Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

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Ne jamais s’adresser à la classe entière : mon idée pour changer l’école

Un article repris de https://profjourde.wordpress.com/20...

1Le Forum Educatank 2016 demande à ses intervenants : “Quelle est votre idée pour changer l’école ?”. Pour répondre avec audace à cette question audacieuse, je propose : ne jamais s’adresser à la classe entière (je tiens cette idée d’Alice Keeler : “Never address the whole class” ; un mot-dièse lui est consacré sur Twitter : #nottalkWC).

Un défi face à des freins bien connus

Cette idée représente un défi, car de nombreux facteurs concourent à maintenir le mode de communication “radio”, centré sur l’enseignant-émetteur entouré d’élèves-récepteurs.

  • Les enseignants, d’abord, sont souvent de grands bavards et ils ne partagent pas assez volontiers la parole, — même si c’est pour de “bonnes raisons“ (le souci de transmettre ses connaissances, de couvrir le programme, etc.).
  • Les élèves, ensuite, ont pris l’habitude de recevoir une parole magistrale et ils rechignent parfois à la pédagogie active (“students forced to take major responsibility for their own learning go through some or all of the steps psychologists associate with trauma and grief”, comme le relève avec ironie R. M. Felder).
  • Les salles de classe, enfin, sont habituellement configurées pour une communication seulement frontale et unidirectionnelle.

L’enjeu pédagogique : des situations d’apprentissage conviviales

Cette idée représente aussi un enjeu. En effet, il s’agit de construire une classe “en réseau” et dialoguante, où tous les participants peuvent à la fois émettre et recevoir. Il s’agit de maximiser le temps consacré à l’apprentissage dans la salle de classe, autrement dit de centrer la classe sur l’apprentissage plus que sur l’enseignement. Il s’agit de personnaliser et de différencier les interactions pour mettre les apprenants en activité.

L’enjeu est de constituer, à chaque fois, un écosystème attentionnel plus convivial et stimulant, porteur de réciprocité et de connexions affectives (pour reprendre les riches formulations de Y. Citton dans Pour une écologie de l’attention, 2014).

Bref, il s’agit de faire de la pédagogie : construire des situations où l’apprentissage est possible (« Teaching may be regarded as providing opportunities for students to learn » : Brown et Atkins, Effective Teaching in Higher Education, 1988).

The 5 minutes Teacher

Ne jamais s’adresser à la classe entière semble impossible ? Une version moins radicale peut prendre cette forme : ne jamais s’adresser plus de 5 minutes à la classe entière. Cette version a été développée par Mark Barnes, dans son ouvrage The 5 minutes Teacher (2013) :

“the teacher should never stand and deliver content for more than five minutes at a stretch. Instead, instruction should occur in brief increments, allowing students to explore content independently and collaboratively and to use rich project-based activities, collaborative conversations, mobile devices, and digital tools”.

Des outils analogiques et numériques

Il est bien entendu possible d’utiliser des outils pour communiquer les instructions communes : des outils analogiques (écrire les instructions au tableau, les photocopier…) comme des outils numériques (placer les instructions sur le site, la plate-forme d’apprentissage, les réseaux sociaux…). L’enseignant peut aussi simplement circuler entre les groupes pour répéter les instructions ou les explications, — et l’on constate alors que le discours varie : il devient une conversation dès lors que l’on répond aux questions particulières des élèves.

Présence, attention et engagement

Dans tous les cas, cette idée ne signifie nullement le retrait de l’enseignant, mais au contraire sa présence et son attention actives, distribuées entre les élèves et les petits groupes d’élèves. L’enseignant vise à véritablement responsabiliser et engager les élèves dans l’apprentissage. Disons que, pour cela, il se met activement en retrait, comme le formule bien M. Barnes :

“It’s time for educators to move toward doing less.” — M. Barnes

Cette idée ne signifie pas non plus le mutisme de l’enseignant, mais au contraire sa parole individualisée. L’enseignant parle aves ses élèves, et non pas à ses élèves :

“I talk with students instead of at them.” — Alice Keeler

Alors, on essaye ?

PS : en didactique, pas de méthode miracle, n’est-ce pas ?

Cette proposition a une valeur exploratoire et critique, et il faut bien entendu se méfier de toute “idée-miracle”, comme le rappelle fort à propos Paul Devin : “le travail didactique n’est pas de devoir prôner une stratégie unique capable de satisfaire toutes les situations. Il est exactement l’inverse : choisir en fonction de l’enjeu de l’apprentissage, de la nature des savoirs, de la réalité des élèves. Il ne s’agit donc pas de se fixer une ligne méthodologique une fois pour toute, mais de construire des situations d’enseignement.”

De même, il ne s’agit pas de supprimer le cours magistral, mais de “s’interroger sur l’articulation dans l’enseignement entre les moments où la transmission collective d’informations par le professeur ou le dialogue avec la classe entière sont pertinents et ceux où un travail en groupe ou un accompagnement plus individualisé le seront.”

Photo credit : Marc Wathieu via Visual hunt / CC BY-NC


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