecoformation terrestre pour une conscience plan&#233;taire.). Paris : L'Harmattan, Collection &#201;cologie et formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (2009). Energie et vie quotidienne. Pour une &#233;coformation &#233;clair&#233;e.&#201;ducation et Francophonie, 37 (2), 33-43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (2015). Vers une &#233;coformation quotidienne &#233;clair&#233;e. Dans Pascal Galvani, Gaston Pineau et Mohamed Taleb,Le feu v&#233;cu. Exp&#233;riences de feux &#233;co-transformateurs(pp. 153-166). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (coord.) (2017)Dehors, ces milieux qui nous trans-forment. R&#233;ciys &#233;co-biographiques n&#233;s d'ateliers d'&#233;criture.Paris : L'Harmattan, Collection &#201;cologie et formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas, M. (2001).De la souillure, Essai sur les notions de pollution et de tabou.Paris : La d&#233;couverte / poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Javeau, C. (1991).La soci&#233;t&#233; au jour le jour. Ecrits sur la vie quotidienne. Bruxelles : &#201;ditions de Boeck-Wesmael.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaufmann, J.-C. (1988).La chaleur du foyer : Analyse du repli domestique. Paris : &#201;ditions M&#233;ridiens et Klincsieck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaufmann, J.-C. (1997).Le c&#339;ur &#224; l'ouvrage, Th&#233;orie de l'action m&#233;nag&#232;re. Paris : &#201;ditions Nathan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaufmann, J.-C. (2001).L'entretien compr&#233;hensif. Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Breton, D. (2006). La saveur du monde. Une anthropologie des sens. Paris : M&#233;taili&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leopold, A. (2020). Almanach d'un comt&#233; des sables. Flammarion (1re &#233;dition : 1949)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin, E. (1977). La m&#233;thode 1. La nature de la nature. Paris : &#201;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morizot, B. (2020).Mani&#232;res d'&#234;tre vivant. Enqu&#234;te sur la vie &#224; travers nous. Actes Sud, collection Babel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paquot, T. (2022).Pays de l'enfance. &#201;ditions Terre urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piaget, J. (1989).La formation du symbole chez l'enfant. Neuch&#226;tel-Paris : Delachaux et Niestl&#233; &#233;diteur (1re &#233;dition : 1945).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piaget, J. (1964).Six &#233;tudes de psychologie. Paris : &#201;ditions Deno&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau, G. (2005). Le sens du sens. Dans Patrick Paul et Gaston Pineau (coord.),Transdisciplinarit&#233; et formation, Paris : L'Harmattan, collection Interfaces et ,transdisciplinarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau, G. et coll. (1992).De l'air, Essai sur l'&#233;coformation. Paris : Pa&#239;deia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau, G. (2023).Gen&#232;se de l'&#233;coformation. Du pr&#233;fixe &#233;co au vert paradigme de formation avec les environnements. Paris : &#201;ditions L'Harmattan, collection &#201;cologie et formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau, J.-J. (1966)Emile ou de l'&#233;ducation. Paris : Garnier-Flammarion (1re &#233;dition : 1762).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Searles, H. (1986).L'environnement non humain. Paris : &#201;ditions Gallimard. Collection Tel (1re &#233;dition : 1960).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#246;n, D. (1994)Le praticien r&#233;flexif. &#192; la recherche du savoir cach&#233; dans l'agir professionnel. Montr&#233;al : &#201;ditions Logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winnicott, D. W. (1975).Jeu et r&#233;alit&#233;,L'espace potentiel. Paris : &#201;ditions Gallimard (&#233;dition originale : 1971).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la pr&#233;sentation du contexte historique fran&#231;ais de l'animation nature 1970-1990 dans Bachelart etBesse (2023) reconnaissant solidaire de tous, une &#233;cole atelier o&#249; le savoir serait construit, une &#233;cole sans mur avec le ciel, le vent, la terre, les animaux pour aider &#224; grandir. Les auteurs des mouvements contestataires et de l'&#233;ducation libertaire des ann&#233;es 1970 m'aidaient en cela. J'&#233;tais enseignante d'&#233;ducation physique, je quittais l'institution scolaire pour entrer dans le milieu associatif des classes de nature, plus ouvert aux exp&#233;rimentations p&#233;dagogiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On les appelle aujourd'hui &#171; s&#233;jours avec nuit&#233;es &#187; et ils ne durent plus que trois &#224; cinq jours&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je suis s&#251;r que dedans, il y a une boule qui brille tout le temps &#187; me dira-t-il lors d'un entretien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans faire d'entretiens individuels, j'animais des temps de r&#233;flexivit&#233; avec la classe offrant, tous les trois jours, la possibilit&#233; de commenter et d'interpr&#233;ter ce qui avait &#233;t&#233; v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'en-soi d&#233;signe le monde fixe et statique dans lequel les choses ont une essence, c'est-&#224;-dire une fonction d&#233;termin&#233;e. Le Pour-soi, au contraire, renvoie au monde de l'existence. (Source : &lt;a href=&#034;https://la-philosophie.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://la-philosophie.com/&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La publication collective n'a pu aboutir que plusieurs ann&#233;es plus tard, en 2015, mais j'avais d&#233;j&#224; produit mon propre texte en 2009 et pu le publier dans une premi&#232;re version dans la revue&#201;ducation et francophonie dont le num&#233;ro &#171; Vivre ensemble sur terre &#187; &#233;tait dirig&#233; par Lucie Sauv&#233; (2009, p.33-43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par une reprise du terrain pour la publication de 2015, en allant interroger de nouvelles personnes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expliciter voulant dire d&#233;plier l'exp&#233;rience et non l'expliquer. Voir aussi l'accompagnement &#224; l'&#233;criture de r&#233;cits &#233;cobiographiques dans Cottereau (coord.) 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais cela aurait pu &#234;tre aussi sous d'autres formes d'expression, tels le dessin, la sculpture, la peinture... ces formats pouvant &#234;tre utiles lorsque la parole est difficile. Voir pour cela Bachelart 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op.cit. p.168.) et sur le plan subjectif (l'imaginaire anthropologique, social et personnel).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;ducation qui prend en compte la part &#233;coformatrice du monde non humain nous invite &#224; passer d'une posture de la s&#233;paration &#224; une posture de la connivence avec lemonde. Le sens du lien est au c&#339;ur de l'&#233;thique, de la th&#233;orie et des pratiques p&#233;dagogiques. Se laisser former, sans cesse, par ce que le vivant contient de co-habitants et ce que la mati&#232;re poss&#232;de de continuit&#233; avec le vivant, c'est faire l'exp&#233;rience d'un soi plus grand, d'un&#171; soi &#233;largi &#187; (Morizot,op.cit.,p. 31). Ce parcours de recherche a tent&#233; d'apporter des rep&#232;res, de fouiller des concepts &#233;clairants, de proposer des pratiques p&#233;dagogiques facilitatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est sur le socle d'auto-&#233;coformations premi&#232;res, tricot&#233;es de socio-&#233;coformations &#233;clairantes que peut se d&#233;ployer un rapport au monde soucieux de l'alt&#233;rit&#233; du vivant et engag&#233; en faveur de l'habitabilit&#233; de la Terre pour tous &#187;. Cette hypoth&#232;se que j'avais pos&#233;e en introduction, et qui a servi de fil conducteur &#224; mon existence, est suffisamment large pour que je n'aie pu y r&#233;pondre par ces seules exp&#233;riences. Il reste de belles avenues de recherches et ce, dans un contexte o&#249; se multiplient les donn&#233;es scientifiques, artistiques et philosophiques qui font de l'&#233;co- non plus un objet &#224; scruter sous la loupe, mais un sujet poss&#233;dant sa vie propre et des modes de relations singuli&#232;res avec l'ensemble du vivant et des milieux. Nous pouvons aussi nous appuyer sur les &#233;lans des enseignants et animateurs de la classe dehors pour construire des recherches-actions, &#224; l'instar de l'exp&#233;rience&#171; Grandir avec la nature &#187; qui, depuis 2017, explore les effets des activit&#233;s p&#233;dagogiques de nature sur la construction et l'apprentissage des enfantsVoir Girault ou Zwang dans ce num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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