Innovation Pédagogique
Institut Mines-Telecom

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« Le français en (première) ligne » : retour d’expérience sur un dispositif d’apprentissage en ligne entre apprenants de Français Langue Etrangère (Fle) et étudiants en Master 2 en didactique du Fle

11 février 2016 par Laure Chotel Retours d’expériences 355 visites 0 commentaire
Ce retour d’expérience fait suite à un projet financé par la Grande Ecole Virtuelle (GEV) de l’Institut Mines Télécom et par Télécom Ecole de Management et Télécom SudParis. Ce projet a été mis en place en 2011 puis élargi avec la formation d’un enseignant vacataire grâce à ce financement.

Mots clés : Français Langue Etrangère (Fle), dispositif à distance, visioconférence, formation de formateurs

Enseignants :
Laure Chotel, chargée d’enseignement-recherche et coordinatrice Fle, Télécom Ecole de Management et Télécom SudParis
Jalal ZaÏm, enseignant vacataire de Fle, Télécom Ecole de Management et Télécom SudParis


1) Contexte et problème : quelles solutions au manque de pratique orale du français chez nos étudiants internationaux ?

Les apprenants de Fle de Télécom Ecole de Management (TEM) et Télécom SudParis (TSP) suivent, dans leur grande majorité, la totalité de leurs cours en anglais. Les étudiants en Master of Science restent pour la plupart d’entre eux deux ans sur le campus d’Evry. La moitié de ces étudiants arrive avec un niveau grand débutant ou débutant (entre A0 et A1 selon les niveaux du Cadre Européen de Référence pour les langues) et, pour l’autre moitié, les niveaux varient entre A2 et B2 (niveau avancé). Afin de leur permettre de s’intégrer dans leur environnement et de devenir autonomes sur le plan linguistique, ces étudiants internationaux bénéficient d’un mois de cours de Fle intensif à leur arrivée puis de 3 heures de cours hebdomadaires sur l’année en groupe de 15 environ.

Toutefois, évoluant dans leur quotidien scolaire dans un univers uniquement anglophone, ces étudiants manquent de confiance en eux pour se lancer dans des conversations de la vie courante en français. Les cours hebdomadaires, même s’ils accueillent un petit nombre d’apprenants, sont néanmoins limités en termes de pratique orale avec des natifs et/ou un spécialiste du Fle tel que l’enseignant.

Face à ce constat, j’ai mis en place à mon arrivée à TEM & TSP en 2011 le projet « Le français en (première) ligne » (désormais F1L). Ce projet de recherche-action, créé en 2002 par Christine Develotte, actuellement Professeur des Universités en sciences du langage à l’ENS de Lyon-IFé, a pour objectif de faire interagir à distance, en français, en petits groupes (entre 2 et 4 personnes), des apprenants de Fle et des étudiants en Master 2 en didactique du Fle. Plus spécifiquement :
1) Les étudiants de M2 Fle, dans le cadre de leur cours, conçoivent des tâches multimédia basées sur une analyse des besoins des apprenants de Fle. Ils tutorent ensuite les apprenants de Fle à distance. Ce dispositif, fondé sur un apprentissage par projet, favorise le développement des compétences nécessaires pour enseigner le Fle en ligne.
2) Les apprenants de Fle, dans le cadre de leur cours, identifient leurs besoins avec leur enseignant de Fle. Ils réalisent ensuite les tâches proposées par les tuteurs de M2 via des échanges en ligne avec eux. Ils bénéficient ainsi de séances de formation personnalisées avec des apprentis enseignants de Fle.
Ce dispositif soutient donc le développement de compétences tant chez les apprenants que chez les étudiants en M2.

2) Premier dispositif "Français en (première) ligne" : entre Evry et Poitiers

Notre premier dispositif « Le français en (première) ligne » a été conçu entre TEM & TSP et l’Université de Poitiers, avec Martine Marquillo-Larruy (actuellement Professeur des Université en sciences du langage à Lyon 2 et alors MCF à Poitiers) puis s’est prolongé avec Pascale Trévisiol-Okamura (actuellement MCF en sciences du langage à Paris 3 et alors MCF à Poitiers). Le soutien technique de Christophe Naud (ingénieur pédagogique à l’Université de Poitiers) et de Nigel Barnett (enseignant d’anglais et alors référent TICE à TEM) sont indispensables depuis le début de la mise en œuvre de ce projet.

Grâce à un calendrier concordant entre Evry et Poitiers, nous avons pu élaborer un dispositif principalement visio-synchrone (voir photo 1) durant les heures de cours des apprenants et des tuteurs, complété par des échanges écrits asynchrones en dehors des cours.

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Photo 1 : échanges en visioconférence entre Evry et Poitiers

Le fait d’avoir un créneau commun a facilité la mise en place d’échanges synchrones en visioconférence. En effet, tant du côté des tuteurs que de celui des apprenants, l’enseignement/apprentissage d’une langue en ligne est quelque chose de nouveau qui nécessite un accompagnement technique pour la prise en main de la plateforme, pour l’enregistrement des échanges, etc. mais aussi un accompagnement humain pour la rencontre de l’autre en visio (comment dois-je me comporter ? j’ai des difficultés à comprendre, qu’est-ce que je fais ?...).

Les besoins identifiés par les apprenants (de niveau B1) concernent la compréhension orale, l’expression orale et l’expression écrite autour des thèmes suivants : la vie quotidienne en France, les études, le monde professionnel, la vie des jeunes. Un dernier thème est à négocier directement entre chaque apprenant et son/ses tuteurs.

Chaque semaine durant 6 semaines, les binômes ou trinômes tuteurs/apprenants (environ 35 participants au total) interagissent pendant 30 à 45 minutes sur la plateforme Adobe Connect en s’appuyant sur les tâches élaborées par les tuteurs (validées préalablement par les enseignantes d’Evry et de Poitiers via un espace Moodle). En amont de l’échange et/ou en aval, les tuteurs fournissent (sur le groupe Facebook du projet ou par mail) des ressources et activités complémentaires aux apprenants à réaliser en asynchrone. Toutes les séances de visioconférence sont enregistrées et mises à disposition des apprenants et des tuteurs sur le blog du Master Fle de Poitiers, grâce à l’intervention de Christophe Naud. L’intérêt de ces enregistrements est multiple : 1) cela permet aux apprenants de revoir les interactions et de revenir sur ce qu’ils ont mal compris, sur leurs erreurs/progrès, etc. (soutien au développement de l’autonomie métacognitive), 2) ces enregistrements sont réutilisés dans le cadre des cours en analyse des interactions en ligne par les M2, 3) les enregistrements permettent des travaux de recherche dans le cadre de ce projet de recherche-action.

Dès 2011, première année du dispositif à Evry, l’engouement des apprenants a été réel : augmentation de leur confiance en eux à l’oral, amélioration de leur compréhension et expression orales, intérêt culturel, rencontre avec des tuteurs de leur âge, développement de leur autonomie d’apprentissage, etc.
Malgré l’investissement humain conséquent nécessaire à la mise en œuvre du dispositif et à son évolution, l’implication et les retours de mes apprenants de Fle m’ont incitée à étendre le dispositif à un autre groupe d’apprenants de Fle.

3) 2ème dispositif F1L : entre Evry et Paris 3

Grâce à un financement de la GEV dans le cadre d’un appel à projets pédagogiques en 2012, j’ai pu accompagner et former un enseignant vacataire de mon équipe, Jalal Zaïm, motivé par la mise en place de ce dispositif dans son cours de niveau A2.

Les contraintes pour trouver un nouveau partenaire universitaire étaient assez nombreuses :
-  Intérêt pour le projet et possibilité de l’intégrer dans un cours de Fle/TICE à l’université.
-  Calendriers concordants en termes de semestre et de jour de cours dans la semaine (du moins pour envisager des séances synchrones accompagnées par un enseignant).
-  Rythme et contenus du cours des M2 permettant la formation théorique des tuteurs en amont du projet (notion de tâche, scénarisation pédagogique et de communication, etc.).
-  Ratio acceptable entre le nombre d’étudiants en M2 et le nombre d’apprenants (deux ou trois tuteurs maximum pour un ou deux apprenants).
-  Prise en compte des contraintes techniques : plateformes (LMS) institutionnelles, possibilité d’utiliser des outils de visioconférence, etc.
-  Possibilité de pérennisation du dispositif en raison de l’investissement humain conséquent.

José Aguilar, MCF en sciences du langage à Paris 3, a été tenté par l’expérience. J’ai donc accompagné ces deux enseignants dans l’élaboration d’un nouveau dispositif F1L ad hoc, quelque peu différent de celui mené avec Poitiers en raison des spécificités des deux nouveaux partenaires.

Les calendriers des cours à Evry et à Paris 3 ont fait que des rencontres synchrones en présence des enseignants n’étaient pas possibles. Le dispositif s’est donc tout d’abord orienté vers des échanges asynchrones (principalement écrits mais aussi oraux) sur la plateforme Moodle. Au fur et à mesure –puisque le dispositif est pérenne et évolue chaque année depuis 2012- le synchrone hors cours sans présence des enseignants (sur Skype, sans enregistrement) est venu compléter les tâches asynchrones. Par ailleurs, une rencontre en présentiel (facilitée par la proximité géographique des deux sites) a été organisée à partir de la deuxième année. Cela a permis aux apprenants et aux tuteurs de se rencontrer et de briser plus facilement la glace. Les tuteurs peuvent également évaluer le niveau des apprenants lors de cette rencontre, échanger avec eux sur leurs besoins et centres d’intérêt.
La durée du projet est sensiblement la même qu’avec Poitiers (environ 6 semaines) mais les tuteurs de Paris 3 proposent des macros tâches plus longues (environ 3 heures de travail apprenant) et moins nombreuses. Cette organisation s’est mise peu à peu en place suite à la prise en considération de la charge de travail de part et d’autre.

Les retours des apprenants sont tout aussi positifs que dans l’autre dispositif. Voici quelques verbatim issu des questionnaires de fin de projet soumis aux apprenants chaque année :

« Je pense que d’échanges sont productif pour améliorer le français. Mes perceptions pour l’évolution est bonne parce que j’ai appris beaucoup des choses avec les tuteurs. » (L.)

« Elle m’a fait comprendre une grande problème, qui est l’expression de la logique differente. Après j’ai commencé observer des phrases produites par des gens natifs, afin de essayer diminuer les expressions de manière chinoise. » (J.)

« Surtout j’ai développé l’expression orale parce que ne l’avait pas beaucoup practique avant ». (A.)

« Je pense que le plus important apports a été linguistique. J’ai amélioré ma compréhension à l’audition. » (N.)

Emergent la prise de conscience de leurs progrès par les apprenants, la dimension interculturelle des échanges, l’amélioration en expression et la compréhension orales.

Le vécu de l’enseignant vacataire, Jalal Zaïm est également encourageant. Il constate les progrès de ses apprenants grâce au dispositif et apprécie le développement de ses propres compétences pédagogiques et techniques. Après un accompagnement important la première année et plus léger la deuxième, les deux partenaires sont à présent totalement autonomes dans leur dispositif.

4) Bilan de ces deux dispositifs

De façon globale, les résultats concluants de ces deux dispositifs distincts « Le français en (première) ligne » sont les suivants :
-  Développement des compétences linguistiques et générales (confiance, autonomie métacognitive, technique, savoir-être, etc.) des apprenants de Fle.
-  Développement des compétences des enseignants.
-  Création de partenariats pédagogiques et de recherche avec des universités.
-  Pérennisation de ces projets.

Certaines limites de ces dispositifs sont également à souligner :
-  Comme je l’ai évoqué à plusieurs reprises, l’élaboration de ces dispositifs est chronophage et nécessite donc de pouvoir les faire vivre sur plusieurs années, ce qui n’est pas toujours évident avec des enseignants vacataires.
-  Nécessité d’un financement complémentaire annuel pour les enseignants vacataires impliqués.
-  Difficultés ou adaptations techniques récurrentes (notamment pour les visioconférences mais aussi pour les autres outils). Les dispositifs évoluent techniquement tous les ans pour tenter de rendre les échanges plus pratiques et avec le moins d’outils possibles.
-  Du fait de ces limites et des spécificités de chacun des dispositifs F1L, il n’est pas envisageable de transférer tel quel un dispositif d’un établissement à un autre.

L’analyse de ces dispositifs a fait l’objet de plusieurs communications dans des colloques en France, tant du côté tuteurs qu’apprenants.
Si vous souhaitez concevoir un dispositif de ce type dans votre école et avoir davantage d’informations sur la mise en œuvre de ces projets, n’hésitez pas à me contacter !

Licence : CC by-sa

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