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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Sans transition. Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie, notes de lecture </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Husson</dc:creator>



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&lt;p&gt;Jean-Pierre Husson, &#171; Sans transition. Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie &#187;, VertigO - la revue &#233;lectronique en sciences de l'environnement [En ligne], Lectures, mis en ligne le 16 janvier 2025, consult&#233; le 18 janvier 2025. URL : http://journals.openedition.org/vertigo/47074 &lt;br class='autobr' /&gt;
La collection Ecoc&#232;ne aborde les enjeux &#233;cologiques globaux afin de s'engager sur l'avenir de la plan&#232;te. Les ouvrages qui la compose apportent des analyses, d&#233;gagent des tendances, questionnent les sujets d'actualit&#233;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique38.html" rel="directory"&gt;Enseigner la transition &#233;cologique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Pierre Husson, &#171; Sans transition. Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie &#187;, VertigO - la revue &#233;lectronique en sciences de l'environnement [En ligne], Lectures, mis en ligne le 16 janvier 2025, consult&#233; le 18 janvier 2025. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/vertigo/47074&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/vertigo/47074&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collection Ecoc&#232;ne aborde les enjeux &#233;cologiques globaux afin de s'engager sur l'avenir de la plan&#232;te. Les ouvrages qui la compose apportent des analyses, d&#233;gagent des tendances, questionnent les sujets d'actualit&#233;. Dans ce cas pr&#233;cis, il s'agit des &#233;volutions &#233;nerg&#233;tiques, ce qui avait &#233;t&#233; formul&#233; en ces mots par le philosophe Bruno Latour : &#171; O&#249; atterrir ensemble ? &#187;. Le titre retenu par Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l'environnement est volontairement d&#233;rangeant, interrogateur, voire provocateur et avant tout novateur. En triturant le mot transition, il red&#233;finit le champ de l'histoire des techniques. L'auteur abandonne l'approche phasiste, c'est-&#224;-dire la progression par &#233;tapes, de l'histoire des &#233;nergies qui simplifie mais rend erron&#233;e nos lectures de la consommation &#233;nerg&#233;tique. Il s'ins&#232;re dans une d&#233;marche de nouvelle historicit&#233; des transitions &#233;nerg&#233;tiques. Il tend &#224; replacer ces temporalit&#233;s techniques dans nos imaginaires, ceux de l'imp&#233;rialisme du charbon puis de l'&#226;ge de l'&#171; or noir &#187; et encore de la &#171; f&#233;e &#187; &#233;lectricit&#233;. Cette derni&#232;re inspira le peintre Raoul Dufy qui cr&#233;a en 1937 une fresque de 600 m2 d&#233;sormais expos&#233;e au Mus&#233;e d'Art Moderne de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce volume succ&#232;de &#224; L'Apocalypse joyeuse (2012), L'&#233;v&#233;nement anthropoc&#232;ne (2013), Les r&#233;voltes du ciel (2020). Ce livre est tout &#224; la fois facile &#224; lire, d&#233;capant et savant (778 r&#233;f&#233;rences de bas de page report&#233;es en fin de volume, p. 335-407). En douze chapitres, il raconte l'histoire des transitions &#233;nerg&#233;tiques tiss&#233;es en confrontant des donn&#233;es politiques, en contextualisant les conjonctures &#233;co-d&#233;mographiques et en int&#233;grant l'impact des changements techniques sur le d&#233;roul&#233; de l'histoire. Ce faisceau de donn&#233;es explique les variations cr&#233;&#233;es par la mondialisation et la circulation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les pond&#233;reux. Ces temporalit&#233;s liss&#233;es, heurt&#233;es, acc&#233;l&#233;r&#233;es sont abord&#233;es dans les successions et t&#233;lescopages de syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques qui ont prosp&#233;r&#233; avant d'&#234;tre relay&#233;s par d'autres, souvent sans pour autant faiblir. Ainsi d&#233;couvre-t-on des accumulations &#233;nerg&#233;tiques intriqu&#233;es, avec in fine, des difficult&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir correctement au d&#233;fi climatique qui nous assaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat rend l'id&#233;e de transition &#233;trange, sauf si l'on se place dans une approche futuriste, h&#233;t&#233;rodoxe, mercantile (p. 14), mondialis&#233;e, syst&#233;mique et encore comparative avec les utilisations pass&#233;s des combustibles. Jean-Baptiste Fressoz tente une analyse mat&#233;rialiste des variations &#233;nerg&#233;tiques. Il relativise, compare, illustre. Par exemple, il souligne que l'actuelle Chine br&#251;le quinze fois de charbon que le Royaume-Uni &#224; l'apog&#233;e de l'&#232;re victorienne. Par l'amplitude de ses lectures, il sort de l'exception europ&#233;enne pour aborder son sujet dans une globalit&#233; qui fragilise et relativise l'ambition de d&#233;carbonation des pays importateurs de biens manufactur&#233;s. De facto, ces achats d&#233;portent sur les pays-usines la production de CO2. L'&#233;nergie n'est pas un r&#233;cit de progr&#232;s et de transition. Au contraire, elle est l'approche intriqu&#233;e de sources d'&#233;nergies qui s'&#233;paulent plus qu'elles ne se concurrencent. Ces &#233;nergies compagnonnent entre elles et font varier le bilan carbone entre les pays ateliers (au XIXe si&#232;cle le Royaume-Uni, aujourd'hui la Chine et la n&#233;buleuse des Dragons) et les pays importateurs. Ces dynamiques ne sont pas dict&#233;es par des r&#233;sistances ou des additions de moyens (bois, charbon, vent et eau par exemple). Elles s'expriment dans des coalescences de cercles plus ou moins vertueux, neutres ou d&#233;sastreux. L'essor du p&#233;trole et de l'automobile se sont r&#233;alis&#233;s en augmentant fortement la production du charbon et sa circulation de par la plan&#232;te alors que pr&#233;c&#233;demment les gisements dictaient l'essentiel des localisations industrielles (Lancashire, Ruhr, Pennsylvanie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre innove pour aborder et &#233;clairer la sortie attendue et esp&#233;r&#233;e du cycle carbone associ&#233; bien h&#226;tivement au capitalisme, &#224; la production de mat&#233;riaux, bref &#224; une d&#233;marche de consommation absolue. Par exemple, dans les ann&#233;es Trente, il fallait sept tonnes de charbon pour r&#233;aliser une voiture (p. 117). Pour l'auteur, l'histoire &#233;nerg&#233;tique est sans transition. Elle s'&#233;carte en cela des cadrages chronologiques et des r&#233;f&#233;rences aux syst&#232;mes. L'auteur remplace les transitions par des &#171; tuilages &#187; des sources d'&#233;nergie. Il s'int&#233;resse aux valeurs absolues et non aux dynamiques relatives. Il d&#233;montre que chaque passage se traduit par une forte croissance de la consommation de l'&#233;nergie qui semble avoir &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e au second rang. Ainsi, d&#232;s les ann&#233;es Trente, l'essor de la consommation de p&#233;trole porte celle du bois et conforte celle du charbon. Jean-Baptiste Fressoz tente une histoire symbiotique de l'&#233;nergie dans une &#233;criture dense, en injectant du politique dans les r&#233;cits, &#224; son go&#251;t trop lisses de l'histoire &#233;conomique de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;buter, les chapitres 1 &#224; 3 posent le sujet et sont introduits par une sorte de parabole sur la bougie. Les chapitres 4 &#224; 8 traitent des rapports entre bois, charbon puis p&#233;trole, &#233;lectricit&#233;, avec des successions et des dynamiques de remplacement qui, pour l'auteur, ne rel&#232;vent pas du processus de transition. Enfin, les chapitres 9 &#224; 12 montrent que la transition &#233;nerg&#233;tique n'est pas un outil pertinent pour suivre l'&#233;volution et aborder la confrontation aux actuels dangers d&#233;nonc&#233;s par le GIEC. Comment d&#233;carbonner la plan&#232;te alors que les trois quarts de l'acier exigent du charbon ? Comment &#171; d&#233;plastifier &#187; les oc&#233;ans et arr&#234;ter la cr&#233;ation de &#171; tourbillons &#187; de ces mati&#232;res &#224; la surface des eaux ? Le r&#233;chauffement climatique est une trag&#233;die de l'abondance (p. 53) et non pas l'inverse. Pour les opinions publiques, ce sujet semble inextricable, injuste, pour l'essentiel l&#233;gu&#233; par les Trente Glorieuses. Est-ce si vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage d&#233;bute par une sorte de conte &#233;cologique en revenant &#224; la lueur des bougies pour entrer ou plut&#244;t d&#233;nier l'existence des transitions. Ce qui est nouveau ne fait pas dispara&#238;tre l'ancien. Par exemple, les p&#233;daliers, charriots, v&#233;los et autres outils perdurent, voire renaissent et prosp&#232;rent diff&#233;remment du pass&#233;. L'essor de la circulation douce en ville en est la preuve. Suite &#224; cette entr&#233;e m&#233;taphorique, l'historien se penche sur les trois aspects du concept de &#171; phasisme &#187; avec l'&#226;ge du fer et du charbon, l'&#226;ge du p&#233;trole, l'&#226;ge de l'atome. Ces &#226;ges connurent des succ&#232;s lexicaux souvent extraordinaires. Le &#171; phasisme &#187; est une interpr&#233;tation bourgeoise de l'histoire (p. 59). Il porte en lui la hantise de ne plus, in fine, disposer d'&#233;nergie alors que chaque temps de notre histoire &#233;nerg&#233;tique a &#233;t&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui en partie recouvert par la pr&#233;c&#233;dente &#233;tape. Les &#233;nergies ont cohabit&#233; dans des &#171; bouquets &#187; de consistance variable et ponctu&#233;s de quelques d&#233;ceptions (&#233;chec des transitions attendues vers l'hydro&#233;lectricit&#233; puis l'&#233;olien ?). Le &#171; phasisme &#187; serait-il alibi ? Avec l'histoire bois&#233;e du charbon (chapitre 3), Jean-Baptiste Fressoz insiste sur les liens qui intriquent ensemble les &#233;nergies. L'&#232;re du charbon se fit avec les &#233;tais de bois qui soutenaient les mines et qu'il fallait renouveler. Des for&#234;ts enti&#232;res &#233;taient engouffr&#233;es dans les galeries. L'extraction charbonni&#232;re contraignit l'Angleterre victorienne &#224; se soucier de ses for&#234;ts (p. 92) avant que ne soient, bien apr&#232;s, invent&#233;s les sout&#232;nements marchants faits en b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq chapitres formant la seconde partie font une relation du couple &#233;nergie-fabrication. Les pr&#233;mices de l'&#232;re ferroviaire se firent dans des usines protoindustrielles ayant alors atteint leur maximum d'efficacit&#233;, juste avant qu'elles ne p&#233;riclitent. C'est seulement vers 1930 que le bois trouve des d&#233;bouch&#233;s lucratifs dans l'industrie du papier-carton. Les villes industrielles du XIXe si&#232;cle r&#233;sultent de l'usage conjoint de l'argile (briques), du charbon et du bois (p. 105). Avant 1914, le charbon reste un produit moderne puis il s'associe &#224; l'usage du p&#233;trole. Il est essentiel dans la production des aciers Thomas et Martin et contribue aussi &#224; la diffusion du b&#233;ton arm&#233; et &#224; l'essor grandissant des infrastructures et travaux publics. Le charbon reste &#233;galement performant en &#233;tant un pond&#233;reux, circulant &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, se comportant peu &#224; peu comme un fluide (p. 147). Apr&#232;s 1945, lors de la reconstruction, le charbon est un levier si important qu'en France, le gouvernement de la IVe R&#233;publique nationalise ce produit strat&#233;gique. Essentiel puis seulement important dans le bouquet &#233;nerg&#233;tique, le charbon change de lieux d'extraction mais augmente en volumes extraits. Aux &#201;tats-Unis s'op&#232;rent alors plusieurs relances charbonni&#232;res, en particulier vers les mines &#224; ciel ouvert du Wyoming. P&#233;trole et bois ont avanc&#233; ensemble comme pr&#233;c&#233;demment bois et charbon, avec des symbioses &#233;nerg&#233;tiques en boucles. L''&#233;talement urbain des pays neufs rendu possible par l'usage de l'automobile s'abrita dans des maisons en bois. Cette mati&#232;re fut de plus en plus sollicit&#233;e pour conditionner et faire circuler les marchandises (palettes pour emballer la croissance ; p. 173). L'essor des &#233;nergies fossiles est coupl&#233; &#224; la consommation des bois-&#233;nergie. Jean-Baptiste Fressoz parle de &#171; p&#233;trolisation &#187; des bois (p. 187), avec l'usage des machines utilis&#233;es pour r&#233;colter et d&#233;barder les bois et encore la diffusion de sylvicultures intensives forc&#233;es aux intrants (eucalyptus, pins). De par la plan&#232;te, le bois et le charbon de bois sont int&#233;gr&#233;s dans toutes les mutations &#233;nerg&#233;tiques, y compris dans les pays les plus d&#233;munis qui d&#233;capitalisent leurs for&#234;ts. Cette d&#233;monstration qui analyse les usages du charbon et du bois am&#232;ne l'auteur &#224; avancer que la transition n'est pas un outil analytique. Elle devrait &#234;tre rel&#233;gu&#233;e comme notion normative ou m&#234;me dans le registre utopique (p. 202).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie (chapitres 9 &#224; 12) part d'un constat. La Grande Guerre aurait selon Stuart Chase conduit &#224; aborder d'avantage l'&#233;conomie en Watt qu'en dollars (p. 207), &#224; engager une nouvelle approche des dynamiques de transitions traduites en formes graphiques. L'utopie gagne les analyses et projections &#233;nerg&#233;tiques. Apr&#232;s 1945, le croisement qui peut sembler improbable des apports de Malthus avec l'&#226;ge atomique s'expose dans des questions existentielles sur notre avenir commun. Apr&#232;s 1970, les sp&#233;cialistes rompent avec un futur &#233;nerg&#233;tique qui jusque-l&#224; avait pr&#233;vu d'&#234;tre un prolongement agrandi du proche pass&#233; (p. 227). D&#232;s 1953, P.-C. Putnam soutenu par l'&#233;conomiste Colin Clark, r&#233;volutionne les analyses &#233;nerg&#233;tiques. Pour ces savants, le nucl&#233;aire introduit la futurologie &#233;nerg&#233;tique. En 1967, le chimiste Harrison Brown lance l'expression &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; en prolongement de l'expression &#171; transition d&#233;mographique &#187; &#233;nonc&#233;e en 1945 par Kingsley Davis. Dans le contexte de guerre froide, le surg&#233;n&#233;rateur cr&#233;e une futurologie inqui&#232;te, novatrice, dystopique, pouvant d&#233;crire une soci&#233;t&#233; imaginaire et autoritaire sans &#233;chappatoire. Nous ne sommes pas loin du roman pr&#233;monitoire de Georges Orwell &#171; 1984 &#187; paru en 1949. Jean-Baptiste Fressoz termine son sujet en abordant ce qu'il qualifie d'&#171; invention de la crise &#233;nerg&#233;tique &#187;. &#192; partir du choc p&#233;trolier de 1973 d&#233;clench&#233;e par la d&#233;cision unilat&#233;rale de l'OPEP, ce sujet hante tous les discours et raisonnements discursifs o&#249; &#233;mergent &#224; la fois les &#233;nergies renouvelables de substitution et encore la sp&#233;cificit&#233; des positionnements nationaux (par exemple, sortir du nucl&#233;aire en Allemagne). Vers 1985 s'affirme une histoire dynamique de l'histoire &#233;nerg&#233;tique qui contredit ses inerties. La notion d'&#233;puisement est remplac&#233;e par celle d'obsolescence (p. 269). Nos incertitudes temporelles s'invitent dans le d&#233;bat &#233;nerg&#233;tique pollu&#233; par trop de charbon (la Chine de 2010 br&#251;le &#224; elle seule plus de charbon que la plan&#232;te r&#233;unie en 1980). La premi&#232;re conf&#233;rence mondiale sur le climat (Gen&#232;ve, 1979) aborde ce th&#232;me comme potentielle ressource suffisamment solide pour capter les investissements. En 1983, le n&#233;olib&#233;ralisme croise les pr&#233;occupations du GIEC et s'en accapare. Cependant, la n&#233;cessit&#233; d'&#233;toffer l'&#233;quipement des pays en croissance et le bien-&#234;tre exig&#233; par les autres pays font que les productions &#233;nergivores (acier, ciment, plastique, engrais) continuent &#224; croitre. L'agriculture mondiale aggrave sa d&#233;pendance au p&#233;trole. Partout r&#233;gresse l'usage des mat&#233;riaux traditionnels d&#233;carbonn&#233;s (adobe, jonc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean- Baptiste Fressoz nous livre une nouvelle perception de l'histoire de l'&#233;nergie, de ses faux-d&#233;parts et de ses insuffisances. &#201;nergies et mati&#232;res premi&#232;res tissent des relations port&#233;es par des synergies. Ce couple entretient des tuilages, organise des ententes et cartels. Il fonctionne plut&#244;t en empilant et sans &#233;liminer. L'auteur voit dans la transition un discours avant tout id&#233;ologique, &#224; la fois brandi par les gouvernements, les grandes entreprises et les lobbys. Tous s'affichent et postulent en faveur d'une d&#233;carbonation qui, in fine, n'avance pas assez. Ainsi, en 2020, les trois quarts de l'acier mondial continuent &#224; &#234;tre produits avec du charbon. Ce mouvement &#233;trangement consensuel, voire affect&#233; de c&#233;cit&#233;, invite &#224; justifier les procrastinations (p. 333) pour arbitrer les trajectoires d'une plan&#232;te qui avance &#224; plusieurs vitesses peu solidaires entre elles. Cette histoire &#233;nerg&#233;tique remue beaucoup de pr&#233;jug&#233;s. Ce livre qui sort des chemins classiques nous interroge sur notre avenir commun et l'urgence d'atterrir. L'auteur nous propose un livre riche, nourri, d&#233;capant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La soci&#233;t&#233; jardini&#232;re</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article15544.html</link>
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		<dc:date>2023-07-07T12:36:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Husson</dc:creator>



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&lt;p&gt;G&#233;ographe et anthropologue, Deville livre ici un court essai o&#249; il reprend, avec le recul n&#233;cessaire &#224; cet exercice, les r&#233;sultats d'une th&#232;se soutenue &#224; Montpellier en 2021. Son titre &#233;tait Jardiner la ville en crise : penser une &#233;cologie de la pr&#233;carit&#233; &#224; Al&#232;s, une ville du d&#233;partement fran&#231;ais du Gard. Ce texte est publi&#233; dans la collection Symbiose. La th&#232;se de Deville porte l'id&#233;e de vivre ensemble et cherche &#224; &#233;clairer des couples d'objets d'&#233;tudes ; ici la ville et le potager. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique38.html" rel="directory"&gt;Enseigner la transition &#233;cologique&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;G&#233;ographe et anthropologue, Deville livre ici un court essai o&#249; il reprend, avec le recul n&#233;cessaire &#224; cet exercice, les r&#233;sultats d'une th&#232;se soutenue &#224; Montpellier en 2021. Son titre &#233;tait Jardiner la ville en crise : penser une &#233;cologie de la pr&#233;carit&#233; &#224; Al&#232;s, une ville du d&#233;partement fran&#231;ais du Gard. Ce texte est publi&#233; dans la collection Symbiose. La th&#232;se de Deville porte l'id&#233;e de vivre ensemble et cherche &#224; &#233;clairer des couples d'objets d'&#233;tudes ; ici la ville et le potager. L'auteur a &#233;t&#233; en immersion sur son terrain d'&#233;tudes pendant cinq ann&#233;es de travail et d'endurance. Il fut &#224; la d&#233;couverte des potagers et des personnalit&#233;s qui les animent, qu'ils soient retrait&#233;s, ch&#244;meurs maigrement soutenus par le Revenu de solidarit&#233; active (RSA)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Revenu de solidarit&#233; active est l'allocation fran&#231;aise d'aide sociale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, natifs ou immigr&#233;s. &#192; partir d'un terrain abondamment investi, et qui sert de pr&#233;texte &#224; sa d&#233;monstration, l'essai &#233;tend l'&#233;tude du cas al&#233;sien &#224; l'ensemble des villes moyennes en souffrance, bless&#233;es par l'adversit&#233; suite aux effets destructeurs des crises industrielles successives. Ancienne ville mini&#232;re du sud de la France, Al&#232;s perdit son dernier puits de charbon en 1986. La cit&#233; est le personnage central de ce r&#233;cit port&#233; par une approche sensible des lieux, avec leurs couleurs, senteurs et parfums. D. Deville d&#233;cortique le couple potager/pr&#233;carit&#233; en cherchant &#224; &#233;prouver les lieux (p. 19). Ils ont souvent, tout &#224; la fois, perdu leurs couleurs (p. 35), leur dynamisme, parfois leur &#226;me et leur envie de vivre en retenant dans un sas les plus fragiles, ceux qui n'ont pas pu partir et se reconvertir. Dans ce contexte, les jardiniers sont compar&#233;s &#224; des tisserands attach&#233;s &#224; r&#233;parer les mailles d&#233;faites du tissu urbain (p. 22).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/vertigo/40331&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; repris de &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/vertigo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vertigo&lt;/a&gt;, la revue &#233;lectronique en sciences de l'environnement, une publication sous licence CC by nc nd &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Husson, &#171; La soci&#233;t&#233; jardini&#232;re &#187;, VertigO - la revue &#233;lectronique en sciences de l'environnement [En ligne], Lectures, mis en ligne le 04 juillet 2023, consult&#233; le 07 juillet 2023. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/vertigo/40331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/vertigo/40331&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/vertigo.40331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/vertigo.40331&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jardin potager peut &#234;tre un levier, un modeste levain pour aborder autrement la refonte de l'urbanit&#233;, avec des villes plus seulement abim&#233;es, mais redevenant vertes, arbor&#233;es pour retrouver un brin de coquetterie. Il s'agit ainsi de vivre moins mal les effets cumul&#233;s de la d&#233;croissance d&#233;mographique et de la hausse de la pr&#233;carit&#233;. Le retour du potager urbain participe au r&#233;cit de ville. Il porte &#224; inventer des sc&#233;narios en rupture avec la parenth&#232;se des trente Glorieuses. Pour aborder ce sujet militant, le style utilis&#233; est alerte. La mise en connivence avec le terrain sert l'auteur qui instille des brins de po&#233;sie dans ses &#233;crits accompagn&#233;s de dessins et plans de jardins. Ainsi, le g&#233;ographe renoue avec la dimension artistique qui &#233;tait nagu&#232;re entretenue dans la production des cartes et plans anciens multicolores, puis dans les carnets de voyage (Reclus, Vidal, plus proche de nous Jean Delvert). &#192; la fois savoir et m&#233;diation, le dessin est, selon Deville, une traduction du tango qui r&#233;unit les habitants et leur territoire (p. 144-145).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deville &#233;voque le r&#244;le tut&#233;laire de l'abb&#233; Lemire (1853-1928), d&#233;put&#233;, maire d'Hazebrouck. Il soutint la mise en place des jardins ouvriers. &#192; contresens de son &#233;poque, il a plaid&#233; pour diffuser le lopin familial pour am&#233;liorer le quotidien des m&#233;nages et &#233;loigner l'ouvrier du cabaret. &#192; sa suite, il eut probablement &#233;t&#233; utile d'&#233;voquer les auteurs qui ont soulign&#233; la po&#233;tique de ces lieux (Cauquelin), la cr&#233;ativit&#233; qui s'y exerce (Cl&#233;ment), l'histoire des potagers (Allain), et cetera., afin de s'ins&#233;rer dans un continuum des amoureux des potagers, sachant que ce sujet m&#233;riterait bien qu'il lui soit consacr&#233; un dictionnaire amoureux, comme Baraton (2012) l'a fait pour les amoureux des jardins. Les potagers permettent de renouer avec la nature. Leurs productions font moins reculer la pr&#233;carit&#233; que faire rena&#238;tre la confiance chez ceux qui s'y adonnent. S'ils sont mis en sc&#232;ne, ces bouts de terre pourraient contribuer &#224; colorier la ville, sous r&#233;serve d'&#233;laguer dans les mat&#233;riaux de r&#233;cup&#233;ration qui en font le charme interne, la signature de l'ayant droit &#224; la parcelle, mais qui, vus de l'ext&#233;rieur, sont plut&#244;t laids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Al&#232;s, les jardins du chemin des Sorts sont discrets, cach&#233;s, bricol&#233;s et il s'y &#171; invente la vie des d&#233;poss&#233;d&#233;s &#187; (p. 50). L'ext&#233;rieur est aust&#232;re, souvent cadenass&#233; ; &#224; l'inverse l'int&#233;rieur est tout bariol&#233;, parfois anim&#233; par la pr&#233;sence des volailles. Le potager recycle, assemble, r&#233;cup&#232;re, peut monter en hauteur avec des plantes grimpantes (haricots, courges, vignes, treilles) si la place est r&#233;duite. Jardiner a &#233;t&#233; un moyen de ne pas &#234;tre englouti par les effets des crises, sans s'y noyer compl&#232;tement. Le jardinier apporte sa touche de personnalit&#233;, signe l'agencement de sa parcelle et de sa cabane d&#233;cor&#233;e d'objets personnels. Il y a imprim&#233; son exp&#233;rience, sa cr&#233;ativit&#233;. Ce soin va &#224; l'inverse des op&#233;rations de r&#233;novation connues par le centre-ville, nagu&#232;re labyrinthique, investi dans les ann&#233;es soixante par le b&#233;ton et aujourd'hui mal en point. Les potagers cr&#233;ent des r&#233;ciprocit&#233;s entre les usagers. Ils sont parfois en f&#234;te, souvent pr&#233;textes a des gestes d'entre-aide et de convivialit&#233; (march&#233; aux graines, &#233;changes de replants, apprentissage de la taille et de la greffe sur les arbres fruitiers, organisation d'ap&#233;ritifs, liens avec l'Universit&#233; populaire locale). L'ambition affich&#233;e reste que les potagers pr&#233;figurent un nouveau r&#233;cit pour Al&#232;s (p. 81), &#224; la suite des h&#233;ros locaux : le massif des C&#233;vennes, la ch&#226;taigneraie, le chemin emprunt&#233; par Robert-Louis Stevenson et son &#226;ne (1878), les romans de Jean-Pierre Chabrol. Les potagers seraient-ils, in fine, le mobilier de la commune (p.88) et pas seulement le lieu o&#249; sont &#233;lev&#233;s les l&#233;gumes pour remplir le pot et confectionner le potage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre IV campe les personnages des jardins. D'abord, Baba, jardinier haut en couleur au milieu de ses aubergines, oignons, poivrons et fraisiers. Pour lui, le jardin fut une th&#233;rapie. Il a permis &#224; cette personne de se redresser, d'inverser sa trajectoire de d&#233;clin, d'isolement. Pour Antoinette, il aida &#224; vivre autrement le deuil de son fils. Ces exemples montrent que la crise al&#233;sienne tamponne des drames humains, des spirales individuelles d'enfoncement. Le potager est plus un soin aux &#226;mes bris&#233;es qu'une &#233;mancipation &#233;conomique. Dans ce cas, l'&#233;valuation des externalit&#233;s positives qu'il g&#233;n&#232;re est sacr&#233;ment d&#233;licate &#224; entreprendre. Elle est secondaire par rapport aux bienfaits qui profitent &#224; ceux qui s'adonnent &#224; cette sorte de sport. Le potager est infini pour fertiliser les imaginaires (p. 113) et contourner l'exclusion. L'auteur le compare &#224; un m&#233;tronome de la vie ; l'image est bonne si l'on retient que cet outil donne sa coh&#233;sion &#224; la musique pour des jardins qui sont entr&#233;s dans la polyphonie. Les jardins sont enracin&#233;s, dans la gl&#232;be que le travail et les amendements transforment en terreau. Ici, ce sol est toujours proche des nappes de la rivi&#232;re locale, le Gardon. L'eau donne &#224; ces lieux une allure d'&#238;le au tr&#233;sor dont les drap&#233;s changent avec les saisons. Les potagers diversifient les territoires et servent &#224; tisser des r&#233;seaux de relations, de passions partag&#233;es, d'apprentissages mutuels et transg&#233;n&#233;rationnels. La connivence avec le jardin est un pr&#233;texte &#224; se sentir soutenu, a appartenir &#224; un groupe qui fait fonctionner une microd&#233;mocratie o&#249; s'installent des relations de confiance et de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, Deville a souvent tutoy&#233; l'utopie, a mobilis&#233; le lyrisme, la po&#233;sie, la pens&#233;e onirique. Ces chemins de traverse de la g&#233;ographie montrent de nouvelles fa&#231;ons d'approcher et de mettre en r&#233;cit et en dessins les territoires. Dans la conclusion, l'auteur apporte un message d'espoir. En effet, avec des conditions assez similaires &#224; celles d'Al&#232;s, Noyant-d'Allier (dans la r&#233;gion fran&#231;aise du Centre) a su rebondir, a refus&#233; le pr&#234;t-&#224;-penser territorial (p. 155) pour d&#233;marrer d'autres gestes de reconstruction qui lui ont &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fiques. Bref, le livre de D. Deville m&#234;le la d&#233;marche ethnog&#233;ographique, la po&#233;sie et l'&#233;cologie des paysages pour mieux comprendre la place des potagers dans le projet de ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allain, Y. M., 2022, Une histoire des jardins potagers, Paris, QUAE, 144 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baraton, A. , 2012, Dictionnaire amoureux des jardins. Paris, Plon, 592 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cauquelin, A., 2003, Petit trait&#233; du jardin ordinaire. Paris, Payot et Rivages , 2003, 205 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;ment, G., (dir.), 2013, Habiter la terre en po&#232;te, Paris, &#233;ditions du Palais, 2013, 300 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Revenu de solidarit&#233; active est l'allocation fran&#231;aise d'aide sociale attribuant un revenu minimum aux personnes sans emploi ni ressources financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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