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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>In&#232;s Leonarduzzi, R&#233;parer le futur - Du num&#233;rique &#224; l'&#233;cologie</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article16299.html</link>
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		<dc:date>2023-10-18T16:21:56Z</dc:date>
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		<dc:creator>Virginie Chaput</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un article repris de la revue Distances et m&#233;diations des savoirs, une publication sous licence CC by sa &lt;br class='autobr' /&gt;
Virginie Chaput, &#171; In&#232;s Leonarduzzi, R&#233;parer le futur - Du num&#233;rique &#224; l'&#233;cologie &#187;, Distances et m&#233;diations des savoirs [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 16 octobre 2023, consult&#233; le 18 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/dms/9494 &lt;br class='autobr' /&gt;
1In&#232;s L&#233;onarduzzi, fondatrice de l'organisation internationale non gouvernementale Digital for the Planet, nous emm&#232;ne par cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique25.html" rel="directory"&gt;Distances et M&#233;diations des Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/9494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris de la revue &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dms&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Distances et m&#233;diations des savoirs&lt;/a&gt;, une publication sous licence CC by sa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginie Chaput, &#171; In&#232;s Leonarduzzi, R&#233;parer le futur - Du num&#233;rique &#224; l'&#233;cologie &#187;, Distances et m&#233;diations des savoirs [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 16 octobre 2023, consult&#233; le 18 octobre 2023. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/dms/9494&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/dms/9494&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1In&#232;s L&#233;onarduzzi, fondatrice de l'organisation internationale non gouvernementale Digital for the Planet, nous emm&#232;ne par cet ouvrage, pour un voyage au c&#339;ur du num&#233;rique, allant de l'exploration de ses fondations enfouies sous les oc&#233;ans aux cimes des grandes entreprises de la Silicon Valley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, le ton est donn&#233; : sans tomber ni dans la technophilie ni dans son pendant phobique, le propos se veut clairvoyant et minutieux : ici le num&#233;rique sera analys&#233; m&#233;thodiquement. Si le num&#233;rique s'est longtemps par&#233; d'habits r&#233;volutionnaires en discours, son effet est sans appel. Il y a d&#233;calage entre les perspectives port&#233;es par les nouvelles technologies et les usages r&#233;els : &#171; j'ai progressivement pris conscience qu'elles n'&#233;taient pas toujours utilis&#233;es de la meilleure des fa&#231;ons, au vu du progr&#232;s consid&#233;rable que nous sommes en droit d'attendre &#187; (p. 14). Et c'est cet interstice creus&#233; par le d&#233;calage entre promesses progressistes, et r&#233;alit&#233; plut&#244;t synonyme d'effets n&#233;fastes pour l'environnement et les individus, que ce livre se propose d'explorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une volont&#233; de transversalit&#233; de l'analyse, il se d&#233;coupe en trois parties cherchant toutes &#224; d&#233;nouer les enjeux relationnels caract&#233;risant le num&#233;rique. D'abord avec l'environnement, ensuite avec l'humain et son intelligence, enfin avec l'organisation de nos soci&#233;t&#233;s. Ce livre peut &#234;tre lu en suivant deux logiques. Soit celle des pollutions g&#233;n&#233;r&#233;es par le num&#233;rique &#8211; environnementale, intellectuelle et soci&#233;tale. Soit celle des strat&#233;gies de production structurant le num&#233;rique jusqu'&#224; l'&#233;riger en institution. Cette approche de lecture nous permet alors de suivre, &#224; l'instar d'un produit manufactur&#233;, le cycle de production du num&#233;rique institutionnalis&#233;, en commen&#231;ant par les enjeux de conception des appareils pour finir par les implications sociales de sa d&#233;mocratisation, en passant par la structuration pr&#233;d&#233;finie de ses usages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'attend ainsi &#224; une critique des modalit&#233;s de production et de marchandisation du num&#233;rique. Attente ne nous emp&#234;chant pas de nous inqui&#233;ter d'un paradoxe mena&#231;ant : la d&#233;fense de l'&#233;cologie par la promotion du num&#233;rique. Alors, on esp&#232;re une r&#233;conciliation entre ces deux visions, pour une soci&#233;t&#233; ni laiss&#233;e aux prises du tout num&#233;rique, ni barricad&#233;e loin de ses lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Nos smartphones, enlis&#233;s dans des sables mouvants&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re externalit&#233; n&#233;gative trait&#233;e par l'auteure est celle de la pollution environnementale. L'auteure propose une analyse du cycle de vie du num&#233;rique, nous arr&#234;tant, en respectant la logique de cet outil normalis&#233;, &#224; chaque &#233;tape cl&#233; pour en &#233;valuer les impacts environnementaux (Aissani, Collet, B&#233;line, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est en premier lieu interrog&#233;e, la production des dispositifs. Terres rares, or et argent, autant de m&#233;taux qu'il faut extraire des entrailles de la Terre pour annoncer une v&#233;rit&#233; d&#233;cevante d'&#233;vidence : nos appareils &#233;lectroniques sont loin de la l&#233;g&#232;ret&#233; nuageuse qu'ils promettent. Et ces premiers composants ne sont pas les seuls &#233;l&#233;ments qui font du num&#233;rique une industrie polluante : leur assemblage g&#233;n&#232;re de nombreux flux provocateurs d'&#233;missions de gaz &#224; effets de serre, sans compter sur les immenses c&#226;bles qui strient la plan&#232;te pour que les donn&#233;es puissent voguer en toute qui&#233;tude, d&#233;rangeant par la m&#234;me les &#233;quilibres sous-marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure met en exergue la continuit&#233; colonialiste dans laquelle s'ancre l'industrie num&#233;rique en portant son analyse sur l'internationalisation des enjeux &#233;conomiques et de production lui &#233;tant propres (Bentouhami-Molino, 2015) et en interrogeant la sp&#233;cificit&#233; des enjeux sociaux, notamment le travail des enfants, li&#233;s &#224; ce contexte. Elle souligne aussi les difficult&#233;s g&#233;opolitiques v&#233;cues au Congo entre 1998 et 2002 et cristallis&#233;es autour de l'exploitation du Coltan, notamment pour le profit de grandes soci&#233;t&#233;s mini&#232;res europ&#233;ennes et chinoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'identification de la probl&#233;matique s'ancre surtout dans une approche postcoloniale, soit une critique des rapports asym&#233;triques entre pays du sud et du nord cristallis&#233;s autour d'enjeux &#233;conomiques, la perspective port&#233;e par l'auteure r&#233;pond-elle &#224; une logique d&#233;coloniale dont la sp&#233;cificit&#233; r&#233;side dans la prise en compte de la terre (C&#244;t&#233;, 2019). Elle appelle ainsi &#224; une pr&#233;cision de l'origine et de la composition d&#233;taill&#233;e des appareils num&#233;riques, les lestant d&#232;s lors de r&#233;alit&#233;s g&#233;ographiques, sociales et politiques. Cette approche r&#233;solument d&#233;coloniale (Boidin, 2009) consacre l'originalit&#233; et la profondeur du propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second effet n&#233;gatif concerne la pollution li&#233;e aux usages. Est ainsi pr&#233;cis&#233; : &#171; En 2018, le num&#233;rique repr&#233;sente plus de 10 % de la consommation &#233;lectrique mondiale, augmentant d'environ 9 % par an &#187; (p. 22). Le d&#233;calage entre les discours h&#233;g&#233;moniques vantant des usages sans cons&#233;quences permis par la virtualisation et la r&#233;alit&#233; de la pollution environnementale g&#233;n&#233;r&#233;e par nos pratiques est identifi&#233; par l'auteure dans ses observations de la m&#233;connaissance g&#233;n&#233;rale des bons comportements pour limiter ces impacts. Et ce criant besoin de connaissances est li&#233; au caract&#232;re impalpable de la pollution engendr&#233;e par les usages num&#233;riques : pas de d&#233;mat&#233;rialisation permise par ces derniers, seulement une mat&#233;rialit&#233; invisible (Vidalenc, 2022). Si l'auteure donne un certain nombre de pistes exploitables individuellement, on d&#233;plore ici le manque de prise de hauteur collective et institutionnelle du propos. Remis en perspective avec les promesses du num&#233;rique soulign&#233;es au d&#233;but de l'ouvrage : &#171; &#8220;Save the planet, go paperless&#8221;, ils disaient &#187; ; ce chapitre ouvre des questions prometteuses sur l'exploitation &#233;conomique et discursive de l'impalpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me effet, enfin, concerne le non-recyclage des outils num&#233;riques, une probl&#233;matique bien document&#233;e. Face &#224; ce constat d&#233;plorable &#8211; seulement 18 % des m&#233;taux pr&#233;sents dans les ordinateurs sont recycl&#233;s (Cailloce, 2018) et 53,6 millions de tonnes de d&#233;chets &#233;lectroniques ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;es sur l'ann&#233;e 2019 seule (Forti, 2020) &#8211; l'auteure propose d'inverser la r&#233;flexion en travaillant sur l'&#233;co-conception des produits : et on retrouve donc l'analyse du cycle de vie des produits dont le regain d'int&#233;r&#234;t (Couveinhes, 2012) semble plus crucial que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'internaute mod&#232;le ne dort jamais&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie de l'ouvrage se consacre &#224; l'analyse des effets nocifs du num&#233;rique sur le plan intellectuel : illectronisme, addictions et troubles cognitifs. Si, d'apr&#232;s l'auteure, l'illectronisme favorise le sentiment d'exclusion et la perte d'estime de soi, elle est loin d'&#234;tre la seule &#224; en saisir les in&#233;galit&#233;s sociales induites. Par sa num&#233;risation en cours, dans un souci de facilitation des d&#233;marches (Kesteman, 2020), l'administration participe &#224; aggraver les in&#233;galit&#233;s sociales, le num&#233;rique n&#233;cessitant l'acquisition d'appareils co&#251;teux et de comp&#233;tences cl&#233;s (Pasquier, 2022). Les personnes ayant des faibles revenus et n'&#233;tant pas dipl&#244;m&#233;es voient ainsi augmenter leur &#233;loignement des services publics, la comp&#233;tence num&#233;rique &#233;tant corr&#233;l&#233;e au niveau d'&#233;tudes, &#224; l'&#226;ge et &#224; la cat&#233;gorie socio-professionnelle (Kesteman, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure consid&#232;re l'aggravation de cette tendance par la fin de l'espace internet commun favoris&#233; par le sur&#233;quipement des individus. D'un usage collectif des outils num&#233;riques &#8211; gr&#226;ce aux cybercaf&#233;s &#8211; nous sommes pass&#233;s &#224; une utilisation quotidienne et individuelle. D&#232;s lors, c'est notre rapport &#224; ces outils qui interroge. Si elle ne nie jamais leur int&#233;r&#234;t, elle met en garde contre les addictions et les difficult&#233;s cognitives induites. La d&#233;pendance aux outils num&#233;riques pose de nombreux probl&#232;mes et en particulier aux plus jeunes, en participant au floutage des fronti&#232;res entre r&#233;alit&#233; et vie num&#233;rique tout en offrant une infinit&#233; de nouveaux possibles. D&#232;s lors, na&#238;t un d&#233;fi : trouver l'&#233;quilibre pour optimiser son usage et ne pas risquer l'illectronisme sans pour autant sombrer dans l'addiction. Et si l'addiction est une menace si s&#233;rieuse, c'est que le num&#233;rique affecte nos cognitions, en alt&#233;rant nos capacit&#233;s de concentration et la qualit&#233; de notre sommeil ou encore en modifiant nos interactions avec d'autres m&#233;diums &#8211; l'auteure illustre tr&#232;s justement cet effet par sa nouvelle habitude de toujours avoir plusieurs livres en court, &#224; l'image de la multitude d'onglets ouverts simultan&#233;ment dans un navigateur web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces probl&#233;matiques, elle propose un arsenal de solutions essay&#233;es par ces soins : accompagner son enfant dans la construction de ses usages num&#233;riques, organiser son quotidien de fa&#231;on &#224; contrer l'addiction en d&#233;finissant des temps clairs d'utilisation&#8230; Des propositions qui interrogent, &#224; la d&#233;couverte du quadrillage algorithmique striant nos outils pour nous pousser &#224; toujours vouloir revenir. Si la probl&#233;matique est institu&#233;e structurellement &#224; des fins marchandes, pourquoi proposer une r&#233;ponse &#224; &#233;chelle individuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14Pour rendre compte de la richesse de cette posture, nous proposons de la penser en perspective des pens&#233;es d'Ivan Illich et de John Dewey. En effet, une des ripostes possibles contre le caract&#232;re d&#233;l&#233;t&#232;re du num&#233;rique, serait de le remettre &#224; sa place d'outil au service de l'humain et, l'une des mani&#232;res d'y parvenir pourrait r&#233;sider dans l'autolimitation, composante de la soci&#233;t&#233; conviviale (Illich, 1974). Enfin, pour John Dewey, face &#224; une situation contextuelle probl&#233;matique, nous r&#233;agissons afin de r&#233;tablir un &#233;quilibre : l'exp&#233;rience redonne &#224; l'individu sa capacit&#233; de d&#233;veloppement tout en permettant son adaptation au collectif gr&#226;ce &#224; la gouvernance de soi (Zask, 2022). D&#232;s lors, l'auteure propose de favoriser la responsabilit&#233; individuelle, permettant une souverainet&#233; face aux outils num&#233;riques : un projet &#233;minemment d&#233;mocratique qui, par l'exp&#233;rience et la limitation individuelle, viendrait court-circuiter les d&#233;rives structurelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Le num&#233;rique ou comment d&#233; faire soci&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re partie, l'auteure s'attache d'abord &#224; r&#233;v&#233;ler la couture qui caract&#233;rise le paradoxe entre l'isolement induit par les pratiques num&#233;riques et le besoin d'appartenance guidant pourtant nos comportements en ligne. Une individualisation de nos modes de vie (Donnat, 1994), temp&#233;r&#233;e donc et qu'elle explique en partie par la perte de besoin de sensorialit&#233;, d&#233;j&#224; apport&#233; par le toucher de nos &#233;crans et par la d&#233;connexion avec la r&#233;alit&#233;, faisant du num&#233;rique un refuge et un espace &#233;mancipateur. Valeur port&#233;e par les pionniers du num&#233;rique, l'&#233;mancipation &#233;tait promise par la capacit&#233; d'agir offerte aux citoyens par les outils num&#233;riques (Auray, Ouardi, 2014). Une attente retranscrite notamment sur les r&#233;seaux sociaux dans la permission de repr&#233;sentation des identit&#233;s marginalis&#233;es et donc de r&#233;paration qu'ils apportent (Tortajada, Kerfa, 2022). De la fuite &#224; l'int&#233;gration de communaut&#233;s num&#233;riques, il n'y a qu'un pas. Fond&#233;es sur certains aspects de nos personnalit&#233;s, ces communaut&#233;s s'appuyant sur une intimit&#233; instrumentale (Flichy, 2008) r&#233;pondent &#224; nos besoins d'appartenance, ce qui favorise selon l'auteure une uniformisation de la pens&#233;e et donc une polarisation des d&#233;bats, ph&#233;nom&#232;ne soutenu par la concentration m&#233;diatique, forte en r&#233;gime num&#233;rique (Flichy, 2008). Pour l'auteure, cet &#233;tat de fait met &#224; mal notre capacit&#233; &#224; vivre ensemble et ce notamment au regard de l'&#233;mergence et de la consolidation de nombreuses sph&#232;res d'opinion, &#224; l'instar des manosph&#232;res, constitu&#233;es en opposition aux discours f&#233;ministes jug&#233;s socialement trop influents (Morin, M&#233;sangeau, 2022). Et bien que la notion de communaut&#233; en ligne soit discut&#233;e (Loriato, 2021), l'auteure s'inqui&#232;te ici de ce que le besoin d'appartenance combl&#233; par l'adh&#233;sion &#224; des opinions et discours tranch&#233;s ne favorise pas une extr&#233;misation de nos cat&#233;gories et modes de pens&#233;e, risque qu'elle relie aux effets cognitifs pr&#233;c&#233;demment annonc&#233;s et amenuisant notre ma&#238;trise de la nuance. Une vision quelque peu catastrophiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me enjeu soci&#233;tal soulign&#233; concerne le rapport aux donn&#233;es num&#233;riques. L'auteure se concentre sur la production de donn&#233;es &#224; &#233;chelle individuelle et regrette l'impens&#233; que ces dons recouvrent. D&#233;passant la seule perspective apocalyptique quant &#224; la mise en p&#233;ril potentielle de la d&#233;mocratie et de la libert&#233; individuelle (Bullich, Clavier, 2018), elle avance ainsi que la donn&#233;e personnelle puisse &#234;tre un outil servant la souverainet&#233; num&#233;rique individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux usages des donn&#233;es, elle y voit deux d&#233;rives possibles. Transmettre ses donn&#233;es sans condition reviendrait &#224; une forme de renoncement &#224; l'intimit&#233; et donc &#224; une perte de richesse dans nos socialisations : si tout est dit, &#224; quoi bon se rencontrer ? Une psychologisation des rapports sociaux dont on continue pourtant d'attendre beaucoup : la r&#233;alisation mutuelle de soi par l'intersubjectivit&#233; sans cadre (Ehrenberg, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, elle s'inqui&#232;te du devenir de nos donn&#233;es qui, une fois c&#233;d&#233;es, peuvent servir les dessins les plus funestes entre lib&#233;ralisme incontr&#244;lable et contr&#244;le politique aveugle. Ce chapitre nous appara&#238;t particuli&#232;rement porteur dans les perspectives d'exp&#233;rimentation quant &#224; la souverainet&#233; citoyenne, dans le cadre d'un rapport &#224; la donn&#233;e repens&#233;, qu'il sugg&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Un ouvrage seulement sur le num&#233;rique ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la lecture de la conclusion que l'on en saisit toute l'ambition du travail de l'auteure. Premi&#232;rement, une question se trouve &#234;tre le filigrane de tout l'ouvrage : comment se positionner par rapport au num&#233;rique et, &#224; fortiori, &#224; la technologie. L'auteure nous propose ainsi un certain nombre de postures : r&#233;glementer, &#233;duquer, accompagner ou encore s'autolimiter ; autant de pistes pour finalement faire sortir le num&#233;rique du point aveugle social dans lequel il s'&#233;panouit. Et si ce dernier occupe une place si pr&#233;pond&#233;rante et pourtant impens&#233;e, c'est qu'il jouit d'un v&#233;hicule id&#233;al : le progr&#232;s. Le livre se cl&#244;ture donc sur cette colle : il nous faut d&#233;finir collectivement la place que l'on donne au num&#233;rique et, par la m&#234;me, questionner le progr&#232;s technique. Si le num&#233;rique adoss&#233; au progr&#232;s semble aller de soi, c'est que nous nous inscrivons collectivement dans le mythe moderne du progr&#232;s (von Wright, 2000), soit une croyance qui veut que le progr&#232;s s'inscrive dans la nature humaine et soit donc la voie &#233;vidente &#224; suivre (Bouveresse, 2002). Il est important de questionner notre rapport au progr&#232;s et &#224; la technique, car ces derniers conditionnent nos repr&#233;sentations de l'environnement et, l'histoire ne date pas d'hier : entre performativit&#233; positive appos&#233;e aux techniques par les pens&#233;es de Francis Bacon ou encore de Ren&#233; Descarte et rationalisation utilitariste comme cadre autorisant l'exploitation de la nature &#224; des fins autres que de subsistance (Le Roux, 2016), nos relations &#224; l'environnement sont intrins&#232;quement li&#233;es &#224; nos ambitions progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, dans la continuit&#233; de ce questionnement, l'auteure interroge la souverainet&#233; citoyenne. &#192; chaque chapitre, cette constante : le num&#233;rique doit &#234;tre mis au service du d&#233;veloppement humain et non s'&#233;riger en cat&#233;gorie asservissante qui participe &#224; la normalisation des usages au nom du progr&#232;s technique et de la logique n&#233;olib&#233;rale. Ce livre offre une illustration large et fourmillante d'exemples concrets pour tous ceux qui souhaitent travailler les th&#233;matiques du num&#233;rique. Il est aussi un point de d&#233;part pertinent pour permettre l'exploration de nouvelles pistes de recherche. Au regard de notre lecture, nous avons notamment rep&#233;r&#233; la n&#233;cessit&#233; de compl&#233;ter la critique de la situation oligopolistique du num&#233;rique par une analyse des discours mobilis&#233;s par les acteurs alternatifs et une &#233;tude des enjeux relationnels caract&#233;risant leurs rapports avec les acteurs h&#233;g&#233;moniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, la souverainet&#233; d&#233;mocratique est un v&#339;u de l'auteure que nous avons retrouv&#233; tout au long du livre en tant que r&#233;servoir de lutte contre les pollutions num&#233;riques : nous pensons qu'il y a l&#224; terreau pour explorer et analyser les attentes de performativit&#233; &#8211; presque de r&#233;paration d&#233;mocratique &#8211; quant &#224; la participation num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, il semble int&#233;ressant de poursuivre la critique de l'auteure quant &#224; l'aspect incontournable du num&#233;rique pour le questionner par la notion de style de vie et interroger cette donn&#233;e au regard des enjeux environnementaux. Autrement dit : comment relever le d&#233;fi pos&#233; par les d&#233;r&#232;glements climatiques si certains styles de vie se fondent en partie sur l'acquisition de biens num&#233;riques ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des DOI sont automatiquement ajout&#233;s aux r&#233;f&#233;rences par Bilbo, l'outil d'annotation bibliographique d'OpenEdition.&lt;br class='autobr' /&gt;
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DOI : 10.3917/set.012.0078&lt;/p&gt;
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DOI : 10.3917/mouv.079.0013&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Cailloce, L. (2018). Num&#233;rique : le grand g&#226;chis &#233;nerg&#233;tique. CNRS le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233;, I. (2019). Th&#233;orie postcoloniale, d&#233;colonisation et colonialisme de peuplement : quelques rep&#232;res pour la recherche en fran&#231;ais au Canada. Cahiers franco-canadiens de l'Ouest, 31(1), 25-42. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.7202/1059124ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.7202/1059124ar&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.7202/1059124ar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couveinhes, P. (2012). &#201;ditorial. Annales des Mines - Responsabilit&#233; et environnement, 66(2), 5-6. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/re.066.0005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/re.066.0005&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.3917/re.066.0005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnat, O. (1994). Les Fran&#231;ais face &#224; la culture : de l'exclusion &#224; l'&#233;clectisme. La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
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DOI : 10.3917/res.150.0159&lt;/p&gt;
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DOI : 10.3406/caf.2020.3417&lt;/p&gt;
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DOI : 10.4000/ilcea.14842&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loriato, C. (2021). Participer &#224; un collectif d'usagers en ligne : faire &#171; communaut&#233; &#187; : Le cas d'une ar&#232;ne num&#233;rique de discussion sur la pr&#233;vention du VIH. Questions de communication, 39, 311-328. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.25744&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.25744&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.4000/questionsdecommunication.25744&lt;/p&gt;
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DOI : 10.4000/mots.30542&lt;/p&gt;
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