Innovation Pédagogique
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Classes inversées ? Et si c’était remettre « l’école » à l’endroit !

29 avril 2016 par admin Veille 375 visites 0 commentaire

Un article repris de http://lebrunremy.be/WordPress/?p=771

Introduction

Lors de conférences récentes, j’ai utilisé différents titres évoquant « la mise à l’endroit de l’école ». De quoi s’agit-il au-delà d’un intitulé qui se voulait interpellant voire légèrement provoquant ? On peut en juger par les titres de ces conférences :

– En avril 2015, à l’invitation du SU2IP (Service Universitaire d’Ingénierie et d’Innovation Pédagogique) de l’Université de Lorraine, j’utilisais l’intitulé : Les classes inversées : enseigner à l’envers, apprendre à l’endroit ou l’inverse ? Un peu d’humour bien évidemment mais aussi un retour aux fondamentaux concernant l’apprentissage, un concept selon moi applicable aux étudiants, au développement professionnel des enseignants et aussi aux institutions en quête d’innovations pédagogiques, de formation et structurelles.

– En janvier 2016, lors des activités CLISE 2016 (Classes Inversées, la Semaine), je proposais lors du séminaire académique qui s’est déroulé à l’Atelier Canopé du Val-de-Marne le vendredi 29 janvier 2016, un titre « Classes inversées : Quoi ? Pourquoi ? Pour quoi ? Comment ? Enseigner et apprendre à l’endroit« . Au travers de considérations relatives à l’alignement pédagogique des objectifs (les compétences), des méthodes (les méthodes pédagogiques dites actives) et des différentes formes d’évaluation (dont l’évaluation par les pairs) sans compter le tsunami du numérique, je tentais d’explorer davantage et de poursuivre mes réflexions sur l’école à l’endroit.

– Un peu plus tard en mars 2016, lors des JIPN (Journées Innovations Pédagogiques Normandes) qui se sont tenues à Caen le 29 mars 2016, je creusais le sens des apprentissages dans une société numérique avec le titre : L’école dans une société numérique ! Et si on parlait d’apprentissage ? L’accent était mis sur les renversements nécessaires entre la posture du maître sur l’estrade (J’enseigne) et celle orientée vers la mise à disposition de l’apprenant d’environnements dans lesquels ce dernier pourra (pourrait) apprendre (apprennent-ils ?).

Entretemps, il y eut le livre, écrit avec ma collègue Julie Lecoq du Louvain Learning Lab « Classes inversées : enseigner et apprendre à l’endroit » aux éditions Canopé

Livre Classes inversée

Il est temps ici de préciser quelque peu ce que j’entends par cette « école à l’endroit » en disant de suite qu’il ne s’agit pas pour moi de passer brutalement d’un modèle magistrocentré (disons l’enseignement traditionnel dans son acception « le maître qui sait sur l’estrade » (Sage on the Stage) devant les élèves qui écoutent, mémorisent, comprennent et appliquent) à un autre où l’enseignant devient conseiller, guide, accompagnateur (Guide on the Side) … (disons l’élève ou les élèves qui apprennent dans des environnements préparés par l’enseignant « chef d’orchestre » et en liaison forte avec les contextes dans lesquels se trouve « l’école » et auxquels elle prépare). D’emblée, je dirais que, éloigné des propos extrêmes (rationnalisme et empirisme, former et accompagner, culture et nature …), je tente de les réconcilier dans une systémique féconde … en apprentissages de diverses natures.

 Vers une meilleure interaction entre l’école et le société

Dans un précédent billet, j’étendais le concept initial de la classe inversée (les flipped classrooms, Mode 1) : les leçons à la maison (Lectures at Home) via différentes technologies (textes, vidéos, animations … consultés à la maison mais aussi, pourquoi pas, dans des locaux aménagés dans l’école sans la supervision directe de l’enseignant, individuellement ou en groupe) et les devoirs en classe (Homework in Classes) via des exercices, des mises en situations, des problèmes, des projets … La classe devient ainsi davantage (potentiellement) un lieu d’activités et d’interactivités (entre les élèves ou étudiants et entre ceux-ci et l’enseignant, entre les élèves et des contextes d’application …), un lieu favorable aussi à la différenciation. Mêlant présence et distance, enseignement et apprentissage (j’enseigne, apprennent-ils ?), les classes inversées étaient ainsi classées dans la large catégorie des dispositifs hybrides.

Poussant et étendant le concept, je proposais une autre dimension, une autre configuration (Mode 2) pour les classes inversées : les élèves sont amenés à explorer les contenus dans les contextes à la recherche de documentations (sur les sites Internet, sur les Blogs, sur YouTube … où ils vont d’habitude) , d’exploitations dans les environnements qu’ils connaissent (la ville, le village, le commerce du coin, les artisans, les entreprises …) à propos d’une thématique donnée. Il s’agit bien de cas concrets ou encore de présentations ou de conceptions variées d’un concept … le but est d’ancrer et de contextualiser les apprentissages ultérieurs. Ils reviennent en classe avec tout cela, présentent et mènent le débat (en somme ils créent le dispositif pour les autres) et le travail du professeur ou des autres élèves est de faire émerger des questions qui se posent, de faire des hypothèses sur les observations, de modéliser, de rechercher des pistes de solutions théoriques ou empiriques … Répondre à des questions qu’ils se posent plutôt que d’apporter des réponses à des questions qu’ils ne se posent pas …

Evidemment, présentées ainsi, les classes inversées ouvrent un vieux débat (déjà décrit par Platon dans son allégorie de la caverne) : (1) théorie d’abord et applications ensuite ou alors (2) situations fortement contextualisées d’abord et décontextualisation (théorisation) ensuite … un vieux débat selon moi entre l’agitation conceptuelle et rationnelle du monde des idées permettant de comprendre certains éléments de la réalité perçue (des réalités perçues) et l’approche expérimentale ou empirique dont l’analyse contribuera à la stabilisation voire la genèse de l’image théorique du monde … aussi entre débat entre béhaviorisme (dominer les comportements « naturels ») et constructivisme (construire les schèmes de la pensée rationnelle). Et pourquoi pas une systémique entre les deux approches comme proposées dans le cycle Kolb (voir le billet cité plus haut ou celui-ci) ? Au travail les philosophes !

Kol-Classes inversées.001

Dans la partie haute, la figure ci-dessus illustre les deux modes proposés ci-dessus (je préfère actuellement les mots « mode » ou « configuration » au lieu du mot « niveau » qui suggère une gradation voire une hiérarchie, ce qui serait contraire à la systémique proposée) et les différents rapports aux savoirs et aux rôles tenus par les enseignants et les étudiants. Dans sa partie basse, je trace l’analogie avec le cycle de Kolb (experiential learning). A remarquer aussi que le cycle de Kolb implique la présence ou mieux la conjonction de différents styles d’apprentissage (convergent, divergent …).

L’école à l’envers ? L’apprentissage à l’endroit !

Dans la vie quotidienne, dans la vie professionnelle, nous rencontrons des problèmes (ça ne va pas ? mais de quoi s’agit-il ? pourquoi mon collègue a-t-il dit cela ? …) ou participons à des projets (on devrait mettre en place, il faudrait travailler là-dessus …) et nous allons ensuite chercher les (ou des) savoirs empiriques ou théoriques (sur des sites universitaire ou des Blogs de praticiens … ) pour tenter de les résoudre (problèmes) ou de les mener à bien (projets). Que ce soit par nécessité, par curiosité, par envie, le comportement serait alors (relisant le cycle de Kolb) : (1) faire l’expérience de …, (2) émettre des pistes de solution, des hypothèses …, (3) rechercher des cas analogues ou des procédures pour comprendre, résoudre …, (4) expérimenter la pertinence des solutions trouvées, de la démarche construite, le transfert vers d’autres cas ou contextes … Mais alors, pourquoi à l’école (encore toujours ou de moins en moins peut-être) commence-t-on par la théorie, le modèle, les solutions, le cours pour amener ensuite les exercices, les problèmes, les TP ou TD … S’agit-il de vérifier (montrer la véracité de) la théorie seulement ou alors de proposer des occasions de la construire, de la mettre à mal, d’en montrer les limites … de la falsifier ? L’école serait-elle dans ce cas à l’envers par rapport aux usages, aux pratiques de la société dans laquelle elle s’inscrit et à laquelle elle prépare ?

Si on accepte, un temps du moins, la caricature ainsi dessinée, on peut admettre que les classes inversées dans leur mode 2 enchaîné avec le mode 1 en postulant un cycle de contextualisation, décontextualisaton, recontextualisation remettent en fait la classe à l’endroit par rapport à la société et à ses pratiques … Ce que j’ai tenté de démontrer. Il s’agit aussi de mieux construire nos dispositifs pédagogiques en fonction de ce que nous savons des théories de l’apprentissage … c’est une autre histoire. Apprenons-nous en écoutant, en lisant les grands livres du savoir … ou alors en faisant, en agissant ? Les deux certainement ! L’un plus que l’autre ? Expérimentons !

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Licence : CC by-nc-sa

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