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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>&#201;cosophie et &#233;coformation - Le lieu fait lien</title>
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		<dc:date>2023-12-21T15:14:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Boy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet article pose la question de l'avenir des humains sur cette Terre qui leur est commune, socle vital indispensable &#224; leur survie et &#224; celle des autres &#234;tres vivants qui y habitent, mais qu'ils n'ont pas appris &#224; respecter et prot&#233;ger, inconscients de l'importance des liens qui les unissent. L'&#233;cosophie pourrait-elle aider &#224; cette prise de conscience ? Comme &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; ce questionnement, nous nous appuierons sur la pr&#233;sentation que fait Michel Maffesoli de l'&#233;cosophie, et sur son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique59.html" rel="directory"&gt;Education pour l'environnement&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article pose la question de l'avenir des humains sur cette Terre qui leur est commune, socle vital indispensable &#224; leur survie et &#224; celle des autres &#234;tres vivants qui y habitent, mais qu'ils n'ont pas appris &#224; respecter et prot&#233;ger, inconscients de l'importance des liens qui les unissent. L'&#233;cosophie pourrait-elle aider &#224; cette prise de conscience ? Comme &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; ce questionnement, nous nous appuierons sur la pr&#233;sentation que fait Michel Maffesoli de l'&#233;cosophie, et sur son postulat stipulant que les valeurs &#233;cosophiques qu'il voit &#233;merger dans la nouvelle &#233;poque post-moderne se retrouvent dans les cultures traditionnelles. Ce qui nous am&#232;nera &#224; &#233;prouver ce lien en allant explorer les valeurs d'un milieu traditionnel dont la culture reste encore vivante, la Bouriatie (Sib&#233;rie). Nous serons accompagn&#233;s en filigrane par la pens&#233;e d'Edgar Morin, chercheur qui a travers&#233; le si&#232;cle sans que rien ne vienne interrompre sa recherche, tentant comme Maffesoli, de voir &#224; travers ce qui &#233;merge des signes d'espoir pour le monde futur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans notre monde plus que jamais divis&#233;, parcellis&#233;, d&#233;vast&#233;, allant jusqu'&#224; s'attaquer &#224; la terre, son socle vital, l'&#233;cosophie pourrait-elle, comme le pensent les tenants de celle-ci, Arne Naess, Felix Guattari, Michel Maffesoli et bien d'autres, aider les &#234;tres humains &#224; revenir &#224; ce qui les unit, leur appartenance commune &#224; la terre qui les accueille et qu'ils habitent ? Pour chacun de ces auteurs, l'&#233;cosophie, par rapport &#224; l'&#233;cologie, marque un pas de plus dans la recherche de voies permettant de r&#233;pondre &#224; la situation actuelle. Arne Naess d&#233;finit l'&#233;cosophie comme une &#233;cologie profonde, de c&#339;ur, une alliance avec la nature, par rapport &#224; une &#233;cologie qu'il dit superficielle, se contentant de pr&#244;ner des actions &#233;cologiques sans remettre en question ses modes de pens&#233;es et son attitude vis-&#224;-vis de la nature (Naess, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;lix Guattari&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; A. Naess et F. Guattari ajustent chacun de leur c&#244;t&#233; leur propre concept (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pense que la situation contemporaine, par sa gravit&#233;, a permis une prise de conscience g&#233;n&#233;rale, mais qu'il ne faut pas se limiter &#224; ce seul objectif environnemental. L'&#233;cosophie doit mobiliser davantage que l'&#233;cologie &#8211; &#171; concept &#233;clectique &#187;, &#224; la fois science des &#233;cosyst&#232;mes et ensemble d'opinions diverses &#8211; et prendre en compte tout &#224; la fois ce qu'il nomme &#171; les trois &#233;cologies &#187; dans son ouvrage &#233;ponyme ; car le p&#233;ril est triple, environnemental, social et mental. Il vient, selon lui, de la rar&#233;faction des ressources environnementales (dont les m&#233;taux rares), mais aussi sociales (notre capacit&#233; &#224; faire soci&#233;t&#233;), mentales ou psychiques (capacit&#233; &#224; penser par nous-m&#234;mes, &#224; cr&#233;er, &#224; se projeter vers l'avenir) (Guattari, 1989). Sa vision, toujours &#233;tonnamment actuelle, vingt ans apr&#232;s, est le reflet de sa philosophie, constamment cr&#233;ative et renouvel&#233;e, indissociable d'une praxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Maffesoli (2021), en cette &#232;re de crise post-moderniste chaotique qu'il appelle &#171; L'&#232;re des soul&#232;vements &#187;, l'&#234;tre humain doit &#234;tre &#224; l'&#233;coute de la nature dans laquelle il est lui-m&#234;me inclus. Il d&#233;finit l'&#233;cosophie comme &#171; la sagesse, d'antique m&#233;moire, de la maison (o&#239;kos) commune, cette terre-ci &#187; (p. 10), sagesse qui sied &#224; l'&#233;poque actuelle et qui peut &#234;tre le propre de tout un chacun. Ce &#171; commun &#187; se retrouve dans les cultures traditionnelles, plus que jamais n&#233;cessaire dans l'&#171; ici et maintenant &#187;. Par ailleurs, il d&#233;finit l'&#233;poque actuelle, qu'il nomme post-modernit&#233;, comme n'&#233;tant rien d'autre que &#171; la synergie de l'archa&#239;que et du d&#233;veloppement technologique &#187;. (p. 66)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le courant de l'&#233;coformation (1980), par sa d&#233;finition, son terrain de recherche et ses orientations, appara&#238;t tr&#232;s en phase et semble s'entrelacer avec les courants &#233;cosophiques cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; N&#233;e dans la recherche en &#233;ducation permanente, l'&#233;coformation se nourrit du vert paradigme &#233;cologique et environnemental. Posant la loupe sur ces traits d'union qui lient individus et environnements, elle interroge largement les relations des hommes au monde, des hommes &#224; la nature, des hommes &#224; leurs habitats (&#8230;) [Elle] s'inscrit dans le concept plus large de formation tripolaire d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;e par Jean-Jacques Rousseau. Trois ma&#238;tres gouvernent notre &#233;ducation, &#233;crivait celui-ci : les autres, les choses et notre nature personnelle. Trois modes formatifs participent donc &#224; notre d&#233;veloppement tout au long de la vie, reprend Gaston Pineau : l'h&#233;t&#233;roformation, l'autoformation et l'&#233;coformation. (Boy, 2017, p. 55-56)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de l'&#233;coformation, notamment, est tr&#232;s proche de l'approche de Maffesoli (2021) : &#171; L'environnement forme au moins autant qu'il est form&#233; ou d&#233;form&#233;. Le terme &#8220;&#233;coformation&#8221; veut traduire et explorer cette r&#233;ciprocit&#233;, au c&#339;ur de l'o&#239;kos, au c&#339;ur de l'habitat &#187;. En 1980, Gaston Pineau, &#224; qui nous devons le concept d'&#233;coformation - accol&#233; &#224; celui de l'autoformation et de l'h&#233;t&#233;roformation - fait le point sur ce courant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Comme l'&#233;cole buissonni&#232;re, il explore les relations &#224; l'environnement de fa&#231;on libre et assez buissonnante. Il plonge dans la matrice cosmique des quatre &#233;l&#233;ments pour essayer de transformer leurs rapports d'usage en rapport de sages, aussi bien dans la vie quotidienne qu'en voyage. Mais il travaille aussi dans les classes nature d'&#233;coles sans mur, pour construire avec les enfants une conscience environnementale vive. Sans oublier les nouvelles &#233;cocomp&#233;tences &#224; d&#233;velopper professionnellement. (Pineau, 2013)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'intonation &#233;cosophique, inscrite dans l'intention de la recherche &#233;coformatrice, est &#233;vidente dans ce dernier extrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; la question pos&#233;e au d&#233;but de cet article, je propose de nous appuyer sur le postulat de Michel Maffesoli stipulant que les valeurs &#233;cosophiques qu'il voit &#233;merger dans la nouvelle &#233;poque post-moderne se retrouvent au c&#339;ur des cultures traditionnelles ; et d'&#233;prouver ce lien en allant explorer les valeurs d'un milieu traditionnel dont la culture reste encore vivante, la Bouriatie (Sib&#233;rie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, nous pr&#233;senterons l'approche &#233;cosophique de Maffesoli &#224; partir de son ouvrage &#201;cosophie (Maffesoli, 2021), vaste champ qu'il d&#233;finit en s&#233;lectionnant quelques courants saillants qui la traversent. Nous nous int&#233;resserons davantage &#224; l'un d'eux, &#171; le lieu fait lien &#187;, espace &#233;coformateur privil&#233;gi&#233; r&#233;unissant l'&#234;tre humain et son habitat, cl&#233; de vo&#251;te, me semble-t-il, entre l'&#233;cosophie de Maffesoli, l'&#233;coformation et la philosophie de vie du peuple bouriate. Il nous permettra d'entrer dans l'espace culturel traditionnel bouriate, qui pourrait &#234;tre &#224; m&#234;me d'incarner la pens&#233;e de Maffesoli. Par la m&#234;me occasion, cette exploration pourrait corroborer le parall&#233;lisme que fait Maffesoli entre le post-modernisme et ces cultures, les deux pouvant se nourrir mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous serons accompagn&#233;s, en filigrane, par la pens&#233;e d'Edgar Morin, chercheur qui a travers&#233; le si&#232;cle sans que rien ne vienne interrompre sa recherche, tentant comme Maffesoli, de voir dans ce qui &#233;merge des signes d'espoir pour le monde futur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Courants majeurs de l'&#233;cosophie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au fil de ses travaux de recherche, Maffesoli (2017, 2021) a mis en &#233;vidence six courants qui soutendent l'&#233;cosophie. Nous les pr&#233;sentons ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'appuyer sur le R&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sagesse, il faut la puiser dans le r&#233;el. &#171; Ce qu'il est convenu d'appeler &#171; r&#233;alit&#233; &#187; (&#233;conomique, politique, m&#233;diatique) n'est &#171; qu'apparence &#187; (Maffesoli, 2017, p. 10) : &#171; Il est une nature des choses et on a la pr&#233;tention de la changer ! La d&#233;vastation du monde naturel et social en est la cons&#233;quence la plus &#233;vidente. Et cela, d'une mani&#232;re diffuse, commence &#224; se faire jour : on ne peut plus accepter ce qui n'a pas de sens commun ou, ce qui revient au m&#234;me, ce qui est contre-nature &#187; (p. 9). Il faut revenir &#224; la source, natura naturans &#171; toujours en train de na&#238;tre &#187; (p. 92), cette force de vie sous-jacente qui impr&#232;gne toute chose. L'&#233;poque post-moderne ne part plus seulement des id&#233;es pour penser le monde : &#171; On n'est plus dans la d&#233;duction, qui part du ciel et des id&#233;es, mais bien dans l'induction venant du bas, du concret, des racines. Pens&#233;e qui cro&#238;t avec la vie, vie toujours en devenir, en mouvement. En bref, la vie tout court &#187; (p. 30) qui se vit avant de se penser, l&#224; o&#249; vit la population, terre commune &#224; tous, o&#249; s'acquiert cette compr&#233;hension du monde que l'on appelle &#171; bon sens &#187;, &#171; sens commun &#187;, que tout un chacun peut acqu&#233;rir &#224; travers son exp&#233;rience de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Repenser la relation de l'&#234;tre humain avec &#171; la nature &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosophie appelle &#224; un changement fondamental de paradigme pour d&#233;finir la relation entre l'&#234;tre humain et la nature. Non plus vouloir la dominer comme l'y invitait la vision prom&#233;th&#233;enne de la modernit&#233;, mais plut&#244;t s'ajuster &#224; elle, &#171; la terre m&#232;re &#187;, lui reconnaissant sa n&#233;cessit&#233;, sa subsidiarit&#233; : &#171; Il existe un ordre normal des choses, c'est-&#224;-dire une loi de la vie demandant d'une part une perp&#233;tuelle adaptation, d'autre part une r&#233;elle humilit&#233; de l'esprit pour ce faire. &#187; (Maffesoli, 2017, p. 10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici repenser la place de l'&#234;tre humain lui-m&#234;me, qui fait d'ailleurs partie de la nature par son appartenance au monde animal et m&#234;me, de fa&#231;on plus subtile, aux autres r&#232;gnes ; reconsid&#233;rer son importance au regard de la plan&#232;te Terre et de l'univers ; accepter son identit&#233; complexe d'homo sapiens demens, selon Morin (2010).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Alors que les mythologies des autres civilisations inscrivaient le monde humain dans la nature, Homo occidentalis fut, jusqu'au milieu du XXe si&#232;cle, totalement ignorant et inconscient de l'identit&#233; terrienne et cosmique qu'il porte en lui. Encore aujourd'hui, la philosophie et l'anthropologie dominantes refoulent puissamment toute prise de conscience et toute mise en cons&#233;quence de l'identit&#233; animale et vivante de l'homme, toute reconnaissance de notre enracinement terrestre, physique et biologique. (Morin, 2010, p. 73)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abandonner la pens&#233;e dichotomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; abandonner la pens&#233;e dichotomique qui s&#233;pare ciel et terre, territoire et communaut&#233;, nature et culture, corps et esprit, &#171; principe de coupure sur lequel repose la modernit&#233;, g&#233;n&#233;rateur et organisateur du mythe &#187; (Maffesoli, 2021, p. 22). On se rapproche ici de la pens&#233;e orientale qui part du tout avant de penser les &#233;l&#233;ments s&#233;par&#233;s, davantage centr&#233;e sur les liens qui unissent que sur ce qui s&#233;pare. Celle-ci s'exprime d'ailleurs plus volontiers &#224; travers la philosophie et la po&#233;sie. Elle nous invite &#233;galement &#224; appr&#233;hender le principe &#233;cologique d'interd&#233;pendance (ni d&#233;pendance, ni ind&#233;pendance) et de mieux comprendre le lien essentiel de l'&#234;tre humain avec son environnement, &#224; commencer par la reconnaissance du double lien qui unit les individus entre eux et &#224; la plan&#232;te-terre dont parle Morin (2010) : cette &#171; terre-patrie &#187; qui est aussi &#171; matrie &#187;, suivant qu'on l'aborde par la technique ou le po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interd&#233;pendance a toujours &#233;t&#233; comprise de l'int&#233;rieur dans les cultures des peuples proches de la nature ou bas&#233;es sur la pens&#233;e orientale. Tsunesaburo Makiguchi (1871-1944), instituteur, p&#233;dagogue, g&#233;ographe et philosophe japonais, h&#233;ritier des cultures orientales, mais vivant dans le Japon occidentalis&#233; des ann&#233;es 1930, en avait fait le c&#339;ur de sa p&#233;dagogie (Makiguchi, 1995), questionnant les &#233;l&#232;ves sur la provenance de ce qu'ils mangeaient, ce qui les habillait&#8230; Il pr&#244;nait de cr&#233;er pour l'&#233;cole un curriculum ayant comme support la g&#233;ographie, permettant &#224; l'&#233;l&#232;ve de s'appuyer sur le local, terrain d'&#233;ducation Tout au long de la vie, pouvant s'ouvrir sur le national et le mondial. Ses recherches ethnologiques et anthropologiques dans un grand nombre de localit&#233;s japonaises l'ont amen&#233; &#224; penser que la compr&#233;hension de ce concept d'interd&#233;pendance et l'esprit de reconnaissance qu'elle suscitait &#233;taient une cl&#233; pour le bonheur des individus et des groupes (Makiguchi, 2002). Fid&#232;le tenant de l'&#233;ducation tout au long de la vie, il pr&#244;nait une &#233;cole &#224; mi-temps pour laisser temps et espaces &#224; d'autres exp&#233;riences, personnelles ou collectives. Ce mi-temps, il le voulait &#233;galement pour les adultes, pour se former, formation formelle, informelle ou non formelle du milieu de vie formateur. (Kimata, 2019, p. 191).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est ce m&#234;me concept d'interd&#233;pendance qui sert de base aux d&#233;monstrations d'Edgar Morin pour rendre compte des circuits complexes traversant le vivant (dont les boucles de r&#233;troaction) et &#224; de nombreuses recherches scientifiques contemporaines, comme celles de Marie-Monique Robin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaliste d'investigation et r&#233;alisatrice&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a contribu&#233; &#224; mettre en lumi&#232;re les liens entre les zoonoses et les atteintes &#224; la biodiversit&#233; (Robin, M-M., 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acc&#233;der &#224; une connaissance et sensibilit&#233; &#233;cosophiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les changements &#224; grande &#233;chelle demandent &#224; l'humain une prise de conscience et une reconnaissance de son ignorance vis-&#224;-vis de la Terre, rappelle Morin, passant en revue, toujours dans son ouvrage Terre-Patrie, les d&#233;couvertes scientifiques occidentales du XXe si&#232;cle qui ont boulevers&#233; les chercheurs et les ont forc&#233;s &#224; plus d'humilit&#233; (Morin, 2010, p. 81). Chaque d&#233;couverte ne fait que repousser les limites du connu, derri&#232;re lequel resurgit &#224; nouveau l'inconnu, processus que d&#233;crit Morin dans son Introduction &#224; la pens&#233;e complexe (Morin, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, insiste Michel Maffesoli, la connaissance rationnelle ne suffit pas &#224; elle seule &#224; appr&#233;hender le monde actuel et ses probl&#233;matiques, ni &#224; appr&#233;hender les correspondances subtiles qui relient les esp&#232;ces (min&#233;raux, v&#233;g&#233;taux, animaux) dans un rapport &#171; dialogique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot-cl&#233; de Morin (Morin, 2010, p. 67)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est n&#233;cessaire de d&#233;velopper ce qu'il appelle &#171; une sensibilit&#233; &#233;cosophique &#187;, ce rapport au r&#233;el que l'on acquiert naturellement et insensiblement au contact avec le vivant, au fil des exp&#233;riences, &#171; rapports de sage &#187; s'il en est. Maffesoli reprend une citation d'Heidegger : &#171; Comprendre est ins&#233;parable de vibrer. &#187; (Maffesoli, 2017, p. 95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons cette m&#234;me sensibilit&#233; dans le courant d'&#233;coformation, comme l'exprime Dominique Cottereau (2021) : &#171; Ma contribution &#224; une p&#233;dagogie de l'&#233;coformation se voudrait conscientisation du lien &#233;cologique que nous avons avec la nature, connaissance pour une &#233;co-naissance &#187;. Contribution dont il est difficile de rendre compte comme le fait Gaston Pineau parce que &#187; la dynamique de l'&#233;coformation, de la formation de l'&#233;co, est d'abord exp&#233;rientielle avant d'&#234;tre verbale [&#8230;] C'est ce que Francisco Varela appelle &#171; l'&#233;naction &#187;, la cognition incarn&#233;e, l'&#233;mergence de sens dans le couplage structurel organisme/environnement (Varela, Thomson et Roch, 1993) &#187;. (Pineau, 2019, p. 90-91)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me sensibilit&#233; habite la po&#233;sie tout enti&#232;re. Maffesoli cite Baudelaire qui, mieux que quiconque, exprime les r&#233;sonances qui parcourent le monde : &#171; La nature est un temple o&#249; de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles. / L'homme y passe &#224; travers des for&#234;ts de symboles / Qui l'observent avec des regards familiers [&#8230;] &#187;. Po&#233;sie que l'on retrouve abondamment dans les cultures traditionnelles et que Maffesoli, rep&#232;re &#233;galement dans l'&#233;poque post-moderne, latente en tout un chacun. &#171; La vie humaine est tiss&#233;e de prose et de po&#233;sie &#187;, affirme Morin, sur la m&#234;me longueur d'onde. Po&#233;sie &#233;galement pr&#233;sente dans l'exploration des &#233;l&#233;ments (terre, eau, feu, air) par le GREF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GREF : Groupe de Recherche sut l'&#201;coformation&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui suit les traces de Gaston Bachelard : &#171; Ses travaux sur l'imagination des quatre &#233;l&#233;ments sont pour nous plus qu'une po&#233;tique de la r&#234;verie, ils explorent d&#233;j&#224; la mise en forme de ces unit&#233;s &#233;cologiques de base. &#187; (Boy, 2017, p. 56)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sensibilit&#233; &#233;cosophique va de pair avec un autre concept de Maffesoli, &#171; la raison sensible &#187;, raison raisonnante et sensibilit&#233; r&#233;unies, qu'il estime n&#233;cessaire aux chercheurs pour mieux appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; dans son int&#233;gralit&#233;. &#171; Il convient de rappeler, dit-il, que pour penser la mati&#232;re organique travaill&#233;e par l'esprit, il faut que l'intellect devienne &#171; organique &#187;. (Maffesoli, 2017, p. 33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconna&#238;tre que le lieu fait lien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la compr&#233;hension du monde qu'il appr&#233;hende dans sa complexit&#233;, Maffesoli fait ainsi &#233;merger l'espace o&#249; peut se jouer le changement, o&#249; la pens&#233;e et l'action sont intimement li&#233;es. C'est au sein de l'o&#239;kos (la maison commune) que territoires et communaut&#233;s humaines retrouvent leur lien indissociable et leur r&#233;versibilit&#233; originelle. C'est l'interaction entre la vie naturelle et la vie sociale qu'il nous faut retrouver et, du m&#234;me coup, l'intimit&#233; avec la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#224; noter encore une fois que la nature dont parle Maffesoli englobe la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, devenue t&#233;nue avec la mont&#233;e de la modernit&#233; et la recherche aveugle de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Harmonie naturelle et soci&#233;tale allant de pair, le retour au R&#233;el rappelle l'&#233;troit rapport existant entre le territoire et la communaut&#233; qui l'habite. On l'oublie trop souvent : le lieu fait lien. L'ordre naturel maintient le monde en &#233;quilibre. Les plateaux de la balance retrouvent la position qui est la leur. Il y a r&#233;version entre le respect de la nature et l'id&#233;al communautaire qui en est l'expression. (Maffesoli, 2017, p. 14)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette constatation est au c&#339;ur de la r&#233;flexion de Maffesoli (2021). L'unit&#233; territoire/communaut&#233; permet &#224; un individu de vivre sans &#234;tre amput&#233; de son lien avec l'environnement (le milieu), et de vivre sa qualit&#233; d'&#234;tre social, &#171; &#234;tre avec &#187; (p. 87) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; L'apparentement avec son environnement naturel lui permet de renouer avec son environnement social [&#8230;] Par ces apparentements, la personne, vivant par et gr&#226;ce &#224; sa communaut&#233;, revient, l'esprit ouvert, dans la vaste demeure de la vie, la vie du monde [&#8230;] par une secr&#232;te communion &#224; la terre-m&#232;re. (Maffesoli, 2017, p. 17)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le territoire est un milieu propice &#224; l'&#233;mergence de la &#171; sensibilit&#233; &#233;cosophique &#187; dont nous avons parl&#233;, qui relie microcosme et macrocosme. Alexandra Uchnitska&#239;a, chercheuse yakoute, met en valeur cet environnement interm&#233;diaire, le &#171; m&#233;socosme &#187; ou &#171; m&#233;sosyst&#232;me &#187; (Uchnitska&#239;a, 2019, p. 180), naturel et culturel, qui permet &#224; l'individu, bien reli&#233; &#224; son milieu, de s'ouvrir &#224; l'infini du cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maffesoli insiste sur &#171; l'&#233;troite liaison existant entre l'espace et la socialit&#233;. L'espace qui tout &#224; la fois limite et permet d'&#234;tre, l'espace qui, au travers des habitudes qu'il secr&#232;te, permet et conforte, en son sens fort, le fait d'habiter en un lieu donn&#233; &#187; (Maffesoli, 2017, p. 19). L'individu s'inscrit dans le territoire en y imprimant ses rythmes, ses habitudes, ses chemins, ses rep&#232;res. &#201;galement en se reliant aux autres, dans l'action, la coop&#233;ration, la solidarit&#233;, et m&#234;me le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce processus de r&#233;versibilit&#233; qui s'op&#232;re, le monde culturel et le monde naturel s'interp&#233;n&#232;trent. &#171; La geste humaine fourmille de contes et l&#233;gendes tentant de comprendre, voire d'expliciter, le singulier rapport existant entre la culture et la nature, l'homme et son environnement &#187; (Maffesoli, 2017, p. 32) ; la pens&#233;e mythologique &#171; nous fait acc&#233;der &#224; un R&#233;el autrement plus riche en ce qu'il est gros de r&#234;ves, fantasmes, fantaisies ayant constitu&#233;, tout au long des &#226;ges, les assises les plus assur&#233;es du donn&#233; soci&#233;tal &#187;. (Maffesoli, 2017, p. 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette unit&#233; territoire/communaut&#233; est un milieu en mouvement constant. C'est l&#224; que peuvent se r&#233;guler les &#233;quilibres, quantit&#233;s, collaborations, rythmes, v&#233;ritable processus hom&#233;ostatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Caract&#233;ristique d'un &#233;cosyst&#232;me qui r&#233;siste aux changements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pourtant dans la soci&#233;t&#233; contemporaine, la plupart du temps, cette unit&#233; de mesure traditionnelle n'est plus respect&#233;e en tant que telle, mettant les individus en relation et confrontation directe avec les autres, la foule inconnue, appel&#233;e encore &#171; la masse &#187;, ou avec la hi&#233;rarchie ; car lorsque les personnes ne sont plus reli&#233;es par le territoire, elles sont &#171; g&#233;r&#233;es par le haut &#187;, par l'administration. D'o&#249; ce mouvement de re-cr&#233;ation spontan&#233;e de petits groupes dont parle Maffesoli, occupant des espaces communs, parfois en surimpression des structures habituelles, et qu'il appelle &#171; tribus &#187; (Maffesoli, 2021, p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce balancement entre la vision prom&#233;th&#233;enne de la modernit&#233;, tendue vers un futur de plus en plus parfait, et celle de Dionysos et Chtonos - dieu autochtone, du local(Maffesoli, 2017, p. 12) - se joue l'&#233;mergence d'un monde en devenir, incertain. Au mouvement lin&#233;aire de la modernit&#233; peut se substituer, selon Maffesoli, celui de &#171; l'enracinement dynamique &#187; (Maffesoli, 2021, pp. 81, 95), avec de nouvelles g&#233;n&#233;rations qui s'ancrent dans l'h&#233;ritage des anciennes, tout en se permettant de les modifier dans un mouvement d'&#233;l&#233;vation ou simplement d'&#233;volution dont rend compte la figure de la spirale. La tendance est au &#171; pr&#233;sent &#187; et &#224; ce qui s'y vit. Il ne r&#233;pond plus tant &#224; ce qui &#171; devrait &#234;tre &#187;, mais &#224; ce qui appara&#238;t comme naturellement juste dans un contexte donn&#233;. Cela se v&#233;rifie dans le quotidien, dans la vie qui &#233;mane personnellement et collectivement lors de grands rendez-vous o&#249; pr&#233;domine le &#171; principe relationniste &#187; sur le principe individualiste de la modernit&#233;, le &#171; nous &#187; qui a tendance &#224; remplacer le &#171; je &#187;, la recherche de joie, de plaisir, de cr&#233;ativit&#233;, dans ce &#171; plus de vie &#187; recherch&#233; dans le collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Int&#233;grer la dimension spirituelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne &#224; ce dernier courant que Maffesoli appelle &#171; la dimension sacrale &#224; l'&#339;uvre dans la sensibilit&#233; &#233;cosophique &#187; : &#171; Tout comme une nouvelle mani&#232;re d'habiter la terre se profile, de m&#234;me le ciment structurant cet habitat n'est pas simplement mat&#233;riel. Le spirituel y a sa part. Une part qui n'est pas n&#233;gligeable. &#187; (Maffesoli, 2017, p. 18). Et cela &#171; sous l'&#233;gide de Spinoza - Deus sive nature &#187;. [&#8230;] Il y a bien dans le naturalisme contemporain une mani&#232;re de penser et de vivre un retour du divin. Le divin comme retour aux origines de &#171; tout &#234;tre-ensemble &#187; (Maffesoli, 2017, p. 17). Cela rejoint la pens&#233;e de Morin lorsqu'il poursuit ses propos sur la prose et la po&#233;sie cit&#233;s un peu plus haut : il y a de m&#234;me en nous deux &#233;tats souvent s&#233;par&#233;s, l'&#233;tat premier ou prosa&#239;que, qui correspond aux activit&#233;s rationnelles/empiriques, et l'&#233;tat justement dit &#171; second &#187;, qui est l'&#233;tat po&#233;tique, auquel nous font acc&#233;der non seulement la po&#233;sie, mais aussi la musique, la danse, la f&#234;te, la liesse, l'amour, et qui culmine en extase (Morin, 2010, p. 227-228) ; une communaut&#233; d'&#234;tres qui permet &#171; le r&#233;enchantement du monde &#187; (Maffesoli, 2017, p. 29).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Le monde bouriate&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lieu qui fait lien, jusque dans la sph&#232;re de l'&#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde traditionnel bouriate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette recherche de terrain en R&#233;publique bouriate s'est effectu&#233;e entre 2012 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se situe parfaitement dans le champ &#233;cosophique pr&#233;sent&#233; par Maffesoli. On y retrouve ce lien tangible au &#171; r&#233;el &#187; tel qu'expliqu&#233; par celui-ci, un lieu-milieu o&#249; &#234;tres humains et nature sont indissociables, avec ce &#171; bon sens &#187;, &#171; sens commun &#187;, et une sensibilit&#233;, une sensorialit&#233; aigu&#235; qui, de tout temps, permet de survivre aux populations confront&#233;es aux forces de la nature. On y retrouve &#233;galement le lien au sacr&#233;, au divin, &#224; l'invisible, pacte permanent avec la nature (Figure 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure 1 : Extrait de l'hymne bouriate&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH69/bouriate-7eb8a.png?1703171672' width='500' height='69' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Descendants des Mongols, les Bouriates, habitants de la R&#233;publique de Bouriatie, demeurent en lien avec leur &#171; tribu &#187; d'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au passage, petit clin d'&#339;il &#224; Maffesoli qui use du m&#234;me mot &#171; tribu &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, reli&#233;s par leur histoire et leurs lign&#233;es communes, tout en &#233;tant citoyens &#224; part enti&#232;re de la F&#233;d&#233;ration de Russie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette partie de terre nomade mongole a &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; la Russie par 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'infini des steppes, le marquage traditionnel des lieux habit&#233;s par les &#234;tres humains se faisait par des pieux (stolby&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pieu est un objet consid&#233;r&#233; comme sacr&#233;. Il sert aussi &#224; attacher les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) aupr&#232;s de chaque yourte. Il permettait de rompre avec la d&#233;mesure du paysage et d&#233;limitait l'espace d'habitation (hommes et b&#234;tes), espace &#171; qui tout &#224; la fois limite et permet d'&#234;tre &#187; (Maffesoli, 2017, p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur drapeau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les 3 couleurs du drapeau repr&#233;sentent la nature, l'&#233;thique et le spirituel. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et leur hymne illustrent de nos jours ce lien traditionnel avec la nature qui perdure ainsi que la place du &#171; foyer (otchag) qui fait &#233;cho &#224; ce que dit Maffesoli &#224; propos d'&#171; o&#239;k&#234;, l'habitat &#187;, qui dans l'Antiquit&#233; grecque &#171; poss&#233;dait une dimension transcendante, sacrale, assurant la p&#233;rennit&#233; et la solidit&#233; du lien social &#187;, symbolis&#233;e par la flamme que &#171; l'oikiste &#187; apportait de la cit&#233;-m&#232;re, du foyer sacr&#233;, vers la nouvelle cit&#233;. (Maffesoli, 2017, p. 18). &#171; Le foyer &#187;, dans la yourte, tient &#233;galement une place symbolique, au centre de l'espace horizontal et au centre de l'espace vertical qui relie le ciel et la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bandeau dor&#233; sur le drapeau rappelle la place importante du bouddhisme, venu du Tibet, qui s'est ancr&#233; &#224; c&#244;t&#233; du chamanisme traditionnel et a pu survivre &#224; la p&#233;riode communiste. Ce bouddhisme tib&#233;tain, transmettant une philosophie de vie bas&#233;e sur la sagesse, ainsi qu'une m&#233;decine holistique et une pratique de l'astrologie, est indissociable d'un art religieux nomade, pr&#233;sent dans les villes, villages et steppes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Bouriates ont pu conserver, parfois de haute lutte, une part de leur syst&#232;me de valeurs traditionnel, en g&#233;n&#233;ral dans les r&#233;gions rurales, dominantes, o&#249; le lieu fait lien. Au-del&#224; du mode de vie &#224; proprement parler nomade, transhumant, qui existe toujours en Mongolie,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Bouriates consid&#232;rent que le nomadisme en Mongolie est garant d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais reste menac&#233; de disparition &#224; moyen terme, le concept de territoire/communaut&#233; continue &#224; servir de matrice dans un certain nombre de villages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans le territoire que s'ancre l'histoire familiale : Le lieu o&#249; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il sert d'ossature &#224; la vie de la communaut&#233; et au mod&#232;le &#233;ducatif traditionnel qui lui est inh&#233;rent, respectant en cela la vieille tradition nomade pour laquelle la personne se forme et continue &#224; se former tout au long de la vie dans et avec son environnement, suivant une vision du monde cyclique, inspir&#233;e de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formation, v&#233;cu et sens ne font qu'un. Ce mode de vie perdure encore parce que l'autoformation, l'h&#233;t&#233;roformation et l'&#233;coformation, selon la d&#233;finition de Gaston. Pineau, coexistent sur un m&#234;me socle o&#249; elles s'imbriquent. L'&#233;cole traditionnelle bouriate actuelle est ins&#233;r&#233;e dans l'&#171; &#201;ducation tout au long de la vie &#187;, au sein du territoire et de la communaut&#233;. En t&#233;moigne l'ouvrage intitul&#233; Tu es dans mon c&#339;ur Borto&#239;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Tsydenjapova, Tu es dans mon c&#339;ur, Borto&#239;, Oulan-Oud&#233;, Bouriad Ounen, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Darima Tsydenjapova&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur de litt&#233;rature russe et bouriate, &#233;galement chamane.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui retrace la vie du village, Borto&#239; (fronti&#232;re entre la F&#233;d&#233;ration de Russie et la R&#233;publique populaire mongole) et de son &#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toute la lign&#233;e des enseignants est retranscrite dans ce livre, ainsi que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; L'&#233;cole, c'est le centre du partenariat social, autour duquel bat le pouls de la vie de la communaut&#233;. En feuilletant les pages du livre sur l'&#233;cole, nous feuilletons, sans nous en apercevoir, les pages d'histoire de notre &#171; petite matrie &#187; (malenkaja rodina), notre lieu de naissance &#187;, dit le chef du district lors de la parution du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liudmila Radnaeva, ancienne directrice de l'&#233;cole de Borto&#239;, partant de l'environnement, arrive &#224; la m&#234;me conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Nous consid&#233;rons le territoire du village de Borto&#239; comme un environnement sp&#233;cifique &#224; la fois naturel et social, v&#233;ritable potentiel &#233;ducatif. Nous oublions parfois nos traditions lorsqu'il s'agit de tirer profit de la nature. Et pourtant nos anc&#234;tres savaient profiter au maximum de ces richesses, les d&#233;velopper et les conserver pour les g&#233;n&#233;rations futures [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;cole de ce village est un &#233;tablissement polyvalent qui ne remplit pas seulement la fonction traditionnelle d'instruire les enfants, mais se charge &#233;galement de d&#233;velopper l'action culturelle et l'&#233;ducation de tous&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Nous accordons un int&#233;r&#234;t particulier &#224; la qualit&#233; de l'&#233;ducation et &#224; l'enseignement des &#233;l&#232;ves, &#224; la formation du citoyen et aux valeurs qui lui sont li&#233;es, &#224; savoir l'amour de sa &#171; patrie &#187;, le respect de son histoire et de sa culture, et la connaissance de sa langue natale. L'&#233;ducation &#224; la sant&#233; reste prioritaire dans notre &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Nos enfants se familiarisent avec les r&#233;alit&#233;s d'ordre naturel et culturel, avec la litt&#233;rature orale de leur terre natale, participent &#224; des conf&#233;rences d'orientation scientifique, &#224; des actions &#8211; notamment les &#8220;samedis ouvr&#233;s&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les samedis ouvr&#233;s sont des samedis pendant lesquels les &#233;coliers et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;pour le bien du village &#8211;, &#224; des excursions et &#224; la cr&#233;ation de &#8220;chemins &#233;cologiques&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pour la r&#233;alisation de ces objectifs, nous avons choisi une approche environ&#173;nementale dans le processus d'&#233;ducation et d'enseignement &#224; l'&#233;cole, avec une prise en compte des sp&#233;cificit&#233;s naturelles du milieu, des traditions bouriates concernant les relations entre l'homme et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La formation &#224; cette culture ne peut &#234;tre effective qu'&#224; condition que [&#8230;] l'&#233;cole et le village aient un m&#234;me objectif &#233;ducatif et scolaire dans leur action commune, travailler &#171; la main dans la main &#187;. (Radnaeva, 2019, p. 145-146)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La directrice du lyc&#233;e de Kijinga (chef-lieu d'une autre r&#233;gion), Khanda Gunzynova, m'a bross&#233; oralement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview r&#233;alis&#233;e &#224; Kijinga, ao&#251;t 2016.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un tableau des valeurs &#233;ducatives bouriates qu'elle a re&#231;ues de sa famille, principalement de ses deux grand-m&#232;res. :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pour l'enfant, d&#232;s la naissance, commence son &#233;ducation &#233;cologique, depuis le plus jeune &#226;ge. Et je pense que dans le monde entier, la compr&#233;hension de ce qu'est l'&#233;cologie doit vivre en chacun. Probablement dans tous les peuples. [&#8230;] Chaque jour, nous nous levions, lavions, et allions dans la rue. Nous nous r&#233;jouissions du soleil, du fait qu'il soit pr&#233;sent. Grand-m&#232;re r&#233;p&#233;tait tout le temps qu'il fallait, chaque matin, se r&#233;jouir de la vie, remercier le &#171; Tr&#232;s-Haut &#187; d'&#234;tre &#224; ce jour sur cette Terre. Et cette terre, notre plan&#232;te Terre, elle la disait &#171; dor&#233;e &#187;. Pourquoi ? Parce que, disait-elle, c'est sur cette plan&#232;te que naissent les personnes les plus heureuses. C'est pourquoi il faut la prot&#233;ger. Mais comment ? Nous ne pouvons pas embrasser toute la plan&#232;te. Il faut donc commencer en partant de ce qui est proche de nous. Par exemple, il faut que notre seuil soit propre. Ensuite, nous devons absolument nettoyer chaque jour l'endroit o&#249; nous prions chaque matin, enlever la poussi&#232;re. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Dehors c'&#233;tait encore autre chose. Nous allions dans la steppe l'&#233;t&#233;, lorsque le l&#233;don fleurissait. Avant d'y aller, nous devions d'abord nous laver les mains avec du savon. [&#8230;] &#171; Il ne faut en aucune fa&#231;on prendre la racine, disait-elle. Sinon nous enlevons la vie &#224; cette plante. &#187; C'est la nature qui nous offre ces m&#233;dicaments [&#8230;] Parfois., elle nous enfumait avec les plantes. Quel parfum ! &#171; J'enl&#232;ve toute la salet&#233;, la vermine, les maladies avec, disait-elle, toute impression d&#233;sagr&#233;able&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Notre grand-m&#232;re nous disait toujours, lorsque nous emmenions les vaches dans les champs ou lorsque nous donnions &#224; manger aux cochons et aux poules, qu'il ne fallait pas les brutaliser. &#171; Il ne faut en aucun cas les battre, ni les insulter, ni cracher sur eux, car c'est de leur viande et de leur lait que nous vivons. &#187; [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Notre p&#232;re, notre grand-m&#232;re, notre m&#232;re nous disaient toujours : &#171; Il ne faut creuser la terre que si tu as besoin d'elle, pas seulement pour jouer ! &#187; C'est ainsi qu'on nous enseignait [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Et quand nous tuions [&#8230;] des b&#234;tes pour faire des provisions d'hiver &#8211;, nous jetions toujours un morceau de viande, de gras dans le feu du po&#234;le, remerciant ainsi le feu, qui est lui aussi sacr&#233;, de donner vie &#224; tout ce qui est vivant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Un jour, nous avons abattu une vache que nous avons tous pleur&#233;e ensuite, m&#234;me maman, une vache que nous aimions beaucoup, au pelage rouge ; elle nous nourrissait depuis dix ans de son lait. Mais notre p&#232;re, &#233;duqu&#233; par ma grand-m&#232;re, nous dit, je m'en souviens encore : &#171; Que pouvons-nous faire ? Elle a vieilli. Elle ne pourra pas vivre ainsi jusqu'&#224; la vieillesse. Qui aurait le temps de s'en occuper ? [&#8230;] Auparavant, nous ferons un rituel &#8211; nous le faisons encore actuellement. Et apr&#232;s l'avoir tu&#233;e, nous lui avons chuchot&#233; &#224; son oreille &#171; Om mani padme hum &#187;, un mantra bouddhiste, pour qu'elle renaisse dans une situation sup&#233;rieure, un &#234;tre humain, en tous cas qu'elle monte d'un &#233;chelon.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Et ma grand-m&#232;re disait toujours : &#171; Le feu et l'eau, ce sont deux forces indomptables. Si nous nous adressons mal &#224; elles, elles balayeront tout sur leur passage. Les autres, le vent par exemple, peut souffler 3 ou 5 jours, mais il finira bien par s'arr&#234;ter. Mais le feu, si on ne l'amadoue pas, si l'on ne s'excuse pas, il ne s'arr&#234;tera pas. Il peut tout d&#233;truire, tout br&#251;ler. Et c'est pareil pour l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Elle croyait en le Tr&#232;s-Haut. Et moi, toute ma vie, toute mon enfance, je me demandais o&#249; il &#233;tait, pourquoi il ne se montrait pas ! Je crois que chaque personne doit croire en quelqu'un, avoir confiance en quelqu'un. Et ce quelqu'un, je pense que c'est Dieu. Et Dieu, je pense que c'est la nature.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Et elle me disait toujours qu'&#224; chaque peuple ses r&#232;gles, mais que dans le fond elles vont toutes dans le m&#234;me sens : sauvegarder le monde environnant, parce que c'est dans ce monde que nous vivons&#8230; En r&#233;sum&#233;, tout le monde doit sauvegarder l'environnement pour pouvoir dire ensuite que les enfants, les petits enfants sont heureux, et ainsi de suite. &#187; [Traduction libre du russe au fran&#231;ais]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La citation commence par &#171; une grande image &#187; du monde et se termine de la m&#234;me fa&#231;on, selon la vision du monde oriental qui, comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, part du global avant de r&#233;duire son regard. Nous voyons, ici, le r&#244;le du r&#233;cit dans l'&#233;ducation quotidienne, qui int&#232;gre et p&#233;rennise la transmission culturelle : respect et reconnaissance pour toute forme de vie, pour les &#233;l&#233;ments (eau, terre, feu et vent) avec lesquels la population entretient un rapport plus ou moins animiste, influence du chamanisme et du bouddhisme qui sera &#233;voqu&#233; plus clairement dans l'interview qui suit. Le r&#233;cit permet &#224; chacun de se situer et m&#234;me de se responsabiliser dans son environnement, ainsi que de se construire sa vision du monde, &#224; la fois singuli&#232;re et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e o&#249; travaille Khanda Gunzynova fonctionne comme une grande famille o&#249; chacun apprend &#224; vivre collectivement, &#224; collaborer. C'est une &#233;ducation &#224; la collectivit&#233;, mais aussi au d&#233;veloppement personnel. Ici, nulle grille n'enserre le lyc&#233;e, juste une barri&#232;re en bois en d&#233;limite les contours. L'objectif est de former des jeunes autonomes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce lyc&#233;e, il leur est propos&#233; de se donner des objectifs personnels en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour vivre dans un monde difficile. Ils doivent &#234;tre capables de r&#233;pondre aux besoins de leur communaut&#233;, de prendre le relais en suivant les valeurs traditionnelles, mais aussi ils doivent apprendre &#224; utiliser les outils modernes (dont Internet) pour s'ajuster &#224; la fois au lieu et &#224; l'&#233;poque ; mais toujours essayant de conserver la sagesse li&#233;e &#224; l'o&#239;kos, qui fixe la mesure des choses, garde-fou contre l'ubris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transmission perdure, malgr&#233; l'influence puissante de l'&#233;ducation contemporaine venant des villes et du monde occidental, l'Internet envahissant, la difficult&#233; &#224; garder vivante la langue bouriate et la d&#233;t&#233;rioration de la nature observ&#233;e au niveau mondial, qui n'&#233;pargne pas le lac Ba&#239;kal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On compte de nombreux incendies de for&#234;t autour du Ba&#239;kal depuis quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, bien qu'il soit consid&#233;r&#233; comme sacr&#233;. Les &#233;ducateurs s'adaptent comme ils le peuvent aux r&#233;alit&#233;s du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Beligma, jeune femme travaillant dans le journal local de ce m&#234;me village, poursuit cette &#233;ducation &#233;cologique animiste reli&#233;e &#224; la tradition ancestrale tout en constatant tristement sa d&#233;perdition. Elle s'adapte et r&#233;siste n&#233;anmoins, fid&#232;le &#224; son &#233;ducation traditionnelle,proche de &#171; l'enracinement dynamique &#187;de Maffesoli dont nous avons parl&#233; pr&#233;c&#233;demment. (Maffesoli, 2021, pp. 81-82, 95) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi les Bouriates portaient-ils des chaussures avec le bout point&#233; vers le ciel ? C'est parce que chez nous, il n'y a pas une religion, mais une croyance &#8211; le chamanisme. La nature enti&#232;re, toute la localit&#233;, chaque arbre de la nature, dans chaque localit&#233;, chaque arbre a son &#171; esprit &#187;. Et nous ne devons surtout pas l'offenser. Notre Terre-m&#232;re, nous ne devons pas la salir. C'est la m&#234;me chose pour les rivi&#232;res. Il est vrai qu'actuellement, pour parler de salet&#233;&#8230; il y en a beaucoup. Les gens ne pr&#234;tent plus attention &#224; ce qu'ils font. Ils disent : &#171; Donnez-nous des conteneurs, nous les ramasserons &#187;. Nous perdons le lien avec la terre. Ceux qui font attention &#224; ce qu'ils font, cependant, restent en lien, ils enl&#232;vent m&#234;me ce qui se trouve sur le chemin, une branche, une b&#251;che, des pierres &#8211; c'est ce qu'on appelle &#171; Bujan &#187;, faire quelque chose de bien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elle estime fondamental, comme Khanda Gunzynova, l'apprentissage &#224; la responsabilit&#233; personnelle de chacun qu'elle illustre par des mouvements de jeunes qui veulent garder vivantes ces valeurs bouriates :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Chacun doit faire ce qu'il a &#224; faire. Il n'y a pas d'autre solution. Il faut faire revivre cette relation attentive que nous avions, dans le temps, avec la nature : Actuellement, j'ai mis en place une association municipale pour les jeunes, &#224; partir de mouvements d&#233;j&#224; existants [&#8230;] qui re&#231;urent divers moyens financiers. Nous avons pu, ainsi, r&#233;aliser diverses actions communes de ramassage d'ordures. [&#8230;] C'est &#224; travers ce mouvement que j'ai pu renforcer ma relation avec la nature. Quand tu vois de tes propres yeux comment tout cela se fait, tu essayes par toi-m&#234;me de tout nettoyer, enlever toute cette pollution [&#8230;] Tu as envie de t'adresser &#224; chacun pour qu'ils pr&#234;tent attention &#224; ce qu'ils font et &#224; ce que font leurs enfants, pour qu'ils &#233;duquent leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Et maintenant, j'&#233;duque ma fille pour qu'elle ne pollue pas, qu'elle soit attentive &#224; ce qu'elle fait, et quand elle voit quelque chose tra&#238;ner sur le sol ou dans la rue pr&#232;s d'un bac &#224; ordure, elle y va et le ramasse. &#199;a la d&#233;range !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme Khanda, Beligma insiste sur l'importance de l'&#233;galit&#233; d'humeur qu'elle pense venir du lien de la personne avec la nature. La nature est un ma&#238;tre, un ma&#238;tre qui apporte connaissance et purifie l'ambiance :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Chez nous lorsqu'il y a un mariage, on dit : &#171; S'il fait beau c'est tr&#232;s bien, s'il pleut c'est encore mieux &#187;. Parce que la pluie enl&#232;ve tout ce qui pourrait &#234;tre n&#233;gatif, comme le fait une source, consid&#233;r&#233;e comme sacr&#233;e. Et quand il y a du soleil, c'est aussi tr&#232;s bien, cela signifie que la vie des mari&#233;s sera longue, heureuse, claire [&#8230;] Il n'y a pas chez nous de temps consid&#233;r&#233; comme mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;ducation spirituelle leur vient du chamanisme et du bouddhisme, deux courants qui selon elle, se m&#234;lent intimement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Il y a des chamanes et des lamas qui nous apportent leur aide. Il y a aussi des Russes. On s'adresse aux lamas, on s'adresse aux chamanes, ou encore on va &#224; l'&#233;glise. Cela ne pose aucun probl&#232;me. &#187; [&#8230;] Je pense que le bouddhisme et le chamanisme agissent de la m&#234;me fa&#231;on. Qu'est-ce que le bouddhisme ? Une philosophie, ce n'est pas une religion. Elle apprend, plus largement, &#224; vivre, &#224; avoir de la compassion pour tout &#234;tre vivant. Il en est de m&#234;me du chamanisme. Pas de la compassion, mais plut&#244;t une relation respectueuse envers tout, envers les hommes, la nature. Ne pas casser les branches dans le bois. Ne pas cr&#233;er d'incendie. Tout cela interf&#232;re avec le bouddhisme, r&#233;sonne de part et d'autre. Nous n'imaginons m&#234;me pas comment il pourrait en &#234;tre autrement. C'est comme &#231;a. Et c'est ainsi que nous &#233;duquons nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beligma nous explique pourquoi elle a choisi de revenir dans son village alors qu'elle avait du travail en ville :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; - L'&#233;ducation bouriate n'est pas une &#233;ducation de la ville. Elle est li&#233;e &#224; la nature. C'est dans les villages, essentiellement, qu'elle rena&#238;t et se d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Ainsi beaucoup de jeunes reviennent dans leur village natal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Oui beaucoup. &#187; [traduction libre du russe au fran&#231;ais]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons dans ces entretiens les valeurs traditionnelles bouriates impr&#233;gn&#233;es de formation &#233;coformatrice, l'importance de l'&#233;ducation au respect, &#224; l'autonomie et &#224; la reconnaissance ; mais aussi, les points cl&#233;s qui caract&#233;risent le courant &#233;cosophique de Maffesoli, le lien personne/territoire qui soutient la communaut&#233; tout en respectant chaque personne. L&#224; encore, la spiritualit&#233; occupe une place pr&#233;pond&#233;rante, indissociable de la nature, elle-m&#234;me indissociable de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la R&#233;publique bouriates, bien qu'elle ne soit pas v&#233;ritablement autonome, il y a &#233;galement une volont&#233; de pr&#233;server la culture bouriate/mongole et sa langue, ainsi que son territoire, fid&#232;le aux valeurs inscrites sur son drapeau et son hymne. Les f&#234;tes culturelles gardent une place importante, comme tout ce qui concerne la culture (th&#233;&#226;tre, folklore, chorales), traditionnelle ou moderne, suivant les diff&#233;rents espaces locaux, nationaux, interculturels (culture mongole).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la perte de lien avec la nature &#233;voqu&#233;e par Beligma, des associations s'efforcent de palier le probl&#232;me. Ainsi l'association fond&#233;e par Nina Dagbaeva (Dagbaeva, 2002), chercheuse bouriate en Sciences de l'&#201;ducation, organise des exp&#233;ditions pour remettre les jeunes en contact intime avec la nature, de m&#234;me que des projets culturels et scientifiques sp&#233;cifiques pour qu'ils gardent le lien avec leur culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bouriatie, petit pays qui maintient le lien avec la tradition tout en &#233;tant plong&#233; dans l'&#233;poque contemporaine, pourrait-elle, ainsi que d'autres cultures proches de la nature, jouer un r&#244;le de boussole face &#224; l'incertitude dont parle Edgar Morin, et apporter sa contribution pour repenser une &#233;ducation plus en phase avec la nouvelle &#232;re qui se profile ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant de constater la concordance de vues d'un chercheur de la Sorbonne, Michel Maffesoli, nourri de grec et de latin, avec un peuple si peu connu, au fin fond de la Sib&#233;rie. Je pense, quant &#224; moi, qu'on peut en trouver l'explication dans cette m&#234;me vision de la vie qui les anime : s'alimenter &#224; la source premi&#232;re, dans ce qui est, la nature, mais aussi la nature des &#234;tres, &#171; la nature des choses &#187;. C'est peut-&#234;tre l&#224; que peuvent se rejoindre les &#233;cosophes, autour de cette &#171; &#233;mergence &#187; dont parle F&#233;lix Guattari : &#171; Mon probl&#232;me c'est de repartir de la position de l'&#234;tre-au-monde &#224; l'&#233;tat naissant, ce n'est pas quelque chose que l'on trouve tout fait devant soi [&#8230;] &#187; (Guattari, 2013, p. 88). D'o&#249; l'importance primordiale du lieu (o&#239;kos) o&#249; &#171; le commun &#187; est magnifi&#233;, pour une &#233;ducation exp&#233;rientielle qui englobe toutes les strates de la vie. Nous retrouvons en Bouriatie cette sagesse &#171; &#233;cosophique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maffesoli observe de nouveaux courants, mouvements, soul&#232;vements, en particulier dans la jeunesse, qui s'associent volontiers et redonnent, comme nous l'avons vu, du sens au &#171; nous &#187; &#224; c&#244;t&#233; du &#171; je &#187;, et d&#233;couvrent &#171; l'&#234;tre avec &#187;, ce besoin de vivre ensemble, besoin naturel occult&#233; par l'&#233;ducation individualiste, notamment dans notre &#233;poque contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Bouriates, il s'agit de leur socle philosophique premier, qu'il vienne de sources chamaniques ou/et bouddhistes, l'une et l'autre ancr&#233;es dans la nature : tout est en lien. Il suffit de les retrouver et les entretenir, les cultiver. Un concept/id&#233;ogramme bouddhique Ita&#239; doshin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id&#233;ogramme chinois inscrit en phon&#233;tique fran&#231;aise&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (litt&#233;ralement un seul c&#339;ur dans diff&#233;rents corps) explique bien la vision orientale de l'&#233;thique de l'&#233;ducation : favoriser le d&#233;veloppement et l'&#233;mancipation de chaque personne en particulier et leur capacit&#233; &#224; &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187;. Cette tension entre les deux, comme &#171; une r&#233;sistance &#233;lectrique &#187;, donne du &#171; corps &#187;, de la densit&#233;, &#224; la soci&#233;t&#233; comme &#224; chaque personne, et permet de faire appara&#238;tre la joie de vivre inh&#233;rente &#224; la vie dont il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, le destin de la communaut&#233; humaine ne d&#233;pendrait-il pas de sa capacit&#233; &#224; cr&#233;er des liens avec ce qui nous environne ? Edgar Morin, dans son parcours, n'a cess&#233; de se rapprocher de cette pens&#233;e : les solutions viendraient de la base, des personnes li&#233;es &#224; leur terroir, &#171; de ces petites rivi&#232;res &#187; pr&#233;sentes en tous lieux qui n'ont plus qu'&#224; se rencontrer&#8230; Comment faire advenir plus rapidement ce processus sinon par l'&#233;ducation ? Un enseignement fondamental associ&#233; &#224; une &#233;ducation tout au long de la vie permettrait sans doute de comprendre et d'agir dans le monde, en accueillant la r&#233;alit&#233; telle qu'elle se pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arne Naess, A. (2017). Une &#233;cosophie pour la vie - Introduction &#224; l'&#233;cologie profonde. Paris : Les &#201;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boy, V. (2017). S'&#233;duquer en Bouriatie, anciennement terre nomade - &#192; la recherche de &#171; maillons manquants &#187;. Th&#232;se de doctorat in&#233;dite. Universit&#233; Paris 8 &#224; Saint-Denis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dagbaeva, N. (2002). Des mod&#232;les d'&#233;coles &#224; tendance &#233;cologique dans l'espace &#233;ducatif de la r&#233;gion du Ba&#239;kal. Oulan-Oud&#233; : minist&#232;re de l'&#201;ducation bouriate (traduction fran&#231;aise du titre de l'ouvrage &#233;dit&#233; en russe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cottereau, D. (2001). Formation entre terre et mer. Alternance &#233;coformatrice, Paris : L'Harmattan, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guattari, F. (2013). Qu'est-ce que l'&#201;cosophie ? Paris : Lignes/imec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guattari, F. (1989). Les Trois &#233;cologies. Paris : Galil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kimata, R. (2019). Le concept d'une &#233;ducation se poursuivant tout au long de la vie de Tsunesaburo Makiguchi. Dans N. Blondeau, V. Boy et A. Potolia (dir.), L'&#201;cole sans murs - Une &#233;cole de la reliance. (p. 189-204). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maffesoli, M. (2017). &#201;cosophie - Une &#233;cologie pour notre temps. Paris : Les &#201;ditions du Cerf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maffesoli, M. (2021). L'&#232;re des soul&#232;vements. Paris : Les &#201;ditions du Cerf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Makiguchi T. (1995). &#201;ducation pour un vie cr&#233;atrice de valeurs. Paris : &#201;ditions du Rocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Makiguchi, T., Bethel D. (2002). A Geography of Human Life. San Francisco : Caddo Gap Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin, E. (1993). Terre-Patrie. Paris : Les &#201;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin, E. (2005). Introduction &#224; la pens&#233;e complexe. Paris : &#201;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau. G. (1992). De l'air ! Essai d'&#233;coformation. Paris, Pa&#239;deia, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pineau G. (2019). L'&#233;coformation : une voie buissonni&#232;re tr&#232;s bio-diversifi&#233;e de recherche-formation &#224; et par l'environnement. Dans N. Blondeau, V. Boy et A. Potolia (dir.), L'&#201;cole sans murs - Une &#233;cole de la reliance. (p. 89-98). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radnaeva, L. (2019). Exp&#233;rience d'une &#233;ducation &#233;cologique dans une &#233;cole rurale. Dans N. Blondeau, V. Boy et A. Potolia (dir.), L'&#201;cole sans murs - Une &#233;cole de la reliance. (p.179-185). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robin, M-M., en collaboration avec Morand, S. (2021). La fabrique des pand&#233;mies - Pr&#233;server la biodiversit&#233;, un imp&#233;ratif pour la sant&#233; plan&#233;taire. Paris : La d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sandakova, S. (2019). La culture &#233;cologique et religieuse des peuples nomades d'Asie centrale. Dans N. Blondeau, V. Boy et A. Potolia (dir.), L'&#201;cole sans murs - Une &#233;cole de la reliance (p.115-128). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uchnitska&#239;a, A. (2019). L'&#233;ducation nationale en r&#233;publique f&#233;d&#233;rale. Transformations et innovations : exemple d'une &#171; &#233;cole hors les murs &#187; en Iakoutie. Dans N. Blondeau, V. Boy et A. Potolia (dir.), L'&#201;cole sans murs - Une &#233;cole de la reliance. (p. 179-185). Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; A. Naess et F. Guattari ajustent chacun de leur c&#244;t&#233; leur propre concept en 1989. (&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-chimeres-2015-3-page-41.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-chimeres-2015-3-page-41.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journaliste d'investigation et r&#233;alisatrice&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mot-cl&#233; de Morin (Morin, 2010, p. 67)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GREF : Groupe de Recherche sut l'&#201;coformation&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#224; noter encore une fois que la nature dont parle Maffesoli englobe la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Caract&#233;ristique d'un &#233;cosyst&#232;me qui r&#233;siste aux changements (perturbations) et conserve un &#233;tat d'&#233;quilibre. &#187; Larousse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette recherche de terrain en R&#233;publique bouriate s'est effectu&#233;e entre 2012 et 2017, lors de 6 voyages d'observation en immersion, chaque ann&#233;e, de un &#224; deux mois chaque fois, durant l'&#233;laboration de ma th&#232;se soutenue en 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au passage, petit clin d'&#339;il &#224; Maffesoli qui use du m&#234;me mot &#171; tribu &#187; (Maffesoli, 2021, p. 69) dans un contexte postmoderniste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette partie de terre nomade mongole a &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; la Russie par 2 trait&#233;s, en 1689 et en 1728.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pieu est un objet consid&#233;r&#233; comme sacr&#233;. Il sert aussi &#224; attacher les chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les 3 couleurs du drapeau repr&#233;sentent la nature, l'&#233;thique et le spirituel. Le soyombo (foyer, lune et soleil), perdure sur les drapeaux mongols et bouriates.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Bouriates consid&#232;rent que le nomadisme en Mongolie est garant d'une &#233;thique de vie qui n'est pas conditionn&#233;e par le monde &#233;conomique et par cela m&#234;me, garant de leur culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans le territoire que s'ancre l'histoire familiale : Le lieu o&#249; est n&#233; un Bouriate, o&#249; a &#233;t&#233; enterr&#233; son placenta et ceux de sa famille, est traditionnellement sacr&#233;. Il le visite p&#233;riodiquement. De m&#234;me un soldat en campagne conserve avec lui, par tradition, un peu de terre de chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Tsydenjapova, Tu es dans mon c&#339;ur, Borto&#239;, Oulan-Oud&#233;, Bouriad Ounen, 2010. (Ouvrage en langue russe et bouriate. Traduction libre du titre)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeur de litt&#233;rature russe et bouriate, &#233;galement chamane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toute la lign&#233;e des enseignants est retranscrite dans ce livre, ainsi que les noms des &#233;l&#232;ves au fil des ann&#233;es, et le suivi de leur cursus au-del&#224; de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les samedis ouvr&#233;s sont des samedis pendant lesquels les &#233;coliers et les enseignants sont appel&#233;s &#224; travailler gratuitement pour le bien de leur communaut&#233;. Cette tradition remonte &#224; l'&#233;poque sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview r&#233;alis&#233;e &#224; Kijinga, ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce lyc&#233;e, il leur est propos&#233; de se donner des objectifs personnels en d&#233;but d'ann&#233;e scolaire, et de les &#233;valuer eux-m&#234;mes en fin d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On compte de nombreux incendies de for&#234;t autour du Ba&#239;kal depuis quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id&#233;ogramme chinois inscrit en phon&#233;tique fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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