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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Esquisse d'&#233;thique et d'une politique minimaliste de la science ouverte</title>
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		<dc:date>2023-10-13T14:02:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Roellens</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article proc&#232;de de la philosophie politique de l'&#233;ducation et de l'&#233;thique interdisciplinaire et fait fond sur la multir&#233;f&#233;rentialit&#233; et l'interdisciplinarit&#233; constitutives des sciences de l'&#233;ducation et de la formation. Nous y montrons que la philosophie morale et politique de Ruwen Ogien peut &#234;tre pr&#233;cieuse pour penser les enjeux &#233;thico-politiques de la science ouverte au XXI&#232;me si&#232;cle ainsi que le cadre axiologique dans lequel peuvent s'inscrire des politiques publiques ; ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique19.html" rel="directory"&gt;Adjectif&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article proc&#232;de de la philosophie politique de l'&#233;ducation et de l'&#233;thique interdisciplinaire et fait fond sur la multir&#233;f&#233;rentialit&#233; et l'interdisciplinarit&#233; constitutives des sciences de l'&#233;ducation et de la formation. Nous y montrons que la philosophie morale et politique de Ruwen Ogien peut &#234;tre pr&#233;cieuse pour penser les enjeux &#233;thico-politiques de la science ouverte au XXI&#232;me si&#232;cle ainsi que le cadre axiologique dans lequel peuvent s'inscrire des politiques publiques ; ces derni&#232;res pouvant &#234;tre largement reconnues comme l&#233;gitimes dans ce domaine. Nous pr&#233;sentons de mani&#232;re synth&#233;tique les th&#232;ses centrales de cet auteur (1), puis montrons en quoi il peut nous aider &#224; penser la justification de la large diffusion du savoir par l'utilit&#233; sociale d'une telle d&#233;marche (2), ainsi qu'un certain nombre de ressources pour y relever les d&#233;fis de l'int&#233;grit&#233; scientifique et de la gestion des donn&#233;es (3). Nous r&#233;ins&#233;rons enfin ces quelques &#233;l&#233;ments &#224; l'horizon plus vaste d'un humanisme num&#233;rique (4).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;https://adjectif.net/spip.php?article588&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; de la revue &lt;a href=&#034;https://www.adjectif.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adjectif&lt;/a&gt;, par Camille Roelens du Centre Interdisciplinaire de Recherche en &#201;thique de l'Universit&#233; de Lausanne une publication sous licence Creative Commons by nc sa&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://adjectif.net/spip.php?rubrique46&#034; rel=&#034;directory&#034;&gt;Num&#233;ro th&#233;matique num&#233;ro 2 de la revue Adjectif&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La science ouverte promeut la diffusion sans entrave des publications et des donn&#233;es de la recherche en vue de g&#233;n&#233;raliser l'acc&#232;s aux savoirs. C'est une prise de conscience que la science et la connaissance sont des biens communs qui doivent donc &#234;tre partag&#233;s par toutes et tous. La science ouverte (Open Science) &#171; s'appuie sur l'opportunit&#233; que repr&#233;sente la mutation num&#233;rique pour d&#233;velopper l'acc&#232;s aux publications et aux donn&#233;es de la recherche &#187;. Elle vise &#233;galement &#224; augmenter l'efficacit&#233; de la recherche en facilitant la d&#233;couverte, l'acc&#232;s, l'interop&#233;rabilit&#233; et la r&#233;utilisation des donn&#233;es, et contribue &#224; une science plus transparente, plus rapide et plus universelle. Par ailleurs elle constitue un levier important de promotion de la connaissance et de confiance des citoyens dans la science&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[[ . Voir aussi :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article proc&#232;de de la philosophie politique de l'&#233;ducation &#8211; con&#231;ue comme &#233;tude conceptuelle de la conversion du projet d&#233;mocratique en pratiques &#233;ducatives (Blais et al., 2002/2013) formatives, et ici scientifiques &#8211; et de l'&#233;thique interdisciplinaire (dans ses dimensions compr&#233;hensives comme normatives. Nous y ferons, de plus, fond sur la multir&#233;f&#233;rentialit&#233; et l'interdisciplinarit&#233; constitutives des sciences de l'&#233;ducation et de la formation. Nous ne pr&#233;senterons pas ici d'enqu&#234;tes ou de donn&#233;es empiriques. Nous d&#233;velopperons plut&#244;t un parcours r&#233;flexif intertextuel, avec une double exigence de coh&#233;rence th&#233;orique interne et de coh&#233;rence heuristique externe. Notre objectif est donc de contribuer &#224; donner des outils conceptuels pour penser des transformations en cours dans la vie de la recherche aujourd'hui et nous y orienter. Nous nous confrontons en particulier &#224; la probl&#233;matique de la science ouverte, que nous situons au sein d'un mouvement plus large de num&#233;risation du monde. Nous nous en tiendrons enfin &#224; un discours que l'on pourra trouver &#224; bon droit affect&#233; d'un certain degr&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233;, et ce &#224; titre d'une prudence m&#233;thodologique propre au type de travail de philosophie de l'&#233;ducation que nous menons (Foray, 2016) : il ne s'agit pas pour nous de tomber dans la prescription trop facile et d&#233;tach&#233;e ou de pr&#233;tendre &#224; une posture de surplomb l&#233;gif&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point de d&#233;part sera ici la lecture du Deuxi&#232;me Plan national pour la science ouverte. G&#233;n&#233;raliser la science ouverte en France 2021-2024 publi&#233; par le Minist&#232;re de l'Enseignement sup&#233;rieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI) en 2021. On peut y lire que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La science ouverte est la diffusion sans entrave des r&#233;sultats, des m&#233;thodes et des produits de la recherche scientifique. Elle s'appuie sur l'opportunit&#233; que repr&#233;sente la mutation num&#233;rique pour d&#233;velopper l'acc&#232;s ouvert aux publications et &#8211; autant que possible &#8211; aux donn&#233;es, aux codes sources et aux m&#233;thodes de la recherche. Elle permet &#224; la recherche financ&#233;e sur fonds publics de conserver la ma&#238;trise des r&#233;sultats qu'elle produit. Elle construit un &#233;cosyst&#232;me dans lequel la science est plus transparente, plus solidement &#233;tay&#233;e et reproductible, plus efficace et cumulative. Elle induit une d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs, utile &#224; l'enseignement, &#224; la formation, &#224; l'&#233;conomie, aux politiques publiques, aux citoyens et &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Elle constitue enfin un levier pour l'int&#233;grit&#233; scientifique et favorise la confiance des citoyens dans la science (p. 7)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce plan est orient&#233; autour de quatre axes principaux (p. 4-5) : 1&#176; G&#233;n&#233;raliser l'acc&#232;s ouvert aux publications ; 2&#176; Structurer, partager et ouvrir les donn&#233;es de la recherche ; 3&#176; Ouvrir et promouvoir les codes sources produits par la recherche ; 4&#176; Transformer les pratiques pour faire de la science ouverte le principe par d&#233;faut. Il se veut donc un changement majeur dans les conceptions de la recherche ayant court pour aborder le XXI&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'ignorons pas que de nombreuses voix se font entendre par ailleurs pour s'inqui&#233;ter plus globalement des effets secondaires de politiques d'&#233;valuation de la recherche (lire notamment sur ce point Romainville et al., 2013) &#224; fort enjeu pour les parties prenantes, craignant par exemple que cela n'am&#232;ne certains &#224; n&#233;gliger les int&#233;r&#234;ts scientifiques propres de leur champ au profit de la recherche de capital personnel sous forme de nombre de publications class&#233;es. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, il existe aujourd'hui une critique de sensibilit&#233; anti-utilitariste (voir notamment Caill&#233; et Chanial, 2009) des &#233;volutions des politiques publiques concernant l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche, qui n'h&#233;site pas &#224; en appeler &#224; une certaine responsabilit&#233; des chercheurs de ne pas rentrer dans des logiques que ces m&#234;mes critiques qualifient de n&#233;o-lib&#233;ralisation ou de marchandisation de la recherche. Nous jugeons que le fait de tenter de tenir un discours diff&#233;rent, mais n&#233;anmoins vigilant au plan &#233;thique, constitue ici une contribution plus originale que de paraphraser ces critiques anti-utilitaristes ou de s'en faire simplement l'&#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, l'existence d'un tel plan questionne entre autre : 1&#176; les conditions auxquelles un tel type de discours peut faire autorit&#233; aujourd'hui, c'est-&#224;-dire &#234;tre largement admis sans contrainte et ne pas devoir uniquement s'en remettre aux moyens de forcer le changement (Roelens, 2022a) ; 2&#176; le type de cadres &#233;thiques et politiques dont il sera possible voire n&#233;cessaire de se doter pour accompagner une telle dynamique (sur le type de questions classiquement soulev&#233;es en &#233;thique de la recherche (Th&#233;ry et al., 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories et propositions axiologiques disponibles (on distingue classiquement trois familles d'&#233;thiques normatives, respectivement d&#233;ontologistes, vertuistes et cons&#233;quentialistes, avec un grand nombre de variations contemporaines, notamment autour des th&#233;oriques de la justice) sont alors, comme on s'en doute, irr&#233;ductiblement plurielles. Parmi elles, celles formul&#233;es par l'&#233;thicien fran&#231;ais et th&#233;oricien du minimalisme moral Ruwen Ogien ne sont sans doute ni les plus connues ni les plus travaill&#233;es. Y ayant consacr&#233; nous-m&#234;mes un certain nombre de travaux ant&#233;rieurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A cela s'ajoute plusieurs textes actuellement sous presse ou en lecture dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Roelens, 2020, 2021a, 2021b, 2021c, 2022b) montrant l'actualit&#233; et la f&#233;condit&#233; de ces approches pour les questions vives actuelles en &#233;ducation et formation, elles nous semblent pourtant &#8211; outre leur originalit&#233; &#8211; potentiellement tr&#232;s pr&#233;cieuses pour penser les enjeux &#233;thiques de l'ouverture des donn&#233;es, de l'&#233;dition scientifique et du partage social des savoirs dans un monde num&#233;rique&#171; ce syntagme met l'accent sur la dimension anthropologique, plut&#244;t que strictement technique, des environnements virtuels, ainsi que sur des aspects fondamentaux de la relation humaine selon les fonctions qui ne sont, ni strictement rationnelles, ni directement utiles : informationnels, communicationnels (solidarit&#233;s par exemple), cognitifs, culturels, mais aussi imaginaires, po&#233;tiques, spirituels &#187; (Albero, et al., 2019, p. 592).]] , nous y orienter &#233;thiquement, et m&#234;me y penser le cadre axiologique dans lequel peuvent s'inscrire des politiques publiques pouvant &#234;tre largement reconnues comme l&#233;gitimes dans ce domaine. Nous explorerons ici plus sp&#233;cifiquement deux pistes d'investigation structurantes pour le type de d&#233;marche r&#233;flexive que nous envisageons : la premi&#232;re touche &#224; tout ce qui concerne la t&#226;che de convaincre les acteurs de s'engager dans une d&#233;marche de science ouverte, et la seconde a trait au type d'&#233;thique de la recherche qui peut ensuite &#234;tre red&#233;fini pour cadrer une telle pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re partie, nous pr&#233;senterons succinctement la philosophie morale et politique minimaliste d'Ogien, et donnerons quelques arguments justifiant quelque chose comme son affinit&#233; &#233;lective avec la culture num&#233;rique, qui la rende tr&#232;s utile pour penser de concert le couple d&#233;mocratisation/num&#233;risation dans lequel les projets de promotion de la science ouverte susmentionn&#233;s semblent s'inscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me partie, nous montrerons qu'un certain nombre de pr&#233;cautions auxquelles Ogien nous demande de souscrire dans nos discours et jugements moraux et politiques sont utiles pour penser le type de promotion de la diffusion large du savoir sur lequel il peut &#234;tre le plus pertinent et efficace de s'appuyer dans une d&#233;mocratie pluraliste contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une troisi&#232;me partie, nous mettrons plus sp&#233;cifiquement en lumi&#232;res les ressources minimalistes &#8211; dont en particulier la distinction faite par Ogien entre les pr&#233;judices et les offenses, la conception actualis&#233;e qu'il mobilise de la prudence et sa compr&#233;hension des paniques morales &#8211; qui peuvent &#234;tre utiles pour penser moralement l'int&#233;grit&#233; scientifique et la gestion des donn&#233;es au XXI&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une br&#232;ve ouverture conclusive nous permettra de sugg&#233;rer qu'une &#233;thique et une politique de la science ouverte pens&#233;es &#224; l'aune de ce minimalisme pourraient consister un rouage de choix d'un humanisme num&#233;rique pleinement d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire capable de tourner le dos &#224; ce que les humanismes pr&#233;c&#233;dents avaient de maximaliste (c'est-&#224;-dire de pr&#233;tention &#224; prescrire tout un art de vivre, et non uniquement des r&#232;gles de respects des individus et de coop&#233;ration &#233;quitable).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Du minimalisme (et de son application au couple d&#233;mocratie/num&#233;rique)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Ruwen Ogien est abondante et plurielle, puisque les premi&#232;res d&#233;cennies de sa carri&#232;re scientifique sont plut&#244;t marqu&#233;es par la pr&#233;gnance d'approches sociologiques de la pauvret&#233; et de l'exclusion sociale dans un premier temps, puis par l'influence de la philosophie morale analytique de langue anglaise dans un second temps. Nous nous concentrons ici sur la derni&#232;re partie de son &#339;uvre, sch&#233;matiquement des quinze derni&#232;res ann&#233;es de sa carri&#232;re et de sa vie (il est d&#233;c&#233;d&#233; en 2017) o&#249; il &#233;labore une philosophie morale d'abord, politique ensuite, d'ambition normative et d'une grande originalit&#233; (2007a, 2013, 2016), m&#234;me s'il s'inscrit lui-m&#234;me dans les sillages respectifs de John Stuart Mill et de John Rawls. En sch&#233;matisant, Ogien rejette les conceptions morales maximalistes qui visent &#224; prescrire tout un art de vivre et non uniquement des principes de respect mutuel et de coop&#233;ration &#233;quitable. Pour lui, les &#233;thiques d&#233;ontologistes (de Kant) et vertuistes (d'Aristote) sont maximalistes (Ogien se r&#233;clame plut&#244;t du cons&#233;quentialisme, soit la troisi&#232;me option classique en &#233;thique normative). Il s'oppose &#224; tout moralisme (soit la tendance &#224; penser d&#233;tenir la seule vraie conception du bien et que tout irait mieux si tout le monde la partageait), &#224; tout paternalisme (tendance &#224; vouloir imposer cette conception aux autres cens&#233;ment pour leur bien) et &#224; tout perfectionnisme (id&#233;e que l'on devrait &#339;uvrer pour la r&#233;alisation d'une certaine conception de la perfection humaine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son &#233;thique minimale se r&#233;sume &#224; l'articulation de trois principes non redondants : &#171; indiff&#233;rence morale du rapport &#224; soi-m&#234;me &#187; ; &#171; non-nuisance &#224; autrui &#187; ; &#171; &#233;gale consid&#233;ration de chacun &#187; (2007, p. 196). De son point de vue, nous avons globalement tous spontan&#233;ment tendance &#224; chercher d'une part &#224; trop &#233;tendre le champ de ce qui rel&#232;verait des jugements moraux, et d'autre part &#224; trop nous laisser aller &#224; chercher &#224; imposer nos propres conceptions du bien aux autres, au lieu de nous en tenir &#224; une attitude de tol&#233;rance et de neutralit&#233; : &#234;tre minimaliste est donc un travail sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son rejet du paternalisme se prolonge dans sa philosophie politique, puisque celle-ci est toute enti&#232;re b&#226;tie sur &#171; trois crit&#232;res d'&#233;valuation des interventions coercitives et non coercitives de l'&#201;tat : permissivit&#233; morale, rejet des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales, et usage parcimonieux de la force &#187; (2013, p. 263). Il r&#233;voque donc toute possibilit&#233; de contraindre les individus cens&#233;ment pour leur bien, ou encore pour les contraindre au respect de suppos&#233;s devoirs envers eux-m&#234;mes, des groupes ou encore des id&#233;ologies. Ogien d&#233;fend ainsi une conception n&#233;gative de la libert&#233; : il se n'agit pas, dans une perspective de lib&#233;ralisme politique et moral de d&#233;finir ce que serait la bonne mani&#232;re d'&#234;tre vraiment libre, mais de d&#233;finir des espaces de permissivit&#233; o&#249; une libert&#233; individuelle, comprise avant tout comme absence de contrainte, peut s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir pos&#233; ailleurs un certain nombre d'&#233;l&#233;ments et de jalons pour une rencontre heureuse des propositions minimalistes avec les probl&#233;matiques de la d&#233;mocratisation et de la num&#233;risation du monde aujourd'hui, nous permet d'y renvoyer pour le d&#233;tail et de faire directement fond dessus ci-apr&#232;s. Pr&#233;cisons d'abord simplement que, parmi les affinit&#233;s &#233;lectives entre ces &#233;l&#233;ments, le tropisme r&#233;solument libertaire et &#233;galitaire du minimalisme - avec pour horizon la permissivit&#233; maximale et la contrainte minimale compatibles avec le respect des trois principes moraux et des trois principes politiques pr&#233;sent&#233;s ci-avant &#8211; consonne avec des traits structurants de la culture num&#233;rique, du moins au plan des valeurs mises en avant par nombres d'acteurs ayant produit des textes th&#233;oriques et autres manifestes et d&#233;clarations dans ce domaine (Blondeau et Latrive, 2000 ; Rieffel, 2014), m&#234;me si cela n'est pas forcement suivi d'effets au niveau des pratiques industrielles, par exemple au sein des GAFAM (Collectif, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Diffuser largement le savoir : discours de la vocation et du devoir moral vs discours de l'utilit&#233; sociale ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Plan national pour la science ouverte. G&#233;n&#233;raliser la science ouverte en France 2021-2024 (MESRI, 2021), &#233;voqu&#233; en introduction a pour ambition explicite de mettre en place et d'activer des &#171; leviers de transformation afin de g&#233;n&#233;raliser les pratiques de science ouverte et il en pr&#233;sente des d&#233;clinaisons disciplinaires et th&#233;matiques &#187; (p. 7). Son donneur d'ordre, autrement dit le minist&#232;re de tutelle, souhaite ainsi &#171; engager un processus de transformation durable afin de faire de la science ouverte la pratique commune et partag&#233;e, encourag&#233;e par l'ensemble de l'&#233;cosyst&#232;me international de l'enseignement sup&#233;rieur, de la recherche et de l'innovation &#187; (ibid.) et pr&#233;cise que &#171; la loi de programmation de la recherche de 2020, (...) inscrit la science ouverte dans les missions des chercheurs et des enseignants-chercheurs &#187; (ibid.). Si l'ambition de diffusion largement de savoirs est explicite et ne fait pas de doute, il peut exister ensuite, au niveau de son impl&#233;mentation en particulier, une pluralit&#233; de discours justificatifs visant &#224; ce que les acteurs concern&#233;s reconnaissent l'autorit&#233; d'une telle prescription, et consentent pleinement non seulement &#224; la mettre en &#339;uvre mais &#224; s'y investir et m&#234;me &#224; y &#234;tre force de proposition le cas &#233;ch&#233;ant. Un possible, fr&#233;quemment employ&#233; par exemple dans la formation des enseignants et la pr&#233;sentation qui leur est faite des diff&#233;rentes r&#233;formes qu'ils doivent mettre en &#339;uvre consiste en un discours de l'exemplarit&#233;, de la vocation et du devoir moral envers soi (Roelens, 2021d). Transpos&#233; dans le cadre d'une telle politique de science ouverte, cela consisterait &#224; nourrir &#224; destination des chercheurs un discours visant &#224; leur faire &#233;prouver qu'ils se doivent &#224; la diffusion du savoir, ou encore qu'ils ont vocation &#224; accro&#238;tre le champ de la connaissance humaine et &#224; en assurer la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose, dans une perspective minimaliste telle que nous l'avons esquiss&#233;e ci-avant, un certain nombre de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;vident nous parait &#234;tre que cela ne traite pas le sujet, si l'on ose dire, &#224; son juste niveau. &#192; la rigueur, ce que chaque chercheur pense en son for int&#233;rieur &#234;tre une pratique vertueuse o&#249; la mani&#232;re dont il con&#231;oit sa vocation n'est pas l'essentiel : ce n'est pas en soi envers soi-m&#234;me ou une entit&#233; symbolique (la science, le savoir, la connaissance&#8230;) que les chercheurs ont des devoirs moraux et des responsabilit&#233;s politiques dans un tel sch&#233;ma, ce n'est m&#234;me pas avant tout envers la communaut&#233; scientifique dont ils participent, c'est bien plus fondamentalement envers la soci&#233;t&#233; qui choisit d'allouer une partie de ses ressources au financement de leurs activit&#233;s et travaux. Bref, c'est avant tout un discours de l'utilit&#233; sociale qui ici peut se tenir &#224; l'&#233;cart de tout maximalisme tout en maximisant ses chances d'&#234;tre entendu et admis. On pourrait parler d'une perspective utilitaire au sens large, ou encore, dans les termes du lib&#233;ralisme politique de Rawls (1993/1995), d'un principe de coop&#233;ration en vue de l'avantage mutuel entre les chercheurs et les autres membres de la soci&#233;t&#233; o&#249; ils vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela engage en quelque sorte &#224; un nouveau contrat social entre les intellectuels et les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques o&#249; ils &#233;voluent. Longtemps lesdits intellectuels se sont pens&#233;s comme de v&#233;ritables l&#233;gislateurs &#233;thico-politiques &#8211; charg&#233;s de juger du bien et du juste &#8211; puis ils durent, peu &#224; peu, se faire plut&#244;t interpr&#232;tes (Bauman, 1987/2007 ; Ory et Sirinelli, 1986/2004). Des dynamiques comme celles de la science ouverte ou encore de la multiplication des &#233;v&#232;nements et sollicitations dans le domaine de la m&#233;diation scientifique semblent appeler encore &#224; une &#233;tape suppl&#233;mentaire : celle de l'assomption d'une posture d'intellectuel d&#233;mocratique et de chercheur public, au sens profond et exigent de ces deux termes (Nora, 1980). Se confronter &#224; de telles questions, c'est donc plus globalement se confronter au difficile exercice de d&#233;finition de ce que peuvent &#234;tre une culture d&#233;mocratique et un rapport au savoir sp&#233;cifique &#224; la d&#233;mocratie moderne. Corr&#233;lativement, une &#233;thique de la science ouverte pour aborder le XXI&#232;me si&#232;cle peut alors &#234;tre saisie comme une d&#233;clinaison sectorielle d'une exigence intellectuelle plus vaste, celle de penser une &#233;thique substantiellement d&#233;mocratique en rompant plus r&#233;solument que cela n'est souvent fait avec des cadres et ressources axiologiques qui ne sont pas solubles dans l'ethos d&#233;mocratique. Pour ce faire, l'&#233;thique minimale est, nous semble-t-il, des plus pr&#233;cieuses, et l'illustre bien par les ressources qu'elle fournit face &#224; certains d&#233;fis &#233;thiques de la science ouverte en particulier, comme nous allons le voir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Int&#233;grit&#233; scientifique et gestion des donn&#233;es : ressources minimalistes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le cadre de sa d&#233;fense de la libert&#233; d'expression en art jusqu'&#224; la libert&#233; d'offenser, Ogien (2007b) a conceptualis&#233; une distinction pr&#233;cieuse, du point de vue &#233;thique, entre les pr&#233;judices et les offenses. Cette derni&#232;re nous semble en particulier pouvoir nous aider &#224; combiner, dans une perspective de science ouverte : 1&#176; une d&#233;fense ferme de la libert&#233; acad&#233;mique ; 2&#176; le respect des exigences de l'int&#233;grit&#233; scientifique ; 3&#176; une gestion &#233;thique des donn&#233;es. Ne rel&#232;ve du pr&#233;judice, en effet, que les actions qui portent clairement atteinte aux droits fondamentaux d'un ou de plusieurs individus humains, et qui peuvent donc &#234;tre repouss&#233;es sans ambages au nom du principe de non-nuisance : plagier un coll&#232;gue ou causer des d&#233;boires professionnels &#224; un enqu&#234;t&#233; en ne respectant pas un engagement d'anonymisation pris &#224; son endroit en proc&#232;de, par exemple. Il existe en revanche une tr&#232;s large gamme de r&#233;actions provocables chez autrui relevant de l'offense, et qui englobe aussi bien l'atteinte &#224; des choses symboliques et abstraites (l'image d'une institution ou une valeur morale revendiqu&#233;e par un &#233;tat, par exemple), ou encore ce qui est susceptible, dans sa r&#233;ception (et donc en particulier en cas de large diffusion) de provoquer de l'anxi&#233;t&#233;, de l'embarras, de montrer des choses d&#233;sagr&#233;ables &#224; voir, de d&#233;ranger les personnes dans leurs certitudes acquises et leurs repr&#233;sentations ancr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'exigence qu'a le chercheur de ne porter pr&#233;judice &#224; quiconque est une exigence qui p&#232;se en revanche l&#233;gitimement, d'un point de vue minimaliste, sur toute d&#233;marche de recherche scientifique. Nombre de th&#232;mes classiques de l'int&#233;grit&#233; scientifique, en particulier ceux r&#233;unissables sous la cat&#233;gorie de la lutte contre le plagiat, en proc&#232;dent. Sans doute la dynamique de science ouverte multiplie-t-elle encore le nombre de situations o&#249; il faut y prendre garde. Il est alors pr&#233;cieux de pouvoir faire fond sur la double d&#233;marche d'enrichissement et de clarification de la compr&#233;hension du principe de non-nuisance que permet la mani&#232;re dont Ogien, apr&#232;s Mill, le (re) travaille. On peut en enfin consid&#233;rer qu'une &#233;thique de la recherche ad&#233;quate est alors celle qui prend soin de ne pas nuire &#224; autrui, et qui int&#232;gre en particulier sa plus grande publicit&#233;, son accessibilit&#233; accrue et son traitement num&#233;rique comme autant d'occasion et de motifs &#224; la fois d'y &#234;tre vigilant, en particulier dans la gestion des donn&#233;es r&#233;colt&#233;es. En d'autres mots, est ici &#233;thique une enqu&#234;te qui ne porte pas pr&#233;judice aux enqu&#234;t&#233;s ni aux autres membres de la communaut&#233; scientifique. On peut aussi ajouter que la science ouverte peut avoir &#224; construire, encore, un certain nombre de ce qu'Ogien appellerait ses maximes d'action prudentielles, autrement dit une certaine appr&#233;hension partag&#233;e des meilleures ad&#233;quations de moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour atteindre les principales fins structurantes qu'elle se donne. Rien dans l'&#233;thique minimale ne s'y oppose, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est permis de penser, enfin, que l'&#233;thique et la politique de la recherche sont parfois de ces secteurs d'exercice du jugement humain qui succombent &#224; ce qu'Ogien nomme des paniques morales, qu'il d&#233;finit ainsi : &#171; 1. Le refus d'aller jusqu'au bout de nos raisonnements moraux, lorsqu'ils nous obligent &#224; endosser des conclusions incompatibles avec nos pr&#233;jug&#233;s les plus enracin&#233;s [ ; ] 2. La tendance &#224; toujours envisager le pire de la part [des] personnes [ ; ] 3. Le refus de payer le co&#251;t intellectuel de notre engagement envers certains droits [ ; ] 4. La tendance &#224; ne pas tenir compte du point de vue de celles et ceux dont on pr&#233;tend d&#233;fendre le bien-&#234;tre &#187; (Ogien, 2004, p. 46). Du point de vue &#233;thique d&#233;fendu par Ogien, la politique de science ouverte du MESRI serait donc justifiable tant qu'elle met en avant des devoirs des chercheurs envers les autres, autrement dit une certaine logique de justice et d'utilit&#233; sociale, mais ne le serait pas si elle entravait par trop leur libert&#233; de recherche ou pr&#233;tendait, m&#234;me lorsque les chercheurs d&#233;sapprouvent cette politique, n'agir que pour leur propre bien (soit une logique paternaliste). En d'autres mots, l'engagement d&#233;mocratique pour une recherche libre et ouverte a des cons&#233;quences qu'il faut &#234;tre pr&#234;t, tant &#233;thiquement que logiquement, &#224; assumer, et cela implique en particulier d'accepter une responsabilit&#233; &#233;thique importante laiss&#233;e aux chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un certain nombre de controverses r&#233;centes ayant touch&#233; le monde universitaire (par exemple les d&#233;nonciations de tendances dites wokes, qui ont pu &#234;tre per&#231;ues comme des menaces sur la libert&#233; acad&#233;mique) peuvent sans doute &#234;tre ressaisie &#224; cette aune. Mieux identifier tout ce qui rel&#232;ve de la simple panique morale dans ce registre peut alors permettre de concentrer l'exigence d'int&#233;grit&#233; scientifique sur les cas o&#249; des pr&#233;judices caus&#233;s par les chercheurs pourraient &#234;tre r&#233;ellement attest&#233;s. Sans doute les d&#233;bats sur l'engagement et le positionnement social des chercheurs ne sont-ils pas des probl&#233;matiques nouvelles, mais, en un sens, l'id&#233;al de la science ouverte en multiplie sans doute les occasions et les met &#224; port&#233;e de tous (ou encore, en fait la question de tous). La num&#233;risation du monde, et l'emballement que peuvent par exemple causer quelques lignes d'une publication sorties de leur contexte et diffus&#233;es sur un r&#233;seau social, accentue encore le caract&#232;re aigu de tels enjeux. Le d&#233;fi, en d'autres termes, d'une &#233;thique et d'une politique minimalistes de la science ouverte sera de maintenir ouvert les espaces de permissivit&#233; et de controverses les plus vastes possibles dans l'espace public et le monde scientifique, sans pour autant renoncer &#224; une certaine ambition normative, &#224; certaines conditions pr&#233;cises et dans certains cas o&#249; cela l'exige. On peut ainsi imaginer qu'elle cherche &#224; articuler une ouverture plus large quant aux crit&#232;res d'utilit&#233; sociale pouvant &#234;tre pris en compte pour justifier de l'&#233;quit&#233; de politiques publiques ambitieuses de soutien &#224; la recherche (en valorisant mieux les activit&#233;s de m&#233;diation, et non uniquement de mise &#224; disposition, des connaissances produites) et une d&#233;fense renouvel&#233;e de la libert&#233; acad&#233;mique au plan politique et moral.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Ouverture conclusive : science ouverte, humanit&#233; num&#233;rique et minimalisme moral&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une actualisation du projet humaniste (puis de l'id&#233;al des Lumi&#232;res) de libre partage du savoir est au c&#339;ur du plan pour la science ouverte sur lequel nous avons ouvert notre propos. Remarquons qu'en parall&#232;le, les publications traitant de l'av&#232;nement de l'homo numericus, compris comme une v&#233;ritable mutation anthropologique, font flor&#232;s (voir notamment : Cohen, 2022 ; Vallancien, 2017), tandis que les humanit&#233;s num&#233;riques (Van Hooland et al., 2016 ; Vinck, 2016/2020) deviennent peu &#224; peu un champ de recherche et d'enseignement bien identifi&#233; dans le paysage acad&#233;mique, y compris par leur capacit&#233; &#224; susciter en retour un certain nombre de discours critiques (Granjon, 2016 ; Mounier, 2018). Certains n&#233;anmoins, en particulier Milad Doueihi (2011, 2013), plaident pour l'&#233;mergence et l'&#233;laboration d'un v&#233;ritable humanisme num&#233;rique au XXI&#232;me si&#232;cle. Dans son esprit, cela constituerait un quatri&#232;me &#226;ge de l'humanisme apr&#232;s les trois identifi&#233;s en son temps par L&#233;vi-Strauss (humanisme de la Renaissance, humanisme bourgeois et exotique, humanisme d&#233;mocratique de l'&#233;panouissement des sciences humaines et sociales dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX&#232;me si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble toutefois qu'&#224; chacune de ces &#233;tapes une tension a pu exister entre la conception d'une connaissance qui pourrait avoir de la valeur en elle-m&#234;me (charge aux humains de bonne volont&#233; et d'esprit bien fait de le reconna&#238;tre) et la conception d'une recherche et d'une science avant tout au service de l'humanit&#233;, et m&#234;me plus pr&#233;cis&#233;ment encore des individus humains qui la composent. Si l'on prend au s&#233;rieux ce qui pr&#233;c&#232;de, on comprendra que, d'un point de vue minimaliste du moins, l'id&#233;e de devoirs envers un canon d'&#339;uvres pass&#233;es ou envers les progr&#232;s de la connaissance future n'a pas de sens : toutes ces choses valent parce qu'elles permettent, dans un contexte d&#233;mocratique, &#224; un nombre important d'individus de progresser vers le bien-&#234;tre, c'est ce qui fait la l&#233;gitimit&#233; de l'investissement qui y est allou&#233; et de l'&#233;nergie croissante mise &#224; les diffuser. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, cela nous engage aujourd'hui &#224; faire de l'exploration du triptyque &#233;thique, num&#233;rique et id&#233;ologie (Roelens et P&#233;lissier, &#224; paraitre en 2023) tout &#224; la fois un objet de recherche interdisciplinaire et de d&#233;bat public ouvert. Or les ressources fournies pour ce faire par la science ouverte et les espaces de permissivit&#233; &#233;thico-politique permis pour cela par le minimalisme sont alors tous deux pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Albero, B., Simonian, S. &amp; Eneau, J. (dir.) (2019). Des humains &amp; des machines : Hommage aux travaux d'une exploratrice. Editions Raison et Passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bauman, Z. (1987/2007). La d&#233;cadence des intellectuels. Des l&#233;gislateurs aux interpr&#232;tes. Actes Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blondeau, O., Latrive, F. (dir.). (2000). Libres enfants du savoir num&#233;rique. L'&#233;clat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caill&#233;, A., Chanial, P. (dir.). (2009). Dossier : L'Universit&#233; en crise Mort ou r&#233;surrection ? Revue du MAUSS, n&#176; 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohen, D. (2022). Homo numericus. La 'civiilsation' qui vient. Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif. (2021). Les GAFAM. Une histoire am&#233;ricaine. Questions internationales, n&#176; 109, 4-96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doueihi, M. (2011). Pour un humanisme num&#233;rique. Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doueihi, M. (2013). Qu'est-ce que le num&#233;rique ? Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foray, P. (2016). La description de l'exp&#233;rience comme objet et m&#233;thode de la philosophie de l'&#233;ducation. Le T&#233;l&#233;maque, n&#176;5 0, 67-72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Granjon, F. (dir.). (2016). Dossier : Critique des humanit&#233;s num&#233;riques. Variations, n&#176; 19, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/variations.670&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/variations.670&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Minist&#232;re de l'Enseignement sup&#233;rieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI) (2021). Deuxi&#232;me Plan national pour la science ouverte. G&#233;n&#233;raliser la science ouverte en France 2021-2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mounier, P. (2018). Les humanit&#233;s num&#233;riques. Une histoire critique. &#201;ditions de la Maison des Sciences de l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nora, P. (1980). Que peuvent les intellectuels ? Le D&#233;bat, n&#176; 1, 3-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien, R. (2004). La panique morale. Grasset &amp; Fasquelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien, R. (2007a). L'&#233;thique aujourd'hui. Maximalistes et minimalistes. Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien, R. (2007b). La Libert&#233; d'offenser : le sexe, l'art et la morale. La Musardine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien, R. (2013). L'Etat nous rend-il meilleurs ? Essai sur la libert&#233; politique. Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien, R. (2016). Mon d&#238;ner chez les cannibales. Grasset &amp; Fasquelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ory, P. et Sirinelli, J.-F. (1986/2004). Les intellectuels en France. Tempus Perrin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rawls, J. (1993/1995). Lib&#233;ralisme politique. Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rieffel, R. (2014). R&#233;volution num&#233;rique, r&#233;volution culturelle ? Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2020). Quelle &#233;thique pour l'&#233;ducation et la pr&#233;vention en sant&#233; ? &#201;ducation, Sant&#233;, Soci&#233;t&#233;s, n&#176; 6-1, 137-152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2021a). &#201;thique minimale, individualisme et &#233;ducation &#224; l'autonomie. &#201;thique en &#233;ducation et formation - Les dossiers du GREE, n&#176;10, 6-13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2021b). Du minimalisme &#233;thique et de l'art aujourd'hui. Dialogue avec Ruwen Ogien. Ethica, n&#176; 24-1, 69-84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2021c). Penser l'autonomie avec Ruwen Ogien. Un minimalisme appliqu&#233; comme geste philosophique dans la modernit&#233; d&#233;mocratique ? Dans E. Th&#233;odoropoulou, Actes de la 1&#232;re Pr&#233;-Biennale Internationale de Philosophie Pratique en ligne (pp. 166-179). L.R.Ph.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2021d). Bienveillance et exemplarit&#233;. Quelques r&#233;flexions sur la formation des professeurs des &#233;coles. Les Sciences de l'&#201;ducation &#8211; Pour l'&#200;re Nouvelle, n&#176; 54-1, 93-112. Roelens, C. (2022). Quelle autorit&#233; dans une soci&#233;t&#233; des individus ? Presses Universitaires de Rouen et du Havre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C. (2022b). Jalons pour une e&#769;thique minimaliste de (l'e&#769;ducation et de la formation a&#768;) l'autonomie dans un monde nume&#769;rique. Actes du colloque international LUDOVIA-CH 2022 'Vivre et apprendre dans un monde num'e&#769;thique' (en ligne : &lt;a href=&#034;https://ludovia.ch/new/wp-content/uploads/2022/04/actes_Ludovia_22.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ludovia.ch/new/wp-content/uploads/2022/04/actes_Ludovia_22.pdf&lt;/a&gt;), 1-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roelens, C., P&#233;lissier, C. (dir.). (&#224; paraitre en 2023). &#201;thique, num&#233;rique et id&#233;ologie aujourd'hui...et demain. Presses des Mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romainville, M., Goasdou&#233;, R.,&amp; Vantourout, M. (dir.). (2013). &#201;valuation et enseignement sup&#233;rieur. De Boeck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;ry, J.-F., Besnier, J.-M. &amp; Hirsch, E. (2011). &#201;thique et recherche. Un dialogue &#224; construire. Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vallancien, G. (2017). Homo Artificialis. Plaidoyer pour un humanisme num&#233;rique. Michalon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Hooland, S., Gillet, F., Hengchen, S. &amp; De Wilde, M. (2016). Introduction aux humanit&#233;s num&#233;riques : m&#233;thodes et pratiques. Sciences humaines et sociales. De Boeck Sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vinck, D. (2016/2020). Humanit&#233;s num&#233;riques. La culture face aux nouvelles technologies. Le Cavalier Bleu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Roelens&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[[ &lt;a href=&#034;https://anr.fr/fr/lanr/engagements/la-science-ouverte/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://anr.fr/fr/lanr/engagements/la-science-ouverte/&lt;/a&gt;. Voir aussi : &lt;a href=&#034;https://www.ouvrirlascience.fr/a-propos/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ouvrirlascience.fr/a-propos/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A cela s'ajoute plusieurs textes actuellement sous presse ou en lecture dans des revues scientifiques, qui nous permettent de traiter sur des bases analogues des probl&#233;matiques sp&#233;cifiques connexes &#224; celles que nous travaillons ici. Voir notamment le textes &#233;crit sous le titre provisoire suivant : &#171; Ressources heuristiques et pratiques du minimalisme de Ruwen Ogien pour l'approche critique des mutations num&#233;riques contemporaines en &#233;ducation &#187;.&lt;/p&gt;
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