Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

Une initiative de l'Institut Mines-Télécom avec un réseau de partenaires

Mon indigeste bilan de l’école thématique CNRS "MOOC et EIAH"

2 septembre 2014 par Jean-Marie Gilliot MOOC 18 visites 0 commentaire

Durant 6 jours, une cinquantaine de personnes se sont réunies pour échanger autour des problématiques de fond sur les MOOC. L’ambiance a été particulièrement constructive, et la diversité des participants a donné une grande richesse à tous les échanges informels.

Les thématiques abordées intégraient :

Une introduction par George Siemens démontrant en quoi le numérique peut permettre d’activer des capacités latentes de partage de la connaissance
Marcel Lebrun nous a proposé de revisité le dispositif pédagogique MOOC au travers de la question de la présence dans l’apprentissage ;
Des retours d’expérience de plusieurs pionniers de la création et de l’animation de MOOC dans des contextes très divers : Jean-Marie Gilliot, Rémi Bachelet, Matthieu Nebra, Thierry Curiale. Le questionnement était bien évidemment le lien entre créationde MOOC et recherche et démontre qu’il y a effectivment convergence entre une approche de terrain et la nécessité d’analyser et de développer des outils adaptés.
Bruno De Lièvre nous a présenté ses résultats sur le tutorat et propose de qualifier le tutorat de social ou « social tutoring » dans les MOOC, ce qui permet de requalifier les interactions dans ce type de dispositif ; Des premiers outils et modèles d’analyse sous forme de recherche action par Pierre André Caron et Maryline Rosselle. Présentation qui s’est prolongé sous forme d’un atelier ;
En termes d’éléments complémentaires :

L’annotation de vidéos pour la construction de scénarios au travers d’un atelier animé par Camila Morais Canellas, Olivier Aubert et Yannick Prié ;
Une prise en main d’un outil de gestion de traces animé par l’équipe d’Alain Mille
Une incursion dans des exemples de dispositifs de réalité virtuelle au travers d’une visite du CERV guidée par Ronan Querrec ;
Un atelier sur la génération semi-automatique d’exercices animé par Nathalie Guin et Marie Lefèvre

Une introduction aux données d’apprentissage (learning analytics) au travers d’un exposé passionnant de Mathieu D’Aquin, complétée par une approche plus algorithmique présentée par Zachary Pardos ;
En prolongement, nous avons abordé les questions de recommandation au travers d’un autre exposé lumineux intitulé « de l’observation aux recommandations » de Mathieu D’Aquin, et d’une table ronde regroupant en plus de Mathieu d’Aquin, Vanda Luengo, Serge Garlatti et Alain Mille ;
tous les participants ont également été conviés à échanger au travers d’une séance de posters , et d’un barcamp terminal durant lequel un certain nombre de sujets non explicitement traités ont émergé. Parmi ces thèmes : un groupe a choisi d’approfondir les modèles liés au pilotage, à l’adaptation et à la personnalisation dans une MOOC, un groupe s’est penché sur les jeux d’acteurs et le cadre d’action pour intégrer ses dispositifs dans le système de formation, un autre a abordé le lien entre MOOC et collectif/communauté d’apprentissage, un dernier a questionné la place de la technologie dans la recherche sur l’apprentissage à « l’ère du web ». Le bilan à chaud de l’école a été un dernier temps d’échange très positif.

Les différentes productions de l’école ont été capitalisées sur un site ouvert, et incluent supports de présentation, prise de notes collectives et billets de blog. Les différentes interventions ont été retransmises en direct sur le web, relayées sur twitter, et seront également rendues disponibles sur le site dès que possible. Notons que ce site est une instance de Claroline Connect, plateforme de MOOC développée par un consortium incluant l’université de Lyon 1, l’Université Catholique de Louvain la Neuve.

D’un point de vue de l’organisation et de la richesse scientifique, l’organisateur que je suis a été comblé, notamment du fait de la mobilisation des personnes du comité scientifique, du comité d’organisation et de bien d’autres (avec une mention spéciale à l’incontournable Christophe Batier même s’il n’était pas présent avec nous).

Par rapport à mes propres préoccupations, je retiens quelques éléments clés.

Commençons par des éléments de contexte :

On a beaucoup parlé de la question de l’éthique, Zachari Pardos nous a ainsi présenté Asilomar, une convention récente sur les données pour la recherche en éducation ;
Sur la question des données, nous avons beaucoup insisté sur la nécessité de disposer de données ouvertes. Cette notion inclut non seulement la publication (après anonymisation) , mais la possibilité d’interrogation au travers d’API ouvertes type « linked data » pour les rendre réellement exploitables et interopérables, condition nécessaire pour pouvoir développer des services pertinents. L’Open University est d’ailleurs exemplaire à ce sujet ;
Retenons également que le développement de tableaux de bord à tous les niveaux (apprenants, enseignants, institutions…) peut fournir de précieuses informations, pour autant que l’on en fasse des analyses pertinentes (quelques exemples d’analyses erronnées)
L’analyse d’impact de modalités, autour de l’animation notamment, nécessite de pouvoir piloter en parallèle des cohortes distinctes de participants. Il serait donc intéressant de disposer d’une fonctionnalité à inclure dans les plateformes permettant de les piloter indépendamment et de visualiser l’effet du test entre ces cohortes. Cela devient effectivement possible dans des environnements massifs ;

Plus fondamentalement, la question de la publication des cartes de connaissance est ressortie assez clairement. Dans les systèmes actuels, l’institution ou des sites de cours peuvent publier des telles cartes (on en trouve sur OpenClassrooms ou Khan Academy) proposant ainsi des menus standardisés (qu’on appelle des formations). Si l’on veut adopter une vue distribuée, permettant à chacun de rendre disponibles ses propres savoirs, on passe à une notion de carte, de graphe de connaissances personnelle (ou Personnal Knowledge Graph). Cette publication, selon George Siemens permet d’activer des connaissances latentes. Activables car visibles. Selon lui, c’est cette visibilité qui permet de développer des nouvelles formes de services participatifs sur le web, comme Uber ou Airbnb, et donne un pouvoir plus important aux utilisateurs. Traduit dans un cours, cette visibilité des connaissances disponibles permet de développer des interactions très différentes de celles basées sur l’hypothèse que seul le prof est détenteur de savoirs. Les médiations se trouvent enrichies , les recommandations deviennent possibles, les interactions entre personnes sont encouragées. Cette notion de graphe (ou carte) de connaissances personnelles permet d’ouvrir de réelles perspectives innovantes. Mathieu D’Aquin nous a ainsi présenté un outil konnektid faisant le lien entre carte de connaissances et carte géographique issu du projet européen linkedup qui va dans ce sens.

Cette approche fait tout à fait écho avec le « social tutoring » pour reprendre la terminologie de Bruno De Lièvre qui tend vers l’idée que les fonctions du tutorat doivent être vues de manière plus horizontales, plus sociales dans un dispositif massif ouvert (un MOOC). Pour aller plus loin, il va être nécessaire de revisiter les différentes fonctions, les différents rôles de l’apprenant et de l’enseignant dans un tel dispositif. C’est ce que l’on constate déjà dans le développement d’équipes d’animation autour d’un MOOC.

Il me semble que l‘architecture Smoople (contraction de Semantic ou Social, MOOC, Pervasive et PLE) sur laquelle nous avons travaillé fournit une bonne base pour la récolte de données nécessaires à la construction de tableaux de bord pertinents et au moissonnage d’informations pour la construction de telles cartes ou graphes de connaissances. Se posent de passionnantes questions sur la maîtrise personnelle de telles données, sur leur visualisation, leur validation et leurs modes de publication d’un point de vue utilisateur final et sur l’exploitation pour accompagner le pilotage de collaborations et d’interactions au sein d’une communauté apprenante.

Bref, nous étions bien dans une école pour chercheurs dans laquelle les échanges ont été particulièrement riches et féconds. Chacun y aura trouvé des points de résonances avec ses propres travaux. En tout cas, j’y ai puisé des axes de travail pour les prochains mois, voire années.

Licence : Pas de licence spécifique (droits par défaut)