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Pédagogie à l’université : des paroles et des actes

20 janvier 2015 par André Guyomar Veille 6684 visites 0 commentaire

Strasbourg : 800.000 euros par an dédiés à la pédagogie.
Nom de code : Idip. L’Institut de développement et d’innovations pédagogiques de l’université de Strasbourg a été mis sur pied en 2013 dans le cadre des Investissements d’avenir pour aider les enseignants-chercheurs à renouveler leurs méthodes.

Avant de venir, ils ont dû travailler. Ils ont reçu par mail deux vidéos à regarder et une question à laquelle répondre. Quoi de plus logique pour une formation consacrée à la classe inversée que de placer les enseignants eux-mêmes dans cette situation ? Et de leur faire ressentir – de manière plus ou moins agréable – la nécessité de se motiver pour visionner les séquences, aussi courtes soient-elles et alors qu’ils se sont inscrits volontairement à l’atelier.

De même, les participants de la séance consacrée au travail en groupe ont pu expérimenter la difficulté à, selon son caractère, trouver sa place ou au contraire laisser suffisamment la parole aux autres, en essayant de résoudre un problème qui comportait délibérément une donnée manquante…

« Dans nos formations, nous nous attachons à mettre en cohérence le fond et la forme" » , explique Marion Gaudenzi, l’une des conseillères pédagogiques de l’Idip.

Depuis 2013, l’lnstitut de développement et d’innovations pédagogiques de l’université de Strasbourg "accompagne les enseignants-chercheurs et l’institution à renouveler les pratiques", selon les mots de sa directrice Nicole Rege-Colet, venue de l’université de Genève pour monter le projet.

"L’originalité de notre Idex est d’intégrer un important volet formation." (M. Deneken)

Si l’idée de créer une maison de la pédagogie universitaire existait depuis longtemps dans la capitale européenne, les Investissements d’avenir ont créé l’opportunité, moyens à l’appui, de mettre en place un véritable Institut. "L’originalité de notre Idex (Initiative d’excellence) est de ne pas être uniquement tournée vers la recherche, mais d’intégrer aussi un important volet formation", souligne Michel Deneken, vice-président chargé de la formation initiale et continue.

L’Idip dispose ainsi d’une enveloppe de 800.000 € par an, qui couvre, pour moitié, les salaires des sept personnes investies dans le projet (dont 4 ingénieurs pédagogiques), ainsi que les frais de fonctionnement, notamment le paiement du loyer pour l’occupation des locaux situés dans une annexe du lycée Oberlin, non loin du campus de l’université.

"Passer de l’intuition à l’intention"

Principale activité de l’institut, l’offre de formation se décline en quatre grandes thématiques : les fondamentaux de la pédagogie universitaire, plutôt destinée aux doctorants et jeunes enseignants-chercheurs, l’évaluation des apprentissages, l’approche-programme, et l’évaluation des enseignements par les étudiants.

"Pour notre première année, en 2013-2014, nous avons mis en place 45 ateliers qui ont suscité près de 1.000 inscriptions, soit environ 200 enseignants impliqués", se réjouit Nicole Rege-Colet, se rappelant son expérience suisse : "quand nous avons lancé nos formations à Genève en 1996, nous avons rassemblé 35 personnes".

Ancienne professeure des écoles et formatrice pour adultes, aujourd’hui reconvertie dans la formation des futurs enseignants à l’Espé (École supérieure du professorat et de l’éducation), Claire Doquet fait déjà partie des habitués de l’Idip. "J’ai besoin d’outils professionnels, explique-t-elle, et j’apprécie cette méthode qui nous fait découvrir par nous-mêmes ce qu’on fait faire, ou ce qu’on veut faire faire aux étudiants".

L’objectif ici est de nouer ou de renouer avec le plaisir d’enseigner et le bien-être au travail.
(N. Rege-Colet)

ATER (Attachée temporaire d’enseignement et de recherche) en gestion, Kaoutar Belabbes assiste, quant à elle, à son premier atelier. "Je suis venue pour comprendre sur le plan théorique comment fonctionne un groupe, mais j’attends aussi, concrètement, d’avoir des techniques qui me permettent d’organiser ce type de travail en cours".

Deux versants que les conseillers pédagogiques abordent alternativement au cours de la formation, à travers des exercices, l’explication de mécanismes psychologiques et sociologiques, ainsi que, pour finir, un travail sur une étude de cas présentée par l’un des participants. Le tout émaillé de nombreuses discussions entre les enseignants. "Nous voulons mettre des mots justes sur des pratiques, passer de l’intuition à l’intention, et créer du collectif autour des questions d’enseignement", résume Nicole Rege-Colet.

Un partage d’expériences largement apprécié des participants, à l’instar de Marie Bizais, maître de conférences et responsable du département d’études chinoises qui a ouvert une première année de licence à la rentrée 2013. "C’est intéressant d’échanger et de voir ce que font d’autres enseignants, dans d’autres disciplines", témoigne la jeune femme.

"Accompagner, et non prêcher"

Au-delà des ateliers, l’Idip propose un accompagnement plus personnalisé aux enseignants qui va de la préparation d’une ou plusieurs séances au retour d’expérience, en passant éventuellement par l’observation in situ. "Nous fonctionnons à la demande, en nous adaptant au projet et au contexte de chacun", précise Christian Sauter, l’un des conseillers pédagogiques.
L’Idip défend "une approche non dogmatique : on accompagne, on ne prêche pas", insiste sa directrice. Opposée à "l’idée qu’il existe un diktat du bien enseigner à l’université", Nicole Rege-Colet se montre avant tout soucieuse de "créer un climat de confiance avec les enseignants-chercheurs : chacun a quelque chose à apporter, à sa façon". Et de rappeler la devise de l’Institut : "l’art et la manière".

"Alors que beaucoup d’enseignants souffrent d’épuisement professionnel, poursuit-elle, l’objectif ici est de nouer ou de renouer avec le plaisir d’enseigner et le bien-être au travail, en développant le goût pour l’expérimentation".

"Mesurer l’impact de nos actions"

Et pour faire bénéficier d’autres de ces expériences, l’Idip incite les enseignants à porter un regard de chercheur sur leurs pratiques pédagogiques, selon les principes du SoTL (Scholarship of Teaching and Learning)* et à rédiger des articles scientifiques, avec l’aide des conseillers pédagogiques ainsi que d’étudiants de masters ou de doctorants en sciences de l’éducation.

* voir article : http://www.innovation-pedagogique.fr/article102.html

"Nous avons la responsabilité de mesurer l’impact de nos actions sur l’apprentissage des étudiants", rappelle Nicole Rege-Colet qui coordonne Ripes (Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur), la revue officielle de l’Association internationale de pédagogie universitaire. En partant de l’Idip, les enseignants auront encore des devoirs à la maison.

Sophie Blitman | Publié le 24.11.2014 à 12H14, mis à jour le 20.01.2015 à 11H03

Source : http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/pedagogie-a-l-universite-la-fin-d-un-tabou/l-universite-de-strasbourg-se-donne-les-moyens-de-sa-pedagogie-1.html

Licence : CC by-sa

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