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	<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
	<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/</link>
	<description>Un site participatif, lieu de partage et d'&#233;change autour des initiatives en transitions et des innovations p&#233;dagogiques dans l'enseignement sup&#233;rieur francophone.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Innovation P&#233;dagogique et transition</title>
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		<title>Transformation de soi par le travail, transformation du travail : le cas des reconversions professionnelles volontaires</title>
		<link>https://www.innovation-pedagogique.fr/article11806.html</link>
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		<dc:date>2022-04-07T05:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aur&#233;lie Dirickx</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/IMG/png/biennale2021.png' align=&#034;right&#034; height=&#034;70&#034; width=&#034;70&#034;&gt;Cet article reprend une s&#233;rie de r&#233;sultats issus d'une recherche doctorale portant sur onze parcours de reconversion professionnelle volontaire. Il se d&#233;veloppe sur fond de mutation des m&#233;tiers, d'injonction &#224; la mobilit&#233; professionnelle et d'identification forte &#224; l'activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e. Il est travers&#233; par un postulat : l'individu qui entreprend une reconversion professionnelle est habit&#233; d'un d&#233;sir d'authenticit&#233;, d'une qu&#234;te d'harmonie entre ce qu'il &#171; fait &#187; et ce qu'il &#171; est &#187;. Mais surtout, cet individu &#233;volue au gr&#233; de ses exp&#233;riences de vie, au m&#234;me titre que son travail &#233;volue au fil du temps, selon divers degr&#233;s d'influence et jeux d'interactions. Les parcours de reconversion soumis &#224; notre &#233;tude, qui se d&#233;ploient sur un large empan temporel, font ainsi &#233;tat de transformations portant sur le contenu m&#234;me de l'activit&#233; exerc&#233;e, sur l'identit&#233; professionnelle du sujet et sur le rapport que ce dernier entretient avec son travail.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.innovation-pedagogique.fr/rubrique54.html" rel="directory"&gt;Biennale de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://labiennale-education.eu&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.innovation-pedagogique.fr/local/cache-vignettes/L500xH46/bandeautitrebiennale-12-42b56.png?1648228667' width='500' height='46' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;center text-center&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aur&#233;lie Dirickx&lt;/strong&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Facult&#233; de Psychologie et des Sciences de l'Education, Universit&#233; de Gen&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente contribution est issue d'une recherche doctorale que nous avons men&#233;e sur les exp&#233;riences formatrices et transformatrices intervenant dans les parcours de reconversion professionnelle volontaire. Dans un contexte de d&#233;standardisation et de singularisation des parcours de vie, la mobilit&#233; professionnelle constitue une r&#233;ponse privil&#233;gi&#233;e &#224; l'injonction d'&#234;tre soi dans et par l'activit&#233; exerc&#233;e. Elle suppose &#233;galement de d&#233;ployer un haut niveau d'autod&#233;termination dans les d&#233;cisions et les actions formul&#233;es par l'individu. Cette communication souhaite d&#232;s lors apporter un &#233;clairage sur ce qui transforme l'activit&#233; et le sujet l'exer&#231;ant, de fa&#231;on conjointe ou dissoci&#233;e, dans le cadre sp&#233;cifique d'une bifurcation. Elle propose une entr&#233;e par l'analyse d'exp&#233;riences r&#233;v&#233;latrices de ces reconfigurations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base empirique de notre communication se fonde sur des verbatims d'entretiens biographiques conduits aupr&#232;s de onze personnes ayant r&#233;alis&#233; un changement radical de carri&#232;re (passage de postier &#224; enseignant, de m&#233;canicien &#224; assureur, d'ing&#233;nieur &#224; pilote d'avion, de journaliste &#224; assistant social, etc.). La majorit&#233; d'entre elles t&#233;moigne d'une dizaine d'ann&#233;es d'exp&#233;rience dans un premier m&#233;tier, et s'est vue suivre une formation qualifiante de longue dur&#233;e (2 &#224; 4 ans) pour pouvoir se reconvertir. Les r&#233;cits dont nous disposons rendent compte de transformations parfois radicales qui se produisent sur un empan temporel tr&#232;s vari&#233; et qui s'observent &#224; trois niveaux : celui du contenu m&#234;me de l'activit&#233; exerc&#233;e, celui de la (re)construction identitaire du sujet-en-action et celui du rapport entretenu avec son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre figures de la transformation seront ici trait&#233;es. Toutes soul&#232;vent un dialogisme entre permanences et changements. Dans certains cas, l'&#233;volution de l'activit&#233; et du travailleur s'effectue de mani&#232;re conjointe. Le sujet dit vouloir rester align&#233; avec ce qu'il fait, et il se reconfigure en m&#234;me temps que l'activit&#233; se modifie, si bien qu'il a l'impression de changer de voie professionnelle au bon moment. A l'oppos&#233;, une polarit&#233; invers&#233;e peut &#234;tre pr&#233;sente d&#232;s le d&#233;part avec un certain niveau de permanence. Le sujet d&#233;clare ne s'&#234;tre jamais senti &#224; sa juste place dans sa profession initiale et il part conqu&#233;rir une identit&#233; plus authentique en changeant de m&#233;tier. Les deux autres figures sont la r&#233;sultante d'un conflit ou d'une incompatibilit&#233; survenant dans le rythme auquel s'op&#232;rent la transformation de soi et la transformation de l'activit&#233;. Soit le sujet &#233;volue au point de ne plus s'identifier &#224; ce qu'il fait dans son travail (qui demeure fondamentalement inchang&#233;), soit il assiste &#224; des changements dans sa profession (progressifs ou provoqu&#233;s par un &#233;v&#233;nement contrariant) et il ne parvient plus &#224; l'aborder avec le m&#234;me &#233;tat d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire son travail, incarner son travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, que nous d&#233;finissons ici comme une activit&#233; professionnelle r&#233;mun&#233;r&#233;e, conserve un r&#244;le structurant tr&#232;s fort au sein de nos soci&#233;t&#233;s hypermodernes pourtant marqu&#233;es par une &#8220;d&#233;structuration sociale du d&#233;roulement de la vie humaine&#8221; (Cavalli, 2007, p.64). Les rep&#232;res collectifs traditionnels qui caract&#233;risaient la modernit&#233; &#034;organis&#233;e&#034; (Kohli, 1986 ; Rosa, 2010) se brouillent et perdent en stabilit&#233; dans le temps. Depuis la fin du 20&#232;me si&#232;cle, les parcours professionnels se diversifient et se d&#233;standardisent au m&#234;me rythme que les parcours biographiques (Baudouin, 2010 ; Bessin, 2009). De nombreux m&#233;tiers et secteurs d'activit&#233; vivent de rapides, profondes et constantes &#233;volutions (H&#233;lardot, 2005). Ces mutations induisent une pluralisation et une flexibilisation des parcours professionnels, et ce faisant, une possible pr&#233;carisation du statut d'emploi (Zimmermann, 2011). Se projeter durablement au sein d'un m&#234;me employeur rel&#232;ve presque d'une utopie. Mobilit&#233; et employabilit&#233; s'&#233;rigent en valeurs cardinales dans nos soci&#233;t&#233;s. Il faut sans cesse tenir &#224; jour ses comp&#233;tences et reconstruire du sens dans une activit&#233; sujette &#224; de fr&#233;quents changements. Activit&#233; qui, de surcro&#238;t, perd en visibilit&#233; avec la virtualisation et la d&#233;mat&#233;rialisation de nombreuses t&#226;ches (Aubert, 2004). On ne voit plus le &#8220;produit d'un travail accompli, celui dont on peut &#234;tre fier et qui conforte l'identit&#233; professionnelle de celui qui l'a fait&#8221; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p.97). L'identit&#233; des m&#233;tiers s'affaiblit. Corollairement, l'identit&#233; professionnelle du travailleur contemporain se fracture. Elle peut &#234;tre r&#233;vis&#233;e en tout temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salariat, mod&#232;le souverain qui pr&#233;valait jusque dans les ann&#233;es 1970, a progressivement c&#233;d&#233; sa place &#224; de multiples autres formes &#8220;atypiques&#8221; de travail dot&#233;es d'une stabilit&#233; d'emploi et de garanties bien moindres : contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, int&#233;rim, travail en temps partag&#233;, etc. (Zimmermann, 2011). Cette flexibilisation injecte dans le salariat certaines comp&#233;tences typiques du travail ind&#233;pendant. Un employ&#233;, m&#234;me sous contrat fixe, est tenu de se montrer autonome, proactif, adaptable, cr&#233;atif et responsable de la gestion de son parcours professionnel (Pita Castro, 2013). Le rapport qu'il entretient avec son travail et le sens qu'il attribue &#224; ce dernier s'en voient transform&#233;s. S'il veut le conserver et y &#233;voluer, il est appel&#233; &#224; s'investir, &#224; y mettre du sien. En contrepartie de cet intense &#034;usage de soi&#034; (Dubar, 2007, p.110), il aspire &#224; s'accomplir &#224; travers son activit&#233;. Celle-ci doit lui offrir un lieu d'&#233;panouissement et d'expression personnelle (Lalive d'Epinay, 1994). Elle doit lui donner le &#8220;sentiment d'&#234;tre qualifi&#233; socialement &#224; travers la r&#233;alisation de soi et l'estime de soi&#8221; (Nicole-Drancourt &amp; Roulleau-Berger, 2001, p.156). Elle doit lui permettre de s'affirmer en tant qu'individu unique, d'en tirer du plaisir et de poursuivre un projet de vie qu'il aura lui-m&#234;me &#233;labor&#233; (Ehrenberg, 1992, 1998). L'individu ne peut gu&#232;re se contenter de la valeur marchande de son travail. Il veut s'y sentir valoris&#233; et repr&#233;senter une valeur ajout&#233;e &#224; l'entreprise (Morin &amp; Aranha, 2008). Il veut &#234;tre reconnu par autrui, et se reconna&#238;tre dans ce qu'il fait (Clot, 1995, 1999). La reconnaissance &#224; travers l'activit&#233; pratiqu&#233;e fait ici l'objet d'une qu&#234;te. Ce point nous appara&#238;t essentiel. Etre reconnu, c'est appartenir &#224; un collectif de travail et &#234;tre jug&#233; comp&#233;tent par ses pairs, tout en &#233;tant pris en consid&#233;ration dans sa singularit&#233; et dans son originalit&#233; (Morin &amp; Aranha, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement ici adopt&#233; nous conduit droit &#224; la th&#233;matique identitaire. Elle sera centrale dans le d&#233;veloppement qui va suivre. Bien que l'identit&#233; soit multiple (Kaufmann, 2004) et qu'elle combine une pluralit&#233; de r&#244;les sociaux incarn&#233;s dans diff&#233;rents domaines de l'existence (Zimmermann, 2011), le travail demeure une &#8220;r&#233;f&#233;rence identitaire pr&#233;gnante&#8221; (N&#233;groni, 2007b, p.181). Des identit&#233;s s'y construisent, s'y fissurent parfois, s'y reconfigurent et s'y expriment. On &#8220;est&#8221; et on &#8220;se fait&#8221; &#224; travers une activit&#233; que l'on &#8220;fait&#8221;. Cette relation entre &#8220;&#234;tre&#8221;, &#8220;se faire&#8221; et &#8220;faire&#8221; prend un relief tout particulier dans les travaux de Kaddouri (2002). Pour l'auteur (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.), le projet identitaire se divise en un projet d'&#234;tre et en un projet d'avoir. Le premier est orient&#233; vers un &#8220;projet de vie &#233;galement appel&#233; projet existentiel, identitaire ou de soi&#8221; (p.33). Le second vise la &#8220;possession de quelque chose&#8221; (p.33). Bien plus encore, il provoque une &#8220;transformation du r&#233;el dans lequel [le sujet] est impliqu&#233;&#8221; (p.34) et il transforme ce dernier en retour selon un double mouvement de transaction. En agissant sur son environnement, l'individu prend conscience des &#8220;contours et [des] limites de son pouvoir&#8221; et il &#8220;saisit une part de son identit&#233;'' (p.34) qu'il ren&#233;gocie en fonction de l'orientation qu'il souhaite donner &#224; ses actions. La formule sartrienne nous semble d&#232;s lors s&#233;duisante : &#8220;nous agissons comme nous sommes et nos actes contribuent &#224; nous faire&#8221; (Sartre, 1943, p.529).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; professionnelle, vue sous ce prisme, engagerait une part non n&#233;gligeable des travailleurs dans la poursuite d'un id&#233;al de soi. Elle serait &#8220;cens&#233;e permettre une ext&#233;riorisation, un &#233;panouissement ainsi qu'une reconnaissance des vocations individuelles&#8221; (Pita Castro, 2013, p.107). La vocation, telle que nous la concevons, ne contraint gu&#232;re le sujet &#224; &#234;tre pr&#233;destin&#233; pour un m&#233;tier donn&#233;. Soulignons-le. Elle ne fait ici qu'affirmer &#8220;l'activit&#233; qui convient &#224; la personne, et donc l'identit&#233; de la personne&#8221; (Schlanger, 1997, p.27). Elle exprime ouvertement le lien entre &#8220;le faire et l'&#234;tre&#8221; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p.89). Elle soul&#232;ve alors de puissants enjeux en termes d'authenticit&#233;. Celle-ci repose sur un alignement entre l'activit&#233; pratiqu&#233;e, le projet identitaire et les valeurs propres &#224; l'individu. Lorsque cette connivence ne prend pas, le rapport au travail se fragilise. Le sens donn&#233; &#224; l'activit&#233; se perd. Quand le d&#233;calage entre l'activit&#233; et les aspirations individuelles se fait trop grand, trois sc&#233;narios se laissent envisager. Soit le sujet parvient &#224; s'accommoder de sa situation et il d&#233;veloppe des strat&#233;gies d'adaptation en d&#233;sinvestissant son travail au profit d'activit&#233;s extraprofessionnelles plus signifiantes et valorisantes, pour autant qu'il en dispose (Pita Castro, 2013). Soit il proc&#232;de &#224; des modifications de certains param&#232;tres de son travail afin d'y retrouver du sens et d'y r&#233;tablir une coh&#233;rence identitaire, dans la limite de ses possibilit&#233;s. Soit il d&#233;cide de compl&#232;tement changer de secteur d'activit&#233;. La reconversion professionnelle volontaire lui donne alors l'opportunit&#233; de se r&#233;approprier son parcours professionnel et de se diriger &#8220;vers la qu&#234;te d'un autre soi, la recherche d'une autre identit&#233;&#8221; (N&#233;groni, 2007b, p.189).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de ce troisi&#232;me sc&#233;nario que se fonde une partie des r&#233;sultats de notre recherche doctorale dont nous souhaitons ici rendre modestement compte. Ce sc&#233;nario relate une transformation de l'activit&#233; en plus ou moins grande interaction avec la transformation de l'individu qui la pratique. Ces transformations se produisent sur un tr&#232;s large empan temporel. L'&#233;volution de soi et du rapport entretenu avec son travail y prennent un caract&#232;re processuel. Dans l'ensemble des r&#233;cits soumis &#224; notre &#233;tude, la construction de soi passe par l'activit&#233; exerc&#233;e. Celle-ci est fortement investie, et selon deux modalit&#233;s assez contrast&#233;es. Dans le premier cas, le travail prend une valeur expressive : les identit&#233;s s'y exaltent. Dans le second cas, il prend une valeur alimentaire pour servir d'autres causes qui sont ch&#232;res &#224; la personne. Il doit alors &#234;tre compatible avec la pratique de loisirs &#233;panouissants. S'il passe &#224; c&#244;t&#233; de l'un ou l'autre de ces deux finalit&#233;s, il perd en d&#233;sirabilit&#233; aux yeux de l'individu. En changeant de m&#233;tier, le sujet se cr&#233;e un nouvel espace d'expression identitaire et de r&#233;alisation personnelle. Quatre figures de transformation de soi et de l'activit&#233; ont ici &#233;t&#233; recompos&#233;es : i) celle d'une &#233;volution conjointe de l'activit&#233; et du sujet qui l'exerce ; ii) celle d'une inad&#233;quation aussi pr&#233;coce qu'affirm&#233;e entre l'individu et son m&#233;tier ; iii) celle d'une transformation du travailleur dans un m&#233;tier qui &#233;volue peu dans sa substance ; iv) celle d'une alt&#233;ration du travail et d'un d&#233;sengagement identitaire. Chacune d'entre elles sera d&#233;taill&#233;e &#224; partir d'un r&#233;cit qui nous a sembl&#233; particuli&#232;rement &#233;clairant pour l'illustrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Evolution conjointe de l'activit&#233; et de l'individu qui l'exerce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re figure met en lumi&#232;re le caract&#232;re processuel et adaptatif de l'&#233;volution du sujet au sein d'une activit&#233; qui, elle aussi, &#233;volue. Dans ce sc&#233;nario, les identit&#233;s individuelles se reconfigurent au gr&#233; des changements impactant la profession exerc&#233;e. Une congruence entre &#8220;l'&#234;tre&#8221; et le &#8220;faire&#8221; semble ici toujours recherch&#233;e. L'individu estime prendre des d&#233;cisions et donner une nouvelle orientation &#224; son parcours professionnel &#034;au bon moment&#034;, avant que son activit&#233; ne devienne une source de frustration trop importante. Le r&#233;cit de L&#233;onard en est l'embl&#232;me. M&#233;canicien d'origine, il se fait licencier de son atelier suite &#224; un d&#233;saccord avec sa hi&#233;rarchie concernant sa charge de travail et la r&#233;partition de ses t&#226;ches. Apr&#232;s cinq mois de ch&#244;mage, il se dirige de son plein gr&#233; vers la vente automobile car il y voit davantage de possibilit&#233;s en termes de d&#233;veloppement professionnel. Il se r&#233;alise pleinement dans son activit&#233; qui lui procure un intense sentiment d'efficacit&#233; et de comp&#233;tence. Son salaire augmente de mani&#232;re exponentielle gr&#226;ce au chiffre d'affaires qu'il g&#233;n&#232;re. On lui confie rapidement des responsabilit&#233;s en tant que chef de vente. Il entretient un rapport presque fusionnel avec son travail. Il se pose en tant qu'expert des marques italiennes qu'il vend &#224; une client&#232;le qui, en retour, lui manifeste une grande fid&#233;lit&#233; en le suivant dans les trois garages o&#249; il travaille successivement. Car en l'espace de huit ans d'activit&#233;, il change d'employeur &#224; trois reprises. Cela se produit &#224; chaque fois qu'il ne se reconna&#238;t plus dans la politique d'entreprise ou qu'il n'adh&#232;re pas aux changements qui affectent son secteur. Ce point nous semble important. Il traduit le souhait de L&#233;onard de rester int&#232;gre avec lui-m&#234;me, mais &#233;galement, de se sentir proche des produits qu'il vend et auxquels il s'identifie fortement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 1&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait le premier garage, ils ont chang&#233; trois fois de directeur, pour finir, moi je m'identifiais plus parce que je ne me voyais pas d'avenir l&#224;-dedans [...] apr&#232;s j'ai fait Morges. Et puis l&#224; non plus, ben je ne m'identifiais pas trop avec la folie des grandeurs. Et puis, et puis...ce qui s'est pass&#233;, c'est que le garage au bout d'un moment, il a fait faillite aussi [...] Et puis la troisi&#232;me, l&#224; de nouveau, donc j'ai &#233;t&#233; travailler &#224; Lausanne, au garage [xxx]. Et j'ai &#233;t&#233; vendeur, apr&#232;s ben le directeur du garage est parti et puis, ben changement de directeur, mauvais placements financiers, je sentais que &#231;a commen&#231;ait aussi gentiment &#224; p&#233;ricliter [...] Donc r&#233;sultat des courses, eh ben je suis parti avant. Et le garage a fait faillite [...] cette p&#233;riode au niveau des automobiles, des ann&#233;es nonante &#224; deux mille, c'&#233;tait un peu compliqu&#233;. (L&#233;onard)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les liens de confiance sont rompus, aussi bien avec son employeur qu'avec le secteur d'activit&#233; pris dans son entier. Un temps est r&#233;volu. En 2000, L&#233;onard d&#233;cide de quitter une branche qui ne lui semble plus suffisamment porteuse. Il se r&#233;oriente dans le conseil en pr&#233;voyance durant une p&#233;riode particuli&#232;rement opportune selon lui. Le monde des assurances est alors en pleine expansion. L&#233;onard y vit un d&#233;veloppement et une progression similaires &#224; ce qu'il a connu pr&#233;c&#233;demment dans la vente automobile. Il y tisse la m&#234;me qualit&#233; de relation de proximit&#233; avec des clients qu'il fid&#233;lise sur le long terme. Il y obtient la m&#234;me reconnaissance &#233;galement, puisque sur un intervalle de treize ans, il passera de conseiller &#224; agent principal. Sa hi&#233;rarchie lui reconna&#238;t sa valeur ajout&#233;e. Si L&#233;onard a conscience d'&#233;voluer dans un secteur essentiellement bas&#233; sur la rentabilit&#233; et soumis &#224; une certaine pression &#233;conomique, il tire ses sources de satisfaction ailleurs. Celles-ci sont &#224; aller chercher dans sa capacit&#233; &#224; faire corps avec sa profession, &#224; se fabriquer un travail sur-mesure en disposant d'une grande latitude d'action, &#224; cr&#233;er sa propre &#233;quipe de collaborateurs en restant proche des valeurs qu'il poursuit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 2&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis je voulais surtout avoir mon ind&#233;pendance. Je voulais faire une agence &#224; mon nom, que je voulais diriger avec mes id&#233;es que j'essayais de faire, disons, que j'essayais de faire adh&#233;rer. (L&#233;onard)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard s'attache &#224; &#034;d&#233;finir&#034; une activit&#233; qui, en retour, participe &#224; la d&#233;finition qu'il se donne &#224; lui-m&#234;me. Il l'incarne. Son engagement subjectif nous frappe par son intensit&#233;. Un constat pour terminer. Les deux bifurcations successives de notre protagoniste laissent transpara&#238;tre une tendance forte. On y observe une synchronicit&#233; entre l'&#233;volution du sujet-en-activit&#233; et l'&#233;volution de l'activit&#233; consid&#233;r&#233;e en tant que telle. L&#233;onard &#233;prouve autant le besoin d'&#234;tre reconnu que de se reconna&#238;tre dans ce qu'il fait. Il est en permanente recherche d'authenticit&#233;. Il veut se porter en cr&#233;ateur de lui-m&#234;me et de son activit&#233;. Evoluer au m&#234;me rythme qu'elle, selon ses propres envies professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accord d&#233;sassorti, assortiment inaccordable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette figure fait, en quelque sorte, contrepoids &#224; celle que nous venons d'&#233;tudier. Le d&#233;calage entre l'individu et l'activit&#233; s'observe ici &#224; un stade tr&#232;s pr&#233;coce du parcours professionnel. Parfois m&#234;me, il se produit &#224; partir du premier jour de l'entr&#233;e en poste. Ce d&#233;calage n'est jamais r&#233;sorb&#233;. Il s'agrandit m&#234;me avec le temps. Le sujet est contraint de s'adapter &#224; un travail qui ne lui correspond pas, dans lequel il ne se reconna&#238;t pas. Il doit se conformer &#224; des prescriptions qui ne font gu&#232;re sens pour lui. Pour mieux vivre sa situation et compenser le malaise li&#233; au sentiment de ne pas &#234;tre &#224; sa place -ou pire, de s'&#234;tre tromp&#233; de voie depuis le d&#233;part-, il d&#233;ploie un arsenal de strat&#233;gies de coping (Lazarus &amp; Folkman, 1984). Celles-ci prennent forme dans une tentative de se renouveler &#224; l'interne ou dans la pratique d'activit&#233;s en-dehors du temps de travail. Dans cette figure, l'individu finit cependant par se fatiguer et par s'&#233;puiser en faisant un burn-out. Changer d'univers professionnel constitue alors la seule issue possible pour lui. Le parcours de Robin en est l'exemple type. Ing&#233;nieur de formation, il se sent comme un &#233;tranger dans l'entreprise de t&#233;l&#233;communications o&#249; il d&#233;marre sa carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 3&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis dit mais c'est pas moi, c'est comme si j'avais mis une tenue de sc&#232;ne [...] un d&#233;guisement, mais c'est pas moi. Et d&#232;s le premier jour, m&#234;me en m'habillant pour y aller, et d&#232;s le premier jour au boulot, je me disais mais qu'est-ce que je fous l&#224;, quoi. D&#232;s le premier jour. (Robin)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il se pense inutile au sein de son &#233;quipe. Les solutions qu'il imagine pour am&#233;liorer le fonctionnement de son entreprise ne sont gu&#232;re prises en compte. Son activit&#233; souffre d'un manque de reconnaissance et de visibilit&#233;. L'inertie hante les proc&#233;dures de travail en vigueur. Robin r&#233;siste trois ans, puis il d&#233;cide de rejoindre une petite start-up &#224; dimension plus humaine. Il esp&#232;re avoir une prise plus concr&#232;te sur son environnement de travail. Vainement. Il ne parvient toujours pas &#224; s'identifier &#224; l'entreprise, ni &#224; sa strat&#233;gie, ni &#224; ses valeurs. Apr&#232;s une ann&#233;e, il postule dans une grande compagnie de t&#233;l&#233;communications o&#249; il restera quatorze ans en occupant trois postes diff&#233;rents. Sa qu&#234;te prend un caract&#232;re diffus et perp&#233;tuel : il voudrait donner du sens &#224; son activit&#233;, s'y d&#233;velopper, y laisser libre cours &#224; sa cr&#233;ativit&#233;, s'y montrer utile. Au lieu de cela, il sombre dans la torpeur. Il int&#233;riorise un sentiment d'impuissance et d'incomp&#233;tence. Il se laisse enfermer dans sa situation. Sa capacit&#233; &#224; explorer des alternatives et &#224; prendre des d&#233;cisions s'en trouve inhib&#233;e. Il fait un premier burn-out en 2008. Celui-ci s'accompagne d'une double d&#233;couverte. Robin commence &#224; s'int&#233;resser aux m&#233;decines naturelles. Il se forme aux techniques de l'hypnose, du coaching et de la programmation neuro-linguistique sur son temps libre. Il se ressource &#224; travers elles, il s'en remet &#224; elles pour mieux vivre son travail, il s'en sert comme support de d&#233;veloppement personnel. Dans un second temps, il r&#233;alise que son m&#233;tier n'est pas fait pour lui, et qu'il n'est lui-m&#234;me pas fait pour &#234;tre ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 4&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] c'&#233;tait la prise de conscience que ce que je faisais, c'&#233;tait pas moi. C'&#233;tait une identit&#233; ext&#233;rieure &#224; moi. Je collais &#224; l'identit&#233; de la soci&#233;t&#233;, ou l'identit&#233; de ce que je pensais &#234;tre bien. Mais en faisant &#231;a, j'&#233;tais pas connect&#233; en fait &#224; qu'est-ce qui est bon pour moi, qu'est-ce que je veux moi, c'est quoi les endroits o&#249; je suis vraiment bon. Et o&#249; j'ai plaisir &#224; travailler [...] (Robin)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout se pr&#233;cipite suite &#224; cette prise de conscience. Maintenant qu'il &#8220;sait&#8221; qu'il ne pourra jamais &#234;tre lui-m&#234;me dans une profession qui, au demeurant, n'&#233;volue gu&#232;re dans son contenu, Robin supporte encore moins d'y rester. Tout vole en &#233;clats lors de son second burn-out en 2013. Il se retrouve en arr&#234;t de travail prolong&#233;. La piste de la reconversion dans les m&#233;decines naturelles est alors s&#233;rieusement envisag&#233;e. Robin se porte volontaire pour figurer dans le plan de licenciement de son employeur. Il se d&#233;tache de l'identit&#233; d'ing&#233;nieur qu'on lui a affubl&#233;e depuis la fin de son adolescence. Il part conqu&#233;rir son ind&#233;pendance en se lan&#231;ant dans les m&#233;decines naturelles &#224; son propre compte. Un point commun relie les deux figures que nous venons de traiter jusqu'&#224; pr&#233;sent : la bifurcation professionnelle vient satisfaire une envie de s'accomplir &#224; travers une activit&#233; pourvoyeuse de sens et affranchie des forces ext&#233;rieures qui la contraignent. Une identit&#233; peut s'y &#233;clore. Des valeurs personnelles peuvent s'y d&#233;ployer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se transformer dans un m&#233;tier qui &#233;volue peu dans sa substance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente figure rend compte d'une transformation identitaire qui se produit ind&#233;pendamment du m&#233;tier pratiqu&#233;. Autrement dit, l'individu &#8220;a chang&#233;&#8221; et n'aborde plus sa profession d'origine de la m&#234;me mani&#232;re. Parce que son contexte biographique a &#233;volu&#233;. Et non pas l'activit&#233; en elle-m&#234;me. Dans ce sc&#233;nario, les diff&#233;rents domaines de l'existence entrent en interf&#233;rence, et les priorit&#233;s de vie se modifient. La place et le sens donn&#233; au travail sont revisit&#233;s. Le r&#233;cit de Jade rend ce processus particuli&#232;rement explicite. Notre interlocutrice occupe successivement sept postes dans le domaine de l'administration et des ressources humaines au sein de cinq employeurs diff&#233;rents durant les vingt premi&#232;res ann&#233;es de sa carri&#232;re. Elle ne poursuit pas de projet professionnel en particulier. Ce qui lui importe, c'est de changer r&#233;guli&#232;rement pour briser la routine d'un m&#233;tier qu'elle n'a, &#224; l'origine, pas fondamentalement d&#233;sir&#233;. Elle se satisfait donc de cette versatilit&#233;. Paradoxalement, elle y trouve m&#234;me son &#233;quilibre et une forme de stabilit&#233;. Ses int&#233;r&#234;ts et ses priorit&#233;s s'alt&#232;rent pourtant avec le temps. Son rapport au travail &#233;galement. A l'aube de ses trente-huit ans, elle se fait licencier par son agence de relocation. Une rupture de contrat ou une p&#233;riode de ch&#244;mage ne lui ont, jusqu'alors, jamais &#233;t&#233; probl&#233;matiques. Elles le sont d&#233;sormais. Parce que Jade s'est mari&#233;e et qu'elle a deux enfants de bas &#226;ge &#224; nourrir. Elle d&#233;laisse alors les postes &#224; responsabilit&#233; dans les ressources humaines pour devenir assistante de bureau &#224; 50% au cours des deux ann&#233;es qui suivent. Elle songe ensuite &#224; reprendre des &#233;tudes en psychologie pour rejoindre une vocation abandonn&#233;e durant sa jeunesse, mais elle se ravise &#224; cause de la lourdeur du dispositif. Elle postule alors comme responsable de formation dans les assurances sociales. Non seulement elle y reste pr&#232;s de onze ans, mais en plus, elle r&#233;alise deux formations dipl&#244;mantes en cours d'emploi pour s&#233;curiser son parcours dans le domaine de la formation des adultes. Son contexte biographique le lui impose en partie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 5&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; un moment donn&#233;, j'aurais pu partir, mais &#224; ce moment-l&#224;, je m'&#233;tais mise avec quelqu'un qui avait quatre enfants. Donc mon partenaire actuel. Il avait quatre enfants, il avait pas de sous, il &#233;tait au ch&#244;mage, donc il fallait quelqu'un qui gagne sa vie. Parce que les enfants, ils devaient aussi manger. (Jade)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une monotonie s'installe apr&#232;s trois ans en poste. Mais Jade se sent dans l'incapacit&#233; de d&#233;missionner et de prendre des risques pour sa famille. On assiste ici &#224; un l&#226;cher-prise de sa part. Son travail prend une valeur alimentaire. Elle s'en distancie. Elle r&#233;duit son taux d'activit&#233; &#224; 80% pour r&#233;nover sa maison et s'occuper de son foyer. Son d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le monde des ressources humaines est grandissant. Elle n'a plus envie de multiplier ses exp&#233;riences dans ce domaine. Elle n'a plus envie de &#8220;faire carri&#232;re&#8221; et d'occuper des &#8220;postes importants&#8221;, comme elle nous le confie. Elle n'a plus envie de se perdre dans des dossiers et des proc&#233;dures administratives sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 6&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a ne me convient plus. Pis maintenant dans ces domaines-l&#224; aussi, j'ai un &#226;ge o&#249; j'ai fait beaucoup d'exp&#233;riences. Si on me dit : &#171; Mais non, regarde le Powerpoint, tu dois mettre la l&#233;gende l&#224;. &#187; Non, &#231;a ne va pas bien. A un moment donn&#233;, non, et je dois montrer tous les mails que j'ai &#233;crits parce qu'on n'ose pas...non, c'est difficile. (Jade)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jade s'est construite en-dehors du cadre professionnel au cours des cinq ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant sa reconversion dans l'architecture d'int&#233;rieur. C'est le temps qu'il faut pour que ses enfants grandissent et que son conjoint retrouve un emploi stable. Reprenons le raisonnement. Les espaces de d&#233;veloppement de notre interlocutrice se sont progressivement d&#233;plac&#233;s vers la sph&#232;re familiale et vers celle des loisirs. La r&#233;novation de sa maison a raviv&#233; chez elle une autre vocation qui fut, elle aussi, d&#233;laiss&#233;e durant son adolescence : celle de l'architecture, qu'elle rejoint &#224; l'&#226;ge de cinquante-deux ans. Cette nouvelle voie lui permet de construire sa propre activit&#233; en tant qu'ind&#233;pendante et de se recr&#233;er elle-m&#234;me autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alt&#233;ration du travail et d&#233;sengagement identitaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re figure se pose en contraste avec celle vue pr&#233;c&#233;demment. Les aspirations professionnelles du sujet demeurent relativement inchang&#233;es au fil du temps. C'est l'activit&#233; en elle-m&#234;me qui se transforme dans sa teneur. Alors qu'elle est lourdement investie par l'individu. Celui-ci en attend beaucoup d'elle pour se d&#233;velopper d'un point de vue identitaire. Or, progressivement, le travail subit une alt&#233;ration qui s'av&#232;re &#234;tre particuli&#232;rement insupportable &#224; vivre. Le parcours de Bruno nous projette au c&#339;ur de cet irr&#233;versible processus de perte de sens d'une activit&#233; qui, &#224; l'origine, se voulait nourrissante et passionnante. Bruno s'oriente dans la gestion quantitative au sein d'un grand &#233;tablissement bancaire apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; des &#233;tudes pouss&#233;es en math&#233;matiques. Il s'identifie autant &#224; ce qu'il fait dans son m&#233;tier qu'&#224; l'&#233;quipe qu'il a construite au fil de sa progression hi&#233;rarchique. Ses comp&#233;tences, sa personnalit&#233; et son engagement obtiennent la pleine reconnaissance de ses pairs. Apr&#232;s douze ans en poste, un &#233;v&#233;nement inattendu vient tout briser. Son employeur proc&#232;de &#224; une restructuration des &#233;quipes en place. Celle de Bruno est r&#233;duite de moiti&#233; et fusionn&#233;e avec une autre. La situation s'av&#232;re terriblement inconfortable pour notre interlocuteur. Il ne parviendra jamais &#224; s'adapter &#224; sa nouvelle &#233;quipe, ni &#224; ses nouvelles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 7&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et apr&#232;s, le fait d'essayer de refaire des choses, en y arrivant, hein, parce qu'en fait j'ai r&#233;ussi &#224; rebondir et tout &#231;a, mais en n'y retrouvant plus le m&#234;me plaisir. Je me suis dit : &#171; Ouais, il y a un truc qui n'est plus l&#224;, quoi, qui n'est plus comme avant &#187;. (Bruno)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bruno nous parle d'un choc &#8220;hyper violent&#8221;. Son travail ne fait plus sens et ne pr&#233;sente plus aucun attrait. Notre interlocuteur ne peut plus l'aborder avec le m&#234;me &#233;tat d'esprit, il ne se reconna&#238;t plus dans ce qu'il fait, il ne s'y r&#233;alise plus. Il demande une mutation &#224; l'interne au sein d'une cellule dans la gestion des risques, mais son d&#233;sengagement est inexorable. Une lancinante sensation de vide int&#233;rieur le gagne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 8&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] quand je rentrais le soir chez moi, je me sentais tellement vide [...] &#231;a n'avait plus aucun sens pour moi, en fait, tout simplement. Et puis donc du coup, ben comme je ne voyais plus de sens, ben c'est pour &#231;a qu'&#224; la fin de la journ&#233;e, je me sentais hyper vide. Je me rappelle, je rentrais &#224; la maison, alors j'&#233;tais vann&#233;, je sais que plusieurs fois je m'endormais comme &#231;a sur le canap&#233; et tout &#231;a, juste parce que j'&#233;tais fatigu&#233;. (Bruno)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bruno prend la d&#233;cision de se reconvertir dans l'enseignement des math&#233;matiques &#224; l'occasion d'un voyage en bord de mer qui marque un temps d'arr&#234;t, de r&#233;flexion et de retour sur son parcours. Il veut rejoindre un milieu qui valorise davantage l'humain et la transmission, deux ingr&#233;dients auxquels il tenait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment lorsqu'il dirigeait son ancienne &#233;quipe de gestion quantitative. Ses moteurs de d&#233;veloppement professionnel ne semblent donc pas avoir fondamentalement chang&#233; avec le temps. Sa passion pour les math&#233;matiques complexes et sa fibre relationnelle viennent trouver leur nouveau point de rencontre dans l'enseignement au sein d'&#233;tablissements scolaires du post-obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre figures de transformation de soi &#8220;dans et par&#8221; l'activit&#233; que nous venons de parcourir convergent en un point. Le travail y fait l'objet d'un intense engagement subjectif. L'individu veut se reconna&#238;tre dans ce qu'il fait. Il exprime un fort besoin d'identification : aux produits qu'il vend, &#224; la marque ou &#224; l'employeur pour lesquels il travaille, &#224; l'&#233;quipe dont il fait partie, au secteur d'activit&#233; au sein duquel il &#233;volue. Ne pas pouvoir &#8220;&#234;tre soi-m&#234;me&#8221; g&#233;n&#232;re contrari&#233;t&#233; et souffrance. Six parmi nos onze informateurs nous confient avoir travers&#233; une p&#233;riode de fatigue professionnelle ou &#234;tre tomb&#233;s en burn-out quelques mois avant de se d&#233;cider &#224; bifurquer. Leurs t&#233;moignages traduisent un malaise typique du travailleur contemporain qui s'&#233;puise dans son activit&#233; et qui en perd le sens (Bertrand et al., 2010 ; de Gaulejac &amp; Mercier, 2012 ; Ehrenberg, 1992, 1998 ; H&#233;lardot, 2005). La tendance ne doit pas &#234;tre sous-estim&#233;e. Stress et usure professionnelle affectent pr&#232;s de 50% des actifs en Suisse en 2017, selon l'Office f&#233;d&#233;ral de la statistique (2019). Le burn-out &#224; lui seul toucherait un travailleur suisse sur cinq (ibid.). Nos interlocuteurs &#8220;&#233;puis&#233;s&#8221; doivent partir se reconstruire dans un ailleurs. Nous l'avons vu &#224; travers les exemples de Robin et de Bruno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons qu'il n'est &#233;videmment pas n&#233;cessaire de se retrouver en souffrance professionnelle pour vouloir se r&#233;orienter et r&#233;parer une identit&#233; f&#234;l&#233;e. Le r&#233;cit de L&#233;onard l&#232;ve ainsi le voile sur un int&#233;ressant m&#233;canisme de pr&#233;servation de soi (Denave, 2006). Notre protagoniste change d'employeur et de secteur d'activit&#233; dans le but de rester int&#232;gre avec lui-m&#234;me, avec sa personnalit&#233; et avec ses valeurs. Il fait usage de sa mobilit&#233; d&#232;s que son activit&#233; s'&#233;loigne de ce qu'il en attend. Jade &#233;galement. Chez elle, deux autres puissants moteurs de la reconversion professionnelle apparaissent au grand jour. Le premier prend forme dans une interaction entre les diff&#233;rentes sph&#232;res de sa vie (Bidart, 2006 ; N&#233;groni, 2005a). L'influence mutuelle entre son travail, sa famille et ses loisirs l'invite &#224; red&#233;finir son activit&#233; professionnelle et &#224; se red&#233;finir elle-m&#234;me &#224; travers cette derni&#232;re. Le second moteur intervenant dans sa bifurcation sugg&#232;re un retour vers une vocation contr&#233;e (N&#233;groni, 2007a). Jade se rapproche de ce qu'elle voulait &#234;tre et faire lorsqu'elle &#233;tait adolescente : devenir architecte d'int&#233;rieur. Id&#233;e &#224; l'&#233;poque balay&#233;e par ses parents qui ne la jugeaient pas capable d'y arriver. Notons qu'il en est sensiblement de m&#234;me pour Robin qui, de son c&#244;t&#233;, se lib&#232;re d'une vocation que nous pourrions qualifier de &#8220;forc&#233;e&#8221;. Il se d&#233;tache d'une identit&#233; d'ing&#233;nieur dans laquelle il ne s'est jamais reconnu. Un constat r&#233;manent traverse les quatre r&#233;cits ici &#233;tudi&#233;s. La reconversion professionnelle y concr&#233;tise une &#8220;conversion de soi&#8221; (N&#233;groni, 2005b). L'activit&#233; nouvellement exerc&#233;e permet &#224; l'individu de se transformer, de devenir autre et de se rapprocher d'un id&#233;al de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aubert, N. (2004). &lt;i&gt;Le culte de l'urgence, la soci&#233;t&#233; malade de la gestion&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudouin, J.M. (2010). &lt;i&gt;Recherche biographique en formation des adultes et d&#233;standardisation des parcours de vie : bifurcation, transition et d&#233;veloppement de l'agentivit&#233;&lt;/i&gt;. Actes du congr&#232;s de l'Actualit&#233; de la recherche en &#233;ducation et en formation (AREF), septembre 2010, Universit&#233; de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bertrand, F. et al. (2010). Facteurs d'insatisfaction incitant au d&#233;part et intention de quitter le travail : analyse comparative des groupes d'&#226;ge. &lt;i&gt;Le travail humain&lt;/i&gt;, 73(3), 213-237.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bessin, M. (2009). Parcours de vie et temporalit&#233;s biographiques : quelques &#233;l&#233;ments de probl&#233;matique. &lt;i&gt;Informations sociales&lt;/i&gt;, 156(6), 12-21.&lt;/p&gt;
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